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 The real folk blues [Lola]

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Phoenix
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Sujet: The real folk blues [Lola] Dim 26 Jan - 18:24

Cian balança ses chaussettes contre le mur. Il en avait encore perdu une, et hors de question qu'il sorte de sa chambre avec des chaussettes dépareillées ; il ne voulait pas passer pour un type bizarre et dispersé. Non. Quand on est un mec sérieux, on le montre sur toute sa personne et cette rigueur passait même par les sous-vêtements. Le gamin se tourna vers la fenêtre, il faisait mauvais, ce qui ne constituait pas une exception pour l'Angleterre, mais toutes ses pompes laisseraient voir ses chaussettes, aussi le chauve opta-t-il pour une paire de tongues oranges fluo. Il n'avait absolument rien d'autre en stock et comme il comptait se rendre jusqu'à la serre, il n'aurait pas à courir dehors sur une longue distance. Il enfila néanmoins son kawé caca d'oie et se sentit fort en sécurité dans la toile imperméable, avec juste son crâne au-dessus. Il embarqua son bloque-notes et quelques crayons gras pour croquer quelques plantes. Oh, bien sûr, il aurait pu passer encore quelques temps sur la programmation, mais il était temps d'aller prendre un peu d'air frais et d'oxygéner son cerveau tourmenté. Phoenix, un modèle de vie saine et bio.
Il ferma soigneusement la porte en sortant et se dirigea d'un pas traînant vers la serre, réfléchissant à la meilleure manière de croquer une dissection. En vrai, il s'ennuyait un peu ; ce programme était carrément assommant, mais souvent, il n'avait rien de mieux à faire que de s'étendre en long et en large sur ses devoirs, ce qui lui valait d'excellents résultats, mais bien peu de satisfaction sur le plan personnel. Il y avait toujours des types au-dessus de lui, avec de meilleurs résultats et une bonne tête de plus que lui. Il pensait que venir à la WH lui offrirait une place de choix dans la vie mais il avait peur de finir comme son tuteur, frustré et mort. Et il aurait bien voulu être le premier avant de crever comme un clodo écrasé, mais la place était déjà prise. Il repensa avec agacement aux résultats de Mello, ou de Near. Visiblement, les pires places étaient faites pour lui. Il serra son bloque-notes entre ses mains et poussa la porte de la serre avec son épaule. Aussitôt, l'odeur végétale des plantes le submergea. Phoenix sourit et alla s'asseoir en tailleur par terre, entre deux pots de cactus. Il allait commencer par le croquis d'une fleur particulièrement vorace. Mais alors qu'il avait déjà commencé à dessiner, il commença à s'assoupir. La pluie cognait contre les vitres de la serre et les plantes émettaient une chaleur humide qui l'étourdissait. Après tout, il pouvait bien s'accorder une petite sieste, il n'avait rien de très pressé à faire pour le reste de l'après-midi. Cian égraina lentement dans sa tête les différents noms latins des fleurs :

« Zz...Abutilon Hybridum. »

Il ferma les yeux et se laissa aller contre le plus grand pot, songeant que peut-être ce dernier allait se renverser dans son sommeil et l'écraser. Purée de germes sanglantes, pensa-t-il, avant de tourner son esprit vers quelque chose de plus agréable. Tiens, la porte ne venait-elle pas de claquer ? Il croyait l'avoir bien fermée derrière lui, pourtant. Merde, la pluie allait rentrer et lui tremper les pieds. Mais, alourdi par la chaleur, Phoenix n'avait même plus assez de force pour se lever et aller fermer ladite porte. Il préféra se laisser alourdir d'autant plus et bailla, priant pour que personne ne remarque son existence dans les vingt prochaines minutes parce que, pour une fois, il se sentait plutôt pas mal.
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Lola
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Sujet: Re: The real folk blues [Lola] Dim 26 Jan - 20:49

Aujourd’hui est l’un de ces sales jours comme il n’en existe qu’en Angleterre, un de ces jours de pluie et de vent que l’on ne savoure que planqué sous sa couette à ne rien foutre. Ou à improviser un aqua, à la rigueur, mais fumer sous sa couette c’est dangereux. Genre tu risques de foutre l’feu à ton lit, t’sais.

