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 A Song In The Dream

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Invité
Sujet: A Song In The Dream Ven 24 Oct - 14:59

Octobre 2008

Let me cold.
L’enfant sortit de la salle de musique en transportant avec elle l’aura froide qui l’enveloppait tel un voile de soie sorti des glaces. Il était étrange, tout de même de la voir sortir si vite. Elle n’était restée qu’une dizaine de minutes tout au plus. Les notes avaient à peine jailli d’entre les murs. Et, à présent, un claquement sec, régulier, devenu familier avec le temps mais toujours agaçant ou angoissant pour les âmes sensibles. Pourquoi donc la fillette s’en allait-elle si vite, le regard fuyant alors qu’Autrui se trouvait à des centaines de mètres à la ronde ?
Elle avait entendu une voix. Non, l’enfant ne souffrait d’aucune schizophrénie ou autre maladie mentale dont les voix faisaient parties des symptômes. Elle l’aurait su, de toute façon. Elle se savait paranoïaque sur les bords, connaissait en elle ce qu’Autrui appelait la phobie sociale et avait aussi entendu le mot « autiste » même si elle savait que ce n’était pas son cas, pas vraiment. Des mots pour tenter de définir Autrui quand il n’est pas normal. Des mots pour dire qu’Autrui est malade dans sa tête, comme il l’a toujours été et le sera toujours. Autrui est un éternel démon qui voudrait être aussi solide qu’une machine mais qui n’en a gardé finalement que les défauts physiques. Autrui est le démon qui ne mérite pas de respect. Malade ou pas, chaleureux ou pas, il reste Autrui.
La fillette grimpa un escalier aussi vite que le lui permettait son fragile équilibre, maintenue par sa canne aux claquements secs brisant le silence avec sadisme. Elle aimait le silence mais ignorait pourtant à tel point ce bruit pouvait être agressif ou effrayant selon les personnalités d’Autrui. Elle fuyait, tout simplement. Elle fuyait cette voix qui la poursuivait. Cette voix, c’était la sienne. Oui, elle entendait sa propre voix dans sa tête alors qu’elle gardait les lèvres pincées l’une contre l’autre avec force. Elle entendait ses cris. Les cris qu’elle eût dû pousser lorsqu’elle avait tué. Les cris qui s’étaient noyés dans sa gorge en lui donnant la nausée alors qu’à quelques mètres gisait un corps dont le sang se répandait par sa faute. Elle avait tué. Elle avait tué !
Les nausées lui revinrent et elle dut s’arrêter au milieu du couloir des dortoirs des filles, s’appuyant contre le mur, sa canne devenue insuffisante pour maintenir ses jambes flageolantes. Elle avait tué. Elle avait tué. Elle avait tué. Allez, sa chambre était proche. Plus que quelques mètres. Chancelante, l’enfant s’avança lentement vers sa porte que ses yeux fixaient. En hurlant. Sans produire le moindre son, elle hurlait. Sa voix, à défaut de se libérer dans les airs, implosait dans sa tête qui, elle, ne demandait qu’à éclater en milles débris rouge sang. Elle avait tué. Hurlements dans sa tête. Images basculantes. Ombres menaçantes. Horreur.
Sa main se posa sur la poignée de sa porte. Elle voulut l’ouvrir. Se rendit compte qu’elle était verrouillée, comme toujours. C’était une habitude qu’elle avait prise dès son arrivé, se sentant épiée, voyant son intimité menacée. Elle prenait toujours sin de tourner sa clef dans la serrure quand elle sortait et entrait même dans sa chambre afin de se sentir en sécurité. Ce jour-là, elle le regretta. D’une main tremblante, elle chercha la clef dans la petite poche de sa robe en dentelle. Sa voix continuait à hurler dans sa tête, inlassable. Souffrance éternelle. Enfin la clef se laissa saisir par les doigts de l’enfant devenue blême. Elle dut s’y prendre plusieurs fois avant de parvenir enfin à introduire la clef dans la serrure et prit encore du temps pour la tourner et provoquer ce déclic qui sonna comme une délivrance. Elle s’engouffra dans sa chambre et, prenant tout juste la peine de pousser la porte derrière elle, s’affala sur le sol, ignorant le raclement douloureux de ses paumes sur le sol. Elle se crispa sur elle-même jusqu’à être dans la position fœtus. Hurlements dans sa tête. Le pire sans doute, c’est qu’aucune larme ne venait emplir ses yeux afin d’en jaillir et ainsi détendre ne serait-ce d’une moindre échelle cette souffrance intérieur qui hurlait, hurlait et hurlait encore.
Seulement dix longues minutes plus tard, l’enfant se redressait, les yeux vides. Elle se leva verrouiller sa porte. Elle alla ensuite vers son armoire à côté de laquelle l’attendait un gros sac en plastique qu’elle tira vers elle. Elle en vida le contenu sur le sol. Et commença à empiler ses dominos. En silence.

Larmes écumantes
Ecrasantes
Par leur absence

Le lendemain, peut-être personne ne le remarqua-t-il, mais il y eut un fantôme dans la classe une. On l’interrogea, elle ne répondit pas. On insista mais rien n’y fit, elle ne parlerait pas. Le professeur sembla le comprendre car il passa à quelqu’un d’autre après un dernier regard à l’enfant qui, les yeux débordant de vide, fixait un point sur le bord opposé de son petit bureau près de la fenêtre au store toujours fermé presque au complet. Près le cours, le repas. Parmi tous les orphelins qui mangèrent, l’âme d’un fantôme errait, invisible, si vide et pâle que l’on voyait au travers la pluie qui se déversait sur les vitres. Il fallait toujours qu’il plût les périodes où un ectoplasme venait s’unir avec Autrui tout en restant toujours distant et renfermé, si vide, si triste. L’après-midi venait une évaluation de maths. Des chiffres et des lettres qui se mélangent en codes vides d’émotions. Un fantôme passa l’évaluation en silence, remplissant sa feuille d’un air absent, le regard vide. Le contrôle se termina, certaines voix râlèrent de ne pas avoir eu le temps de terminer, d’autres résonnaient de satisfaction, celle du professeur se montra implacable : le temps était écoulé, tout le monde devait rendre sa copie. Le spectre s’envola doucement lorsqu’Autrui fut parti dans un ordre précaire, les yeux vides. Il traversa les plafonds afin d’arriver dans sa chambre et à nouveau se superposèrent les dominos.
Au fil des minutes puis des heures s’éleva un manoir aux allures d’un château, imposant de noirceur. Sans doute aurait-il été effrayant s’il avait eu la taille d’un vrai manoir, mais même dans sa taille de miniature l’on sentait sa froideur et son mystère. Au dernier étage, l’enfant dressa un petit orgue et parvint à lui donner toute la splendeur des orgues des églises et cathédrales. Sa création terminée, la fillette se dirigea vers son armoire et en sortit une poupée qu’elle posa contre son cœur alors qu’elle s’asseyait en tailleur sur le sol dans la pénombre de sa chambre dont les stores toujours étaient fermés. Elle commença à se balancer lentement d’avant en arrière. Dans sa tête résonna une lente mélodie qu’elle jouerait au piano dès qu’elle le pourrait. Une mélodie qui gagnerait en force au fur et à mesure qu’elle avancerait, puis valseraient la force et la douceur dans un ensemble triste et noir de notes nacrées. Elle plongea dans cette mélodie durant des heures jusqu’à ce que la pluie cessât et qu’un timide soleil traversât les petites ouvertures de son store, un soleil aux rayons orangés indiquant la fin de la journée. L’enfant scruta son réveil et attendit une heure avancée avant de se mouvoir enfin. Elle déposa sa poupée dans son armoire, lui offrant un cahier noir à garder, le cahier de la fillette, celui où elle marquait en proses ou en vers sa poésie. Elle se saisit de sa canne, se leva et, jouant de la serrure de sa porte, sortit de sa chambre.
Comme toujours, elle arriva dans les derniers et reçut le regard courroucé d’une cuisinière, regard qui lui jeta un agacement fort et sec, regard qui lui communiqua qu’il était bien tard et qu’elle retardait tout le monde, regard qu’elle ignora simplement. On la mena vers une table sans prendre la peine de lui demander son avis, sachant pertinemment ses habitudes. Une fois assise, elle ne termina même pas son assiette. Elle faisait partie de ces gens qui ont un appétit d’oiseau et mangent juste assez pour ne pas avoir l’air d’anorexiques. Comme toujours, elle laissa là son plateau et ce fut un adulte qui vint le prendre et l’amener vers la vaisselle. A une main, manier un plateau était après tout difficile, sans doute impossible pour la fillette et son équilibre instable. Elle retourna dans sa chambre et resta accroupie dans son armoire, sans inspiration pour écrire, serrant sa poupée contre elle, se balançant encore d’avant à arrière, se répétant une autre mélodie cette fois. Sa nuit débuta si belle que l’enfant en oublia le temps. Il fut bientôt minuit, Autrui dormait. Elle poussa la porte de son armoire et en sortit, laissant sa poupée derrière elle.
Dream, dream little thing.

