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 Dans cet effleuré latent je tracerai ma dernière arabesque ~ Shiva

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Shiva
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Sujet: Dans cet effleuré latent je tracerai ma dernière arabesque ~ Shiva Dim 16 Mar - 14:03

i like you when,
when you take off your face

Shiva ■ Shashikiran Khumraj


âge : 16 ans
date de naissance : Juin 1997 (date exacte inconnue)
qi : 186
sexe : ✔ M ❒ F
origine : Indienne et Anglaise
ancienneté : Quelques mois et une tentative d'évasion sévèrement réprimée, il savait que ça se terminerait ainsi mais que voulez-vous il s'ennuyait
manie : Marmonner des malédictions en oriya lorsqu'il se fait pincer. Se balader pieds nus. (ennemi number one des techniciens de surface)
cheveux : Blond cendré
yeux : Gris-vert glauque, impénétrable, carnassier, à votre place on ne tomberait pas dedans ça grouille de piranhas
peau : Hâlée - brûlée
taille : 1m78, pour lui c'est déjà trop
tatouage/piercing : Plusieurs traces de morsure ou blessures éparses, un bindi rouge sang ornant son front et les oreilles percées, enfin la droite plutôt déchirée
corpulence : Elancé, décharné. Légèrement musclé au niveau des bras.

you put away all your teeth



SHAPE
danse odissi

Définissez-vous en une phrase.

- Attends qu'est-ce que c'est que cette connerie déjà? Se définir? Moi même je ne sais pas ce que je suis...
- Eh Shash ça va pas commencer là tu ne peux pas être sérieux deux second...
- Une, deux.
- Ils ont en maté des plus coriaces que toi...
- Mais vous le dites vous-même je suis un "petit con impertinent " ils voudront jamais d'moi de tout façon, ces stupides barbus qui passent leur temps le nez dans leurs tasses en métal à se gorger de thé.
- La femme barbue pourrait bien aller acheter deux grands verres de bhang lassi si...
- Le petit con impertinent reconnais là tout l'art politique so british qui caractérise ceux de votre espèce mais vous informe simplement qu'un premier verre l'aiderait grandement à détendre ses doigts, préparation indispensable au remplissage de ce questionnaire...
- … Sale petit effronté !


« Appelle-moi Shash. »

« Je vous demande pardon ? »

Il détourna le regard de l'éclat aveuglant du plafond perclus d'halogènes, et fixa les pupilles métalliques qui tentaient de scanner, dans un silence furibond, son inconscient, dissimulées derrière une paire de verre rayés de reflets. Chignon haut, noué serré. Col blanc, à la géométrie intransigeante hérissée de plis ; neuf mais repassé à la va-vite dans la hâte du matin de rentrée des classes. Lèvres petites, trop rouges, trop sèches, presque insultantes, frémissant imperceptiblement de zèle et de fatigue contenue, déjà.

« Je ne sais pas lire l'anglais Mademoiselle Clampton. »
« Vous n'avez pourtant eu aucune difficulté à déchiffrer ma carte. »

Elégance vernie de la bureaucrate british dans toute sa mature splendeur. Sans bavure aucune. Propre et efficace. Délicieusement anthropophage.

Ils ont en maté des plus coriaces que toi...

« Voulez-vous peut-être que je demande conseil à Monsieur le Directeur ? Je suis sûre qu'il se fera un plaisir de vous faire partager sa connaissance des langues étrangères de sorte que vous n'ayez plus à faire appel à ses services à l'avenir. "

Il ouvrit la bouche pour répliquer mais conscient du pathétisme de la situation il ravala les cendres de sa fierté dans une déglutition sonore suivie d'une profonde expiration. Et il saisit le stylo bille que la secrétaire lui tendit. Et il y imprima la marque de ses ongles.

Définissez-vous en une phrase.

    ■ Non.
    ■ Dans un souci d'objectivité, je pense qu'il faudrait poser la question à mes amis...
    ■ Anthropologiquement parlant ou bien ?
    ■ Sérieusement, t'as pas quelque chose d'autre à faire que me demander ça ? ✔
    ■ Je suis un.


Vous offrirez quoi à Noël à votre meilleur ennemi ?
    ■ Une bataille navale.
    ■ Les hauts de Hurle-vent.
    ■ Le DVD d'Ed Wood par Tim Burton.
    ■ Un poisson rouge. (c'est comestible) ✔
    ■ Une corde.