C’est pourquoi Lola, peu désireuse de déclencher (une deuxième fois) un incendie, se dirige d’une démarche indolente vers la serre. Peu lui importent la pluie, le vent, rien ne saurait l’astreindre à presser le pas ; toujours elle vivra la vie à son rythme à elle – un rythme de sérénité, de curiosité, de liberté –, dans sa lenteur se trouve sa perpétuelle rébellion.

Son combat pour le droit de vivre comme elle l’entend.

Enfin arrivée devant la serre, la stoneuse ouvre la porte d’un coup de pied sec et s’engouffre dans ce petit paradis de plantes diverses et variées, festival bariolé d’une nature que l’Homme oublie bien trop de nos jours.

« Parcourir la vie et voir ce que la vie propose, vivre au grand air et marcher dans les champs de roses..., fredonne-t-elle doucement, reconnaissant dans les paroles de la chanson qu’elle écoute son désir – son besoin de vagabonder. »

A défaut de parcourir la vie – ça viendra, elle sortira bien de cet orphelinat à la con un jour –, la blonde se perd dans les végétaux, le joint aux lèvres. Il suffit de faire abstraction des murs de verre, des bâtiments de l’institution, de tout ce qui l’entoure, pour se croire dans une sorte de jungle... si ce n’est qu’habituellement on ne trouve pas de p’tit gars chauve dans les jungles.

« Eh gros, interpelle-t-elle tout en claquant des doigts – question d’être sûrs qu’on s’capte, mec. Y’a des endroits plus posés pour dormir. Genre... ta chambre ? »

Le scrutant de haut en bas, Lola arque un sourcil à la fois amusé et perplexe à la vue de la tenue singulière de son interlocuteur. Des tongs, avec une flotte pareille ? Sérieux ? Ce paradoxal rappel du temps actuel la pousse à s’ébrouer soudainement, tentative futile de sécher quelque peu une tignasse gonflée de ses ondulations sauvages.

« Putain comment j’ai frisé, c’est un délire... pluie de merde..., grommelle-t-elle alors qu’elle passe une main exaspérée dans sa touffe. Sinon, à part roupiller, tu fous quoi ? »

Sur ces mots, Louison s’assoit en tailleur, juste devant Phoenix qu’elle fixe d’un air nonchalant, et tire de plus belle sur son joint.

Un aqua dans la serre avec un chauve, sinon, ça peut être cool.
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Phoenix
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Sujet: Re: The real folk blues [Lola] Mar 28 Jan - 18:48

Réveillé en sursaut, le môme leva un regard éberlué vers l'assourdissante créature qui venait de lui voler vingt minutes de sain sommeil. Il se recroquevilla contre le pot, comme si la fille allait lui sauter à la gorge, premier réflexe d'un type qui avait baissé sa garde. En plus, il avait un peu de mal à mettre un nom sur son visage ; ce qui était sûr, c'est qu'ils n'étaient pas du même groupe. Cian gigota, légèrement mal à l'aise :

« Euh. Je me suis juste endormi ici, ça peut arriver... non ? »

Excellente réponse, mon bon petit, timide et banale à souhait. Bien sûr que tu as le droit de t'endormir dans une serre, mais ne te plains pas si les gens viennent te réveiller ensuite. Après tout, eux aussi ont le droit de circuler à loisir dans l'orphelinat, pas comme si on pouvait les retenir dans leurs chambres comme des singes en cage.
Le regard de Phoenix se posa sur le joint que la fille tenait serré entre ses lèvres. Il avait déjà senti cette odeur quelque part, et aussitôt après avoir formulé cette stupide pensée, le petit chauve se mit à tousser. Le tabac et ses poumons malades n'avaient jamais fait bon ménage. Il pensa un instant à s'inventer une excuse bidon pour se casser de la serre surchauffée, mais à quoi bon, il se plaignait tout le temps d'être forever alone, il pouvait bien un petit effort de sociabilisation, cette fille n'allait pas le bouffer, malgré son air de lionne nonchalante. Phoenix tendit timidement vers elle son bloque-notes :

« Je travaillais sur des croquis et, bon, j'ai pas vu le temps passer. Mais... au fait... Comment tu t'appelles ? »

Comment tu t'appelles ? Il aurait mieux fallu reformuler la question par un bon « c'quoi ton pseudo ? » ; comme si l'un de ces fous enfermés dans l'orphelinat pouvait répondre à sa première demande en toute sincérité. Cian regarda la fille fixement. Non, décidément, il avait déjà senti cette odeur quelque part, dans la salle commune, en fait, attachée à quelqu'un comme un parfum lourd et entêtant. Lo... il manquait une syllabe, merde. Il pencha la tête sur le côté, essayant de deviner son pseudo juste à sa silhouette. Il avait déjà entendu quelqu'un appeler cette fille dans la salle commune. Ça se précisait. La.

