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 I'm your martyr, will you be my gangster [PV Vergil]

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Lola
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Sujet: I'm your martyr, will you be my gangster [PV Vergil] Mer 9 Avr - 18:04

Ce putain de plafond. Non, sans déconner, tout ce que Lola calcule en cet instant précis, c’est le plafond de la chambre. Elle sent à peine ses muscles se relâcher, ses hanches se relever et sa jambe bouger – gestes qu’elle effectue avec une aisance machinale, distraite – ; tout juste si elle frissonne à la fraîcheur froissée des draps contre sa peau brûlante lorsqu’elle se laisse nonchalamment tomber sur le dos aux côtés de Vergil, le souffle court. Et quand enfin elle ouvre les yeux, que l’obscurité muette des lieux lui agresse la rétine, elle ne voit rien de plus singulier, rien de plus de insignifiant, que le plafond.
Comme une absence, une suspension dans le cours du temps et de ses pensées, tandis que son regard étourdi se perd d’un coin à l’autre de la surface crayeuse, comptant silencieusement les fissures et craquelures tels de pitoyables simulacres d’étoiles sur ce firmament de plâtre. L’esprit ne trouve plus ses mots et le corps, comblé et apaisé, chante en un chœur ouaté de frémissements, d’inspirations fragiles, sa jouissance. Les échos, vagues tièdes et sereines, d’une volupté qui tarde à s’estomper résonnent en elle ; leur rythme semble presque s’accorder aux soulèvements irréguliers mais tranquilles de sa poitrine.

... Pourquoi elle fixe le plafond ?

La blonde cligne des yeux, tourne la tête et scrute songeusement le profil de son amant. Retour au présent immédiat, actuel – palpable. Le lit, la nuit, le temps qui passe furtivement – deux heures, trois heures du matin ? chiffres imprécis et incertains – ; un décor qui lui devient chaque jour un peu plus familier. Un mince sourire amusé fleurit sur ses lèvres rougies. La naissante immuabilité de ce cadre dans son quotidien, la reconnaissance jamais lassée de ce corps contre le sien, ça ressemblerait pas à la construction discrète d’une stabilité étonnamment charmante ? Mouais, pas tout à fait. Enfin si mais non. ... On s’en fout, conclusion altière à laquelle elle parvient en se redressant paresseusement pour capturer les lèvres de l’adulte en un baiser bref et alangui, tendre de cette torpeur qui adoucit jusqu’aux natures les plus haineuses. Puis elle se tourne sur le côté, ouvre le tiroir de la table de chevet, y récupère feuilles clopes et pochon de beuh – toujours là ? soit il a pas encore remarqué, soit il a décidé de laisser couler, dans les deux cas ça lui convient. Un peu compliqué de rouler allongée sur le côté, malgré l’habitude – le joint après le sexe, un rituel aussi essentiel que le café du réveil ou la clope d’après le dîner –, m’enfin elle se démerde, coince le spliff entre ses lèvres, bouge de façon à se trouver sur le ventre, accoudée au matelas, le menton calé contre la paume de sa main.

« Vous m’laissez dormir demain ? ... D’façon vous vous en foutez, vous, j’ai maths en première heure. »

Elle allume son ter et tire longuement dessus, fixant le bout rougeoyant puis les volutes de fumée, bleutées dans le noir éthéré de la nuit, s’élevant avec langueur jusqu’au plafond. ... Si quand même, hein. Y’a comme un air pas aussi déplaisant qu’on le croirait de routine dans ces coutumes qui s’affirment plus ou moins inconsciemment. C’est fou comme elle cogitait moins cinq-dix minutes auparavant, lorsqu’elle chevauchait l’Allemand avec la fougue d’une nouvelle Artémis s’abandonnant rageusement aux plaisirs charnels qu’elle se refusait par orgueil. Comme quoi même baiser peut s’avérer prise de tête à partir du moment où, justement, tu baises plus. Combien de temps depuis la première fois, déjà ? Presque deux mois, non ? Presque deux mois que souvent, tard le soir, elle doit se faufiler le plus prudemment possible de sa chambre à celle du prof’, pour n’en pas ressortir avant les premières lueurs, plus tard même en général.

« M’sieur ? »

Ses prunelles vertes, légèrement plissées pour se protéger de la fumée, pétillent d’un amusement enfantin ; Louison jauge son interlocuteur d’un air taquin, se doutant bien que la question qu’elle s’apprête à poser ne lui plairait pas. Au fond la réponse lui importe peu – il la lui dirait pas que globalement elle s’en préoccuperait pas plus que ça –, c’est rien que de la curiosité comme ça, elle aimerait bien savoir mais ça lui paraît pas follement essentiel à son bien-être, puis si au passage elle parvient à le prendre de court...

« Vous êtes mon plan cul ou mon mec ? »
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Vergil
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Sujet: Re: I'm your martyr, will you be my gangster [PV Vergil] Mer 9 Avr - 20:35

Le soulagement qu'il ressentait à chaque fois qu'il se vidait en Lola commençait à devenir habituel ; c'était une sensation profonde, envahissante, qui le laissait pantelant, échoué sur les rivages d'un plaisir étonnamment partagé avec l'autre. Un simple instant de néant, délaissant, pur.
Vergil retira sa capote et ramena le drap sur son corps nu, avant de laisser son regard vaguement vitreux glisser sur la silhouette qui ondoyait à ses côtés. Lorsqu'il la vit se pencher sur la table de nuit, l'allemand se redressa légèrement contre son coussin et attrapa son jean pour sortir une clope de son paquet bien entamé. Il s'étonna même de se trouver aussi détendu – à croire que son habituelle colère avait disparu avec sa semence ; pouf, plus de haine de l'adolescent, c'était magique - et, même, somnolant, comme si ce simple instant de plénitude sexuelle avait suffi à abattre une bonne partie de ses barrières. L'homme songea distraitement qu'il se détendait trop, lorsque Lola était dans les parages, mais c'était peut-être mieux comme ça ; le courant passait mieux entre eux, sans cette perpétuelle agressivité qui tendait leurs rapports diurnes. Dans sa rigueur quotidienne, il avait aussi appris à élargir ses limites – mais pas trop non plus ; s'il lui était indispensable de fumer après le sexe, il se rendait compte qu'il ne pouvait pas priver Lola de son joint, à moins de la vouloir aussi hystérique que la première fois qu'ils avaient baisé. Mais au début, il s'était forcé à serrer les dents et à ravaler les répliques brutales qui lui montaient aux lèvres, dès qu'il voyait Lola attenter à la propreté de sa chambre. Ces rendez-vous nocturnes étaient cependant devenus trop réguliers, pour qu'il puisse encore se permettre ce genre d'hypocrisie, très je te prends, mais toi, tu restes inférieure. Et puis, la gêne coupable de leurs débuts avait fini par s'estomper ; lorsqu'elle se présentait à sa porte, il avait cessé de toujours regarder par dessus son épaule, comme si l’œil implacable de L pouvait le poursuivre au sein même du sanctuaire qu'était sa chambre.

Peut-être qu'il avait aussi perdu l'habitude d'être sur ses gardes ; il prenait ce qu'on lui offrait, avec une négligence royale de ses devoirs, bien trop attaché soudain aux plaisirs pour les repousser de cette main dédaigneuse qu'il ne daignait pas tendre, lorsque ses loisirs n'étaient pas mis en jeu.

Viktor alluma sa clope et laissa retomber son bras, le regard perdu dans la danse langoureuse de la fumée qui venait s'échouer contre les murs plongés dans l'obscurité. Il finit tout de même par tourner la tête vers la jeune fille, et esquissa un sourire las :

« Hors de question que je te laisse dormir ; tu profites déjà largement de tes privilèges pour éviter le couvre-feu. »

Il se demanda vaguement ce qui le retenait depuis maintenant deux mois entre les cuisses minces de la stoneuse – instant de réflexion post détente musculaire, tellement propice à la méditation ; elle n'était toujours pas son type de fille, elle était vulgaire, indécente, typiquement adolescente, mais il se contentait de penser que cette relation servait tout autant ses intérêts que ceux de Lola. Plus simple à gérer, lorsqu'il se contentait de voir ça sous ce jour-là. Vergil laissa son regard s'égarer sur le corps juvénile, profitant délibérément de la nudité concupiscente de l'adolescente. Ah, cet instant délicieux oú il ne pensait à rien de précis, se contentant de naviguer au hasard de ses réflexions détachées, à peine palpables. Instant par ailleurs facile à briser, car soudain, l'inflexion de la voix de Lola éveilla en lui un vague agacement. Ne pouvait-elle pas le laisser savourer sa clope en silence, sans ressentir le terrible et perpétuel besoin de le ramener à la réalité ?
Il manqua s'étouffer avec la fumée de sa cigarette à sa question, et son regard gambada de nouveau sur la peau laiteuse de son élève, plein de cette langueur distraite qu'il ne ressentait que lorsqu'il était parfaitement détendu. Mais il fallait avouer que la question était logique. Qu'était-elle, à part une élève excessivement précoce et agressive ? Pas sa « nana », en tout cas, remarqua le professeur, devinant qu'elle cherchait peut-être à le provoquer.

Oh non, pas tout de suite, fous moi la paix.

Pour qu'elle ait ce statut-là, il faudrait qu'il ait au moins pour elle une once de respect et elle était décidément trop immature et impulsive pour pouvoir accaparer ce statut. Et puis, c'était ridicule, comme idée. À l'imaginer sous ce jour-là, il se sentait comme un pédophile morbide, pas de quoi flatter son ego. Les Humberts et autres Dutroux n'avaient jamais retenu son admiration. Mais au lieu de réagir aussi vivement qu'il aurait pu, et peut-être dû, le faire, Vergil se contenta de promener sa main libre sur la courbe de son épaule :

« Définitivement la première option. »

Elle ne devait de toute façon pas s'attendre à une autre réponse, et il ne se sentait pas d'humeur à badiner en se tendant vers la seconde réponse. Mais l'instant était trop parfait pour s'atteler à la destruction de l'autre, et puis, à quoi bon ; pour une fois qu'il n'était pas enragé, pas plein de cet intense ressentiment qui ne demandait qu'à se libérer sous sa forme la plus primitive, il se contentait de se reposer dans cet entre deux fugace, mi-néant, mi-langueur abrutie, vide de toute volonté destructrice.

Les Arès sanguinaires ont aussi besoin de repos, parfois.
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Lola
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Sujet: Re: I'm your martyr, will you be my gangster [PV Vergil] Ven 11 Avr - 17:31

« Tiens, j’ai des privilèges moi maintenant ? Vous m’aviez pourtant bien fait comprendre que j’pouvais m’asseoir dessus au début. »

Le sourcil légèrement haussé et une ombre de sourire amusé flottant sur ses lèvres, Lola scrute son vis-à-vis, se gardant bien de lui dire que « ouais bof, aller en cours ça m’tente moyen quand même, j’vais plutôt retourner dans ma piaule dormir ». Non parce qu’elle est bien, là, son joint commence déjà à lui monter à la tête – elle comprend mieux pourquoi, à l’époque où elle n’y connaissait encore rien, ses gars lui assuraient que le septième ciel, tu l’atteins pas en baisant ta nana ou ton mec mais en fumant un joint après –, elle se sent légère et sereine, l’âme apaisée par cette nonchalante satisfaction qui demeure comme les effluves vagues mais entêtants d’un spliff fumé y’a quelques minutes à peine. Il s’agit de ces moments d’aise éphémère et fulgurante qu’elle vit comme des fragments bruts de bonheur, ces moments où t’es bien – parce qu’au final, la vie c’est rien de plus que ça, une succession hasardeuse, souvent injuste, de moments où t’es bien et de moments où t’es mal ; en tout cas elle, elle croit pas à la constance de la félicité, jugeant l’être humain trop complexe et trop capricieux, trop instable pour savoir entretenir le feu vorace du bonheur. A moins que ça le fasse qu’à elle, très possible quand on connaît sa peur presque phobique de la stabilité.
De nouveau elle porte le pétard à ses lèvres, en inspire une grosse latte dont l’amertume lui brûle la gorge, puis lève la tête vers le plafond pour cracher la fumée – habitude prise en couchant avec quelques rares non-fumeurs.

La réponse de Vergil, simple et sincère, lui arrache un ricanement désabusé. Si elle s’y attendait ? Ouais carrément. Si elle s’en fout ? ... Ouais carrément. Enfin il lui semble.

« Cool, approuve-t-elle d’une voix traînante, le jaugeant d’un air détaché. J’m’en s’rais voulue d’vous avoir fait cocu sans même le savoir. »

Non, en fait elle s’en tamponnerait le coquillard avec une babouche – elle lui doit rien, si ce n’est une certaine discrétion quant à l’exercice de leurs plaisirs coupables. Bien pour ça que le statut futile et insignifiant de plan cul lui convient parfaitement ; elle qui au final connaît si peu des relations ‘‘conventionnelles’’ – sa première relation n’a jamais eu le temps de se développer pleinement, et la deuxième n’a rien été de plus qu’une tentative ratée de s’attacher à quelqu’un ; maigres expériences d’une jeune fille qui a baisé plus qu’elle n’a aimé.
Quelque chose au fond de la blonde – sans doute la subsistance dérisoire de la gamine fraîchement débarquée à la Wammy’s House, la tête encore pleine du romantisme torpide de son amourette avec Timothée – s’opiniâtre à considérer comme réducteur cette condition de plan cul ; m’enfin elle y prête pas attention – comme au reste, en fait, comme à tout ce qui demeure de son soi passé, parce qu’après ça devient moche.