Parmi ces livres ci-dessous, lequel serait le plus susceptible d'être votre livre de chevet ?
    ■ Finnegans Wake de James Joyce.
    ■ H2G2 : The Hitchhiker's Guide to the Galaxy de Douglas Adams.
    ■ Totem et Tabou de Sigmund Freud. ✔
    ■ Harry Potter de J.K Rowling.
    ■ Les 120 journées de Sodome du Marquis de Sade.


Ce que vous devez impérativement arrêter de dire. Sérieusement.
    ■ « Le si n'aime pas le ré pour la centième fois ! »
    ■ « Ton niveau s'élève à la dérivée d'une constante. »
    ■ « Plus vite ! Hé que ça saute ! Allez ! Merde ! " ✔
    ■ « D'un point de vu biologique... »
    ■ « Je comprends ce que tu ressens... »


La petite manie dont vous vous passerez bien ?
    ■ Câliner tout le monde.
    ■ N'avoir aucune notion du temps.
    ■ Faire des private jokes. ✔
    ■ Accro au high five.
    ■ Caser des citations partout.


Il y a forcément quelque chose que vous auriez dû faire depuis longtemps et n'avez toujours pas fait.
    ■ Faire mes devoirs. Mais je les ai jamais fait, commencer maintenant serait pas judicieux pour ma réputation.
    ■ M'excuser au près de la personne que j'ai insulté il y a trois semaine. Peut-être. On verra. ✔
    ■ Quelque chose que je dois faire ? Euh. Non non, j'ai fini ma classification, ma maquette de l'ADN, tout est bon. Non ?
    ■ Ranger ma chambre si je trouve un jour le temps.
    ■ Lécher les bottes du professeur pour m'accorder un délai supplémentaire si j'ai pas la flemme...


You're shooting stars
From the barrel of your eyes

téméraire ■ passionné ■ observateur ■ délicat ■ drôle ■ franc
imprévisible ■ moqueur ■ entêté ■ effacé ■ irascible ■ bordélique



Mumbay, 13 Novembre 2013

Ma Carol chérie,

Te souviens-tu m'avoir parlé d'une école pour orphelins surdoués? Où tu avais obtenu un emploi comme femme de ménage il y a de ça quelques années déjà. Sur le coup ça n'avait pas tellement attiré mon attention, juste la surprise de découvrir l'existence d'un tel établissement... Mais à présent j'aimerais vraiment en apprendre plus. Disons que j'ai rencontré quelqu'un – rencontré quelqu'un?! God, Lisbeth, ce sous-entendu monstrueux... Erm donc rectifions – Disons que j'ai des projets pour quelqu'un.

Voilà déjà six mois que je traîne mes fringues en Inde et je ne veux plus quitter ce pays, même si je sais que Maman va piquer une crise si je ne rentre pas à Winchester pour les fêtes - elle ne sait pas ce que signifie avoir 23 ans... - Tout ici est si différent, à la fois si plein et si dépossédant par rapport aux autres pays que j'ai pu visiter. Dès la sortie de l'aéroport la ville agresse le voyageur. Le fracas chamarré qui t'aspire dans sa tourmente, milles modulations des klaxons, sans-gêne des taxis jaunes et noirs se faufilant à toute allure dans la cohue, empoté des bus pleins à craquer qui semblent défier les lois de la gravité en tenant encore en un seul morceau de feraille, strident des clochettes de pousse-pousse, Mumbai mâche, Mumbai écrase, Chalo, baba, chalo! entre dans la danse ou crève craquent les corbeaux. Et pourtant ce n'est plus même agréable, mais jouissif, cette explosion pyrotechnique de tous tes sens et qui avant même que tu en prennes conscience distille des arômes fiévreux de cardamone, coriandre, camphre, chien mouillé et pétrole dans tes veines. Des étals de Crawford Market à Victoria Station je déambule comme une gosse dans le dédale des rues, mon Nikon pendu autour du coup et quelques billets fripés en poche jusqu'au coucher du soleil, et chaque jour je me délecte de prendre en pleine gueule cette leçon d'humilité, je ne connais rien, je n'ai encore rien vu. Même dans la crasse la plus abjecte des slums on trouve chez ces gens cette chaleur qui leur colle à la peau, et cette rage furieusement humaine de la vie, ce goût du vrai qui pétille jusque dans l'encre noire des yeux des gosses. Mais les siens étaient verts. Vert gris et glauque des eaux vaseuses des fleuves indiens, verts remous que tu fixes illusoirement pendant des heures sans jamais savoir où s'en situe le fond, où tu plonges pour ne plus revenir. Vert énigmatique, vert bouclier qui devient soudain pur, enfant, verre brisé l'espace d'une seconde par un rayon de soleil assassin. Yeux verts envoûtant d'insolence maquillant l'innocence, broussaille chaotique de cheveux blonds mêlés de glaise, jeans trop grands retroussés à la va-vite jusqu'au genoux, débardeur marin laissant cramer des épaules osseuses. La silhouette rachitique affaissée, il n'accepte pas d'avoir grandi si vite, il veut disparaître, s'évanouir en tendre poussière et faire corps avec cette terre qui colore le macadam défoncé de cent nuances brunes, et pourtant ce charisme, cette force démesurée qui suinte de tous ses pores, hydrate le sourire liquoreux, timide, et aussitôt changé en dédain. Et sans me laisser le temps de cadrer, il s'est déjà enfui de l'objectif, ne laissant que la traînée floue d'une insolente jeunesse prête à en découdre même avec la mort, un caprice d'ado-feu follet. « Shash » me désigne un autre gamin les yeux brillant de convoitise, je lui laisse tripoter mon appareil en l'échange du renseignement. Shash... Un petit brin d'homme bourré de paradoxes qui m'a hypnotisée en un battement de paupière.