« LOLA. Tu t'appelles Lola, non ? »

Bon, rien de très précis associé au pseudo, mais il était fier d'avoir réussi à regrouper deux misérables syllabes dans ses souvenirs. Se rappeler du pseudonyme des gens, c'était déjà un bon début. Quant à sa remarque sur son abondante chevelure bouclée, elle avait au moins la chance d'avoir des cheveux, elle. Et sa remarque parut soudain si drôle et second-sens à Phoenix qu'il gloussa discrètement.
Haha, une blague sur des cheveux à un chauve, trop mdr, quoi.
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Lola
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Sujet: Re: The real folk blues [Lola] Mer 29 Jan - 21:04

Lola ne daigne répondre à aucune des paroles que l’autre lui adresse, préférant scruter silencieusement les croquis dans le bloc-notes, bordel auquel elle capte pas grand’chose – c’est un dessin, voilà, t’veux quoi d’plus ? –, puis l’air embarrassé du propriétaire, passant narquoisement de l’un à l’autre comme analysant deux composantes de cet être qu’elle connaît à peine. C’est un peu c’qu’elle fait, en fait, sans aucune compassion pour son vis-à-vis que cette analyse doit mettre mal à l’aise.

Elle l’observe, le sourcil légèrement haussé et les commissures des lèvres subtilement relevées en prémisses indolentes d’un sourire amusé. Elle sait pas trop si elle doit rire, moqueuse mais pas méchante, ou s’éloigner de lui en se demandant pourquoi il est chelou comme ça ; m’au final, elle est pas d’ce genre, les gens chelous ça existe pas – c’est juste des manières différentes d’exister.

« Ouais gros, c’est ça, confirme-t-elle finalement de sa voix traînante – rehaussée seulement d’une pointe de goguenardise. Enfin plus ou moins. »

La blonde se marre, d’un rire rauque et un peu morose – un rire comme un soupir mélancolique, un ‘‘Ah c’était le bon vieux temps...’’ Parce qu’avant, on l’appelait tous Lola, elle avait pas d’autre blaze et y’avait plus que sa mère pour lui rappeler que sur l’papelard c’était Louison. Ca la dépayse pas trop, qu’on la connaisse sous le nom de Lola, c’est juste qu’avant... avant c’était entre elle et tous ses potes, et maintenant vas-y c’est propriété publique. Comme une pute. Tout le monde lui passe dessus sans même en avoir quelque chose à foutre.

« Tu pourrais quand même t’souvenir du blaze des gens auxquels tu conseilles de s’envoyer en l’air, renchérit-elle alors que les interventions du morveux lors de son altercation avec Hurricane lui reviennent en mémoire. Sérieux, t’aimes foutre le malaise chez les gens ou t’es juste un peu paumé dans ta tête ? Puis d’ailleurs c’comment qu’on t’nomme dans le coin ? »

Beaucoup de questions imposées – quand Lola demande, Lola veut la réponse, elle s’épuise pas à t’causer juste pour te faire kiffer – entre quelques exhalaisons d’une épaisse blancheur – une blancheur sournoise qui perd les esprits dans les méandres de sa pureté –, gouailleuses et mutines, ouais, ok.

Très joueuses, surtout.

Féline dans sa manière de l’étudier, la jeune fille lui tourne autour avec la curiosité taquine et inoffensive d’un animal qui ne demande qu’à se distraire.

« Pourquoi t’es pas à l’aise comme ça ? J’vais pas te bouffer. »

A toi d’jouer, petit.
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Phoenix
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Sujet: Re: The real folk blues [Lola] Jeu 30 Jan - 17:58

Euh. Euh.
Comment ça, il lui avait conseillé de s'envoyer en l'air ?
Il posa sur elle son regard le plus abruti, avant de se rappeler. Pourtant, ça ne lui arrivait pas très souvent de sortir des énormités pareilles, ce moment d'absurde excentricité aurait dû rester gravé dans sa mémoire. Il rougit :