« D’façon j’suis trop jeune pour vous, renchérit-elle en se redressant pour s’étirer puis perdre ses mains dans sa chevelure blonde – essayant vainement d’y remettre un semblant d’ordre –, lassée déjà de sa position. Z’êtes en âge d’vous marier, vous. Si c’est pas déjà fait. »

Là-dessus elle écrase la fin de son joint dans le cendrier sur la table de chevet, se rallonge à côté de Vergil, abandonnant sa tête contre son torse et l’enlaçant paresseusement d’un bras. Tout ça ne lui semble finalement pas assez important pour qu’elle s’efforce d’y réfléchir ; qu’est-ce que ça change, que ce soit son plan cul ou son mec, franchement. Qu’une histoire de catégorisation – toujours ce besoin universel de classer, de définir clairement selon des critères plus ou moins précis, pourquoi ? – sans grande influence sur leur manière de vivre la chose. Le destin fait ses bails sans se préoccuper des chinoiseries de ce genre, le truc se déroulera pareil quelle que soit leur manière de l’appréhender alors autant laisser faire sans trop y penser – s’abandonner allègrement aux quatre volontés de la vie, s’attarder sur ce qu’elle nous donne plutôt que sur ce qu’elle ne nous donne pas, voir où ça mène, à l’ancienne...

Un mince sourire d’allégresse étourdie – un peu comme ces sourires de gosses qui s’endorment heureux après avoir eu droit à leur histoire – fleurit sur les lèvres de Lola tandis qu’elle ferme les yeux, désireuse de savourer pleinement cet instant de quiétude, si rare – la faute à leurs tempéraments respectifs – qu’il s’empreint d’un quelque chose de sacré et de précieux, tel un genre de relique. Elle n’ose pas parler et encore moins bouger, comme s’il suffirait d’une oscillation infime, d’une variation indistincte, pour fragiliser puis briser ce calme qui lui semble de verre – délicat. Le cours appesanti de ses pensées lui susurre une pléthore de réflexions plus ou moins pertinentes à partager mais qu’elle s’oblige à taire.

« ... Dites, vous croyez que j’peux me fourrer dans la poche ventrale d’un kangourou et faire le tour de l’Australie comme ça ? demande-t-elle de son ton le plus sérieux, craquant cependant au bout de quelques minutes. »
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Vergil
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Sujet: Re: I'm your martyr, will you be my gangster [PV Vergil] Sam 12 Avr - 15:37

Le terme « adorable créature » se forma dans l'esprit acide de Vergil, sans qu'il ait même besoin de se forcer ; un brin de réalisme agressif était toujours le bienvenu dans ce cocon encore saturé de la moiteur de leurs ébats : Lola avait beau être une adolescente, au comportement parfois, et bizarrement, même, erratique, elle avait le chic pour le surprendre. Peut-être était ce dû au fait que lui-même ne savait pas trop oú ils en étaient ; alors qu'elle lui laisse le soin de trouver la réponse à une question si profondément... importante ? lui redonnait un peu de cette responsabilité qu'il aimait tant.

Non, mec, t'es plus un simple prof libre comme l'air et la mer ; tu te perds entre ces lèvres-là.

Mais le bosch n'avait connu que deux relations dans sa vie, avant la française, et ces deux précédentes périodes avaient été particulièrement différentes de ce qu'il vivait à présent ; avant, il n'y avait pas de détournement de mineur, pas même un soupçon d'illégalité – rien que la propreté lisse du lit conjugal, et les éclats de rire sanguins du frère de Thelma. Alors, l'allemand en venait à se demander si c'était pas ça, le détail le plus important de cette histoire. Probablement qu'après Thelma, même s'il ne l'avait montré à personne, il s'était demandé si quelqu'un revoudrait un jour de lui, questionnement typique d'un nouveau divorcé, et voilà que le rêve de tout pervers de 50 ans qui se respecte se réalisait ; de la chair fraîche, ferme, et laiteuse, un délice. Mais Vergil refusait de voir la chose sous cet angle-là ; et en même temps, c'était tout aussi difficile de lui donner une certaine profondeur. Il se payait une élève, et il n'y avait rien de bien mystérieux là-dedans. Qu'il arrête de se donner des airs de croisé conquérant. Viktor se rappelait encore le moment oú il avait trouvé le numéro dans sa veste, lorsque Lola la lui avait rendue, et qu'il avait ensuite regardé fixement le petit papier, comme s'il pouvait rendre palpables les souvenirs de cette matinée-là par sa simple existence. Un simple petit bout de papier, pourtant, mais l'imagination rigide de l'homme s'emportait. Déjà que c'était une belle connerie, qu'il s'était juré de ne plus s'y laisser prendre, mais, la colère était redevenue corrosive, amère, et il avait fini par céder, bien peu héroïquement, se rappelant d'une voix sévère que c'était pour soulager ses instincts de mâle dominant, et rien d'autre . Aussi, plongé dans ses pensées, l'homme ne se rendit compte que Lola lui avait répondu, qu'une fois l'instant passé et enterré. Ses doigts remontèrent vers les longues mèches bouclés, et y disparurent :

« Tu m'as néanmoins posé la question comme si tu espérais que j'y réponde par l'affirmative. C'était bien tenté. »

Il aspira lentement la fumée de sa clope, les yeux fixés sur la courbe de l'épaule laiteuse, comme s'il s'attendait à la voir se détacher de ce squelette frêle pour ramper et s'arrondir harmonieusement – à croire que l'orgasme lui siphonnait toujours un peu trop le cerveau. Vergil finit néanmoins par en détacher le regard, et le leva vers le visage qui lui faisait face :

«...Cocu ? Utilise pas des mots aussi vulgaire dans cette chambre ; il est trop tôt pour parler comme une racaille. »

Soudain, ses prunelles sombres s'opacifièrent ostensiblement, devenant un miroir sans tain, à peine éclairé par la lueur de la clope qui y dansait joyeusement, et le professeur coinça son bras libre sous sa nuque, lorsque la jeune française revint se coller à lui. Oui, le problème, quand on prenait un plan cul plus ou moins régulier, c'est qu'il fallait bien les meubler, ces longues heures avant l'aube, et forcément, avec la fumée qui s'enroulait langoureusement autour de ses doigts puissants, c'était aussi ces souvenirs qui renaissaient, et qui ne demandaient qu'à s'exprimer, à renaître entre les lèvres minces du professeur. Passer d'une épouse à une jeune adolescente aux sourires gouailleurs n'était pas toujours très flatteur, remarqua-t-il  :

« C'est peut-être le fait que je sois plus vieux que toi, qui t'a attirée en premier lieu. Mais dans les faits, j'ai déjà été marié. »

Viktor allongea le bras pour se débarrasser de la cendre qui menaçait de tomber sur ses draps d'une blancheur maniaque. Lorsque Lola l'ouvrit de nouveau, Vergil baissa les yeux vers la chevelure blonde qui reposait sur son torse, l'air de dire « mais qu'est ce que tu me racontes ? », mais les questions étranges des deux heures du matin commençaient à devenir une habitude – après tout, c'était encore un effet des 17 piges. Demander un peu de logique de la part d'un être de cet âge-là aurait été aussi absurde que la morale desdits énergumènes :

« Hm. À mon avis, tu ne risques surtout pas de réussir à rentrer dans la poche dudit kangourou. Un tour d'Australie à cheval serait probablement plus envisageable. »

Froidement terre-à-terre, le teuton.
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Lola
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Sujet: Re: I'm your martyr, will you be my gangster [PV Vergil] Sam 12 Avr - 20:12

Bien tenté ? Ouais, il paraît que l’espoir fait vivre. Proverbe que Lola estime particulièrement con, d’ailleurs, tout juste si elle saisit le concept d’espoir aujourd’hui – comme tant d’autres individus d’ailleurs, le désespoir silencieux, désillusionné, se fait phénomène de société à notre époque – et pourtant elle respire encore. Comme quoi, pas besoin d’espoir pour vivre. Seulement d’oxygène, rajouterait un fameux diagnosticien boiteux.

« Bah j’vous avoue qu’ç’aurait pas été d’refus. M’enfin si j’étais vraiment là pour ça, j’aurais mieux joué mon coup. »

Elle essaierait, tout du moins, sans grand succès sûrement. Elle maîtrise pas les tactiques minaudières de ces belles meufs – oui parce que déjà faut être belle, comme quoi t’as vraiment pas ce qu’il faut ma pauvre Louison – qui parviennent à obtenir ce qu’elles veulent de leur pigeon en un battement de cils ; les regards mignonnement suppliants face auxquels on promettrait étoiles et lune et peut-être même la galaxie toute entière, les sourires si cajoleurs qu’ils en deviennent douces caresses du bout des lèvres, les onctueuses inflexions qui confèrent à tout caprice la délicatesse d’un charmant désir de princesse... pas son truc, toutes ces manières de michetonneuse. Trop de brutalité, trop de franchise, trop de fierté pour se réduire à l’état de petite chatte sournoisement câline. Et toutes les fois où on lui a payé des verres, voire un rail de coke ou un cacheton de MD ? Pas d’sa responsabilité, tout ça, les mecs qui succombent à son charme farouche de junkie toujours désireuse de se foutre en l’air ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes.

« Désolée d’vous décevoir, m’sieur, mais au cas où vous auriez pas r’marqué, c’est justement une racaille que vous avez dans vos draps en c’moment-même, ricane-t-elle en l’observant narquoisement. ‘Faudrait commencer à s’y faire... gros. »

Elle se retient de glousser, se contentant sagement d’un sourire à la fois facétieux et complaisant, tel un genre de « Allez, ‘le prends pas mal, mec, j’te charrie c’est tout t’inquiète ». N’empêche que la Française y tient, à son statut de racaille, de la même manière qu’un gothique ou un punk revendiquent orgueilleusement leur appartenance à ces groupes – exactement pour les mêmes raisons, quand bien même la coutume veut qu’ils se détestent, assurément car plus ou moins la majorité de la France hait sa racaille. Rien de plus pompeux, rien de moins essentiel, que cette affiliation à une marginalité qui méprise la société actuelle, de la même manière que les aristocrates du XIXe siècle s’opiniâtraient vainement à dédaigner tout ce qui ne supportait pas le poids d’une couronne sur la tête. Les délinquants, ou la noblesse déchue du XXIe siècle, quel risible paradoxe.

... Sérieux ? Les yeux de la jeune fille s’écarquillent et les traits de son visage se figent en une expression de stupéfaction telle que les « Nooooooon, mec, tu t’fous d’moi, j’te crois pas ! » et les « Attends pour de vrai tu m’dis ça ? » ne lui viennent même pas aux lèvres. Tant mieux, en fait, ça semblerait sans doute inapproprié et excessif – quoiqu’au vu du personnage, ça n’étonnerait personne. Mais vraiment, elle a du mal à y croire. C’est tellement difficile d’imaginer Vergil, ce mec froid et bourru, avec une bonne petite femme et, oh mon Dieu, peut-être même des mioches.
Pas de bague au doigt, pourtant – bien évidemment qu’elle a vérifié, ces réflexes s’acquièrent naturellement à force de passer d’une paire de bras à l’autre –, alors... Ah. « Déjà été ». Pas « suis ». Ok.

« Ah ouais ? s’enquiert-elle seulement, s’astreignant à ne pas laisser paraître dans sa voix un trop grand étonnement. Et... il s’est passé quoi ? ‘Fin vous êtes pas obligé d’me répondre... »

Au final, le plus surprenant n’est pas d’apprendre que l’Allemand était marié mais l’évidence que ce fait souligne. Parce qu’à débarquer dans une institutions remplie d’orphelins – mentalement perturbés pour la plupart – et de professeurs – tout aussi mentalement perturbés pour certains –, à tout le temps les voir dans son quotidien au point d’en faire des éléments insignifiants mais cruciaux de son décor, on en oublie que tous ces gosses, tous ces adultes, avant d’atterrir dans cet enfer pour grosses têtes, ils menaient une vie. Là-bas, là, à l’extérieur. Que sûrement ils aimaient ou haïssaient, qu’ils riaient, qu’ils pleuraient... Quelque part, ça fait comme si un gamin trouvait un nouveau livre de contes au milieu de nulle part, qu’il crevait d’envie de l’embarquer et d’en lire les histoires mais qu’il n’osait pas, ne sachant pas s’il en avait le droit ou non – et elle, est-ce qu’elle a le droit de s’intéresser au passé de son aîné ?

« Pffft, si j’ai déjà réussi à rentrer dans un coffre de bagnole – les misères habituelles des descentes en banlieue avec une seule voiture, une vieille Twingo, pour presqu’une dizaine de personnes –, croyez-moi qu’la poche d’un kangourou posera pas problème. A moi l’Australie. »

Un rire échappe à ses lèvres fines, comme si plus ou moins spontanément Lola se rendait compte de la débilité de sa logique – une logique typiquement farfelue, bien que convaincue de sa pertinence, de meuf défoncée – ; comme si elle se moquait de cette remarque à laquelle elle repense soudain, aussi, trop déconcertée au moment-même pour y prêter véritablement attention.