Elle marchait sous les rayons d’une lune timide et fragilisée par des nuages qui passaient souvent afin de la masquer et ainsi plonger la nuit dans des ténèbres éphémères. Elle n’était plus un fantôme mais une petite fille qui s’était rajouté un petit cache-cœur violet sombre aux manches longues sur sa robe en dentelle afin de ne pas avoir froid dans cette fraîche nuit de septembre. Les pieds nus recouverts de petits souliers salis par la terre encore humide voire boueuse par endroits, elle s’en allait vers la forêt, havre de repos et de sérénité, ses cheveux radis par la saleté volant autour de son visage, emportés par une brise froide qui suivait le chemin de l’enfant et allait vers le sud, la forêt, la quiétude. La fillette plongea entre les fougères, contourna les buissons avec une élégance inestimable, à peine possible à deviner dans les couloirs de l’orphelinat à part pour les nombreux regards attentifs qui scrutaient les moindres mouvements de l’enfant, souvent par réflexe, parfois par intérêt, qui avaient dû remarquer qu’elle ne semblait pas s’appuyer sur sa canne lorsqu’elle marchait sauf lorsqu’elle était en proie à l’Angoisse, ce qui était plus fréquent que cela en avait l’air. La fillette atteignit sa clairière préférée. Elle y déposa sa canne et, se tenant aux arbres qui bordaient cette clairière, se remit en mouvement. Trouvant appui sur des troncs, des branches ou même des lianes qui dépassaient, elle s’éloigna de sa clairière et sa canne sans inquiétude. Elle ne dépendait que de la nature et cela lui plaisait. Elle se griffa les jambes plusieurs fois mais ignora la douleur. Elle s’enfonça, s’enfonça au point que les prises pour se tenir furent multiples. Et elle en trouva un. Un Etre. C’était une chouette en pleine chasse. La fillette leva les yeux vers elle en s’immobilisant et plongeant son corps dans un silence en douce harmonie avec la vie de la forêt.
La lune était maintenant complètement aveuglée par une nappe nuageuse et les ténèbres dans laquelle la forêt était plongée durait depuis déjà une vingtaine de minutes lorsque la petite fille sembla jaillir de nulle part dans la clairière. Elle retrouva sa canne et jeta un coup d’œil à ses jambes qu’elle voyait à peine. Ses blessures étaient invisibles à cause de l’obscurité. Pourtant, dès qu’elle rentrerait à l’orphelinat et que les lumières les éclaireraient, elle savait qu’elle verrait de multiples coupures sciant la peau de ses jambes mais aussi de ses bras. Sa robe en dentelles était quelque peu déchirée mais peu importait, elle en avait un grand nombre qui l’attendait dans son armoire. L’enfant se plaça au milieu de a clairière, ignorant son piteux état, et s’assit. Elle déposa sa canne devant elle comme si elle était devenue un fragile et précieux trésor. Elle ferma les yeux et écouta. Elle avait d’abord vécu avec la forêt et les Etre en leur avait parlé, elle s’était mue dans leur univers. A présent, elle allait vivre uniquement en ressentant cet univers. Doucement, elle s’allongea. Et elle ressentit. Elle ressentit l’activité des insectes sous la terre sur laquelle elle était couchée. Elle ressentit le bourdonnement imperceptible de ceux qui volaient. Elle ressentit les bruissements de l’air par les ailes des hiboux, des chouettes, des chauves-souris et de tous les autres Etres qui se nourrissaient de ses insectes volant. Elle ressentit la danse du vent sur son visage et dans les feuilles qui parlaient, qui chantaient. Et elle eut envie de chanter avec elles.
Elle ouvrit les yeux. L’envie grandissait en elle, irrésistible. Elle se dressa dans la position assise en s’aidant de ses bras taillés de coupures. Prit une immense goulée. Et elle chanta. Elle chanta comme elle n’avait jamais chanté, avec toute l’émotion qui vibrait dans sa voix. Elle découvrit sa voix à l’instant où elle fredonnait les premières notes. Au début, elle sentit qu’elle chantait faux. Cela faisait si longtemps qu’une moindre note ne s’était échappée d’entre ses lèvres. Mais, très vite, elle sut déposer sa voix là où il fallait, et ses notes furent justes, et sa mélodie fut belle.
Notes of the dream.


Dernière édition par Abyss le Jeu 27 Aoû - 12:02, édité 3 fois
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Invité
Sujet: Re: A Song In The Dream Ven 24 Oct - 20:29

Dans la vie, il y a des gens effacés, des gens qu'on ne remarque pas et qui semblent ne remarquer personnes, ce sont souvent des gens effacés, mais parfois, c'est des gens qui font tout pour qu'on sache qu'ils existent et pourtant, personne ne les voit... ou alors, peut-être est-ce simplement que personne n'a envie de les voir... On se dit que l'aura entourant ces gens là, l'aura d'impopularité risque de nous englober aussi et de nous faire perdre notre place au sein de la petite hiérarchie lycéenne ou collégienne qui se crée parmi les jeunes, une toile sociale au moins aussi subtile que celle que les adultes ont crée, celle qu'ils croient contrôler et qu'en fait, quelqu'un qui est encore plus haut qu'eux pensent diriger dans l'ombre tandis que des Dieux vivants qui rédigent au clavier le destin de chaque êtres les manipulent en réalité de toute pièce, c'est une échelle infinie et immuable... Hélas...
Les gens effacés sont souvent répartis en deux catégories, ceux que tout le monde aimerait approcher car ils sont beau et ténébreux, talentueux, peut-être... Et les autres...
Haze, entre des milliers d'autres natures, était un autre... Personne ne l'approchait, il approchait peu de monde et le peu de monde ne voulait pas de lui... Bien qu'il n'en éprouvât aucune mélancolie, cette sensation lui laissait une légère amertume dans la bouche, quelle était la bonne manière de vivre, alors, si ce n'était pas la sienne? Devait-il changer? Renoncer à son âme pour un accès éphémère et factice à celle des autres? Non, ce n'était pas ce qu'il voulait... Quoi alors? Il n'avait pas confiance en l'humanité pour lui apporter le soutien qu'il lui implorait tacitement, personne n'agissait sans stimulation, personne ne viendrait vers lui s'il ne venait vers personne, c'était inutile, un cercle vicieux...


But, maybe we live only to determinate our death...


Haze sortit de sa chambre en trainant les pieds, la mort dans l'âme d'avoir résisté à la tentation de prendre sa dopamine du matin, il se sentait fatigué, fatigué de ne parler à personne, fatigué d'errer sans fin dans ce monde de brutes où il y avait tant de parents tués fatigué d'être tout le temps fatigué...
Il observa les orphelins dans les couloirs, ils parlaient, joyeusement ou pas, de sujets et d'autres, de tracas et de joies quotidiennes, de tout et de rien... Pourquoi ils faisaient ça? Ils ne pensaient même plus à tout ces morts qu'ils y avait eu pour qu'ils en arrivent là? Ah quoi bon, remarque... Ca aurait gaché leur vie... Comme ça gâchait sans doute la sienne, mais si la mort le fascinait, ce n'était pas parce qu'elle était devenue si...Banale.
La mort était la seule chose banale qui le fascinait.
Il sentit avec tristesse un orphelin le bousculer et partir sans s'excuser, il se réceptionna maladroitement sur le mur, à deux mains, il était fatigué... Il se sentait un peu comme dans un rêve...

Rêver de la vie, une triste fable qui se répétait encore et encore, on maximisait tout le pouvoir des rêves, on en parlait comme d'une bénédiction... On parlait peu de ce cauchemar qu'il refaisait régulièrement, tout ces couloirs, cette ombre, silhouette représentant sa terreur la plus absolue qui semblait le suivre, lui, le vermisseaux, mais qu'avait-il fait pour mériter l'attention de cette entité quasi-divine qui semblait se délecter de son horreur lorsqu'elle le suivait, lui montrant toutes ses peurs, les unes après les autres, en augmentant le degré à chaque fois, jusqu'à le pousser jusque dans les limites, dans les dernières frontières de la santé mentale, puis le relâcher, l'autoriser à souffler une journée...
Et tout recommencer... Mais pas trop fort, comme d'habitude, il ne faut pas taper trop fort sur ses jouets, sinon, ils se cassent...
Si c'était ça, rêver de la vie, alors, il préférait vivre la mort... Même si ce n'était qu'une seconde, au moins, ce serait une seconde heureuse...
Espérons qu'il n'y ait pas que ça, espérons que les stupides pensées de cet être insignifiant qu'il était ne se résument pas à une simple envie de ne plus vivre, à un simple caprice passager...


Un caprice de gosse...


Un soupir à fendre l'âme sors de ses lèvres, comme d'hab', il va en cours... Dion rend les copies, il se tape un 13 en philo... IL espérais plus... Et alors? Qu'est-ce que ça peut faire? Rien que le nom de cet orphelinat apparaissait sur son C.V. pouvait lui ouvrir les portes du pentagone, qu'est ce que ses notes pouvaient bien y changer...? Il observe son voisin, un anonyme qu'il ne connait qu'à peine, pourtant, lui aussi, il doit avoir une vie, lui aussi, il a une âme, lui aussi, il sera sans doute bientôt classifié par ELLE, la fille aux cheveux de jais, la fille qui a cette lueur lubrique dans les yeux lorsqu'elle observe, cette fille qui ne fait qu'observer... Comme un game master qui laisse ses joueurs agir, les poussant parfois dans une direction, ou dans l'autre... C'était si simple, pour elle...
Il détourne la tête, le gars ne l'intéresse pas, rien ne l'intéresse aujourd'hui, il a pas envie... c'est tout...
Sonnerie, tiens, elle a changé aujourd'hui, ils ont mit une musique joyeuse, tout le monde, ou presque, sourit à cette idée dans la classe 2, Haze observe les groupes sortir, l'un après l'autre... Ils sont si... Abjects.
Il est jaloux, oui, jaloux! Il voudrait pouvoir discuter avec les gens sans ressentir la joie qu'on ressent lorsque l'autre lui fait une faveur, il aimerais pouvoir ressentir cette joie qu'on ressent en discutant, en papotant en BAVARDANT simplement avec ses AMIS... Mais c'est impossible. Parce qu'il n'a pas d'amis, pas vraiment, en tout cas... Personne qu'il n'ose considérer comme son ami, quelle audace ce serait...
Quelle ironie...