« Je ne voulais pas te mettre mal à l'aise, c'est juste que... euh... ça m'avait paru une réponse appropriée, sur le moment. Je n'ai pas vraiment réfléchi, avant de dire ça. Mais à première vue, c'est difficile de faire la part des choses entre ce qui est réel et ce qui est de la provocation. Parce que, vraiment, d'un point de vue extérieur, ton comportement... était suspect. Mais, après je peux pas savoir hein ! Donc excuse-moi ! »

Et puis, c'était pas comme si Lola avait vraiment l'air d'une fille facile à malmener, ou qu'il aurait ménager. Au contraire, elle émettait une incroyable assurance, mais, se dit Phoenix en louchant sur son joint, cette assurance devait bien venir de quelque part. Cian se tortilla contre le pot et sursauta lorsqu'une épine du cactus lui épingla la nuque. Ça se voyait tant que ça, qu'il était mal à l'aise ? C'était juste qu'il avait eu tellement peu de contact avec autrui, que chaque parole, chaque regard posé sur lui, lui paraissait un peu agressif, et puis, il ne savait pas trop quoi dire, quoi avouer, sans dépasser les limites naturelles qui existaient dans cet orphelinat :

« Je m'appelle Phoenix. »

À la dernière question de Lola, il crispa ses doigts de pied dans ses tongues, prêt à balbutier une bonne longue et assommante excuse. Mais au lieu de ça, il redressa brusquement la tête et planta son regard dans celui de la fille :

« C'est juste que je ne sais jamais vraiment comment réagir face aux gens. Je n'ai pas peur de ce que tu peux penser, mais j'aimerais quand même... avoir l'air le plus intéressant possible. J'envie les gens qui sont à l'aise, comme toi. »

Et c'est hs, ce que tu dis, en fait, Phoenix. Parce qu'il n'était pas question de défendre ta timidité, ni de la dévoiler au grand jour, comme un coming-out glauque, et puis franchement inutile.
Mais le petit chauve était tellement peu habitué aux discussions qu'il en avait des palpitations.
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Lola
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Sujet: Re: The real folk blues [Lola] Sam 1 Fév - 23:20

Le sourire de Lola s’agrandit et, paradoxalement, s’adoucit. Elle se sent presque une envie de lui tapoter la tête, compatissante, tout en lui assurant que ‘‘t’inquiète pas, gros, y’a pas d’mal, allez, déstresse’’ – ce qu’elle ne fera pas car, malgré les subsistances vagues d’une sorte d’instinct maternel, ses fréquentations majoritairement masculines lui ont appris à être un homme.

Et un mec qu’on verrait réconforter quelqu’un d’autre – chez-elle en tout cas –, on lui demanderait qu’est-ce qu’il a foutu ses couilles au juste.

« Tranquille, gars, j’m’en fous, lui accorde-t-elle seulement en guise de soulagement. »

Elle tire quelques dernières lattes sur son joint qu’elle jette négligemment au sol et écrase du pied, puis farfouille éhontément dans son soutien-gorge pour en extirper son pochon de beuh – bien vert et bien plein comme elle l’aime.

« Tu veux tester un bail qui t’mettra à l’aise ? »

Sans attendre de réponse, elle s’assoit face à lui, ferme soigneusement le bloc-notes de Phoenix – c’pas ses affaires alors elle fait gaffe – et se met à rouler dessus tout en fredonnant, d’une voix rauque, les paroles du très fameux I shot the sheriff.

I shot the sheriff
But I didn’t shoot no deputy, oh no!
I shot the sheriff...


Et sa tête se balance indolemment au rythme de cette chanson qu’elle entend parfaitement dans son esprit, ses épaules ondulent sereinement, ses yeux mi-clos se perdent dans le décor – ne revenant qu’une fois de temps à autre à ses mains, question d’vérifier qu’elle roule pas comme un porc, c’serait trop con d’finir avec un spliff dégueulasse sous prétexte qu’elle s’est fait kiffer en le roulant. Lola a envie de danser, de s’abandonner à la musique ; et que cette dernière l’emporte, putain, qu’elle l’emmène où elle veut, comme elle veut, qu’elle la transporte...

Loin de la serre, loin de l’orphelinat, loin de tout.

« Tadam !, s’écrie-t-elle sarcastiquement une fois le boulot terminé. »

Direct, elle l’allume et tire quelques grosses lattes. Et encore. Et encore. Cycle interminable d’un sempiternel besoin de paix intérieure, jamais assez, toujours plus, plus, plus. On s’lasse jamais de s’enfumer la tête.