« Ah au fait, ‘vous sentez pas trop frais non plus. Parce qu’en effet, c’est p’tête bien parce que vous êtes plus vieux qu’vous m’avez tapé dans l’œil – un gloussement gausseur ponctue ces mots, tournant en dérision cette formulation un peu trop niaise au goût de la blonde –, m’à c’niveau-là vous êtes clairement pas mon r’cord. »

D'ailleurs, elle se demande si à force de les choisir toujours plus âgés, un jour y'en aura pas un pour lui crever entre les jambes en plein acte – ce qui la ferait vachement marrer et vachement flipper à la fois.
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Vergil
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Sujet: Re: I'm your martyr, will you be my gangster [PV Vergil] Lun 14 Avr - 17:37


« Et j'avoue que je me serais plus méfié qu'autre chose, devant des airs putassiers. »

Parce que Lola changeait Vergil de ces femmes qui voulaient, d'un claquement de doigts, coucher à leurs pieds la gente masculine. L'allemand, naturellement, n'était qu'un homme fait d'un mélange d'hormones plus ou moins harmonieusement mélangées, et bien qu'il voyait venir de loin ces manières de séductrice – oh, Thelma, quand arrêteras-tu de le poursuivre ? -, il ne pouvait pas s'empêcher de céder, parce que la chair était faible, prompte à céder devant la promesse licencieuse de chaleur. Mais, finalement, avec la jeune française aux airs de lionne, c'était la même chose ; il la prenait avec cette envie brute de disperser la moindre de ses cellules dans ses coups de reins haineux. Le sexe était toujours une bataille qu'il fallait gagner, une énième manche de ses rages quotidiennes, et éternelles. Alors, là, pendant ces quelques instants oú son cerveau n'était plus qu'un bloc de tapioca saturé d'effluves délassantes, Vergil en venait à la conclusion très peu philanthropique que, quelque soit le récipient oú l'on se vidait, l'effet restait le même. Un trou adolescent était toujours un trou, quelque soit la chevelure qui surmontait le tout. Mais la tendresse qui suivait était cependant différente ; et l'allemand ne pouvait pas nier qu'avec le temps, l'agacement de base s'était très légèrement érodé. Ce n'était pas que Lola avait réussi à le dompter, mais quand il la regardait, il ne voyait plus seulement cette adolescente aux airs de junkie qui arpentait les couloirs de la Wammy's House d'un pas chancelant ; Lola était quand même une femme, et c'était sous cet aspect-là, oh combien plus valorisant, qu'il commençait à la voir. C'était peut-être parce que ces longues heures qu'ils passaient dans le lit, à parler, menaçaient de faire basculer l'équilibre fragile entre un professeur et son élève ; pour un rapport plus propre, il aurait fallu qu'il la prenne entre deux cours, avant de partir. Mais dès que l'instant s'allongeait, l'attachement ne manquait pas de naître, et d'étendre d'infimes rameaux dans la personnalité corrosive de l'allemand. Cependant, têtu comme il l'était, il gardait ces quelques tressaillements de son âme pour lui, et sa main glissait sur les reins de la française avec la même brutalité âpre dont elle avait fait preuve avant. Pas de sentimentalisme, c'était ce qu'il s'était toujours promis, autant dans sa vie personnelle, que dans tout ce qui touchait à son existence. L'ordre qu'il y maintenait était sacré, et il refusait de le sacrifier au nom de quelques instants de plaisir furtifs, copieusement arrosés de confessions nocturnes, qui rabotaient les coins de son agressivité.

Soupir.

Il en avait fréquenté, des racailles, même si elles étaient moins en vogue dans les années 90, et que sa bande était plutôt composée de punks borderlines ; mais, au fond, tout ce beau monde devait se ressembler. Viktor avait néanmoins grandi, s'était standardisé, et ce vocabulaire des bas quartiers heurtait ses délicates oreilles :

« Présenté comme ça, je ne suis pas sûr d'avoir gagné au change. Et ce serait trop te demander, que de te conduire en moins en lady, ici, dans ces draps, que je n'ai pas l'impression de coucher avec une poissonnière ? »

Cependant, le fait qu'ils étaient amants le forçait-il à dénuder son mariage raté ? Si une barrière était déjà bien fissurée, devait-il encore y donner un coup de boutoir pour satisfaire la curiosité de la jeune fille – ou juste, hypocritement, pour s'épancher, comme il l'aurait fait auprès d'un autre adulte ? Difficile de toujours traiter Lola de façon à la garder à la frontière de sa vie, étant donné qu'elle en était maintenant, plus ou moins, une composante.
Vergil écrasa sèchement son mégot dans le cendrier, et prit une légère inspiration :

« J'ai été marié pendant quatre ans à une berlinoise qui s'appelait Thelma. Nous avons une fille, Sophia. Elle doit avoir... cinq ans, maintenant. Thelma a demandé le divorce, parce que je ne m'impliquais pas assez. »

Rien que des faits. Personne pour le forcer à parler des cris de la gamine éborgnée, de ses larmes, et du mépris de la mère. Et le fait qu'il ne s'impliquait pas assez dans leur histoire n'était que la partie apparente de l'iceberg, donc même pas un mensonge.
L'allemand baissa de nouveau les yeux vers l'abondante chevelure qui prenait tant de place sur son torse :

« Et s'il y a déjà un bébé dans la poche du kangourou, tu comptes le foutre dehors ? »

Après ce vague délire adolescent, l'adulte haussa un sourcil perplexe à l'entente de ce qui suivit. Ayant eu depuis le début un aperçu de ce que pouvait être l'existence Lola – tristement rock'n'roll -, Viktor aurait dû s'y attendre, mais une grimace déforma son visage mince, et il passa de nouveau sa main libre dans les mèches folâtres qui s'égaraient sur ses clavicules :

« Enchanté d'apprendre que tu as eu tant d’expériences constructives durant ta courte existence, mais que penses-tu prouver en me racontant ce genre de faits morbides ? Coucher avec des vieux ne t'a visiblement pas apporté une grande maturité ; dommage. »

Ou peut-être qu'il ne s'agissait seulement que d'une pratique tribale propre aux jeunes gens, qui consistait à étaler devant les autres tout ce qui était passé dedans, pour mieux...hm, complexer ceux qui n'avaient jamais eu accès à une telle variété d'amants. Ironiquement, Vergil était presque tenté de conseiller à Lola d'écrire sa propre rubrique nécrologique, pour informer le monde de ses amants passés, et à venir.
Mais être un simple nom dans une liste infinie n'avait jamais rien eu de très plaisant. Il commençait à comprendre les juifs et leur peur des chiffres.
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Lola
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Sujet: Re: I'm your martyr, will you be my gangster [PV Vergil] Mar 15 Avr - 22:01

L’assertion de Vergil lui arrache un petit sourire incrédule, un de ces sourires inconsciemment condescendants qu’on esquisse tel un « Mouais, j’suis pas convaincu mais ok, si tu le dis ». Pas qu’elle veuille déballer une philosophie foireuse de femme fatale – d’façon, elle n’en a ni l’expérience sensuelle, ni le tempérament sulfureux –, mais on sait tous à quel point l’homme est prompt à capituler face à ces charmes parfaitement maîtrisés et exploités jusqu’à en devenir diaboliques. Adam bouffe la pomme parce que cette pétasse inconsciente d’Eve l’en convainc, Grecs et Troyens se foutent massivement sur la gueule pour récupérer la blondasse adultère de Ménélas, Salomé obtient la tête de Jean-Baptiste, ce pauvre con qu'a rien demandé à personne, en se déhanchant lascivement devant son beau-père ; cqfd les mecs, à travers toute l’histoire vous prouvez incessamment votre faiblesse devant la cauteleuse beauté féminine. Elle les envie et les admire à la fois, ces gonzesses qui parviennent à soumettre l’homme par le regard, par le sourire ; elles puisent leur force dans leurs attributs de femme, elles vainquent en tant que femmes ; rien à voir avec elle et sa grande gueule, et sa fierté de p’tit mec de la tess. Sans doute qu’elle les jalouse de savoir se faire aussi parfaitement guerrières, et non pas guerriers.

« C’est ce qu’on dit tous, mais quand on s’retrouve dans cette situation, c’est tout d’suite autre chose... J’veux dire – elle le scrute narquoisement, le sourcil arqué –, vous avez pas craqué vous, peut-être ? »

Après tout, il s’agit d’une victoire, non ? Et elle prétend certainement pas avoir la maturité de feindre la modestie du gentil gagnant qui te tend la main en t’assurant que « t’inquiète pas, la prochaine fois tu feras mieux ». D’autant plus qu’avec le recul, cet exploit l’impressionne. On lui prête parfois un certain charme – auquel elle croit pas des masses, d’ailleurs ; le charme, rien de plus qu’un nom politiquement correct pour ses regards rougis et alourdis par le tracé violacé de ses cernes, ses fringues trois fois trop grandes, et la rudesse décharnée de ses courbes –, ouais, mais plutôt ce genre de charme qui attire les marginaux et les vieux pervers plus ou moins chelous. Pas les profs de latin tyranniques. Dans les séries américaines, les salopes populaires craquent pour le geek touchant mais moche et l’élève timide, studieuse et mignonne sans le savoir se dévergonde chastement avec son prof’ beau gosse ténébreux de littérature ; et les junkies je m’en foutistes... elles n’existent même pas, dans ces trucs-là. ‘Faudrait pas que la désinvolture grossière de ce personnage gâte la perfection niaise et chimérique du rêve lycéen. Alors qu’est-ce qu’elle fout là, elle ? La vie, c’est pas comme à la télé' ?

« Ok, ok, soupire-t-elle, moqueuse mais conciliante. J’vais faire des efforts, pour vos chastes oreilles. »

La jeune fille se redresse juste assez pour presser ses lèvres contre celles de l’Allemand, à la fois douce et narquoise – subsistance vague de sa causticité naturelle dans cette douceur inhabituelle. C’est fou comme l’intransigeance froide du personnage lui inspire cette tendresse un peu complaisante, comme si instinctivement elle s’ajustait à lui de façon à conserver ce semblant d’équilibre languide, cette trêve tacite – à l’heure où toutes les hargnes s’endorment, muselées par le silence impérieux de la nuit. Est-ce parce qu’elle tient à ce moment de sérénité ou parce qu’il a su l’apprivoiser ? Sûrement un peu des deux. Après tout, il suffit de quelques caresses nonchalantes pour réduire la lionne féroce à l’état de chatte tout juste bonne à ronronner d’aise – surtout lorsqu’elle s’abandonne à la quiétude enfumée de son herbe à chat.
Amadouée aussi par son honnêteté, elle le scrute avec nonchalance, faisant pour une fois preuve d’assez de bon sens pour ne pas remarquer que « ouais, ça me surprend pas » ou même que « oh c’est joli comme prénom Thelma », commentaires ô combien contre-productifs ; elle a le silence docile et révérencieux, presque religieux, du gamin qui lit les récits du bouquin finalement chapardé.

« Je vois. Et cette fille... vous la voyez plus ? Marrant, cette tendance des hommes à fuir les responsabilités parentales. »

Rien d’accusateur dans cette constatation à peine moqueuse qu’elle formule comme si elle énonçait une vérité générale – un de ces faits purement subjectifs qu’une mère transmettrait à sa fille en héritage de toute son expérience avec le sexe opposé. Assurément qu’il y a là quelque chose qui tient de la rancune résignée – les pères qui se crispent rien qu’à entendre le mioche les appeler papa, elle connaît bien –, de la morale que le destin t’inculque à la dure ; m’au final elle jette ces mots en l’air avec détachement. Les miracles voilés de la marie-jeanne qui disperse tout ce qui, peut-être, en temps normal – si elle trouvait un jour le courage d’y réfléchir longuement –, n’irait pas chez-elle. Surtout, son imagination trop fertile, trop excentrique, trop hardie de stoneuse qui aime à se laisser bercer par les flux chaotiques de sa conscience – jusqu’à l’instant où, déconnexion d’une seconde, et tout part en fumée – crée déjà mille et uns scénarios qui expliqueraient le passage singulier de mari et père à plan cul d’une mineure – certains alambiqués à la façon de ces rebondissements exagérés de séries espagnoles, certains sordides tels ces faits divers sordides éhontément racontés dans les journaux. « Parce que je ne m’impliquais pas assez », ça lui fournit largement de quoi broder – après tout, à Paris déjà elle se satisfaisait de quelles bribes de conversation involontairement entendues dans le brouhaha du métro.

« Non, là-d’dans, rétorque Lola en désignant d’un coup d’œil rapide sa tignasse avant de retrouver sa position initiale. »

Un sourire railleur naît sur ses lèvres tandis qu’elle ferme les yeux – fainéante et indolente plutôt que véritablement fatiguée. Outre le fait qu’elle juge sale la seule idée qu’un homme l’ayant touché et embrassé comme une femme puisse ensuite lui parler comme à une gamine à laquelle il apprendrait la vie – l’hôpital qui se fout de la charité, d’oublier sa juvénilité quand il s’agit de la baiser mais pas de lui adresser la parole –, la Française conçoit mal la manière dont elle devrait s’enrichir d’une soi-disante maturité que les vieux partagent rarement. En général, ces gars-là la prennent pas pour le plaisir de causer après – des années d’amours compliqués et l’habitude des coups d’un soir les éloignent de la vision hollywoodienne du sexe.