Il a envie de pleurer. Contrairement à ce qu"ils" ont dit sur ses yeux "embrumés par les larmes qu'il ne verse pas", il pleure souvent, dans son coin, dans sa chambre, n'importe où où personne ne peut le voir... Il ne veut pas qu'on le voit pleurer, parce que ça fait pas... Ça fait pas "garçon"... Pfff, mais pourquoi un garçon ça peut pas se laisser aller, des fois? Pourquoi un garçon ça doit constamment faire ses preuves? bah, de toutes façon, des preuves, il n'en a jamais vraiment eu à présenter... Qu'est ce que ça peut leur faire? Il n'est pas intéressant, c'est tout...

Jetant mollement son sac de cours avec les autres, dans un coin où tout le monde les pose pour être libre de jouer avec ses amis dans la cour, il s'éloigne, à pas lents mais réguliers, il en a marre, il retient encore ses larmes, mais uniquement parce qu'il est trop près des autres...
Au loin, yen a un qui lui demande de lui rendre son ballon qu'il envoyé vers lui... Il tourne la tête de droite à gauche, maladroitement, mais au moins le message reste compréhensible...
L'autre lui dit de pas faire son enfoiré, même réaction, bon, de toute façon, la Terre ne s'arrêtera pas de tourner, un autre arrive et lui rend son objet, bah, c'est pas comme si Haze était important...

Il se dirige vers les arbres, certains ont peur des arbres, parait-il... On lui a dit, des fois... Lui, il n'a peur que des pins, les arbres avec des aiguilles...
A la pensée de ces instruments du diable, Haze remonte un peu plus son col, il ne veut pas avoir le cou à l'air, ça lui porte malheur! Pourquoi? Parce que... C'est peut-être pour ça qu'on ne l'aime pas... Il ne veut pas répondre aux questions et il en pose d'autres... C'est stupide, mais les question sont plus importantes que les réponses, c'est bien connu... Enfin, c'est des gens qui répondaient aux questions qui ont dit ça, pourtant... Ils ont dit ça uniquement parce qu'ils voulaient de nouvelles questions auxquelles répondre!!! Ils mentaient! C'est tout...
Tout le monde, ment... Qui avait dit ça, déjà?

"L'embrumé" approcha de la lisière et s'enfonça à travers les arbres, il voulait un endroit tranquille, loin des autres, loin de la dure réalité, loin des vivants! Il voulait un monde à lui! Il voulait pouvoir crier et hurler sa haine au monde des autres, sans qu'un de ceux-là vienne le troubler, qu'ils nous foutent la paix, un peu!
Il marcha, marcha, et entendit des voix, deux amants, planqués dans un buisson, non loin de la lisière... Il marcha plus vite, pour s'éloigner d'eux, ne pouvait-on donc pas être tranquille?
Il continua, plus vite qu'avant, car le besoin se faisait plus impérieux, ses yeux commençaient à le picoter, il n'en pouvait vraiment plus... Il voulait que tout s'arrête, il voulait que ça sorte, il voulait qu'on le laisse tranquille... La tranquillité était si différente de l'abandon... L'abandon supposait que les autres tiennent notre solitude entre leurs mains, un moment donné, l'un d'eux revient vers nous et nous dit que c'était pour rire, il nous tend la main et, trop heureux, on la prend, 10 minutes de bla-bla plus tard, ils en ont déjà marre... Et l'abandon recommence, sauf que la plaie est de nouveau à vif l'espoir mort-né creuse à nouveau la même blessure et le gentil garçon qui croyait bien faire nous a tué une nouvelle fois...

Il n'est pas nécessaire d'être mort quand on est tué... C'est stupide comme phrase, mais c'était souvent ce qu'il pensait, et à chaque nouveau meurtre, il pensait " ils m'ont encore tué..."... Et voila.
Il approcha d'une clairière et entendit des voix... Des voix masculines... Une cabane... NON!
Il se détourna et se mit à courir tandis qu'une voix demandait si les autres n'avaient pas entendu quelque chose... Les autres dirent que non, et l'autre, vaincu par la majorité, pliait la tête et abdiquait, encore une fois, le fantôme de l'école était passé sans bruit... Ou presque...
Haze courait, courait, pour la première fois depuis des temps immémoriaux, il courait comme un fou, comme un homme ivre qui voulait échapper au grand Cthulhu qui le poursuivait, il échappait à ses démons, il échappait à l'ombre, elle le poursuivait, il l'entendait, il la sentait, il voyait presque derrière lui, le poursuivre, encore et toujours, jouissant et riant, hurlante, de sa terreur, un rire silencieux, un rire qu'on aurait pu sentir s'il n'avait été au-delà de toute compréhension humaine.
La terreur absolue, voila ce qu'il ressentait, pour lui, c'était déjà la nuit alors que les nuages ne recouvraient qu'à peine le ciel, le paysage s'obscurcissait, la nuit tombait vite en septembre, mais dans son esprit, elle était là depuis l'ombre...
L'ombre, c'était le mal, elle était là! Partout! Derrière ce buisson, au détour de cet arbre! Il ne savait plus où fuir... Elle était là, là et là! Partout où il regardait, l'ombre était... Et lui, il courait en fermant les yeux, les branches lui giflaient le visage, il se prit peut-être (car il ne sentait plus rien d'autre que la peur) une ou deux épines qui s'accrochèrent au bas de son uniforme, mais il s'en foutait, à cet instant, il ne pensait qu'à fuir, fuir la peur, fuir le monde qui était derrière lui, fuir le monde qui était partout...

Soudain, il rouvrit les yeux et se cogna à un arbre, à bout de souffle, ses cheveux retombant sur sa tête en bataille tant il avait couru, il tomba en arrière, le corps en croix, en respirant bruyamment, sans qu'il s'en rende compte, la nuit était tombé, quelle heure était-il? Il ne savait, et sa montre était dans sa chambre... Il était seul... Seul face à l'ombre...
Non, pour le moment, il s'était réveillé, l'ombre n'était pas dangereuse, tant qu'il ne lui faisait pas face, tant qu'il ne se levait pas... Oh! Qu'il aurait voulu rester à terre pour l'éternité, s'enfoncer dans les entrailles de Gaïa et ne plus en ressortir, rester caché, toujours... Ne plus voir l'ombre...
Non. de toute façon, elle finirait bien par le retrouver... Car rien n'arrêtait l'ombre, rien...
Haze ferma les yeux, fort. Il ne voulait plus voir ça, il voulait que tout ça disparaisse de sa vue! Il ne voulait plus être là, il voulait être à un million d'années-lumières d'ici... Il retint encore ses larmes, Dieux sait pourquoi... Il ne voulait pas encore pleurer, la douleur n'était pas encore au point culminant, le murmure de l'ombre le lui sussurait dans l'oreille... Alors ce n'était pas encore fini, pourquoi? N'avait-elle donc aucune pitié? Ne pouvait-elle, au moins pour ce soir, lui laisser sa nuit? Non... Jamais, lui répondit-elle, jamais... Il se mordit le lèvre jusqu'au sang et les larmes ne sortirent pas...

Il se releva difficilement et, d'une démarche d'ivrogne, recommença à avancer... Maladroitement, doucement... En s'appuyant sur les arbres, la respiration sifflante, comme un fou......
Un moment, il s'arrêta et eut un haut-le-cœur, l'ombre était partout, elle l'écœurait de ses miasmes nauséabond... Quel être abject!
Il continua de fuir, mais lentement cette fois, à tâton, incapable de bien se diriger, il se prit un arbre et continua, se prit un nombre incalculable de branches mais continua, se prit tout ce qu'un humain peut se prendre dans la figure dans la forêt, mais continua... Continua, parce que s'il voulait rester, il le devait...
Dire "s'il voulait vivre" aurait été faux, il se serait à l'instant abandonné à l'ombre si elle avait pu l'aider à échapper au monde aussi rapidement qu'elle pouvait l'y ramener avec la brutalité d'un bourreau annonçant au condamné qu'on lui a troqué sa peine de mort contre un emprisonnement à perpétuité...


Pourquoi?


Puis, soudain, lumière! Des voix, des hiboux, des animaux nocturnes qui bruissaient, dans sa course folle, il ne les avait pas entendu, mais, même eux, pouvaient être des envoyés de l'Ombre, même eux ne pouvaient pas le protéger contre elle... Elle était trop. Elle était trop de chose à la fois pour que quelque chose ou quelqu'un puisse la vaincre.... Elle était lui, elle était les autres, elle était tout et elle n'était rien d'autre que les sombres fantasmes émanant de sa noire conscience, dérangée par tout ce qu'elle concevait...
Puis, encore une fois, une autre voix, il ne l'entendit pas, d'abord, elle était trop flou, il était trop fou, comme un animal enragé qui n'écoute pas son maître mais, miséricorde, la voix s'intensifia et il put la percevoir, à travers les broussailles à travers les arbres, il fronça les sourcils puis ferma les yeux, fort.
Encore en fois, il écouta la voix et se dirigea à tâtons, même l'ombre avait reculé, comme un vampire devant de l'eau bénite, comme Satan devant Dieu, l'Ombre ne pouvait rien contre la Voix.