Même après des jours entiers passés à traquer sa frimousse dans le labyrinthe étouffant des rues de Mumbai, il continuait à m'ignorer alors que les autres enfants de la bande m'avaient en quelque sorte adoptée comme un détail curieusement récurrent du paysage, digne d'intérêt donc. Alors qu'ils gravitaient autour d'une sorte de chef auto-proclamé en orbite plus ou moins compacte, lui était l'électron libre, toujours à l'écart, s'éloignant au hasard de ses rêveries jusqu'à atteindre l'extrême limite, le point de non-retour, prêt à prendre son envol... pour renoncer au dernier moment, rentrer à nouveau dans le rang vital. Asocial? Simplement indifférent à la création de tout lien humain. Les parasites, ils s'accrochent , se lassent, reviennent, il ne s'est jamais vraiment intéressé aux mouvements de cette danse-là. Enfin c'était ce que je croyais au début. Maintenant je dirais que c'est peut-être volontaire... Refus de blesser des autres inutilement?... Et puis de toute façon il ne saurait pas s'y prendre pour les aborder... Car il y a aussi la timidité pour sûr, même s'il le niera toujours, c'est qu'il en a peur. Peur de cette fragilité abhorrée qui le poursuit en ombre chinoise, qui l'écoeure souvent et l'étouffe immanquablement. Cette fragilité, qu'il traite si injustement de faiblesse. Qui le condamne à avoir seize ans, quand il voudrait être un homme.

Il parle assez peu, juste assez pour ne pas être confondu avec la résurgence d'un souvenir écarté. Peut-être qu'il n'a rien à dire. Ou qu'ils a peur des mots, les mots qui humilient s'ils sont mal prononcés, les mots bourreaux, trop puissants, qui gouttent de ses dents avant d'échapper à tout contrôle, les mots malédiction, les mots lourds qui poursuivent, qu'il esquive toujours, qu'il fuit. Venin anthropophage. Les poings sont bien plus fidèles et efficaces, plus marrants aussi pour tromper l'ennui. Et quand la paresse a raison de sa fougue il se contente d'observer, savourer le moindre détail, graver chaque sensation. Quelles perceptions incrustes-tu ainsi sur ta rétine, les imprécations rauques d'un marchand juché sur un dromadaire plus occupé à suçoter une affiche de film bollywoodien, l'arc-en-ciel trop sucré absorbé du bout des doigts de ces sirops multicolores que le glacier déverse sur sa marchandise, l'effluve dorée d'un Vada Pav écumant de cette pulpe fibreuse de tamarin qui te nique les dents, le cal sous les pieds écorchés d'une petite vendeuse de fleurs fanées, ou le clic jaloux d'un Nikon D7100, le frisson d'une cheville occidentale aspergée de gouttelettes fangeuses, le grain brûlé d'une peau de rousse ?...

Il aime bien jouer avec les règles, déplacer les barrières. Un pied sur la frontière... Ca l'amuse beaucoup. Enfin il adore se moquer de tout et tout le monde en général. Il a pour l'espèce humaine un mépris sans égal, et les individus adultes par-dessus tout; il toise les moustiques qui piquent sa chair avec plus de respect... Shash se plaît à cracher de temps en temps une petite remarque vénéneuse à la figure d'un de ses compagnons de route en plein milieu d'une conversation, pour ensuite lorgner avec une mine impassible ces gamins un peu gênés qui se demandent s'ils ont le droit de rire. Et toujours avec un sourire d'enfant sage qui signe ses actes les plus vicieux. La destruction n'en est que plus intense frappée du sceau de la candeur. Il ne faudrait pas qu'ils se doutent qu'au fond, il les aime bien.