« J’essaye de prouver que j’ai la plus grosse, cette question. Puis la maturité, c’est quoi ça ? Ça s’mange ? »

Qu’est-ce qu’elle en foutrait, surtout ? Si tous ces auteurs pleurent la perte de l’innocence, de la fougue de la jeunesse, en tant de vers affligés, c’est pas parce que c’est mieux d’être insouciant ? Plus facile de vivre avec la spontanéité frivole d’un gamin ?
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Vergil
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Sujet: Re: I'm your martyr, will you be my gangster [PV Vergil] Ven 25 Avr - 14:24

« Si, visiblement. »

Deux mois, c'était bien assez pour prendre du recul, et se rendre compte que tous ses beaux arguments, sa si jolie morale de porcelaine doublée d'acier, n'étaient que du vent qu'il balançait à la face des gens, pour cacher qu'il était aussi basiquement mortel que le reste de la planète – mais ça, tout le monde le savait, fais pas semblant d'être surpris, Viktor. Et ça ne faisait jamais plaisir, de devoir descendre de son piédestal, pour se faire bouffer les mollets par les milles dangers qui serpentaient au sol ; le ton de Lola était trop ironique pour lui donner des illusions sur ce point-là : Viktor ne s'en était pas tiré en guerrier, mais plutôt comme le commun des types que la française devait fréquenter, lâchement appâtés par de fallacieuses promesses, et il ne pouvait pas le lui reprocher – la mauvaise foi dont il aurait pu faire preuve à ce moment-là aurait été trop criante de vérité, et il ne tenait pas à sauvegarder son honneur au point de s'enfoncer dans un ridicule mensonger et boudeur. Mais, étrangement, l'allemand n'avait pas envie de relever l'ironie qui s'était largement déployée dans la voix de Lola. À croire que l'agressivité use et rabote et que, soudain, elle ne trouvait même plus sa place dans cette chambre exiguë, à l'atmosphère encore alourdie par le tabac et la weed mêlés.

« Tu m'en vois ravi, que tu prennes en compte mes désirs, au point de sacrifier cette petite French Touch si agaçante. »

Le teuton reçut la jeune fille dans ses bras musculeux, collant sa main libre sur les reins soyeux de la créature, tandis que ses lèvres boudeuses se tendaient vers les siennes. Vergil n'aimait pas du tout remarquer cet écart entre eux deux, qui passait non seulement par le comportement, mais aussi par le langage ; mais en même temps, Lola disposait de cette curiosité toute enfantine, qui avait tendance à étonner – et à agacer ; le contraire aurait été trop simpliste - l'allemand. Lui-même ne se sentait pas d'humeur à questionner les gens sur leur – probablement, très – douloureux passé, comme si une simple question suffirait à verser de l'acide sur des plaies à vif. Et il ne tenait pas à provoquer des confessions qui dureraient pendant des heures, et des heures ; la maturité l'avait rendu égoïste, renfermé. Et, malgré la distance qu'il y avait maintenant entre lui et l'Allemagne, Vergil savait qu'il y aurait toujours une partie de lui pour grincer des dents lorsqu'il s'agirait de parler de son mariage écorché. Il ne releva pas non plus l'accusation de la jeune fille, les yeux fixés sur le fantôme d'une étagère qui hantait un coin de sa chambre :

« Je ne fuis pas du tout mes responsabilités. J'ai seulement décidé de devenir professeur ici, et tu connais la politique de tolérance zéro de Moriarty, par rapport à l'extérieur. »

Mais s'il avait le choix, irait-il, dans l'instant, se réfugier auprès de sa fille ? Probablement pas. Il n'avait jamais ressenti à son égard un quelconque instinct paternel ; cependant, il avait l'impression que ses derniers mots cherchaient à le dégager de toute culpabilité. Non, je n'ai jamais abandonné ma fille. Non, je n'ai jamais été un salaud. Et non, je ne recherche pas une quelconque jeunesse entre tes cuisses. Autant de prétextes amers, de moments ratés et enterrés, qui passaient sous silence dans cette voix rocailleuse.
Viktor profita de la pique vaguement humoristique de la française pour la renverser sous lui et esquisser un semblant de sourire, ses coudes s'enfonçant de chaque côté de la tête Lolienne, comme pour l'empêcher de s'échapper. Il planta ses prunelles obscures dans les siennes, et retint un soupir moqueur, l'air de dire « très drôle », avant de passer une main dans ladite chevelure ébouriffée:

« À la limite des chenilles et des poux, mais des kangourous... ? Tu surestimes ta chevelure. »

L'homme haussa ensuite un sourcil interrogateur, gardant son regard fixé sur le maigre visage pâle :

« Parce que c'est valeureux de se vanter d'avoir couché avec le plus de gens possible ? Ça prouve quelque chose ? Te fous pas de ma gueule. Ça fait de toi quelqu'un d'encore moins crédible que d'habitude. »

Parce que, sérieusement, en quoi cette insinuation devait-elle changer sa vie ou, au contraire, le rassurer ? Il fallait être sincère, au moins sur ce point-là ; le ton de Lola était agaçant en lui-même, et un homme qui avait sa fierté, ça n'aimait pas que les fantômes des autres envahissent son espace privé.
Mais non, putain, fallait pas réagir à la provocation adolescente, et le visage de Vergil se referma dans la tiède pénombre, opposant à la jeune fille un rictus tordu et peu accueillant.

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Lola
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Sujet: Re: I'm your martyr, will you be my gangster [PV Vergil] Dim 27 Avr - 21:40

Un sourire entendu, sorte de « Ouais, voilà, on est d’accord » tacite, fleurit sur les lèvres de Lola. Et c’est tout. Pas de remarque gouailleuse, pas de gloussement condescendant, pas même de « Bah voilà, vous voyez ? » puérilement fier. Comme quoi malgré son orgueilleuse immaturité elle s’avère capable de museler sa grande gueule lorsque ça lui semble plus sage. Sûrement un peu grâce à – ou à cause de – cette légèreté d’esprit aux effluves fruités de bonne weed, mentalité peace out, détachement total – on lui annoncerait l’arrivée de l’apocalypse qu’elle se contenterait d’arquer le sourcil et de demander « Ah ouais sérieux ? ».

« Pffffft, moi qui croyais qu’c’était justement c’qui faisait le soi-disant charme des parisiennes, j’me sens trahie... qu’elle marmonne d’un ton boudeur après s’être détachée des lèvres de Vergil. »

Mouais, le charme parisien, pour ce qu’elle ce y croit, à cette chimère qu’on se chuchote à l’internationale. Enfin la nécessité d’adapter son langage à son interlocuteur, familière – clairement pas la première fois qu’on exige d’elle un effort de formulation et de politesse – lui soutire toujours un petit rire amusé. Dans ces moments elle s’imagine débarquée d’une autre planète, galérant sec à communiquer avec ce commun des mortels étranger qui capte pas un mot de son dialecte ; elle se sent un peu E.T. téléphone maison , en fait. Dieu qu’elle est bête, mais c’est drôle.
Puis le contraste, aussi, ce paradoxe qu’il lui semble percevoir en comparant la nature de l’Allemand et ces fragments d’un passé apparemment volontiers éludé – drôle, le gars qui la rabroue comme un vieux daron sur sa vulgarité mais qui refuse d’assumer le rôle de père auprès de sa propre fille. Bien sûr qu’elle accorde aucun crédit à cette histoire de ‘‘politique de l’extérieur’’ – d’façon elle a jamais trop su comment ça marchait d’un point de vue administratif, tout ça –, personne choisit un poste qui l’arrache à sa vie si ce n’est pour fuir celle-ci, elle ou quelque chose qui s’y trouve.

« Mouais, avouez qu’ça vous arrange bien. Non mais j’vous comprends, c’est plus drôle de sauter des orphelines que d’aider sa gamine à faire ses additions. »

Après tout, « tout le monde sait comment on fait des bébés mais personne sait comment on fait des papas », non ? On peut pas leur en vouloir. Elle en veut pas à son père, elle. ... Pas trop. La jeune fille pousse un soupir agacé. Meilleur moment ever pour penser à cette absence qui a tant marqué son enfance ; aucune envie d’en parler, non, elle ne pratique pas l’art profond et intime de la confession, trop fière pour dévoiler facilement ce vécu qui constitue sa plus grande force mais aussi sa plus grande faiblesse.
De telle sorte que, prise par ces réminiscences déplaisantes – et un peu ramollie aussi –, elle tarde à relever le changement de position, ne s’en rendant compte qu’à l’instant où le regard du prof’ plonge dans le sien, embrumé. Elle esquisse un mince sourire indescriptible, un amalgame d’aise, d’amusement et de paresseuse tendresse – un de ces sourires qui lui font honte, parce qu’elle capte pas d’où ils tirent cette douceur qui écœure l’amertume de son tempérament.

« C’est vous qui la sous-estimez. J’suis comme Samson, moi, toute ma force est dans mes veuchs... enfin, cheveux. »

La Française lève indolemment la main et, du bout des doigts, elle effleure la joue de son vis-à-vis, l’observant d’un air songeur. Pourquoi c’est elle qui devrait savoir, au juste ? Le rapport masculin à sa sexualité, elle ne le connaît que par l’exemple des gars de son quartier – niquer à la chaîne pour décrocher le titre de queutard de Paname –, et si elle a énormément récupéré d’eux, elle a malheureusement pas le matériel pour niquer aussi primitivement. Le nombre de ses coups, elle le considère comme une expérience indissociable de sa personne et de son histoire, pas comme un succès ou une fierté – malgré ce que sa précédente remarque, hautement ironique, tend à prouver.

« Aucune idée, demandez à Id, j’suis sûre qu’il a toute une théorie là-d’ssus... Moi, m’foutre de votre gueule ? J’oserais pas, voyons, ce serait pas digne de l’estime que vous avez pour moi. »

Un bref rire lui échappe, quelque chose entre le gloussement taquin et le ricanement goguenard, qu’elle étouffe en un bref baiser alangui, profitant éhontément de cette nouvelle proximité pour satisfaire ses envies ponctuelles de contact. Voler un baiser, perdre nonchalamment ses doigts sur le tracé rude de son visage, ni vu ni connu ou presque. S’il croit lui faire peur, le nazi du dimanche, avec ses airs de requin.
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Vergil
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Sujet: Re: I'm your martyr, will you be my gangster [PV Vergil] Lun 28 Avr - 15:04

Encore faudrait-il que ce fameux charme Parisien existe.

N'ayant fait qu'entendre parler de l'odieuse France au travers des récits de son héros de grand père, et n'ayant de toute façon jamais fréquenté de française avant que la créature blonde n'entre dans sa vie, Viktor avait une idée très vague du charme féminin et, plus spécifiquement, du charme français. Après, le problème était qu'ayant grandi dans un pays traditionnellement strict et opposé à toute forme de laxisme, Vergil n'était pas le type le mieux qualifié pour juger de l'apparence, et donc du charme, de la frêle Lola, au travers de son comportement absolument pas cliché – parce que le charme, c'était plus qu'une question de beauté. Mais pour apprécier ce bagout des basses-collines françaises, il aurait surtout fallu que Vergil soit un peu plus jeune, et un peu moins attaché à ces fameuses images préconçues. Mine de rien, on se faisait toujours une idée, même imprécise, des autres ; la forte Brünehilde, à défaut d'être aussi stoïque et grasse que la Merkel, était encore ce que l'on faisait de mieux dans l'imaginaire teuton, en poussant de côté les Marlènes Dietrichs et les Dianes Krugers à la silhouette filiforme. Mais Lola, elle, n'avait rien à voir avec l'idéal français que des siècles de fascination prusso-française avaient bien pu bâtir. Ou peut-être qu'elle avait quelque chose à faire avec le frêle fantôme d'Edith Piaf, grande gueule dans un petit visage brun, bruyante à l'extrême, oh, tiens, tout comme Lola. Mais si Viktor pouvait se permettre cette réflexion somme toute aberrante, c'était parce qu'il avait regardé La Môme, aussi ; il n'allait pas souvent au cinéma – perte de temps, qu'il aurait pu passer au gymnase, et non dans une salle, entassé avec cinq cents autres inconnus, occupés à mâcher, à remâcher du pop corn, et le bruit était toujours infernal. Vergil détestait la populace -, mais cette fois-là avait été une exception.

Après plus ample réflexion et un regard toujours égaré dans le tiède néant de la chambre professorale, l'homme songea que les françaises n'étaient décidément pas les plus simples à manipuler :

« Le charme des parisiennes ou des gens vulgaires, en général ? Parce que je t'assure que la vulgarité sonne nettement moins bien en anglais, ou en allemand. Un Charles de Gaulle aurait eu nettement moins de succès s'il avait parlé comme toi. »

Et, dans les faits, un Charles Gaulle ouvrant sa gueule comme une racaille eut le mérite de faire sourire – et grimacer, en même temps – l'odieux germaniste, dont les oreilles résonnaient encore des grands discours entendus dans les années 90. Vox populi ta mère.