Haze avança vers elle, comme un mourant vers la lumière au bout du tunnel, et quand, enfin, il déboucha dans la clairière, le son emplit ses oreilles, son corps et son âme comme le chant divin guérit les blessures du corps et de l'esprit, il s'avança, en aveugle, cherchant à voir dans l'obscurité, la lune avait choisi de le laisser dans les ténèbres, mais l'Ombre, elle, avait battu en retraite. Il se sentait soulagé. Il ne fit qu'un pas, au final dans la clairière, un seul, un petit pas, puis il tomba à genoux, vaincu par le Bien et par le Mal, comme un corps succombe à la chaleur et au froid, il regarda un instant le ciel, un regard implorant et reconnaissant, un "merci" à ce qu'il y avait " quelque part" pour lui avoir donné ça, et les larmes coulèrent, et il pleura. En silence, écoutant les notes sortant des lèvres de l'invisible inconnue, les vocalises adorée qui pansaient se blessures et repoussaient l'ombres dans les tréfonds de son esprit.
Il pleura, et, pour mieux écouter, ferma les yeux.
Mais doucement...

N
otes of Heaven
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Sujet: Re: A Song In The Dream Sam 8 Nov - 23:23

L’heure était avancée et Autrui se reposait dans pratiquement toutes ses personnalités. Il était en général blotti sous ses chaudes couvertures, bercé par la douceur du sommeil. Qu’il était enviable, cet Autrui, et ses yeux clos dans la sérénité. Pour lui, le temps passait avec vitesse sans être brutal ou désagréable, les heures s’écoulaient rapidement et les réserves d’énergie se remplissaient. Aux lueurs du matin, il serait prêt à jouer, à jubiler. Aux lueurs du matin, ce repos porterait en lui le fruit de la quiétude, fruit qui resterait en lui toute la journée. Qu’il était enviable, cet Autrui. Mais certains ne dormaient pas. Abyss savait qu’Autrui ne dormait pas toujours la nuit. Certains même ne dormaient pas de toute la nuit, débutant leur journée avec de lourdes cernes sous les yeux, plus lourdes encore que celles de l’enfant. Et, tout en se sachant elle aussi capricieuse la nuit, elle se disait qu’Autrui était idiot quand il ne dormait pas. Quand il n’y parvenait pas, c’était son corps qui jouait les idiots mais, dans tous les cas, il y avait un idiot. Chez la fillette. Et c’était elle, l’idiote. Car c’était elle qui s’était imposé ce rythme où le sommeil prenait trop peu de place. C’était elle qui avait décidé qu’elle passerait ses nuits devant un piano, ses dominos ou dans la forêt. C’était elle et non pas son corps. Ce dernier avait d’ailleurs montré son désaccord au début et la fillette s’était surprise à somnoler sur le piano, les joues posées sur des touches inclinées en silence. Elle s’était aussi surprise à passer des morceaux de nuit allongée dans sa clairière préférée, et ce jusqu’à ce qu’elle attrapât un vilain rhume qui remit son corps à sa place. Depuis ce rhume, elle parvenait à passer des nuits entièrement blanches quand elle le commandait. Des fois, c’était l’Angoisse qui décidait à sa place. Il lui arrivait alors de s’endormir au petit matin, blessée par ses émotions, et de manquer les cours. C’était rare mais cela s’était déjà passé une ou deux fois. Son corps avait voulu reprendre les choses en main et lui offrir le repos qui lui manquait. Un corps idiot mais généreux. Et logique, finalement. Car un corps fatigué faisait une âme fatiguée. Fatiguée de vivre parfois. Et il le savait, ce corps, il savait ce qu’il faisait sans le vouloir et tentait de freiner ces mauvaises ondes qui allaient vers cet esprit idiot refusant de dormir la nuit, l’esprit d’Abyss. Mais alors, quand dormait-elle ? Elle dormait l’après-midi quand elle n’avait pas d’évaluation. Elle dormait la soirée jusqu’à sauter le dîner parfois. Et elle dormait des brides de nuit lorsqu’elle n’avait pu dormir l’après-midi. Sauf que, ce jour-là, elle n’avait dormi ni l’après-midi, ni le soir, et que la fatigue n’attendait qu’une chose : l’enfermer dans son emprise. Mais Abyss tenait bon et n’appelait pas encore Morphée. Et Abyss chantait.

Cela faisait si longtemps qu’elle n’avait pas offert sa voix au moyen de notes. Lorsqu’elle avait connu Sue, elle n’avait pas chanté, ne lui avait pas ce cadeau. Lorsqu’elle avait connu son oncle, chanter ne lui avait même pas traversé l’esprit. De même au japon, de même à l’école primaire. Elle n’avait chanté qu’au temps où elle était encore une lumineuse princesse. Elle avait chanté pour Damase. Et, sourire aux lèvres, il lui avait dit : « Tu chantes bien, dis moi. ». Les souvenirs revinrent alors à l’enfant. Afin de ne pas se laisser assaillir par ces images, elle les plongea dans sa voix, dans ses notes. Damase et elle fugitifs marchant dans la nuit en chantant en cœur. Damase avait une voix merveilleuse, même s’il répliquait à chaque fois que la princesse lui faisait la remarque : « Tu mens pour me faire plaisir, c’est bien gentil à toi. ». Mais il chantait divinement bien, sans doute avait-il un don. Peut-être avait-il utilisé ce don pour se faire du bonheur ? La fillette l’espéra. Car, si tel était le cas, il n’avait pas oublié la petite princesse de neige qu’il avait connu dans sa jeunesse. Il l’ignorait peut-être, ou bien l’espérait-il, mais le fantôme de la princesse pensait à lui nuit et jour, et jamais ne l’oublierait-il. Jamais. Et un fantôme erre éternellement sans vivre ni mourir.

Abyss entendait presque le piano qui l’accompagnait, les petites notes de cristal qui emplissait le gouffre de sa voix. Petites mais formant un tout avec la voix, un tout puissant et solide. En apparence, du moins. Un tout qui semblait seulement. Il semblait capable de repousser n’importe quoi, des larmes du Démon du ciel aux paroles acérées d’Autrui, en passant par passant par les coups des autres démons. Ce tout ne faisait que sembler. Il n’était autre qu’une petite mélodie douce comme la soie, luisant comme des perles argentées. Une mélodie belle, une mélodie qui libérait, une mélodie qui ne devenait qu’un souvenir futile et sans intérêt une fois terminée. Abyss pour sa part avait envie de pleurer. Elle ignorait pourquoi. Peut-être à cause de sa mélodie, peut-être par cette beauté qu’elle imaginait sans doute de toutes parts, par ces perles de piano et sa voix veloutée. Son cœur se figea, ce fut qu’elle sentit du moins. Ses yeux lui piquèrent. Oui, oui, elle allait pleurer, enfin. Verser des larmes comme elle n’en avait jamais versé depuis plus d’un an. Elle ne demandait que cela : être capable de reproduire des perles. Cependant, elle n’y parvenait pas et n’y parviendrait pas cette nuit-là non plus. Alors, afin d’éviter de se sentir nauséeuse par ce manque de larmes, ces larmes qui, finalement, coulaient de l’autre côté pour se déverser sur son cœur, elle continua à chanter, tentant de rendre sa voix mystique et mystérieuse. Elle sentit alors les arbres danser avec elle, les Ames errantes de rassembler autour d’elle comme une lumière alors que la lune était toujours masquée par les nuages du Démon du ciel.

« Tu sais, ma mère me dit souvent qu’une fois mort, quand on a fait le bien dans la vie, on monte dans le ciel et on y sourit en permanence car c’est comme Eden. »
Le visage de Damase apparut peu à peu dans l’esprit de l’enfant, un visage dont les lèvres cessèrent de remuer, ayant finit sa phrase. Et elle entendit une voix de princesse demander, curieuse :
« « Alors pourquoi il pleut ? »
Damase n’avait su répondre à cette question simple et pourtant si complexe.
Abyss avait longtemps cherché la réponse, et elle l’avait trouvée lorsque son père était mort. S’il pleuvait, c’était parce qu’il n’existait rien d’autre dans le ciel qu’un démon malheureux et furieux contre Autrui, cet autre démon, le plus cruel de tous. Et si la Terre était l’enfer d’un autre monde ? Tout simplement ? Cela expliquerait qu’on pût errer, fantôme, dans ce même monde, déchiré par le vide et l’absence de joie. Cela expliquerait le grouillement de démons. Cela expliquerait tout.
Alors la Terre est l’enfer d’un autre monde.
Non, non, cela n’explique pas tout. Cela n’explique pas la forêt et les Etres qui y vivent en harmonie, cela n’explique pas le rêve.
Alors la Terre n’est pas l’enfer d’un autre monde.
Mais c’est quoi, alors ? C’est quoi à part des sourires éphémères et des larmes pesantes qui, parfois, ne veulent même pas couler du bon côté des yeux ? C’est à quoi à part des déchirements et de l’errance ? C’est quoi, la Terre ? C’est quoi ?

Elle monta doucement dans les aigus, ce fut du moins l’impression qu’elle donna en modifiant seulement une note avant de sortir du joli refrain et de descendre doucement dans les graves par quelques remontées. Puis le refrain revint, plus beau que jamais il ne l’aurait été par cette voix. Lorsqu’elle avait entendu cette musique pour la première fois, elle avait plongé dans la mystérieuse voix, dans les perles du piano. Mais elle s’était aussi plongée dans la corde vibrante des violons, si beaux, si amoureux. Ces violons accompagnant la voix avec harmonie, se mettant en parallèle avec elle dans le dernier refrain.
Cela lui rappela un autre violon, le plus vibrant, le plus euphorique, le plus malheureux, le plus violent. Elle l’avait entendu derrière la porte de la salle de musique, porte fermée qu’elle n’avait osé ouvrir afin de ne pas déranger le joueur qui maîtrisait si joliment son instrument. La mélodie avait été répétitive mais loin d’avoir été monotone, la musique était montée en gradation, de plus en plus forte, de plus intense, et elle avait fini sur une note pleine de tant de choses qu’elle avait résonné dans l’esprit de l’enfant qui s’était alors éloignée en se tenant au mur, souhaitant ne pas déranger le joueur et son violon qui avaient débuté une autre mélodie, plus douce et langoureuse, plus triste aussi.