Non il doit les haïr, il les hait, il les hait tous; tous et surtout lui-même.

« Tarif réduit pour les barbus et les occidentaux. Tu n'auras pas grand chose à débourser. » C'est la première phrase qu'il m'a adressée en pointant du doigt une clinique ayurvédique devant laquelle nous passions. Partagée entre la surprise et l'agacement, je remarque avec malice la gaucherie du bras replié contre le corps hâve, n'osant se tendre, puis le sourire maladroitement assuré. En un éclair je sors ma machine infernale. Il fallait que je mitraille cette moue. Il rougit. « Et refaire le portrait ils savent faire? Parce que j'ai un cas désespéré en face de moi! » Oeillade frondeuse. Une seconde de complicité où nos souffles s'accordent... Avant qu'il ne prenne la fuite, vexé, cet éternel masque d'enfant-roi constatant la déchéance de l'espèce humaine plaqué sur le visage.

Juste un petit emmerdeur de plus en perspective. Pourtant en réalité il est effroyablement mature... assez pour orchestrer sa propre débilisation. Pénultième insulte? Tentative de socialisation éclopée? Ou prétexte désespéré pour justifier cette répugnance extrême de sa propre personne?... Je n'aurai pas la prétention de déclarer comprendre ses sentiments réels ou ses motivations. Peut-être même qu'il n'y comprend pas grand chose lui même et qu'il s'abandonne simplement à la houle amère de ses instincts. Y-a-t-il même quoi que ce soit à comprendre? Non. C'est un de ses jeux favoris, de toujours répondre par la négative. Surtout quand il veut dire oui. Il semble toujours agir sous le coup de l'impulsion, qu'elles aillent crever les conséquences, pourtant qu'est-ce qui, sinon une crainte sempiternellement dissimulée, surgit au beau milieu de la nuit et le pousse à méditer sur les toitures, ses pieds nus tutoyant le vide, le menton avachi, laconique, sur la crosse d'un violon?... A chaque fois que rugit en moi la certitude de l'avoir finalement cerné, percées toutes les couches, soufflées les poudres, déchiquetés les masques, il faut qu'il m'échappe, tel un fluide à jamais insaisissable, il me glisse entre les doigts, songe sibyllin fuyant mon effleuré latent.

Au fond, malgré une irrépressible envie de lui botter le derrière, il est plutôt charmant ce gamin. Et je ne dis pas ça parce qu'il vient sans raison de caresser mes cheveux en passant. Un « Quoi ?! » irrité, contraste complet avec l'éclair de tendresse tacite que m'accordent tes prunelles, accueille mon froncement de sourcils perplexe. Délicat ou insensible, audacieux ou effarouché, ignorant ou autodestructeur, confusion, qui croire? Enfant-dieu aux mille visages, Shiva blond éclos du macadam, combien de mirages as-tu déjà semé dans ton sillage, combien de "toi " factices laisses-tu crânement déchiqueter tes entrailles ?As-tu six, seize ou cent ans, un enfant peut-il ainsi railler le temps, les runes du chaos peintes dans la moindre de tes grimaces, mes convictions trépassent, qui veux-tu que je crois ?... J'ai depuis longtemps renoncé à tenter de te comprendre, te ressentir est suffisamment éprouvant... A moi aussi tu fais un peu peur. C'est pour ça que j'aime tes caprices incessants, tes colères éruptives d'adolescent, elles me rassurent, tu n'es qu'un petit con de seize ans. Tu as vraiment du mal avec les critiques, n'est-ce pas ? Je me demande si tu le fais exprès (c'est plutôt dans ta nature) ou si tu as simplement saisi que derrière la moindre once d'humour gît une part de vérité; tu ne sais pas que tu es beau.






Beau ! God, pourquoi faut-il qu'à chaque nouvelle tentative de rédaction de cette foutue lettre je dérive dans l'éloge sans m'en rendre compte ? Ce gamin me fait vraiment perdre la tête...

- Pathétique.
- Hein ?!