« Tiens, tire deux lattes pour voir, ordonne-t-elle à son vis à vis tout en lui tendant la ‘‘cigarette qui fait rigoler’’. Sinon, j’y pense. Gros, vu comment t’es tendu, c’toi qui devrais t’envoyer en l’air. J’te jure, on s’sent bien mieux après s’être vidé les couilles. »
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Phoenix
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Sujet: Re: The real folk blues [Lola] Lun 3 Fév - 18:50

Elle allait le laisser survivre. Phoenix soupira de soulagement, soulagement qui fut de courte durée lorsqu'il s'aperçut que la donzelle comptait utilisait son précieux calepin comme support pour ses... ses.... ses quoi, au juste ? Ce n'était pas que Cian avait l'esprit le plus pur du monde, c'était juste que dans son Dublin natal, il avait tellement vécu en marge de la société, que tous les comportements un peu nouveaux – de son point de vue – valaient au principal acteur de la chose un regard estomaqué de « mais kestu fous. ». MTV allaient quand même jusqu'à censurer ce genre de choses et là, devant les grands yeux purs du chauve, s'étalait la conception du joint. Il en tombait des nues. Mais il aurait pu s'en douter, quand même. Lola ne pouvait pas faire apparaître des cigarettes comme ça, pouf, hors de sa bouche. Les mains de la donzelle s'activaient avec une agilité telle que le gamin en restait parfaitement éberlué. Naïvement, il aurait pu croire qu'elle avait fait ça toute sa vie. Mais il était quand même trop assoiffé de présence et trop plein de bonnes intentions pour lui demander d'aller fumer ça ailleurs – attends, quelqu'un lui avait adressé la parole, quoi -, parce qu'aujourd'hui, avec cette pluie de merde, et Whisky probablement en train de cuver son alcool, il n'avait pas envie de cracher ses poumons sur les genoux du premier venu, ça ferait mauvais genre. Mais comme Arte le dit si bien, le joint est un facteur de rapprochement social pour les jeunes. Alors Phoenix se contint et tendit la main vers celle de Lola, quand cette dernière lui tendit le machin en question.
Il le coinça prudemment entre ses lèvres, ne sachant pas trop comment aspirer la fumée. Au désespoir, il inspira profondément, et la magie s'opéra : une fumée des plus nocives lui gratta la gorge, les poumons, et le fit tousser bruyamment. Mais ces derniers tenaient bon et il recommença avec prudence la manœuvre, jusqu'à ce que la remarque de Lola le bouscule. Phoenix toussota encore plus bruyamment, s'étranglant à moitié avec la fumée :

« Tirer un coup ?! *keufkeuf* »

Ah oui, aurais-je oublié de préciser que le chauve était très premier degré ? Et que son ignorance de la chose est telle que celui qui lui en parle aussi librement lui semble tout à fait libéré et sain. Phoenix rougit, les doigts tremblants :

« Oh... Probablement. Enfin, peut-être. Mais bon. Tu dois en savoir plus que moi, hein. »

Il baissa les yeux tout aussi vite :

« Et, au fait, ça sert à quoi... cette cigarette ? »

Parce que ça lui paraissait juste un brin obscure, que les jeunes s’agglutinent autour. Arte n'avait pas été assez précis sur les effets de ce machin :

« Tu viens d'oú, d'ailleurs ? »

Son regard retomba sur la cigarette, se demandant jusqu'à quel point ses poumons allaient supporter la brûlure du tabac. Mais, allons, quoi, il était temps de s'encanailler sauvagement. Il la reporta à ses lèvres et tenta de se concentrer sur la façon d'aspirer la fumée en repensant à la façon dont Lola le faisait. Doucement, allez, doucement. Phoenix sentit de nouveau la fumée s'accumuler dans sa gorge et il arrondit les lèvres, crachotant de nouveau au moment de la relâcher.

« Rhm. C'est spécial. »

Ah, ça, tu l'as dit, mon gars.
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Lola
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Sujet: Re: The real folk blues [Lola] Jeu 6 Fév - 20:04

A la fois amusée et vigilante – non parce qu’elle prendrait bien cher s’il lui crevait entre les pattes, le p’tit –, Lola regarde son vis-à-vis galérer avec le joint sans daigner lui donner des indications plus précises quant à la façon de faire. Personne lui a appris à fumer, elle l’a fait toute seule comme une grande, le chauve captera le truc – un génie pas foutu d’apprendre à fumer, des barres.