Elle fredonnait son dernier refrain lorsqu’elle entendit des pas. Elle continua de chanter, se disant que c’était un Autrui en détresse. Comment avait-elle deviné si vite ? Les pas, tout simplement. Des pas lourds qui ne cherchaient en rien la discrétion. Ils semblaient pressés, comme s’ils recherchaient quelque chose de cher, une lumière sans doute. Elle mit du temps à se rendre compte que tous les Etres et les Démons pouvaient l’entendre. Tous, même Autrui. Elle ne s’en rendit compte que lorsqu’il déboucha dans la clairière dans un bruit de feuilles basses qui bruissent. Elle ne s’en rendit compte que lorsqu’il fit un pas, un seul pas, désespéré. Elle ne s’en rendit compte que lorsqu’il tomba sur les genoux dans un bruit si soudain qu’elle cessa de chanter alors que la dernière note approchait. Qui était là ? La lune ne pouvait éclairer l’intrus, la jeune fille ne discernait pas même une silhouette. Ou si, peut-être de ce côté-ci de la clairière, mais ne se trompait-elle pas ? Elle fouilla la petite poche de sa petite robe et en sortit un petit domino noir qu’elle se mit à tourner entre avec l’index, le pouce et le majeur de sa main droite. Autrui l’avait écouté chanter.
Et il s’était mis à genoux.
A genoux !
Autrui, comme tout Démon, était capable de sentiments. Et en ce moment-là, il ressentait… Que ressentait-il, au juste ? De l’extase ? Oui, sûrement. Autrui était émerveillé par sa mélodie et par sa voix. Chantait-elle donc si bien pour plaire à ce si cruel Démon ? Visiblement.
En arrêtant sa mélodie, elle plongea la forêt dans le silence, l’oreille guettant le moindre bruit de la part de cet Autrui. Pour être un peu moins en position de faiblesse, elle se leva à l’aide de sa canne, faisant toujours tourner son domino dans la main droite. Elle fit alors un pas en arrière pour se sentir un peu plus en sécurité. Le savait-on ? Autrui était un Démon qu’elle haïssait. Elle savait que certaines personnalités pourraient être agréables si elle laissait les relations se forger, mais elle partait toujours de ce principe-ci : Autrui est méprisable. Tout simplement. Mais Autrui, lorsqu’il était plongé dans la douleur, se trouvait être demandeur de réconfort, laissant de côté toute sa cruauté pour éveiller la pitié des siens. Comme c’était dur quelquefois de résister. De résister à cette pitié et à ce désir d’aider pour se sentir soi-même réconforté. En aidant, on peut sentir une petite chaleur montant du ventre, une petite chaleur de satisfaction personnelle, parfois de fierté. C’était cette satisfaction qui appelait lorsqu’Abyss restait auprès d’une personne désireuse de compagnie. Cette satisfaction et autre chose, peut-être. Peut-être le désir de retrouver Damase. Oui, peut-être. Mais c’était compliqué, sans doute trop compliqué, même pour le surdoué des surdoués. Et on appelle cela l’Etre Humain.
L’enfant fit un autre pas en arrière, puis un troisième. Prudence est mère de sûreté, dit-on. Peut-être était-ce le moment de tester cela. Sauf que, quand la demoiselle reculait, ce n’était pas par prudence mais par méfiance. Or, le proverbe n’en parlait pas. Mais, trop focalisée sur ses idées, elle ne s’en était pas rendue compte, ne l’avait pas remarqué.

Allait-elle parler ? Demander à cet Autrui comment il s’appelait ? Allait-elle employer sa voix ? C’était important. Oui, il était important de savoir qui était là, même si elle le savait déjà. Il était surtout important qu’elle l’entendît parler. Et pour l’entendre, il lui faudrait engager la parole. Engager la parole. Chose qu’elle faisait rarement. En général, elle parlait avec les yeux et cela suffisait. Mais on n’était pas dans un cas général. On était dans la forêt qui donnait l’anonymat à ces deux êtres. Anonymat qu’un murmure ne trahirait pas. Silence qu’un murmure briserait toute en douceur. Oui, murmurer seulement, simplement. Murmurer quelques mots d’une voix d’enfant. De toute façon, cet Autrui connaissait déjà sa voix. Il l’avait entendue fredonner. Il l’avait entendue dans ses rêves. Il l’avait entendue dans son intimité. Elle frissonna à cette idée. Elle s’était confiée à Autrui. Contre son gré. Colère et détresse face à cette idée. Puis l’espoir que la personne présente soit un bon Démon. Et ce murmure, doux, ce murmure de l’enfant qui chuchote :

« Qui êtes-vous ? »
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Sujet: Re: A Song In The Dream Sam 15 Nov - 10:39

Désespoir absolu, Haze était toujours à genoux, tétanisé, inconscient du ridicule, ou même de la stupidité de la position dans laquelle il se tenait, il voulait rester ici, pour toujours et écouter ce chant, poser ses mains sur la surface de l'eau et ne jamais les retirer... Seulement voila, quand on touche de l'eau, elle s'agite, c'est mathématique. Mais lui n'en avait pas conscience et il tomba tout de même, comme un pêcheur tombe face à une croix, c'est triste, n'est-ce pas?
Il devait donner un bien piètre spectacle de lui.

Il semblait ne se rappeler de rien, il ne vivait plus qu'ici et dans l'Ombre, il ne voulait pas sortir de la clairière, même son esprit y restait confiné, refusant la réalité, il ne voulait pas de la réalité, il ne voulait pas de l'Ombre, il ne voulait pas de la solitude...
Mais le chant s'arrêta, foudroyé en plein vol par sa présence obscène, par la profanation qu'il avait peut-être accomplie en entrant, il avait voulu attraper le chant, et l'avait brisé. Non!

Non! Continues à chanter, reste, je t'en prie ne pars pas... Mais quel tête devait-il avoir? N'importe qui aurait eu envie de fuir cette loque en vie qu'il était sans doute devenu, cette horreur blasphématoire, sans doute transformé par la terreur, quelle tristesse.
Pourtant, il se sentait étrangement revivre, comme si la douleur quand on applique le pansement s'était terminée, que le sang s'était arrêté de couler et qu'il se sentait presque prêt à se relever. Mais il était encore trop faible, il aurait sans doute tourné de l'oeil, et la plaie n'était pas refermée, seulement recouverte. Il était stupide. Et il ne voyait rien, il ne voyait devant lui qu'une silhouette indistincte, semblable à l'ombre et pourtant si différente... Réel, compacte... Mais à la différence de l'Ombre, elle reculait. Elle ne voulait pas de lui, c'était naturel. Seul le malheur appréciait sa compagnie, car aimer était sans doute bien plus ennuyeux que faire souffrir, non? Quoique, peut-être pouvait-on aimer son souffre-douleur, c'était le cas pour certains, peut-être que l'Ombre ressentait la même chose (si tant est qu'elle pouvait ressentir quoi que ce soit... ) envers lui, peut-être que chaque nuit, elle se disait que son punching-ball adoré allait arriver dans le manoir qu'elle hantait et qu'une nouvelle nuit de jeu et d'amusement absolu allait, pour elle, commencer et qu'il allait souffrir avec le sourire une fois de plus, peut-être qu'elle croyait qu'il souriait, peut-être qu'elle le croyait aimant, peut-être... Oui! Si ça se trouve, l'Ombre n'était pas si méchante, pourquoi pas? Cette idée lui fit un instant chaud au coeur, une minuscule seconde pendant laquelle toutes ses pensées passèrent comme un coup de vent, un tout petit instant à la fin duquel il sut à nouveau. Il sut qu'il avait tort, puisque l'Ombre était tout, elle ne se souciait pas de lui, elle le tuait parce qu'il était là, elle le tuait parce qu'il n'était pas Elle. C'est sans doute la seule raison.
Et l'autre Ombre? La silhouette? Pourquoi reculait-elle? Elle avait peur de lui parce qu'il avait la marque de L'ombre? Etait-il donc marqué par le sceau d'infamie de cette créature infâme, en plus des souffrances qu'elle se plaisait à lui faire subir? Elle l'avait donc... Non, c'était trop écœurant... Haze bascula en avant, la tête basse et à quatres pattes, il eut un haut-le-cœur tandis que ses yeux s'exorbitaient sous la terreur du sombre fantasme qu'il venait de créer... les rêves n'étaient-ils pas sensés apaiser? Pourquoi se dérobaient-ils à lui? Pourquoi?

C
ause you're not a dreamer

Une petite voix qui le lui disait.
Et la Silhouette reculait à nouveau, normal, il n'était pas elle non plus...
Peut-être qu'au final, si l'Ombre le faisait souffrir, c'était peut-être parce qu'il faisait partie d'Elle, peut-être simplement parce qu'il ne voulait pas l'accepter, il n'acceptait pas son triste sort et la sombre faucheuse qu'elle était venait chaque nuit lui rappeler qu'il n'était qu'un jouet entre ses mains. Un jouet qu'elle aurait pu jeter n'importe quand, comme un gosse qui se lasserait d'une figurine articulée trouvée dans un œuf... Peut-être était-ce pour ça qu'elle reculait.