Je balançai un regard terrorisé dans mon dos, soupirant du soulagement de ne pas sentir son ombre penchée sur moi, ses yeux malicieux pillant mes écrits, un sourire hilare aux lèvres. Il faut toujours qu'il aille farfouiller dans ce qui ne le concerne pas, subtilisant mon portable et commentant mes sms haut et fort en zozotant pour imiter la voix de ma mère (je parviens une fois sur quatre à m'empêcher de glousser mais bon, ça me plaît bien quand même), ou gribouillant son visage sur mes tirages à grand renfort de marqueur noir indélébile. Il prend un plaisir félin à me faire sortir de mes gongs.

- Vous rougissez Limy... Comme z'est afflizeant!
- Je t'ai déjà dit que ma mère ne parle pas comme ça! Et puis arrête de me vouvoyer en m'affublant d'un surnom débile - et d'abord je suis photographe c'est mon métier de coller aux gent, shit - ça ne se fait pas...
- Votre surmoi aussi est affligeant.
- Où as-tu appris ce mot?!
- Sigmachin truc pas chouette. Sur la table.
- Parce que tu sais lire toi maintenant...
- Si vous appreniez à ranger vos affaires aussi.
- Si tu apprenais à ne pas transformer ma chambre d'hôtel en porcherie aussi, Hash.
- Tch. C'est Shash grand-mère.
- Hash, pagaille, je ne vois pas de surnom plus saillant pour un gamin qui fout le bordel dès qu'il pénètre entre ces murs.
- Vous devriez lui dire.
- De quoi tu parles?
- Celui qui occupe toutes vos pensées. Vous devriez lui dire. Ca m'éviterait d'avoir à converser avec une grenade écrabouillée.
- M... mais de qu...!
- Je monte.
- Eh, la nuit est tombée...
- Et?
- Tu ne verras pas les notes dans l'obscurité.
- Comme si j'avais besoin d'un violon pour pleurer les affres de mon existence... Vous pouvez la reprendre votre carcasse de bois désaccordée. Pathétique.
- Tu l'aimes bien cet adjectif...
- Hautain et carnivore. Il sonne bien.
- Amer aussi. Un peu.
- Il me ressemble.

Il a ouvert la fenêtre et avec l'agilité d'un rêve s'est hissé sur le toit. Je ne vois plus que la forme de ces longs fuseaux maigres et nus qui lui servent de jambes qui se découpent dans la pénombre, fouettant le vide.

- ... Et Shiva tu en penses quoi?

Le battement insouciant des jambes s'est soudain interrompu. Je m'approche de la fenêtre ouverte, doucement, pour l'entendre chuchoter:

- Nuit de pleine lune... Viens, j'ai quelque chose à te montrer.


& take us way underneath


[en couuuurs oui ze suis une limaze :3]
[nan pas écrazer ze suis toute mignonne auzzi :3 *bave*]

Samabhanga. Alapadma Mudra. Samabhanga. Chakra Mudra. Swastika Pada. Abhanga.
Dans l'encre incandescente d'une nuit orientale, un ange déchu défie les étoiles. Les yeux éteints, les lèvres plissées et bleues, kapota, il tend ses mains en coupe , genoux cassés, à la lune reine de lumière, traînant la nudité de ses pieds cornus avec une maladresses mesurée, khumba. Come and see my love. Courbe des cils de fille, torsion, torpeur du corps qui s'abandonne aux soupirs fétides de la ville endormie. Convulsion mystique et souple des muscles, il arqueboute les jambes, caresse la nuit en arabesques vaporeuses. Come and see my love, he dances wearing ankles bells. Craintive rotation du poignet. La nuit se tait, observe. Chute du corps, face contre terre, ses poings broient sa défaite en poussière sur le béton glacé, silence sacrificiel, avahittha, les bras pliés avec langueur sur les vertèbres de la nuque fendue. Inoffensif. Offert. Servile. Intriguée, la nuit s'approche. Sa fraîcheur timide lui estompe les joues, boit les lacs de ses yeux, séduite, elle l'enveloppe et le fait sien. Désincarnation. Come and see my love, so lovely rhythmic patterns he makes. Alors, les doigts déployés et joints en une prière muette qui file dans les ténèbres couler son appel aux seigneurs des firmaments, les mains pudiques, mains érigées, mains de grâce du vaincu, mains sournoise du serviteur se font serres et plumes, alors, les paupières ouvertes sur la vivacité d'un regard de braise, l'enfant se fait fluide, l'enfant devient oiseau, Garuda, oiseau-soleil, oiseau de feu, déploie tes ailes et incendie le ciel. Saillie furieuse des veines. Salto facial. Come and see my love. Et son sourire crispé de sueur et de douleur étouffe l'obscurité, l'éclat victorieux et effronté du sourire de ce gamin qui a aveuglé les étoiles. La lune boudeuse admire son reflet dans la tension moite de sa peau et l'habille de lumière. Avec une souplesse féline, il jette ses mains sur le béton, enroule ses flammes, cambre son dos et jette sa tête en arrière. Jambe tremblante d'effort tendue vers le ciel conquis, bras frémissant de plaisir tendu vers une silhouette immobile de stupeur dissimulée en retrait, "viens ! " susurrent les doigts en s'agitant. Come and see my love. Inspire. Here comes Shiva wearing the moon in his hair. Expire. Here comes Shiva who tamed the night to gain your heart. Palpitations d'un cœur adolescent crevant les sanglots silencieux de la nuit meurtrie.