En imaginant sa pauvre petit Sophia faire ses devoirs toute seule – et probablement même pas toute seule ; un hypothétique beau-père avait bien dû venir mettre de l'ordre dans cette histoire-là -, Vergil se renfrogna aussitôt. Il avait toujours du mal à mettre le doigt sur le petit sentiment acide qui mettait bien plus longtemps que prévu à corroder les cordes mouvantes de ses réflexions, lorsque sa vie d'avant – oh, le joli terme – remontait à la surface, comme un poisson mort à l'oeil rond et décomposé depuis bien avant Mathusalem. Sa vie d'avant n'était pas assez jolie, pour qu'il laisse à Lola le soin de la decrédibiliser, mais en même temps, toujours aussi difficile d'avouer qu'elle avait raison ; il était en Angleterre, là, et pas en Allemagne, penché au dessus de l'enfant qui lui déclamerait d'une voix fluette son poème appris par cœur. Peut-être pour ça qu'il traitait Lola comme une môme, qu'elle était une adolescente au visage double et flouté par son envie d'enseigner, et d'aimer en même temps :

« ...De quoi tu te mêles ? Tu ne sais pas du tout ce qui m'a amené ici. »

Mais rien que d'y penser, Viktor avait honte. Il ne s'était pas cassé parce qu'on l'avait chassé, seulement à cause de son écœurement tenace et hypocrite. Et avouer ça à Lola tenait étrangement du ridicule ; il se voyait mal, soudain, se tendre vers elle, et tout raconter, déployer Berlin sous ses yeux de stoneuse, écorcher son Allemagne natale et ses rues tordues, ses skins moqueurs, et ses batailles interminables. Et se contenter d'un « tu ne sais rien de moi. » pouvait être ce qui se rapprochait le plus d'une réponse prudente et clichée, maîtrisée en un mot :

« Ou comme Raiponce, tu veux dire. Ne te fais pas plus masculine que tu ne l'es. »

Il grognait, le teuton, son pouce caressant lentement la courbe des pommettes de l'adolescente. Les piques matinales étaient toujours ce qu'il y avait de meilleur pour éveiller un esprit et le maintenir tranchant, mais, alors que les yeux de l'homme cherchaient ceux de Lola, il répondit, acerbe :

« Parce que je devrais mêler Id à ça ? Ce type ne sait même plus oú il a foutu sa queue. Quant à toi, tu ne perds rien pour attendre. »

Et il lui rendit, ponctuellement, ces baisers gorgés d'ardeur, comme s'ils pouvaient étouffer la vigueur mordante de la française, et faire disparaître son corps sous le sien, soudain bien plus présent, plus vif et éveillé. Mais il n'y avait toujours aucune fierté à avoir, de rouler dans ce lit, avec cette créature, cette fille, aux lèvres toujours ourlées par le cynisme, tandis que lui, pauvre hère, n'avait connu que des êtres infiniment plus faibles et différents.

Contraste, de nouveau, qui ramenait le désir et la rage.
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Lola
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Sujet: Re: I'm your martyr, will you be my gangster [PV Vergil] Lun 5 Mai - 0:29

La blonde se contente de ricaner succinctement, pour la simple et bonne raison qu’elle a aucune réponse à offrir. Qu’elle est vulgaire ? Ouais, il paraît – et pourtant on surplombe encore les « starfoullah », « miskine » et autres joyeusetés argotiques du genre –, et alors ? Pourquoi les gens ‘‘normaux’’ tiquent autant sur le langage ? Ça la dépasse, sérieux, comme si la prédominance de « putain » dans ton parler révélait à leurs yeux ta personne toute entière – alors ils t’imaginent teubé, mal éduqué, pauvre, délinquant... Quand c’est un gosse on sourit, quand c’est un jeune on le fixe avec mépris, putain de clichés à la con. Vas-y.
Enfin elle commence à s’habituer, depuis qu’elle moisit entre les murs austères de l’orphelinat elle-même se juge un peu plébéienne à force d’entendre à peine quelques échos d’argot, deux-trois résonances d’inconvenance. Pas d’quoi mener une campagne de sensibilisation.

« C’est juste que vous avez pas l’oreille musicale, rétorque-t-elle seulement avec une désinvolture amusée. ... Genre « Sisi la France, j’t’ai comprise, tmtc je gèreeeee ! » ? – le visuel s’ajoutant, un gloussement gouailleur lui échappe – Il aurait fait kiffer la jeunesse actuelle. »

Pour ce qu’il valait vraiment, le moustachu du 18 Juin... Posé peinard à Londres avec Churchill, son reuf imbibé au sky, une fois d’temps en temps il cause à la radio question de donner l’impression de diriger le bail puis il retourne serrer d’la lady. Jean Moulin, lui, c’était un vrai ouf, un putain de résistant ; De Gaulle il avait juste une voix qui sonnait bien à l’antenne (pédale va).

Lola pousse un faible soupir, et le regard qui se relève humblement – pour une fois – vers Vergil souffle un vague mea culpa. Pas que sa réaction la déconcerte, plutôt qu’elle s’en veut un peu de fureter et juger éhontément une vie dont elle ne sait effectivement rien alors qu’elle a pour principe absolu de ne jamais faire à autrui ce qu’elle n’aimerait pas qu’on lui fasse. Et ouais, farfouiller dans le bordel insalubre et enfumé de sa vie pour ensuite la tacler sur des choix subversifs face à certaines situations, elle apprécierait pas des masses. C’est pas toujours les connards qui font des choix de connards.

« Ouais, vous avez raison. Mais – un mince sourire gouailleur fleurit sur ses lèvres – j’vous savais pas sensible. »

En fait vous êtes un tendre, c’est ça, un gros dur à l’âme tourmentée ? qu’elle ajouterait si elle ne savait pas très bien que cela équivaudrait à déclencher une Troisième Guerre mondiale – le lit devient le no man’s land, les couettes remplacent les tranchées, les oreillers s’alourdissent des balles de leurs gros guns... ouais, une bataille de polochons, quoi, bref.

« Et pourtant c’est moi qui monte tous les soirs... »

Et toc. Non parce que la diplomatie, ok, pas d’problème, mais elle se doit quand même de défendre sa virile fierté – avec beaucoup de détachement et d’autodérision néanmoins –, il s’agit de montrer les crocs l’air de rien une fois de temps en temps. En toute... amitié ? sexualité ? plan culité ? – il est de ces mystères terminologiques qu’il s’avère plus sage de ne pas résoudre. D’autant que plus sérieusement, elle apprécie pas des masses cette assimilation de sa personne à une grognasse tout juste bonne à lâcher les veuchs façon l’Oréal pour que son gars la sauve. C’est pas avec elle que l’Allemand satisfera une quelconque – très cheloue, ‘faut le dire – envie de jouer les princes charmants.

« Ah ouais ? Oh la la j’ai peur, feint-elle de s’exclamer d’un ton plat – ça manque de conviction tout ça. N’empêche vous réalisez que ça s’trouve il vous entend ? »

Malgré cela elle rit doucement contre les lèvres du prof’, taquine et inconsidérée – de l’indéniable côté un peu tatasse du ricain de la chambre d’à côté, ou de la menace germanique qui ne l’effraie guère ? ... sans doute les deux. Inspiration reggaeton limite dans son humeur actuelle, nonchalance subtilement sensuelle dans ses gestes, dans ses gloussements, dans ses inflexions ; rugosité narquoise et provocatrice, joueuse, dans ses mots, dans son langage, dans ses intonations. « If you like it mocha, come get a little closer, and bite me en la boca », tout ça tout ça. C’est en tout cas avec cette chaleur désinvolte – ces braises encore rougeoyantes d’un feu dévorant – que la stoneuse s’arque contre lui, nouant ses bras autour de son cou, frémissante du délice vague – trop vague – du contact du prof’. Dans ses prunelles sinople l’étincelle d’une concupiscence subtilement ranimée, dans ses caresses la torpeur faussement innocente d’un désir engourdi qui ne se dévoile pas encore. « If you don’t get enough, I’ll make it double », hm ?


[...]


Lola pousse un dernier soupir, quelque chose entre l’expiration haletante et le gémissement langoureux, tandis que son aîné revient à ses côtés, le souffle erratique. Et malgré les battements frénétiques de son cœur, malgré l’engourdissement fiévreux de ses membres et de sa conscience, elle entend... :

« Ahem, excusez-moi de vous interrompre mais puis-je me permettre de vous rappeler que... ahem, nous nous réveillons tôt demain ? »

... Eh merde. Rougissante, elle se tourne vers Vergil pour lui jeter un regard qui vaut mieux que tous les « Je vous l’avais bien dit tout à l’heure, non ? » du monde. Puis elle lâche un gloussement éraillé, amusée tout de même à l’idée du pauvre Id figé de gêne à côté dans son lit – même si concrètement elle osera pas le regarder dans les yeux pendant au moins une semaine.
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Vergil
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Sujet: Re: I'm your martyr, will you be my gangster [PV Vergil] Mar 6 Mai - 15:58

En même temps, difficile d'avoir l'oreille musicale quand l'allemand, cette langue noire et rocailleuse, ne soutient aucune mélodie, aucune gentillesse ; le latin, encore, à la limite, avait pu former sa langue aux douceurs rigoureuses d'un chant mort, mais qui trouvait encore aujourd'hui sa place dans toutes ses descendantes, à commencer par le français. Alors pourquoi devait-il taxer cette langue de plus de vulgarité que la sienne ? Peut-être parce que dans l'allemand coulait le son des tambours brutaux des wisigoths et des anciens vikings, attablés autour d'un feu ronronnant, plus occupés à boire le sang de leur ennemi dans le crâne même de ce dernier, qu'à se la jouer lyrique comme ces pétasses de romains. L'effet miroir de ce tableau sur le latin et ses descendants donnait une impression de perfection, de retenue dans la maîtrise ; mais le français tel que semblait le maîtriser la blonde qui squattait son pieu semblait aussi être tribal et coloré, bien loin des clichés poétiques d'une France ensorcelée par ses milliers de bons écrivains romanesques. Viktor fronça machinalement les sourcils, plus par habitude, que par réelle perplexité, réfléchissant aux paroles de Lola, alors qu'un mince sourire se forme sur ses lèvres, lorsqu'il songe au digne général penché sur le peuple pour lui susurrer d'une voix nettement moins diplomatique des horreurs, des trésors locaux. Peut-être qu'il devrait aller à Paris, rien qu'une fois, écouter ces choses-là, illuminées par un quotidien différent de celui qui animait la Française enfermée entre les quatre murs de l'orphelinat :

« C'est plus simple de pas l'avoir ; ça évite de se taper un accent Londonien en pleine mutation quand on parle anglais. »

Il posa sur elle un regard plein de reproches, s'en voulant d'imaginer le pauvre De Gaulle sous cet aspect-là – décidément, la blondasse n'avait pas une bonne influence sur lui :

« Parce qu'il faut séduire la jeunesse, ou les parents, pour se faire élire dans votre curieux pays ? »

Il se rendit parfaitement compte du banal de sa réponse en surprenant le regard de Lola – il n'avait pas choisi de mettre l'accent sur l'éventuelle dureté des épreuves traversées, mais plutôt sur l'incompatibilité entre leurs deux caractères, et donc, le peu de fiabilité de la créature Lolienne. Sa vie, il aurait pu la raconter sans problème à Id, par exemple, parce que ce dernier aurait pu comprendre, non seulement les aléas d'une vie de couple tumultueuse et bercée par les doutes, mais aussi le lent mûrissement de l'être au travers de différents épisodes dont Lola ne pouvait même pas concevoir l'existence. Donc oui, difficile d'étaler son soi lorsqu'il se trouve que ton interlocuteur ne semble même pas venir de la même planète que toi. Ce qui ne l'empêcha pas de se vexer, lorsqu'elle évoqua sa pseudo-sensibilité :

« Mais ben sûr. Continue d'évoquer mon sentimentalisme, et je parlerais de ta féminité. Deux choses totalement fantasques, tu me l'accorderas. » Grogna-t-il, en emmêlant les mèches blondes autour de ses doigts, pour mieux attirer Lola à lui

Puis, avec un accent moqueur dans la voix :

« Je suis sûr qu'Arpège adorerait l'idée d'un plan à trois, si c'était moi qui montait, princesse »

Viktor nicha l'une de ses mains tout contre la nuque blonde, sentant ses ardeurs nocturnes reprendre d'assaut son esprit, et éveiller au creux de son ventre cette chaleur chérie et adorée, tandis que ses lèvres capturaient sauvagement celles de la Française. Il fallait vraiment que son esprit ait un tant soit peu évolué, pour que lorsqu'il parle de châtiments, il ne pense plus automatiquement à claques et à colles, mais plutôt au poids de son corps soudé à celui de Lola.
Il esquissa un rictus doucereux en écartant ses cuisses.

(…)

Tentant vaguement de reprendre son souffle, l'homme contempla d'un œil satisfait le profil de sa maîtresse dans l'obscurité. Son corps frémissait encore des dernières étincelles d'un plaisir dûment mérité et il se tendit vers elle pour l'embrasser, lorsque la voix de son cher voisin résonna, brisée par l'épaisseur du mur :

« ... »

Merde. Vergil sentit une vague inquiétude l'envahir et se racla la gorge :

« Excuse moi, cher voisin. »

Avant de jeter un regard courroucé à Lola, murmurant :

« T'aurais pas pu être silencieuse, putain ? »

Et si Id avait reconnu dans ces gémissements lascifs la voix de l'une de ses élèves ? Et s'il les dénonçait ? Et si... ? À ajouter à ces intenses questionnements, la vision sordide d'un jugement pour détournement de mineur et homicide volontaire sur un professeur du même âge que le coupable. Ladite image passa en une seconde devant les yeux obscurs de l'Allemand, avant de se fondre dans la pénombre de la chambre.
Il vira tout de même ces pensées parasites d'un haussement d'épaule défaitiste, s'enfonçant dans ses oreillers ; il aurait bien le temps d'y songer, lorsque son corps aurait retrouvé son calme, et son esprit son intégrité. Et puis, ce n'était pas comme si Lola avait 14 ans, si ?
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Lola
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Sujet: Re: I'm your martyr, will you be my gangster [PV Vergil] Jeu 22 Mai - 14:58

Lola ne daigne même pas feindre de retenir le rire succinct, incrédule et méprisant, qui lui vient à l’entente de ce reproche tout à fait injuste. Attends, elle ose tout de même espérer qu’elle est pas la seule à prendre son pied au pieu – même si ouais peut-être éventuellement elle le fait un tout petit plus entendre. Puis même, c’est à elle qu’il faut s’en prendre s’ils sont en papier mâché, les murs ? ... Bon, visiblement ces excuses foireuses lui suffisent pas à estomper la rougeur coupable colorant la pâleur de ses joues creuses – cette capacité of hers à se révolter tout en s’en voulant discrètement l’exaspère parfois, oui, en effet.