Etrangement, il se sentait calme, calme comme quelqu'un qui réfléchissait à la manière dont il pouvait survivre face à une situation de vie ou de mort. Surtout de mort car l'Ombre n'était pas loin. Surtout de mort car la silhouette reculait face à elle, reculait face à lui, non par peur, mais sans doute par dégoût. Comment lui parler, comme oserait-il lever les yeux maintenant? Car, mieux que tous, il comprenait sans doute sa réticence à lui parler, quoi de plus naturel? La lumière fuyait l'ombre car l'ombre occultait la lumière quand elle s'approchait, c'était mathématique, elle ne pouvait que reculer...


« Qui êtes-vous ? »


L'Univers sembla s'arrêter. Un murmure, une douce voix, une plume qui tombe sur la surface de l'eau, sans provoquer une seul onde, son coeur rata un battement et sa respiration ralentit, son esprit redescendit un peu, un peu. Car ce murmure, plus qu'un signe, plus qu'une faveur... Ce murmure était ne preuve d'humanité, une permission de parler, un contact.


H
ave a hope

Haze releva lentement la tête, elle ne savait pas qui il était, c'était... Normal. C'était la nuit.
Cette constatation eut presque le pouvoir de le faire sourire, évidemment que c'était la nuit, mais... Mais qu'est ce que ça pouvait lui faire? Elle qui était plus forte que l'Ombre, devait bien savoir voir à travers elle... Mais... Mais non, peut-être que non, peut-être que même la Silhouette avait ses limites.
Peut-être que le simple humain ne peut pas voir à travers la nuit et que même la lueur intérieure ne suffit pas à éclairer les ténèbres du Monde extérieur. Le monde de L'Ombre. Il aurait dû se sentir honoré que ces deux entités lui prêtent attention.

il resta immobile quelques secondes et se calma, la voix était comme le chant, elle était douce, calme, elle ne tranchait pas, elle ne voulait pas faire plier sa volonté, comme toutes les voix de l'Ombre, elle n'était pas méchante, c'était une voix... Amicale? Non... Peut-être pas... Mais au moins, elle ne le détruirait pas, ce fut peut-être cette rassurante constatation qui lui permit de se relever. Doucement, un membre après l'autre, un peu comme un pantin désarticulé, il se remit lentement sur ces pieds, debout, il s'aperçut qu'il tremblait, ses jambes et ses bras tremblaient comme des feuilles, de peur et de joies, peut-être, de toutes les émotions qu'il ressentait en ce moment, mais de peur aussi. Surtout de peur.

Qu'aurait-il pu répondre? Dans la monde extérieur, il aimait bien poser des questions, jouer avec les nerfs des gens, volontairement ou pas, ne pas répondre tout de suite, attiser le désir de connaitre et le satisfaire s'il était assez fort, c'était comme un stupide jeu avec les autres, et il s'étonnait d'être seul.
Mais là, c'était différent. On lui demandait qui il était, on voulait savoir, c'était vrai. Cette fois-ci, ce n'était pas une politesse, on voulait savoir.
Haze releva tant bien que mal la tête qu'il avait gardé baissée et tenta de discerner la Silhouette. Une simple forme, une ombre qui paraissait humaine, il ne voyait rien de plus et ne voulait rien voir de plus... Étrange comme, dans la nuit, on a plus de mal à parler, on ne veut pas détruire le silence, on ne veut pas rendre réel, on ne veut pas sortir du rêve, alors on chuchote.
Ses lèvres desséchées s'animèrent et sa voix neutre, un murmure, plus simple, moins doux que celui de la Silhouette, mais doux quand même, un simple mot se fit entendre.

" Haze"


Nothing

Lui aussi aurait aimé savoir. Il saurait peut-être. Demain matin.
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Sujet: Re: A Song In The Dream Ven 9 Jan - 16:30

In the sky
Elle voulait savoir. Elle voulait savoir qui il était. Elle voulait savoir si, pour une fois, elle pouvait ne pas le haïr, ne pas le craindre. Alors elle avait parlé. Juste un murmure, sans voix, sans identité, le murmure d’une enfant comme les autres. Mais elle avait parlé. Elle y était parvenue, sans difficulté en plus, et ce grâce à l’obscurité de la forêt, ce noir rassurant qui la gardait en sécurité. Il y avait une bonne raison à cela. Il connaissait la voix de la petite chanteuse qui avait sommeillé si longtemps en elle et qui, enfin, s’était éveillé. Devait-il se sentir honoré, ce démon, d’avoir entendu cette voix ? Il était extasié, mais un démon ne devait pas s’extasier ainsi. Un démon n’était que chair et sang. Un démon n’était que cruauté, il ne pouvait pas s’extasier en écoutant une mélodie fredonnée par une petite fée aux ailes arrachées. Non, il ne devait pas le pouvoir. Et pourtant, pourtant, il s’était mis à genoux. A genoux ! L’étonnement durait et Abyss ne parvenait à le chasser, troublée. Elle réfléchit alors, elle réfléchit durant un morceau du moment qu’elle attendit pour avoir la réponse à la question qu’elle avait formulé d’un murmure. Elle réfléchit encore, elle réfléchit avec une attention particulière, allant de « puisque » à « alors » et elle arriva à cette conclusion qui la troublait : peut-être cet Autrui n’était-il pas un méchant démon ? Peut-être était-il capable d’offrir un peu de beau et d’amour sincère et sans douleur ? Peut-être, peut-être… ? Etonnement encore face à cette conclusion, alors que l’enfant avait vécu une année entière sans jamais aimer Autrui, jamais. Elle se rappela alors Damase. Oui, mais Damase n’était pas Autrui. C’était un Ange orphelin échoué chez ces démons. Il s’était adapté avec eux, mais sa nature l’avait rattrapé. Et il avait trouvé une petite fée. Il l’avait protégée. Il l’avait aimée. Et il avait sacrifié ses relations avec Autrui pour la petite fée de la nuit. Abyss se rappela donc Sue. Et elle admit. Sue était une démone, qui jouait aux poupées malgré le regard d’Autrui qui la voyait comme une gamine qui ne grandirait pas. Mais Sue était une démone qui savait aimer sans faire souffrir, de cet amour si rare et si précieux perdu dans ces amours noirs qui avaient une fin terrible. A cette époque, Abyss ne connaissait Autrui que sous ses multiples identités humaines, pas sous son vrai nom. Et, à cette époque, ces idées n’étaient pas claires sur lui. Nouvelle fois, la même conclusion lui traversa l’esprit. Cet Autrui-là n’était peut-être pas un méchant démon.
A l’orphelinat, les pseudonymes étaient divers et variés. Mais, le choix avait toujours pour une bonne raison. Le nouveau nom de ces orphelins pouvait être un attrait de leur personnalité, une ironie, un opposé, qui savait ? Mais ce nom avait toujours une signification cachée que l’enfant se plaisait à dénicher, même si ce n’était pas la bonne. Le symbole qu’elle trouvait lui appartenait. Et, quand elle donnait une identité à quelqu’un, c’était par rapport à ce symbole. Elle connaissait par exemple une adolescente douce et souriante qui, sans la forcer du moins du monde à communiquer, lui offrait des sourires amicaux à chaque fois qu’elle la croisait dans les couloirs, sans jamais l’oublier malgré les mois qui s’étaient écoulés. Après l’avoir appelé Autrui pendant quelques semaines, elle se mit à la nommer la Douceur-au-Sourire. Elle aimait donner un peu de poésie à ces appellations car c’était la poésie qui la faisait vivre. Et elle avait besoin, par le surnom d’abord, de savoir qui était cet Autrui qui l’avait entendue. Elle voulait savoir qui il était. Elle voulait savoir.

Un chant. Oui, un chant. Mais d’où… ? L’enfant ne leva pas les yeux vers le ciel, ne les dévia pas vers les arbres au loin, ne les fixa pas vers l’ombre de la silhouette d’Autrui. Elle les ferma. Elle ne chercha pas autour d’elle, elle chercha en elle. Car elle savait que ce chant n’existait pas vraiment dans la réalité, il n’existait que pour elle, que dans son corps et son âme. Elle explora les limbes de son esprit afin de savoir d’où venait cette voix de femme qui chantait, cette voix à la fois étrange et familière…
« Blanche et noire à la fois
Belle perle, mon cœur
Brillante tous les mois… »
Silence. Le chant s’était tu sans que l’enfant eût pu identifier la voix, tant pis. Elle irait ailleurs, entendre une autre mélodie, réciter un beau poème, en solitaire.
Ne crains rien…
Non, elle n’avait pas peur. L’Angoisse n’était pas là. La haine d’Autrui qui l’aurait fait fuir par méfiance était réservée. Elle se sentait calme voire sereine.

Living in a dream

Un peu de larmes en ce bas monde. Tout le monde doit pleurer un jour. C’est obligé. Si personne ne pleure, n’est-il pas un Etre non existant ? Comme un fantôme ? Come un bout de néant ? Car c’est bien cela, un fantôme : un morceau qui aurait été arraché au néant et qui errerait sur Terre, loin de sa place qu’est le néant.
Des mains froides. Des yeux glacials aux iris luisant comme deux pierres précieuses trouvées au fond des abîmes, dans le gouffre de l’océan ou des flocons de neige du nord. Une peau pâle, pas laiteuse, pas verdâtre non plus, juste pâle comme celle des fantômes, presque transparente, laissant voir non pas des organes saignants de vie mais seulement une immense étendue de neige qui couvre tous les cris d’agonie.
Petite forme limpide qui vole dans le ciel gris d’où tombent des larmes glacées. Un souffle, un nuage qui s’échappe. Le froid qui prend le monde. La forme semble planer au-dessus des têtes qui ne la voient pas. Personne ni rien ne la voit. Elle ignore ce qu’elle fait là. Sa tête est creuse et transparente comme son corps. Alors elle vole, elle erre. Ce vide la prend, la serre, l’étouffe, puis la berce. Elle ne sait qu’une chose : ce vide, c’est sa nouvelle maison.
Des fois, des larmes salées semblent vouloir jaillir de ses yeux et chasser ce vide pour le remplacer par une intense tristesse. Alors les larmes essaient de passer, elles insistent, elles forcent. Mais, très vite, elles se taisent. Une envie de vomir s’y met, des spasmes douloureux agitent ce corps si frêle, si vide qu’il n’a rien à cracher. Rien ne sort, pas même la douleur. Et les larmes se renferment, déçues, résignées.
Quelle est cette tristesse qui transperce ce cœur ? Quel est ce vide qui l’emprisonne en permanence ? Quelle est cette âme qui ne cherche plus et souffre sans but, ressassant le passé, répétant les cauchemars, se perdant dans des rêves sans début ni fin, sans œil ni oreille ? Est-elle un fantôme ?