- Woaw, tu... tu es...

L'accent étranger, qu'elle avait oublié d'atténuer toute entière saisie par la surprise et l'émerveillement, le cueillit à son tour dans toute sa fraîche sincérité. Les os se mirent à craquer, les muscles à tirer désagréablement, tout à coup il avait faim, froid et sommeil, tout à coup la réalité claquait comme un fouet devant ses pupilles encore hallucinées. Shash se releva non sans grimaçant en jurant, giha ! c'était bien la dernière fois qu'il décidait d'impressionner une fille... Il se força à adopter une démarche décontractée pour aller ramasser le t-shirt gisant en boule sur le macadam mais l'air nonchalant qu'il s'était composé vola en éclats sous l'assaut d'un gigantesque sourire d'auto-satisfaction. Après tous ces jours, ces mois sans pratique, son corps se souvenait, sa chair gémissait de n'avoir rien oublié. Les mouvements étaient revenus à lui, fougueux et vrais, les mêmes pulsations que cette nuit-là, oui cette nuit... L'espace d'un battement râté, il lève des yeux affolés sur elle, et si elle avait lu dans ses pensées ?! Mais il n'en est rien ; elle sourit, d'une juvénile gaucherie. Rassuré. Alors seulement il jette son débardeur sur son épaule et lui lance un clin d'oeil avec une assurance insoupçonnée.

- Gotypua, sourit le dieu en redevenant adolescent. De là d'où je viens, ça veut dire garçon seul. On nous prend à sept piges, on pique des fleurs dans nos cheveux, on nous couvre de rouge sacré et de khajal et nous voilà prêts ) danser pour les dieux grimés en filles pendant douze ans.
- A la puberté...
- On devient impurs et on ne peut plus danser. D'autres plus jeunes nous remplacent et servent les dieux à leur tour. Telle est la règle.

Il s'est laissé tombé sur le béton froid et, après une seconde d'hésitation, elle s'est étendue à ses côtés, frémissant d'une timidité toute neuve qu'elle renonce à comprendre. Bouleversée. Pourquoi les mots se cognent-ils contre ses lèvres, pourquoi toutes ses phrases s'évanouissent avant le point ?

- Je ne savais pas...
- Moi non plus je ne savais pas !, rit-il . Je ne savais pas que je danserais à nouveau. »

Il s'étire avant de croiser ses bras sous sa nuque. La rougeur de sa peau effacée dans la nuit, elle veut le regarder et fixe les étoiles.

« Avant d'être à Bombay ?...
- Raghurajpur. Un village dans le Nord-Est.
- Là où ils vendent des espèces de peintures mythologiques, euh pattachacra ?
- Pattachitra. Ouais, l'artisanat local, des feuilles de palme séchées avec trois femmes à la peau jaune et croulant de bijoux et un cheval édenté qui se déhanchent... M'enfin tant que ça fait vivre les gens. »

Combien mesure-t-il ? 1M80 ? Non plus. 85 peut-être ? Elle se sent brusquement si petite collée à lui. Si fragile... Quand les rôles ont-ils été inversés, elle n'a rien vu venir, quand est-il devenu homme et elle, enfant ?