« Vous avez qu’à m’bâillonner la prochaine fois..., qu’elle se contente de marmonner avant de fermer les yeux. »

Pas la force d’y penser plus que ça, et encore moins de défendre son honneur plus que ça ; pas alors que sa maigre poitrine se soulève encore à un rythme irrégulier et que les derniers faibles, tout juste perceptibles, frissons de plaisir courent sur sa peau brûlante. Instant de faiblesse – et donc de silence – dont Id profite pour répliquer timidement que « ce n’est rien, ce n’est rien... bonne... nuit ? ». Aucun commentaire quant à l’égarement supposé de sa virilité, hm, quelle victime. C’est sur cette pensée ô combien sympathique et respectueuse qu’elle s’efforce finalement de bouger, se redressant de façon à se retrouver assise en tailleur ; après quoi elle s’étire longuement, lentement, savoure le bref et inoffensif craquement de ses épaules, de son cou, enchaînement machinal de gestes paresseux qu’elle ponctue de quelques regards, distraitement irrités, jetés à Vergil – de la même manière qu’une gamine puérilement boudeuse détournerait ostentatoirement la tête à la vue de celui ou celle qui a osé l’offenser, seulement pour lui rappeler altièrement qu’elle lui en veut encore, oui encore. « J’vais m’doucher », l’informe-t-elle succinctement alors qu’elle se traîne hors du lit, ramassant au passage un tee-shirt – visiblement pas à elle – et sa culotte – qui, si elle ne lui appartenait pas, l’amènerait à se poser quelques questions –, puis vers la porte de la salle de bains.

« J’vous aurais bien proposé d’vous joindre à moi, ajoute-t-elle ensuite d’une voix doucereuse – l’amertume de l’enfantine vexation comme paradoxalement exacerbée par la légèreté mielleuse – mais apparemment j’fais trop d’bruit alors... »

Haussement d’épaules désinvolte, volte-face hautain ; la porte se ferme doucement derrière la blonde. D’un coup ces puériles hostilités lui en touchent une sans faire bouger l’autre et elle trace joyeusement son infime bout de chemin – la douche, terminus, tout le monde descend –, ne pensant plus qu’au bonheur presque félin de se délasser sous l’eau brûlante.
Malheureusement trop courtement savouré, le délice de cette chaleur fluctuante dont la course serpentine sur sa chair lui dénoue les membres et emporte les rancunes oiseuses qui lui parasitaient l’esprit – un peu comme la pluie dont le battement contre le macadam en décrasse le triste gris. D’autant qu’à peine elle sort de la cabine que la fraîcheur de la pièce fait courir sur sa peau humide des frémissements, la poussant à agir rapidement et efficacement. Pas la peine de s’essuyer, direct elle enfile les fringues, croisant brièvement son propre regard dans le miroir – « Tout cela ne vaut pas le poison qui découle de tes veines, De tes yeux, de tes yeux verts, Lacs où mon âme tremble et se voit à l’envers » ? Nope, Charles, pas tout à fait, mais bien tenté –, et fonce de la salle de bains au lit – là où elle s’effondre oisivement tout en poussant un soupir de contentement.

« Dites, vous devriez pas dormir vous ?, s’enquiert-elle d’un air moqueur (tout en résistant à l’envie de se rouler allègrement dans les draps). »

Qu’il lui fasse pas l’affront de lui retourner la question. N’importe qui la fréquentant régulièrement comprend que les concepts de jour et de nuit n’existent que très vaguement dans son rythme de vie et que son sommeil ne dépend pas de la couleur du ciel dehors. I never sleep ‘cause sleep is the cousin of sleep... Personne ne dira sans doute jamais mieux que Nas la crainte soupçonneuse de ces quelques heures de néant, de ce temps inutilement sacrifié à Morphée – tout ce temps qu’on préfèrerait consacrer à lire ou marcher ou chanter ou... fumer. Ainsi que Lola s’apprête à le faire, s’asseyant et récupérant sur la table de chevet le nécessaire pour rouler.

« J’veux dire, j’suis flattée qu’vous m’consacriez vos nuits mais... »

Elle quitte des yeux la beuh qu’elle effrite entre ses doigts et scrute l’adulte avec un mince sourire en coin. En fait, elle cognerait au mur et interpellerait narquoisement Id – « Pas vrai m’sieur ? » – si elle ne se doutait pas que cela équivaudrait à signer son arrêt de mort.

« ... mais bon, visiblement le destin vous l’fait payer. »

Et un coup d’œil bref mais significatif à la barrière de béton entre les deux chambres. ‘Vous inquiétez pas, l’air éhontément amusé est offert par la maison.
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Vergil
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Sujet: Re: I'm your martyr, will you be my gangster [PV Vergil] Sam 24 Mai - 18:20

Ces détails avaient tendance à se laisser facilement oublier ; le temps d'un soupir alourdi par le plaisir, d'un battement de cil, et déjà, Vergil ne se souvenait plus de qui il était et, plus important, de qui il tenait dans ses bras. La situation devenait alors critique, à partir de ce moment délicat oú l'on était tellement dans l'acte que l'extérieur se métamorphosait sournoisement en une menace à peine palpable, et que seule la voix de celui qui ne savait pas se faire respecter, pouvait disperser les brumes d'inconscience planant dans ce cocon d'illégalité. Le jour oú les faibles domineront est proche, pensa Vicktor avant de bailler, agacé à la seule idée du pouvoir que devait maintenant avoir Id sur lui. Bâillonner Lola était en train de devenir une sacrée bonne solution à tout ça, en admettant que ce cher professeur soit assez con pour ne pas avoir reconnu sa voix stridente.

On y croit.

Ladite créature chevelue se leva donc de son auguste nid de plaisir, en lui balançant au passage quelques mots que Vergil ne daigna même pas relever. Il lui lança seulement un regard qui trahissait les dernières vagues de sa royale irritation, irritation encore mêlée de ces quelques restes de plaisir, ce qui le rendait nettement moins menaçant. En entendant la porte se fermer, l'Allemand tendit la main vers ses clopes et s'en alluma une. Après le réconfort physique revenait inlassablement ce délicieux abandon durant lequel les seules pensées logiques qui prenaient encore la peine de se former touchaient à une seule question : pourquoi je fais ça. Probablement parce que c'était bien commode d'avoir ce qu'il fallait au sein même de l'orphelinat, sans devoir prendre la peine de bien s'habiller, de se raser, pour aller chasser à l'extérieur, mais rien de toute ça n'excusait la sensation d'insécurité qu'il ressentait à ce moment précis. Il aurait dû draguer Divine. Divine était au moins aussi confortable, et bien plus pratique. Vergil se laissa donc aller un instant à fantasmer sur ce qu'aurait pu être une relation d'adulte à adulte dans ce microcosme de petits parasites rebelles. Et pourquoi forcément choisir la difficulté ?

Sa clope toujours allumée coincée entre ses doigts et son regard suivant en silence les volutes de fumée qui léchaient paresseusement ses meubles, Vergil posa les yeux sur les raies de lumière qui filtraient sous la porte de la salle de bain. Il pouvait entendre sans peine le fracas de l'eau, et la pénombre à peine troublée par les éclats de lumière lui offrait tout aussi gracieusement le corps de Lola.

Four A.M knows all my secrets

Inquiétant, cet attachement féroce qui se manifestait dès que sa conscience avait le dos tourné. Il lui en fallait alors peu pour se plonger dans une réflexion agacée, d'animal que l'on accule, et qui, dos au mur, montre le dents et ne peut que faire face à ça. L'insoluble question qui avait fini par rejeter toute forme de culpabilité, et là, sa morale en profitait pour revenir au galop, agressive petite chose qui plantait ses dents dans son ego déjà mis à mal - ego de Viktor Khöler, nous nous sommes déjà habitués à ta disparition. Vergil, si parfaitement lisses d'habitude, était devenu double.

Le professeur remit sa clope entre ses lèvres, laissant de nouveau son regard gambader dans la chambre, lorsque la créature Lolienne réapparut :

« ..C'est étrange que tu me poses la question, on croirait presque entendre quelqu'un qui s'imagine que son avis pèse dans la balance. »

Sur ce, il attrapa son traditionnel paquet de shortbreads qui traînait sur sa table de nuit depuis ce qui semblait être le début des temps, et s'empara d'un gâteau, le mâchonnant d'un air distrait qui masquait à la perfection ses inquiétudes :

« Pas comme si on avait vraiment le choix du moment. Permets-toi de venir dans mon bureau en plein jour, et tout l'orphelinat te prendra pour Monica Lewinsky. »

Enfournant un autre gâteau entre ses lèvres, le teuton finit néanmoins par se tourner vers la jeune fille :

« Et puis, ce n'est pas comme si nous avions vraiment besoin de beaucoup de sommeil. »

Avant de lui tendre son paquet déjà bien entamé et de faire preuve d'une générosité sans borne – si, si, un morfal ne filerait jamais sa bouffe de son plein gré, c'est connu.
Ce que Vergil ne ressent pas, il le mange.

« Un gâteau ? »
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Lola
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Sujet: Re: I'm your martyr, will you be my gangster [PV Vergil] Lun 2 Juin - 17:44

La clope roule agilement sous ses doigts, vomissant son tabac au creux de sa main jusqu’à que les miettes de beuh ne soient plus que quelques éclats verdoyants dans tout ce brun. Ah, il veut la jouer comme ça ? « J’en ai rien à foutre de toi, tu vaux que dalle et j’te le fais sentir, maintenant ta gueule femme. » ? Vengeance puérile mais ô combien satisfaisante, Lola jette négligemment le cadavre vidé – éviscéré, d’une certaine manière, par les doigts crochus du vilain monstre mangeur de ganja – de la cigarette dans les draps.

« C’est étrange que vous me disiez ça, singe-t-elle d’une voix doucereuse, on croirait presque entendre quelqu’un qui ne tient vraiment pas à avoir de nouveau le privilège de... – un gloussement lui échappe, c’est littéralement impossible de dire ce qu’elle s’apprête à dire avec le plus grand sérieux – ... bourriner mon auguste intimité. »

Remarque faussement anodine qu’elle ponctue – oh, quel culot ; quelle gaminerie – d’un regard bref mais lourd de sens. J’dis ça j’dis rien. Drôle – risible –, cette opiniâtreté dans le déni orgueilleux de son appartenance à un sexe faible superficiel et sournois tout en en adoptant si aisément les manières. Artificieuse mais cinglante, la blonde ne vaut présentement pas mieux que deux meufs à terre se frappant dessus avec leurs talons aiguille à la main pour un pauvre mec qui se contente de les fixer bêtement, mi-hagard mi-fier (bolosse).

Enfin elle passe lentement sa langue sur la bande collante de la feuille et colle prestement le tout, se permettant un petit sourire en coin face à cette perfection faite joint. Puis elle relève la tête, arque un sourcil à la vue des gâteaux – elle qui croyait que le grand méchant Vergil ne mangeait que les petits orphelins –, se fige. Monica Lewinsky, réflexe de petit génie désœuvré qui consacrait jadis des nuits entières à se perdre dans les méandres de Wikipédia – ce nom-là lui dit quelque chose. Hmmmm... ah oui. La suceuse du bureau ovale, le Monicagate. D’ailleurs avec tout ce bordel, finalement, Clinton lui a enfoncé la porte, à la Monica, ou pas ? ... Putain, pourquoi tant de connaissances randoms et inutiles ? Un jour pour vrai elle apprendra les trucs importants. Du genre que les bombes nucléaires, c’était à Hiroshima et Nagasaki, et non pas Hiroshima et Fukushima.

« N’empêche, elle s’est fait pas fait la masse de fric, celle-là ? – la jeune fille décoche à son vis-à-vis un sourire mutin avant d’allumer son spliff – Parce que si c’est juste passer pour une cochonne au niveau international, je dis pas non au pèze derrière. »

Quoique concrètement, elle supporterait pas. Imaginer un peu que son nom puisse se murmurer dans les couloirs de l’orphelinat comme un secret libidineux, qu’on puisse la suivre d’un regard hilare ou méprisant ainsi qu’une lorette dans le faubourg Saint-Germain du XIXe siècle... ça lui suffit largement pour savoir qu’il s’agirait d’un coup critique porté à sa fierté. Tant pis pour les millions, et l’occasion de faire rager le despote – derrière les barreaux, tu m’étonnes qu’il ragerait, à tous les coups qu’à la façon d’un Tahiti Bob (il a le potentiel capillaire pour, en plus) il fomenterait des plans de revanche en tournant dans sa cellule comme un lion en cage.