Et la petite fée dansa, dansa en souriant, dansa en riant, dansant en chantant. Elle dansa encore et encore, subjuguée par le bonheur de la danse. Une main d’Ange vint d’offrir à la sienne et guider ses pas dans la lumière, chantant et dansant avec elle. Qu’elle était heureuse, cette jolie fée, cette princesse des Etres. Puis vinrent les démons qui aspirèrent la lumière. Ils se saisirent de la princesse rayonnante de blancheur et de lumière et lui tranchèrent les ailes qui tombèrent en poussière dans l’herbe. Les sourires laissèrent place aux grimaces de douleur, les rires aux cris de souffrance. La fée aurait pu accepter son nouvel handicap et les moignons saignant qui dépassaient de son dos avec cette main dans la sienne. Mais on brisa le lien et on les sépara pour toujours. La princesse déchue se noya dans les larmes et mourut. Son âme s’échappa de son corps décomposé dans une volute de fumée et un spectre vint habiter le monde des humains pour l’éternité.
Un joli conte de fée se présentait sous les yeux de l’inconnu qui se redressait lentement, comme animé par une nouvelle force, un nouvel espoir. Un joli conte de fée que symbolisait ce joli fantôme pâle, pas laiteux, pas verdâtre non plus, juste pas pâle, presque transparent. Une forme limpide tout proche d’un Autrui qui l’avait vue. Peut-être enfin.

A little thing’s crying

Abyss sortit de ses rêves, le domino tournant toujours autour des doigts de sa main droite. C’était un automatisme. Une manie comme on disait couramment à l’orphelinat. Elle cligna des yeux mais ils étaient déjà habitués à l’obscurité, la seule lumière qu’ils connaissaient étant celle du soleil éteinte depuis de longues heures déjà. Se rappelaient-ils la lumière du passé ? La lumière de l’Ange ? S’en souvenaient-ils, ces pauvres globes habitués aux stores fermés, à la nuit profonde et aux idées noires ? La petite fille n’ayant toujours pas perçu sa réponse fixa ses pupilles sur la vague silhouette qu’elle apercevait à peine. Elle la devina plus grande qu’elle mais n’en sut rien de plus. Alors elle attendit sa réponse qui ne tarda pas. L’inconnu choisit de la murmurer lui aussi. Un murmure fugace et laconique pour ne dire qu’un mot. Haze. Un mot, quatre lettres, une nuée de sens. Comme s’il n’attendait que l’instant de ce murmure, un nuage de brume enveloppa l’obscure silhouette que décelait à peine l’enfant pour la protéger du savoir qu’avait acquis la petite fille en un mot. La brume serra l’inconnu presque à l’en étouffer, montrant ainsi sa détermination à la protéger contre un Etre Déchu. La demoiselle ne se laissa nullement impressionner et, contente d’avoir mis un nom à cet Autrui, chercha à savoir si elle n’avait pas déjà entendu cette couverture à l’orphelinat. Pas dans la classe une, en tout cas. N’avait-elle pas vu un Brumeux errer dans les couloirs ? Elle eut beau fouiller, elle ne s’en souvint pas. Peut-être l’avait-elle vu sans s’en apercevoir, sans voir la brume qui l’entourait.
Haze. Il s’appelait Haze.
Malgré l’obscurité qui en effaçait l’intérêt, la fillette ferma les yeux. Les paupières closes, elle laissa vaguer son esprit autour des arbres environnant puis s’approcha subrepticement de la silhouette entourée de brume, la frôla, sentit la brume caresser sa peau, s’en éloigna à nouveau. Revenant à elle quelques instants plus tard, elle souligna avec insistance le point d’interrogation qu’elle avait ajouté à cet Autrui dont elle modifierait l’appellation le temps au moins de le connaître un peu. Pour savoir si elle devait l’ignorer encore comme beaucoup d’autres ou au contraire penser à lui. Pour savoir s’il en valait la peine ou s’il était finalement comme les autres.
Le temps d’un instant, elle l’appellerait le Brumeux. Caché sous un brouillard de mystères que l’on appelait inconnu. Peut-être réviserait-elle ensuite ce nom lorsqu’elle le connaîtrait. Pour l’instant, il était le Brumeux.

Un enfant commun aurait répondu aussitôt, se présentant à son tour ou répétant plus simplement le nom qu’on lui avait appris.
Abyss n’était pas commune. Elle le cultivait. Elle choisit de laisser le nom se fondre dans le silence envoûtant du bois, les arbres inspirèrent de ce nom toute sa richesse pour s’en nourrir et souffler de cet air qu’elle respirait, ce même air que respirait le Brumeux, ce même air que respirait tout Autrui allant se promener sous les feuillages. Une brise à peine perceptible se leva afin de cueillir ce silence et danser avec lui avant de le guider entre les feuillages vers le ciel encore couvert. Et la jeune demoiselle ouvrit les yeux et se rendit compte que l’air se gonflait d’humidité. Allait-il se remettre à pleuvoir ? Il avait plu à flots durant toute la matinée, le Démon du ciel avait cessé de pleurer en début d’après-midi… Allait-il verser de nouvelles larmes ? L’air se gorgeait d’humidité comme les yeux s’emplissent de gouttes salées qui ne demandent qu’à jaillir avec douleur, débordant des paupières pour inonder la peau et mourir à l’angle d’une joue ou au creux des lèvres.
Une fois les paupières séparés et ses pupilles libérées, la jeune fille dirigea son regard vers la silhouette de brume et l’observa un moment avant de se répéter qu’il n’y avait aucune raison d’avoir peur, avant de remarquer à nouveau que nulle crainte ne s’éveillait en elle. Les pas qu’elle avait faits en arrière s’étaient avérés inutiles, sa méfiance irraisonnable.
Il n’était pas dans ses habitudes d’engager la conversation, mais la rencontre qu’elle faisait s’en éloignait tout autant. Le Brumeux était la première personne qu’elle avait laissée approcher, sans doute parce qu’elle était trop plongée par son chant, le tout premier depuis de longues années. Et surtout, le Brumeux était la première personne à s’agenouiller sous ses yeux comme s’il entendait la voix d’un ange. L’image de Damase traversa un instant l’esprit de la jeune fille avant de s’effacer, ne laissant que la trace de son passage. Un bref mouvement de lèvres.
Haze…
« C’est beaucoup… »
Voix d’enfant, mots d’enfant pourtant emplis de sens tel qu’un enfant serait incapable d’accomplir. Une plume en main pour manier les mots comme un chef d’orchestre et sa baguette. Ecrire portait des fruits dans le langage oral de la jeune fille. Non pas dans les mots qu’elle exprimait mais dans le sens qu’elle y cachait souvent.


Dernière édition par Abyss le Jeu 26 Fév - 18:08, édité 3 fois
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Invité
Sujet: Re: A Song In The Dream Ven 9 Jan - 16:31

Lonely.
Haze.
C’était d’abord cette volute de brume qui flottait autour de lui. Cette brume, son univers. Un brouillard permanant dans lequel il vivait physiquement, sans voir le soleil ni la lune, sans voir la lumière ou l’obscurité, sans voir les sourires ou les regards méprisants. Une brume qui le protégeait de tout contre tout, sans faire la part du bien ou du mal, voyant le monde extérieur comme un permanant danger.
Haze.
C’était ensuite cette voix terne qui avait retenti à peine un instant, fugace, éphémère comme l’est le bonheur, comme l’est le brouillard qui s’en va tranquillement mais sûrement lorsque se termine le matin qui laisse place au cœur de la journée. Une voix sèche et humide, une voix vide et emplie de mystère, une voix rauque et douce. Par cette voix, il était aisé de voir qu’il n’y eut aucun sourire, aucune satisfaction quelconque à se présenter à une nouvelle rencontre. Mais il devait y avoir autre chose.
Haze.
C’était enfin ce voile devant ses yeux visible même dans le noir, ce voile qui voile les regards d’une tristesse aphone qui ne s’exprimait qu’en plongeant ses victimes dans son brouillard grisâtre sans lumière ni ombre unie mais seulement empli de bouffées de sourires et de larmes, de calme et de souffrance froide, plus profonde que vive, plus grise qu’écarlate, dans laquelle il se perdait et disparaissait aux de tous que pourtant il voyait et entendait sans peine. Brouillard étouffant qui plongeait dans la solitude.
Et c’était bien plus encore.