« Je vois... Tu t'es enfui ?...
- Disons que je n'avais plus rien à faire là-bas. Ni personne à voir. Rien ne me retenait.
- C'est dommage ! Tu aurais pu devenir professeur de danse.
- Moi prof ! Tu délires... Et je ne suis pas si doué que ça...
- Alors c'est que les européens n'ont pas la même vision du "talent " !
- Alors c''est que tu viens de voir une danse très particulièrement que l'on exécute pas pour n'importe qui !
- Une danse particulière ?... »

Pourquoi ?... Peu importe. Elle vit. Elle ne voit que ces grands yeux aux cils nuageux de fille, enjoués et fiers d'orgueil encore, le puéril orgueil, qui, en se tournant vers elle, scintillent sous les paupières plissées d'une lueur intriguée. Elle vit, elle vit par lui, et chaque seconde s'égrène avec la sérénité et le souffle coupé d'une vie entière. Elle ne sent que ces longs doigts bruns et maigres et sales qui s'enroulent autour de ses mèches rubescentes, qui effleurent maladroitement le lobe de son oreille, immergé de la confusion des cheveux et des gestes innés mais tremblants, tremblants de l'effroi de leur propre certitude. Une danse particulière … Elle boit cette respiration haletée, frissonnante, précipitée, qui détale de la bouche enfantine, et sur lequel les mots viennent se briser en écueils imprononçables, «  o...oui » bégayent les lèvres sourdement, « Abhinaya, la danse du désir » révèlent les yeux en se penchant, en se voilant.



Nuit de pleine lune.

- Abhinaya !
- Hein ? La danse du désir ?!
- Je sais ce que c'est que c'est, je te rappelle que bien qu'étant une fille je suis vos entraînements tous les jours.

Nuit de pleine lune dans un petit village ombragé de pluie et de manguiers de l'Orissa.

- Espionne tu veux dire ? Eh bien tu devais admirer ma musculature au lieu d'écouter... Je ne peux pas faire les figures tout seul et sans parade c'est du suicide ce truc !
- Ah. Ah. Ah. Quel sens de l'humour pitoyablement masculin Shash... Et moi qui croyais que tu ferais tout pour me faire plaisir !
- Ben j'avais du abuser sur le chai le jour où j'ai proposé ce genre de connerie ...
- Epargne moi tes pleurnichements de fillette...
- Mais t'es complètement tarée pas question que je le fasse , tu veux me tuer ou quoi Chandra!
- Je croyais que vous étiez immortels vous les gotipuas... Es-tu sur d’être un serviteur de Krishna ?...

Nuit de pleine lune. Seuls les sourires carnassiers de deux enfants osent déchiqueter l'obscurité sacrée des berges de la rivière Bhargavi, pulpes jumelles d'un fruit exotique, fluorescent, iridescent. Sourires malsains, de jactance et de défi. Mais les muscles raidis tressaillent sous la peau tendue, suintante de peur. Alors qu'il brandit ses mains vers le ciel, il la fixe d'un regard évidé, cadavérique, frémissant d'angoisse non contenue. Ses yeux traîtres, il n'est jamais arrivé à en contrôler le déferlement d'émotions , si naïf. Depuis le début. Chandrani s'en souvient encore...

Elle avait cinq ans, les cheveux très noirs, lourds de nattes et d'huile parfumée, couverte de bijoux saupoudrés de terre rouge, elle ne les enlevait jamais, à la campagne il n'y a pas d'endroit sûr pour cacher la dot de la fille du gourou, le directeur de l'école de gotipuas. Elle prenait à pleines mains les plis de cet immense sari qui l'enveloppait tel un fourreau de voiles et elle courait, elle courait pieds nus, elle avait perdu ses sandales en jouant dans la boue avec les petits danseurs avant d’être surprise par son père, elle courait dans la boue, sans trébucher, elle était devenue adroite à force de traîner avec des garçons, son père en était furieux, elle suffoquait, la petite sauvageonne en habits de princesse, lui échapper, vite, le temple, là-bas elle serait en sécurité, ça y est, elle monta les marches en soufflant, ça y est, son pied heurta un corps, elle était sauvée, un corps ?! Chandrani hésita, mais elle n'avait plus le temps, trop tard, elle se faufila tout au fond derrière l'autel, s'écroula dos au mur lisse et froid en haletant... et poussa un rugissement de terreur en sentant une main osseuse se plaquer sur sa bouche. Paniquée, elle sortit les crocs, mordit les doigts ennemis qui, immédiatement, doucement, glissèrent le long de sa nuque avant de chuter avec une mollesse blasphématoire sur le sol sacré. Derrière elle, elle découvrit le corps d'un garçon à peine moins âgé qu'elle. Le crane rasé, la peau brûlée, le corps hâve perdu dans des vêtements difformes, l'autre main surprise plongée dans un bol de riz jaune laissé en offrande, des lèvres fines et blêmes pâmées d'une moue faussement candide, comme si ce sourire d'ange déchu pouvait suffire à racheter toute sa consciente et célébrée culpabilité. Elle eut un rictus de dégoût. Et, une fraction de seconde avant qu'ils ne se referment, elle vit ces yeux. Ces yeux furieusement verts, elle n'en avait jamais vu de pareils. Frisson. Pourtant ce soir-là ce fut elle qui reçut une sévère correction paternelle. Chandrani séchait souvent l'école pour suivre, dissimulée derrière une vasque dans la cour, les entraînements des enfants danseurs avec des yeux avides ; elle prit l'habitude de rendre visite au petit voleur, couché sur une natte, dans une petite pièce sombre et fraîche où on l'avait isolé. Elle se plaisait à le regarder dormir ; il y avait quelque chose de mystérieusement attirant dans son souffle agité et le tressautement nerveux de ses paupières. Mais dès qu'il se réveillait, il se métamorphosait en fauve épileptique, balançant des coups de pied et de poing, hurlant des malédictions dans un mélange d'oriya et de cris bestiaux jusqu'à ce qu'elle quitte sa chambre en courant, se tenant les côtes, hilare. Parce qu'il était exalté, il employa toute sa rage à la danse et surpassa rapidement ses aînés. Le gourou était si fier de lui, son petit danseur prodige, le fruit si désiré de trop longues années de privation et de travail acharné. Il brillait dans tout ce qu'il entreprenait, avec grâce et politique ; tous s'accordaient pour le désigner comme la digne incarnation du grand Krishna, " l'attirance suprême ". Elle seule était le témoin de sa faiblesse réelle et rejetée, elle, devenue sa "grande sœur ", sa meilleure amie, la compagne de ses jeux et l'exutoire de ses inquiétudes, ses caprices, la peur de perdre et de décevoir et d’être à nouveau seul, abandonné et désespérément seul.
Sa faiblesse ; elle en connait absolument tous les catalyseurs.
Elle sait parfaitement comment le mettre à sa merci.