« Ouais, ça vous arrange bien, hein ? raille-t-elle en exhalant un dense nuage de fumée que l’obscurité teinte d’un bleu vague. »

A l’apparition soudaine du paquet sous ses yeux Lola manque d’éclater de rire. Elle se restreint néanmoins à un subtil retroussement de lèvres et d’un « Ouais, j’veux bien, merci. » distrait – trop occupée qu’elle est à piocher son gâteau. Qu’elle grignote lentement, pensivement, entre deux lattes de beuh – une pensée d’à peine trois secondes pour ses potes qui la charriaient tout le temps sur cette manière de picorer, t’étonnes pas si t’es toute anorexique après gnagnagna.

Mais si y’a bien un truc que l’adolescente sait faire, c’est faire tourner – les gâteaux, les feux, les clopes, les serviettes, tout. Du coup, c’est machinalement, le plus naturellement du monde, comme si elle se trouvait face à un gars du quartier, que tendant la main vers Vergil elle fait tourner le joint.

« ... Hm. Si vous voulez, j’veux dire. »

Quand même, ça fait chelou de proposer à son prof’ de smoke.
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Vergil
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Sujet: Re: I'm your martyr, will you be my gangster [PV Vergil] Jeu 12 Juin - 14:43

Fréquenter une gamine, ce n'était pas seulement naviguer en marge des lois de cet univers qui protège bêtement les mineurs, c'était aussi devoir s'habituer à tout un tas de nouvelles contraintes ; prenons ce ton parodique sur lequel la douceâtre enfant venait de mimiquer son tyran de professeur. L'homme le trouva aussi adorable que celui qu'un tout petit gosse emploierait pour se moquer d'un camarade. Et, oh, que c'est délicat, formula moqueusement Vergil en son for intérieur, le regard fixé sur ce qui semblait être l'horizon dissimulé derrière une bonne épaisseur de béton, à défaut d'avoir une fenêtre qui s'ouvrirait sur autre chose (une belle étendue sauvage et verte, par exemple. Même le vacarme de la ville ferait l'affaire) qu'une cour de récréation pleine de petits mongoliens jouant à être des surdoués :

« Je pensais que tu serais bien au-dessus du chantage. Je suis déçu. » Indiqua le teuton d'une voix paresseuse, qui peinait cependant à dissimuler la vague ironie qui glissait par en dessous

Se taper une gamine, c'était devoir s'habituer à son mode de vie, à son immaturité galopante, à ses remarques puériles, à l'écart des générations, à l'innocence sulfureuse d'une enfance qui s'achève à peine. C'était aussi pousser son ego de côté, pour que les vomissures d'ironie enfantine ne le salissent pas trop, et retenir ses ardeurs d'enseignant pour laisser sombrer la colère, lorsque la seule réponse possible aurait dû être « ferme ta gueule et va au coin. » ; naturellement, Lola ne devait même pas se rendre compte que la part d'ego que Vergil perdait dans l'affaire était tout bonnement monstrueuse – et peut-être qu'il essayait de lui donner une chance. Il y avait une certaine fierté, quand même, à avoir quelqu'un d'aussi jeune à disposition, mais la honte, aussi, de ne pas la sentir à son niveau.
Et plus Vergil s'enfonçait dans ses réflexions, plus ses bouchées devenaient gargantuesques. Le seul rescapé, le gâteau de Lola, avait déjà été tendu à cette dernière, et le teuton achevait le paquet avec des frémissements de colère :

« Même maintenant, elle a plus trop d'existence – choisir entre l'argent et sa vie , son intimité ? Je crois pas qu'elle ait été réduite au silence pendant le mandat de Clinton. Et aujourd'hui encore, son nom se murmure comme celui de la femme qui a souillé le bureau ovale. Pas un excellent exemple à suivre, si tu veux mon avis. »

Et évidemment que ça l'arrange, toutes ces petites magouilles, ces sorties à l'aube, ces caresses abandonnées sans aucune prudence dans un couloir, mais il ne comptait certainement pas laisser cette dernière victoire à Lola. Viktor balança l'emballage vide de son paquet sur sa table de nuit, et ramassa son boxer qui traînait au pied du lit. Il l'enfila sous les draps, étreint par une pudeur bizarre et presque déplacée – attends, lui murmura cette petite partie si agaçante de son cortex germanique, cette fille te voit à poil presque tous les jours et tu te rhabilles comme une ado' surprise par l'aube ? - avant de baisser les yeux vers la main tendue de Lola qui lui offrait le joint. Un geste si naturel, qu'il ramena Vergil près de dix ans en arrière, vers l'ombre d'un sourire conciliateur qui le poussait à accepter ce qu'on lui donnait. À cette époque-là, l'Allemand l'avait pris, par désir, peut-être, de rigoler aussi bêtement que les autres, et aussi, parce que dix ans en arrière, il était un peu moins Vergil, et un petit peu plus Viktor. Le Vergil d'aujourd'hui se demanda si quelque chose changerait lorsqu'il aurait accepté ce joint-là, sachant que ça faisait longtemps qu'il n'avait pas fumé – toute une vie, lui semblait-il :

« Merci. »

Sa voix sortit comme un grondement de basse désaccordée, tandis que sa main se tendait vers celle de la jeune Française, pour prendre ce qu'elle lui offrait. Ladite main ramena ensuite le joint vers ses lèvres et Vergil plissa légèrement les yeux. L'homme aspira profondément l'âcre fumée. Le souvenir vague de ses années d'adolescent l'effleura - un kaléidoscope de sensations, les rues de Berlin, les soirées à fumer seul dans sa chambre, les rires hystériques de ses potes défoncés, l'odeur de patîsseries sur la voie du U-Bahn, mêlée à celle, bien plus insidueuse, du joint, et, et... - , lorsque le parfum sucré de l'herbe picota ses poumons. Il ne se rappelait même plus de tout ce qui y était associé, mais sur l'instant, son regard fut plus doux, et le professeur s'enfonça dans son oreiller avec un sourire satisfait :

« Hmpf. » fut cependant sa façon la plus délicate et la plus sensée possible de répondre à cet afflux de sentiments disparates

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Lola
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Sujet: Re: I'm your martyr, will you be my gangster [PV Vergil] Lun 30 Juin - 22:03

« Oh, excusez-moi de ne pas satisfaire toutes vos exigences, s’exclame Lola avec une contrition frelatée par la monotonie sarcastique de sa voix. »

Souhaiteriez-vous vous faire rembourser, ou peut-être échanger le produit contre quelque chose de plus conforme à vos attentes ? ajouterait-t-elle presque en levant les yeux au ciel. Les vieux qu’elle a eu l’occasion de croiser – pour dire ça de façon chic – étaient peut-être tous un peu chelou, un peu marginaux, un peu perchés... mais ils étaient pas aussi prise de tête. Sans doute parce que les interactions post-coïtales se limitaient à « C’était bon ? T’as aimé ? » « Ouais ouais... ». Et oui, c’est justement ce qui l’a écœurée des coups d’un soir – entre autres – mais quand même, troquer quelques banalités indifférentes pour la sensation fréquente de ne pas assumer à plus d’un niveau (manière très vague et imprécise d’éviter d’avouer franco qu’elle se sent immature et teubé), hm... Comme la vague impression de s’être fait baiser – hm oui indéniablement – dans ce deal.
Elle pousse un profond soupir, avale ce qui subsiste de son gâteau et s’étale nonchalamment sur le lit, fermant les yeux tandis qu’elle sent venir le rush parfois surprenant de la verte sérénité. Comme si les volutes de fumée exhalées entre ses lèvres avaient emporté avec elles soucis, rancœurs et complexes pour les disperser dans l’air.

« Hm mouais, j’vous l’concède. Mais j’ai jamais été trop du genre à suivre le bon exemple d’façon, marmonne-t-elle d’une voix traînante, la tête enfouie dans l’oreiller. »

Même les méthodos enseignées pour faire des commentaires et des dissertations et tous ces trucs chiants, la blonde a jamais pu se les blairer. Pourquoi l’introduction, et les phrases de transition ? On s’en bat les couilles de tout ce blabla inutile, fonçons direct à l’idée. Sans doute ça, son plus gros problème, quand on y pense ; ça et son manque de volonté, sa flemmardise flagrante. Louison Guesnu, ou comment ruiner un potentiel intellectuel de très exactement cent quatre-vingt onze points. Si la weed ne lui avait pas niqué sa réserve de fucks to give, elle s’en voudrait peut-être un peu ; concrètement elle ne fait que constater les causes et les conséquences du problème sans même s’inquiéter une seconde de le résoudre, plus ou moins l’impression de tout voir d’en haut, genre volant haut dans le ciel, mais de ne jamais prévoir une halte dans le trajet de l’insouciante liberté.

Faisant sciemment fi de l’alanguissement qui lui alourdit les membres, Lola se redresse juste assez pour scruter silencieusement Vergil tandis que celui-ci tire sur son joint. Elle marmonnerait un quelconque commentaire moqueur, ou au moins esquisserait un petit sourire goguenard, si la rareté de ce moment n’avait pas quelque chose de sacré, tels ces instants de vie que l’on tient à vivre pleinement jusqu’à la dernière seconde car on sait à quel point ils sont précieux. Tout juste si elle ose perdre nonchalamment, presque tendrement, sa main sur le torse de l’Allemand tout en dispersant son esprit aux quatre vents. C’est là que ça devient le bordel dans sa tête, en général, que tout divague et fait des vagues ; là qu’elle comprend et se méprend, que tout et son contraire lui paraissent infinis, que...

« Mine de rien, m’sieur, va falloir me reconnaître que j’suis juste le plan cul parfait. Non seulement j’suis bonne au lit mais en plus j’ai d’la bonne weed. »

Tout est bon dans le coch... ahem non.

Elle a été prompte à l’ouvrir de plus belle, la Française. Non parce que, qu’on se le dise, il suffit de se faire la remarque à un moment donné que « ouais non, gros, t’es fly, c’est tout » pour arracher au Sacré ses voiles miroitants et immaculés.
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Vergil
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Sujet: Re: I'm your martyr, will you be my gangster [PV Vergil] Mar 15 Juil - 15:22

« Mes exigences, ou seulement un certain niveau de maturité? »

Le regard de l’irascible teuton glissa ostensiblement vers la créature chevelue qui roulait à ses côtés ; les discussions post-sexe qu'ils avaient tournaient souvent autour des mêmes sujets – alors qu'il aurait pu en profiter pour lui expliquer certaines règles de grammaire germanique dont la maîtrise lui manquait. Eh, le devoir du professeur devait s'accomplir jusqu'au creux de la nuit, au milieu des draps défaits et des corps entrelacés, non ? ; mais la vie de Vergil était devenue une éternelle course à l'excuse, tout simplement parce qu'assumer, c'était toujours un peu dangereux, un peu impulsif. Parfois, Viktor libérait son imagination trop cadrée et la lançait à la poursuite du fantasme. Il essayait de visualiser la colère que ça lui procurerait, si Lola se trimballait à son bras à la vue de tout le monde – et les regards étonnés. Les regards ulcérés. Les yeux inquisiteurs d'une justice personnifiée. Et c'était dans ces moments-là qu'il s’apercevait que cette rage si divinisée était un peu comme de la dope, quelque chose qui lui permettrait de s'élever au-dessus de sa condition, de jouer aux tyrans du dimanche, et en plus, de prendre grave son pied.

« Ne pas suivre le bon exemple... ça fait tellement mauvaise fille. »

Mais, déjà, sa voix semblait moins dure, plus ronde sur les bords, un peu comme l'aboiement apaisé d'un molosse qui aurait finalement, et de la plus étrange des façons, trouvé satisfaction. Et l'Allemand n'était même plus dans l'agression ; il se contentait de commenter, ce qui aurait presque pu passer pour du out of character, en omettant l'épaisse fumée qui s'enroulait si soigneusement autour de ses doigts, faisant naître dans ses yeux sombres des chimères et des fantômes d'adolescence éteinte. Mais, joint aux lèvres, le regard presque vague, et sa main venant se poser presque délicatement – le lent et étrange apaisement de l'homme qui n'a pas fumé depuis presque une décennie - sur celle de Lola, Vergil laissa ses poumons se remplir de fumée, avant de tourner la tête vers la Française :

« Hm. La weed n'était pas obligatoire, j'te ferais remarquer. »

Un spectre de son agacement passé se faufila dans sa voix, déjà parti, néanmoins, et l'homme laissa sa main remonter nonchalamment le long du bras de la Française, marquant du bout des doigts le creux translucide de son coude, là oú les veines se dessinaient le plus clairement :

« Mais. »

Et Vergil se morigéna lui-même avec une sévérité forcée, repensant à ces années stupides passées dans les rues de Berlin, une bouteille de Heineken dans une main, et un joint dans l'autre, à hurler des choses insensées à la gueule des passants. Vision mythique et idéalisée d'une jeunesse déjà un peu trop écornée, bourrée de gamins aux yeux étrécis par l'indifférence. Le souvenir n'avait pas encore perdu ses jolies couleurs, ou peut-être que c'était simplement le temps qui les rehaussait sans cesse d'une touche lumineuse :

« C'pas désagréable. Ça me rappelle mes seize piges. »

Une petite victoire pour la môme. Et une légère vague de mélancolie ondoyant silencieusement dans le regard de l'homme. Il prit une dernière taff' sur le joint, avant de le rendre à Lola. Impossible de savoir si cette tranquillité soudaine était réellement due à la fumée qui glissait maintenant dans son corps, ou si c'était grâce à l'apaisement de sa conscience au travers de l'union des chairs, mais Vergil eut envie de reconnaître que...