Abyss leva les yeux vers le ciel, son regard effleurant les feuilles des arbres. En cette nuit d’octobre, où les feuilles ne jonchaient pas tout à fait le sol, où les nuages masquaient le clair de lune, où l’air n’était pas encore trop froid pour qui le supportait, où le silence est d’argent, l’obscurité d’or…
On entendit une petite goutte éclater sur une feuille humide. L’enfant en sentit une autre au creux de ses lèvres, là où ses larmes mourraient jadis. Une troisième mouilla sa main qui s’appuyait sur sa canne. Il allait pleuvoir. Elle tenta à nouveau de discerner la silhouette, n’aperçut que de la Brume.
Le Démon du ciel se mettait à pleurer. La fillette se demanda si sa tristesse allait parvenir à percer la Brume.
Elle écouta.
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Invité
Sujet: Re: A Song In The Dream Ven 14 Mai - 14:38


F
oggy mystery

Of an hazen soul
In the mist forever...


Perdu... Perdu... Comment, comment aurait-il pu penser? Comment aurait-il pu voir? Haze gardait ses yeux aveugles vers la Silhouette sans jamais réussir à percer l'obscurité, l'Ombre l'empêchait d'accéder à Tout, à la lumière, à l'immensité d'une infinie beauté qui n'avait été absolue que dans un son. Une voix de cristal qu'il avait détruit, pierre face au diamant, laine face à la soie, barbare face au Dieu. Comment osait-il détruire comme on le détruisait? Il se transformait peu à peu en Ombre, peut-être, n'était-ce pas un espoir? Mais ne vaut-il pas mieux n'être rien et triste qu'immonde et heureux? Les larmes revinrent sous les paupières du garçon, le garçon qui aurait aimé redevenir poussière, qu'on le laisse n'être rien, si on ne voulait pas qu'il devienne quelque chose... Et cette lumière, cette lumière éblouissante qui lui avait donné espoir, mentait-elle? Comme le reste, comme ce garçon qui lui avait dit que c'était pour rire et qui avait recommencé? Comme tout ceux qui voulaient le maintenir dans l'abandon en lui refusant la solitude? Les pensées tourbillonnaient dans sa tête, désordonnées...
Il était perdu.

Perdu comme toujours, perdu comme avant, comme après, comme demain, comme hier et comme aujourd'hui, sauf qu'avant, il savait où il allait dans sa perte. Il savait se servir de cette boussole qui indiquait chaque jour une direction différente, mais qu'il savait être celle de son malheur, il savait qu'il allait suivre cette invisible voix mielleuse qui le guidait tout les jours, le poussant à parler, le tentant à nouer des liens qui se briseraient mort-nés, cette voix affreuse qui le punissait quand il n'obéissait pas, toute les nuits... Tout les jours, il savait, tout les jours il y réfléchissait, tout les jours... Mais pas maintenant. Une pause? un vide? Une paix? Un manque? Rien ne venait...
Il aurait dû se demander comment être avec la Silhouette, il aurait dû se demander comment elle était, il aurait dû écouter l'Ombre qui lui aurait susurré de lui parler, encore et encore, jusqu'à la rupture.
Mais l'Ombre s'était tue. Et pour la première fois, il sentait qu'il était libre, libre de son oppression, libre de sa voix, libre d'être lui.
Quel idiot.
Il était simplement libre de souffrir à sa guise. Meurs, idiot, meurs!

Son regard se fit vitreux, libre de souffrir, mais libre. Il releva légèrement les yeux, comme une résistance, un signe de croix face au diable, un regard vers la clarté pour repousser la pénombre. Lui aussi aurait voulu savoir, mais qu'importait le savoir, il avait bien plus. Une émotion, peut-être? Une émotion qui passait le voile de brume, un sentiment...? Mais qu'était-ce donc?
Cet chose étrange, vivace et évanescente, une goutte d'eau tombant dans un désert, ce fut dans cette goutte d'eau, dans ce minuscule instant de vie, qu'il donna son nom.

Ce fut dans une goutte d'eau qu'elle parla aussi. Etait-ce une réponse? Etait-ce juste des mots? Simplement des mots...

« C’est beaucoup… »


Deux mots, deux mots qui ne disaient rien. Deux mots qui auraient pu tout dire. Deux mots qui pourraient tout dire, mais qui sait? peut-être n'était-ce après tout que l'image qui se reflétait sur un miroir sans teint, une lumière qu'elle lui enverrait mais qu'il ne saisirait pas, embrumé qu'il était. La brume a cela de commun avec la stupidité qu'on voit souvent un peu à travers elle mais que la vraie lumière n'y peut pas percer. Haze n'en peut plus, les questions se mêlent en lui, réponse et interrogations se confondent tout autour de cet unique son produit par un ange, tel un Signe. Après tout, est-ce que cela voulait vraiment dire quelque chose? Est-ce que ça n'était pas simplement un sombre délire? Quelque chose d'étrange sorti du cerveau de quelqu'un d'étrange comme il y en avait tant ici? Mais c'eut été admettre que la Voix était humaine. Renier la protection qu'elle lui offrait, renier la lumière qu'elle dégageait qui éclairait l'âme sans éblouir les yeux, ouvrir le passage à l'Ombre...
NON!!!

" non!"

Un murmure involontaire, torturé. Le garçon ferme son esprit au doute, il doit croire. Il doit croire en la Voix. Il ne laissera pas la lumière s'éteindre parce que sans elle, il mourra dans cette forêt: il mourra de peur et de s'être torturé lui-même, il mourra de frustration de n'avoir pas vu le matin se lever et de n'avoir jamais su qui était la Voix. Quoique, était-elle quelqu'un? Après tout, peut-être qu'il rêvait.
Bon. Pour une fois qu'il ne cauchemardait pas c'eut été un bilan plutôt positif. Mais il préfèrerait que ça soit la réalité. Quoique... Il n'était décidément plus sûr de rien. Si! Il n'était sûr que d'une chose et, en ça, c'était sans doute un rêve: la Voix était là. A côté de lui, chimérique et bienveillante. Et il la croyait. Il croyait en la Voix. Mais n'était-ce pas un être bien étrange que celui qui erre en chantant dans la forêt? On pourrait penser à un elfe, une apparition... Un fantôme? La thèse du fantôme était plus séduisante, mais alors de quoi était-elle le fantôme? De qui? Une ancienne élève surdouée en chant (un enfant? Drôle d'idée...), un rossignol ayant pris forme humaine (non, ce n'était pas la voix d'un rossignol), une femme assassiné dans les bois ou morte de froid dans des circonstances étranges...? Après tout, peu importait, si le fantôme le voulait il prendrait sa vie et son âme et les brûlerait pour se réchauffer à leurs flamme. Après tout, n'était-ce pas une belle mort que de mourir pour réchauffer quelqu'un?
Mais il n'avait pas spécialement envie de mourir... Quoique...

Une goutte de pluie perça l'éther. Sur sa nuque. Elle ne s'évapora pas, elle fit sa route, sur son échine, son épine dorsal, elle dévala son dos et disparut dans le néant, trop chaude pour continuer à être fraiche. Elle ne fut pas morte en vain, ses camarades commencèrent à accourir en masse pour la venger. Sur eux. Haze leva les yeux un moment vers le ciel, la bouche entrouverte comme pour proférer quelque chose. Quelques gouttes d'eau lui firent sentir à quel point son visage était froid; il ne les sentait qu'à peine. Étrange de pleurer un peu et d'avoir froid mais n'est-ce pas logique, après tout? Il leva la tête vers la silhouette, la Voix qui ne parlait pas. Pourvu que la pluie ne la dissipe pas... Mieux valait ne pas prendre le risque mais que faire...? Que faire?! Il imaginait déjà son image se troubler et partir à travers les gouttes. Ô pluie, sœur de ses larmes et pourtant même elle le tourmentait... Pluie qui salit, pluie qui transforme la terre en boue, pluie qui rend poisseuse toute chose, pluie qui salit et dégrade... Il tend la main, paume vers le ciel, comme un nouveau-né. Moitié vers la Voix, moitié sous la pluie: peut-être qu'il a besoin d'être sali, lui aussi, pour appartenir à ce monde et que l'Ombre le laisse, peut-être qu'il a besoin d'être autre chose que lui. Peut-être... Peut-être...

Une goutte sur sa peau, une goutte qui sent l'eau. L'eau qui purifie, l'eau qui lave, l'eau qui donne la vie, qui ruisselle, l'eau dans laquelle jouent les enfants, l'eau qui transforme les cheveux en mèche et qui donne un air héroïque au désespoir, même dans les films. Ca y est! Haze laisse sa main en place quelques instant puis, comme si elle était un plateau de balance que la pluie actionnait, il se relève doucement. La tristesse s'est vaguement dissipée. La brume la tient de nouveau à l'écart, mais il ne voit plus la brume, il voit quelques reflets, quelques éclats de lumières dans l'eau qui tombe, comme dix millions de lucioles. Il essaya de donner du timbre à sa voix. Sans grand succès, d'ailleurs, mais il est toujours utile de le préciser.

" Cherchons un abri. Tu dois avoir froid. "

Il baisse lentement la main, il sait qu'il pleut, maintenant. La croyance aveugle a laissé place à autre chose. Quelque chose de plus calme, de plus consistant, de moins effréné. La pluie tiède a lavé la peur, a lavé tout ce qui était chaud ou froid, elle rend le calme. A présent la Voix, la petite reine incolore, l'inconnue à la voix d'or va finir par avoir froid. Et il ne veut pas qu'elle ait froid, il ne veut pas qu'elle en ai marre d'être là. Là. Ici, devant lui ou sur Terre, elle pourrait repartir... Si ça se trouve, il ne pleut pas au ciel.
Qu'importe. Sous les arbres, il ne pleut pas non plus. Et puis, après tout, qui veut échapper à la pluie...? Qui...? Quand...?
Il arrêta de penser, juste une seconde.

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A Song In The Dream

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