...


And it drives me crazy
Just drives me wild.

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Sujet: Re: Dans cet effleuré latent je tracerai ma dernière arabesque ~ Shiva Dim 16 Mar - 16:17

Hey. Ton perso est Shape, il faudra donc lui trouver une spécialité sportive. Si ça ne te convient pas, n'hésite pas à le faire savoir !
Pour l'instant tout est bon, tu as un style d'écriture vraiment magique, j'ai pris beaucoup de plaisir à te lire eheheh. Il y a qu'un truc qui me choque un peu, c'est la "tentative d'évasion sévèrement réprimée", j'pense pas qu'ils vont tabasser Sash parce qu'il a tenter de s'évader, c'est pas une prison après tout. Mais après c'est pas dérangeant, il faut juste garder à l'esprit que la Wammy's House est pas un hp ou un endroit sordide, on te permet d'avoir une éducation qui n'est pas accessible à tout le monde dans des locaux classes, c'est toujours mieux qu'un foyer. Enfin bref faudra voir avec la suite mais pour l'instant ça pose pas priblème quoi, bonne continuation avec l'histoire j'ai hâte de voir ça. :33

♔ ♔ ♔

A quoi bon les audaces, me voilà remplacé
J'ai bien ma carapace mais ma gueule est cernée
On s'emmerde une fois désemmusé
Conduis-moi au sommet des rêves
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Hammer
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Sujet: Re: Dans cet effleuré latent je tracerai ma dernière arabesque ~ Shiva Jeu 27 Mar - 13:45

Fiche toujours en cours ?

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Shiva
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Sujet: Re: Dans cet effleuré latent je tracerai ma dernière arabesque ~ Shiva Jeu 27 Mar - 20:39

Oui pardon l'histoire est encore en cours de rédaction, je fais le plus vite possible promis!
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Sujet: Re: Dans cet effleuré latent je tracerai ma dernière arabesque ~ Shiva Ven 4 Avr - 11:47

Fiche toujours en cours ?

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Dreamy
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Sujet: Re: Dans cet effleuré latent je tracerai ma dernière arabesque ~ Shiva Ven 11 Avr - 16:16

Fiche mise en attente, un simple mp pour débloquer.

♔ ♔ ♔

AU MON DIEU UNE CITROUILLE ZAVEZ VU CA UNE CITROUILLE LOL CA C'EST TROP COOL OLOLOL ET DE LA NEIGE, DE LA NEIGE PARTOUT YAY BEST DAY OF MY LIFE EVER PATATO

WTF ? (Where's The Food ?)


Minus:
 
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Sujet: Re: Dans cet effleuré latent je tracerai ma dernière arabesque ~ Shiva

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Dans cet effleuré latent je tracerai ma dernière arabesque ~ Shiva

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