« Ouais. T'es un bon plan cul, en fait. »

Tout en subtilité, naturellement.
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Lola
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Sujet: Re: I'm your martyr, will you be my gangster [PV Vergil] Mer 16 Juil - 0:38

La jeune fille décide tout simplement de ne pas répondre, aussi bien pour marquer l’agacement vague que lui inspire le reproche implicite que par flemme d’assumer le débat que ça provoquerait possiblement – c’est ce qu’on appelle couper la racine au problème... enfin, couper le problème à la racine, plutôt. Combien de temps, de mots, il lui faudrait exactement pour lui faire comprendre, de ce qu’elle en a vu, la maturité ça la tente pas plus que ça ? La maturité, on en dit qu’il s’agit de l’accomplissement pour tout esprit humain, un genre de sagesse cheap accessible à tous ; mais qui a déjà avoué que la maturité, c’étaient l’ennui et la résignation, la retenue et la tristesse muettes ? Qui a déjà avoué qu’être mature, putain ce que c’est chiant ?

« Hm oui, j’ai été une vilaine fille, punissez-moi... feint-elle de susurrer en roulant – toujours cette distance dédaigneuse qui donne à l’humour son arrière-goût caustique. »

Et c’est exactement ce qui séduit dans l’idée d’une insouciance sempiternelle, le droit de dire n’importe quoi sans se soucier des conventions – « Il faut que jeunesse se fasse » –, de déconner sans s’inquiéter des lendemains qui ne chanteront pas – « Boys will be boys » –, de changer d’avis et de changer sans jamais rien justifier à personne – « Hay que dar lo suyo a la juventud » – ; le droit d’être éternellement con, quoi – tant de proverbes différents pour une idée universelle. Y’en a qu’attendent que le jour où on leur permettra enfin d’assumer leurs propres responsabilités, Louison a pour sa part au moins la jugeote de les refuser par excès de modestie – « je suis pas taillée pour ça, vous comprenez, j’ai peur de mal faire, j’veux pas décevoir vos attentes », toutes ces fausses excuses qu’on produit à la chaîne pour se débarrasser d’un devoir sans en avoir l’air. Un frisson défait cependant les nœuds de ces impulsives et grandiloquentes réflexions – la blonde a toujours haï sa trop grande sensibilité, une caresse du bout des doigts, un contact léger comme un chuchotis, et voilà qu’elle vibre de la tête aux pieds, les airs de pucelle que ça lui donne...

« Ah ? Vous avez eu seize piges, vous ? »

Sa voix claironne d’une malice paisible plutôt que de sa narquoiserie indolente habituelle, et l’infime sourire serein qui ourle ses lèvres semble feutrer toute pointe de sarcasme instinctive et involontaire.

« Et c’était comment ? »

Dans sa tête se dessine déjà un Vergil plus jeune, à la chevelure domptée en d’étranges dreadlocks se... dressant dans une totale ignorance de toute notion de gravité ? – « t’en as trop pris, trop pris ! », comme dirait l’autre dans Las Vegas Parano –, un genre de rasta des années 80, écoutant sans doute UB40 et Bob Marley. Puis elle glousse, consciente d’à quel point c’est absurde – connaissant le personnage, elle imagine plutôt une enfance et une jeunesse strictes, peut-être même militaires, parsemées seulement de quelques « conneries » du genre d’une cuite ou d’une défonce sévère au bédo. Et puis elle sourit, d’un de ces sourires un peu paresseux qui en paraissent fatigués, parce que quand même, une confession vague et un compliment de barbare à la sensibilité équivalente à celle d’une petite cuillère – les touffues se comprennent jusque dans leurs misères masculines, apparemment –, c’est déjà pas mal pour cet espèce de nazi version Ave Hitlerus.

« Merci d’le reconnaître... marmonne-t-elle en tirant sur le joint, consumant en trois lattes la fin. »

Et elle détourne brièvement le regard, plus flattée qu’elle ne voudrait bien l’admettre – stupide, stupide hobbit joufflu. Elle sent son esprit tendre vers des directions qu’elle s’interdit catégoriquement – des directions qui ont déjà su déclencher des guerres – tandis qu’elle écrase le mégot dans le cendrier pour ensuite se laisser reposer lourdement – aussi lourdement que ça lui est possible, en tout cas – contre le prof’.

« Juste, question comme ça, z’allez faire comment dans un an ? quand j’me serai barrée ? »
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Vergil
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Sujet: Re: I'm your martyr, will you be my gangster [PV Vergil] Mer 23 Juil - 16:49


Malgré les remarques acides qui lui venaient à l'esprit, la main de Vergil continuait son lent cheminement sur la peau pâle de l'adolescente ; son regard s'y attacha, remarquant que ses doigts paraissaient bien trop larges pour le bras français, tout en songeant à son étrange fascination pour les petites choses, les petits corps lactescents surmontés d'un sourire avenant. C'était peut-être pour mieux les avoir à sa merci, domination spirituelle et physique, ridicule et machiste. Lentement, et presque précautionneusement, l'Allemand se pencha, jusqu'à poser ses lèvres recourbées en un rictus acide sur la délicate saignée :

« Faut-il vraiment que je réponde à ce genre de provoc' ? » Demanda-t-il, en levant les yeux vers Lola

C'était peut-être pour ça, que ces « trucs » marchaient si bien entre eux ; il avait apprécié ses anciennes relations avec Thelma, parce qu'elle se laissait faire. Mais, là, c'était clairement différent, et le professeur se demanda si ces pensées ne lui venaient que du joint, ou s'il finissait par comprendre, à force, que toute chose ne devait pas être seulement dans la domination – et il lui en aura fallu du temps. Viktor ferma les yeux, laissant sa joue reposer contre le bras de Lola :

« Ouais. »

Mais partager ça avec elle, ce ne serait pas lui redonner encore un peu de ce pouvoir dont il était si friand ? Il savait – de façon extrêmement précise, mine de rien – qu'il la sous estimait ; difficile, en même temps, de mettre quelqu'un au dessus des autres, lorsque l'ensemble du groupe se comportait comme un tas d'abrutis enivrés. Rhm. Et il savait aussi qu'il avait été pareil, ce qui rendait encore la chose plus difficile à concevoir :

« J'ai passé mes cheveux à l'eau oxygénée à quinze ans, et à seize, je traînais à Berlin avec des amis, serré dans un perfecto, à tabasser des cons, et à boire dès que j'en avais l'occasion. Rien d'grave, en somme. Rien d'exceptionnel. J'étais un punk. »

Le mot précis, la dénonciation de l'état « ouais, tu vois, ma belle, j'étais keupon alors que tu traînais encore en couche culotte sur le lino de ta mère. » lui fit lever – et presque avec honte. Avoir été un libéral et finir comme ça, y'avait rien de glorieux, là dedans – les yeux vers la Française. Il s'attendait probablement à ce qu'elle acquiesce avec l'ironie qui lui était habituelle, ou que ça le fasse un peu tomber, lui, de son si joli piédestal. Qu'un prof' terrifiant ait pu avoir une vie avant, c'était concevable, mais qu'en plus il ait fait parti de ces déchets inhérents à une société, c'était encore autre chose :

« Et c'était... bien. »

Mais lorsqu'elle détourna le regard, Vergil resta perplexe ; ce qu'il ferait, lorsqu'elle sera partie ? Reprendre le cours de son existence de molosse endurci, probablement ? Bien sûr, rien d'autre n'était envisageable. Peut-être qu'il se retrouverait quelqu'un à l'extérieur, une fille un peu molle et un peu docile. Ou bien, il essayerait de reprendre contact avec Andrea. Champ de possibilités monstrueusement étendu, dont les limites extensibles à l'infini frémirent paresseusement devant ses yeux. Mais envisager l'avenir n'avait jamais été bien agréable et l'Allemand lâcha le bras de Lola, avant de se renfoncer dans ses oreillers :

« T'en as, d'ces questions. » Bougonna-t-il, presque évasivement

Il attrapa son paquet de clopes et s'en alluma une, autant pour se donner le temps de réfléchir à la question, que pour occuper ses mains qui menaçaient de s'attaquer au paquet de shortbreads survivant qui traînait sous sa table de nuit :

« Que veux-tu qu'j'te dise ? »

Que tu me manqueras ? Que je te manquerais ?

N'importe quoi.

La question avait fait naître une ritournelle embarrassante et Vergil qui n'aimait pas qu'on le place face à ses sentiments se referma tout aussi vite. Clac, c'était un peu le bruit de l'écoutille à souvenirs et à sentimentalisme qui se remettait sèchement en place.

Viktor baissa les yeux vers sa clope qui pendait négligemment entre ses doigts et la porta aussitôt à ses lèvres, plus décidé à affronter les légions de skins qui devaient encore hanter les rues de Berlin, plutôt que de replonger dans cet amalgame pâteux de mystères.
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Lola
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Sujet: Re: I'm your martyr, will you be my gangster [PV Vergil] Mar 19 Aoû - 15:25

Quand Lola se sent un peu philosophe – au bout du quatrième ou cinquième joint, le plus souvent –, elle aime s’imaginer la vie comme un parc d’attractions, avec plein de manèges plus ou moins kiffants et le ballon que tu te trimballes juste pour le plais’ de le voir planer au-dessus de la foule quand bien même il t’handicape dans tes déplacements – le ballon, la beuh, le goût des analogies foireuses… Et au milieu de ce joyeux bordel, sa… « relation » avec Vergil, c’est les montagnes russes. Indéniablement. On se paye un tour pour quelques délicieux frissons de peur – un shoot de risque, de danger, pour s’envoyer plus haut que le ciel, là où à force de flipper on ne craint plus rien ni personne. A peine le temps de souffler, tout là-haut, le temps de quelques battements affolés, et tu te retrouves largué en pleine descente infinie. Le plus exaltant, c’est ce chimérique moment de repos. Quand le train monte sereinement la pente, et que toi tu te crois bêtement en sécurité alors qu’en fait, tu ne t’élèves que pour mieux descendre – quelques bribes d’une conversation presque civilisée, deux-trois aveux fièrement cryptés d’un soupçon de… Hm. Mince sourire, aussi fin et fragile qu’une aile de papillon, aussi caustique qu’une goutte d’acide – comment peut-on faire preuve d’autant d’amertume même dans l’expression insignifiante d’un sentiment tout aussi insignifiant ? – tandis que les lèvres du prof’ effleurent le creux de son coude.

Lola a toujours adoré les montagnes russes.

« Wow, vous m’impressionnez, là, murmure-t-elle d’une voix tergiversant entre la surprise et la narquoiserie. »

Et, parce qu’elle perd pas le nord, la blondasse, et que malgré une apparente paresse d’esprit elle établit les connexions avec une rapidité hors normes, elle s’enquiert aussitôt :

« Il s’est passé quoi pour que vous passiez du badass décoloré au tyran de l’orphelinat ? »

Oh, la réponse, elle la connaît bien. Monsieur a sans doute « grandi ». Encore une de ces banales tragédies dont personne ne semble jamais prendre conscience, comme si l’emprise de la fatalité sur la vie était telle qu’elle parvenait à nous faire oublier jusque sa présence – ainsi qu’un dictateur ferait oublier le caractère liberticide de sa gouvernance à grands coups de propagande.

« Et, dites, si vous deviez comparer, vous vous diriez plus heureux aujourd’hui ou avant ? »

C’est vrai qu’elle « en a, de ces questions ». Tout le monde en a. Juste que tout le monde n’a pas les couilles, ou l’insouciance, de les poser ; sauf que si tout le monde osait demander sans s’inquiéter de passer pour un con, le commun des mortels aurait beaucoup moins d’emmerdes. Puis on ne taira jamais la curiosité excentrique d’un génie défoncé. Lola regarde son vis-à-vis se rallonger lourdement, s’allumer une énième clope – la routine –, l’air taquin.

« Hmmm… Bah, vous pourriez m’supplier d’pas partir, déjà, ricane-t-elle en se mettant à califourchon sur lui. »

Souriant narquoisement, elle se penche et se presse indolemment contre son torse. Ferme les yeux, abandonne le cours de ses pensées au rythme régulier du cœur qu’elle entend battre ; se dit que finalement, peut-être – peut-être –, tout ça, ce n’est pas tant une histoire de cul ou d’exquise brave, que ce n’est même pas une histoire, juste deux personnes que seule une solitude commune lie l’un à l’autre. Que même un « plan cul », ça vaut mieux que d’accepter le vide à ses côtés.

« Et puis après, ouais, vous pourriez m’dire que j’vais vous manquer, renchérit-elle en perdant ses doigts sur la taille, puis les bras, les épaules de Vergil, en une caresse vague. Et qu’vous m’oublierez jamais – Là elle rit, caustique et méprisant – Non, j’m’en fous complètement, j’demandais juste comme ça. »

Elle s’en fout, et il s’en fout – ils s’en foutent tous les deux, et il ne saurait en être autrement puisqu’à eux deux, plus que simplement se procurer une jouissance fulgurante, ils oublient la solitude. Ça pourrait être lui, ça pourrait être n’importe qui, et il en va assurément pareil du côté de l’Allemand. Rien de plus. Pas vrai ?
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Sujet: Re: I'm your martyr, will you be my gangster [PV Vergil]

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I'm your martyr, will you be my gangster [PV Vergil]

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