« Ça sert à quoi cette cigarette ?, répète-t-elle, presque outrée. »

Pauvre gars, c’était vraiment pas la question à lui poser. Demander à Lola à quoi sert la beuh, c’est pareil que demander à une conne de douze ans pourquoi elle aime Justin Bieber.

« Alors d’jà, qu’on s’mette d’accord, ça c’est un joint. Pas une cigarette. Un joint. Et sinon, ça sert à... ça sert à tout. Ça sert à t’détendre quand t’es stressé, ça sert à t’mettre à l’aise avec les gens quand tu l’es pas, ça sert à t’inspirer quand t’essayes de faire un truc et qu’t’as un blanc, ça sert à approfondir ta réflexion... »

Lola s’emporte, les éclats d’un enthousiasme presqu’amoureux ravivent le smaragdin vitreux de ses prunelles, le rythme de ses paroles s’accélère tandis que la passion la gagne. Elle a les airs inquiétants et fascinants d’une pythie hallucinée contant d’une voix sentencieuse les vérités de ce monde – celles qu’Apollon lui murmure dans des exhalaisons d’envoûtante fumée.

« ... ça te rend tellement plus sensible à tout ce qui t’entoure, tu vois la beauté dans tout, même les trucs les plus cons deviennent exceptionnels, ça t’aide à dormir, ça t’fait oublier toutes tes souffrances, ça te donne la joie de vivre. La beuh, c’est ouf. »

Lola, énigmatique prêtresse dévouée au culte de la sainte Marie-Jeanne.

« De Paname. ‘Fin dans le 18e, la face cachée d’Paris. »

Encore une question qui mériterait, en guise de réponse, une tirade enflammée. Tant de choses à dire – qu’elle ne dit pas. La rue, magnifique dans son insalubrité – les graffitis comme l’art un peu sale de la street, les déchets comme preuves d’une humanité livrée à elle-même, oubliée – ; les gars, cons et belliqueux et vulgaires et dégueulasses – sérieux, gros, s’tu lâches encore un molard par terre j’t’éclate la gueule – ; les meufs, perpétuellement apeurées ou orgueilleusement masculines – comme elle –, honteuses de n’rien avoir entre les jambes.

Tant de choses qu’elle préfère garder pour elle – ses décors, ses souvenirs, ses rêves ; tout ce qui ici lui manque cruellement.

« Et toi, gros ? »

Un rire bref échappe à la blonde. Il vient clairement pas du ghetto, c’lui-là.
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Phoenix
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Sujet: Re: The real folk blues [Lola] Jeu 6 Fév - 20:54

Quoi, ce truc servait à tout ça ?
Il sourit béatement, emporté par la vision surréaliste de Lola, et sans rien trouver d'intelligent à ajouter pour défendre son ignorance du sujet – après tout, il pourra se justifier plus tard, genre, bouhou, je suis un reclus de la vie -. Donc, c'est ça, la drogue ? Dans son Irlande catho' natale, on ne trouve de ça qu'à Dublin, les gens se tortillent, mal à l'aise, quand on en vient à aborder une autre addiction que la Guiness. Et sérieusement, les fois oú il se promenait sur Abbey Street, le regard rayonnant, il avait dû donner à bien peu de dealers l'envie de s'approcher de lui pour lui proposer un peu de teush. Aussi, au temps pour lui, il découvrait. Et passée la surprise, et l'enseignement ardu de la fumette, ça passait plutôt pas mal, surtout s'il ne pensait pas à l'état de ses poumons torturés. Autant faire comme si ces derniers n'existaient pas. Ah oui, c'était ça, il se détendaaaait. Ou peut-être que Lola dans sa façon d'être, terriblement autoritaire et charismatique, quand même, était plus forte que sa volonté d'être propre et basique. Il aspira une nouvelle goulée de fumée, relâcha sa gorge, et s'empressa d'évacuer ses poumons :

« Paname... »

France, répondit presque aussitôt son esprit, avant que Lola n'ait le temps de préciser. Le petit chauve n'avait jamais voyagé, mais le nom de Paris lui évoquait des splendeurs de lumière et de romantisme :

« ça doit être cool là bas. Enfin... si t'es française... c'est vrai que vous mangez des huîtres crues et des cuisses de grenouille ? »

Il se rappelait à peine de ses cours de géographie – souvenir d'un temps oú il arborait un sympathique uniforme à carreaux -, mais ce qu'il lui semblait, c'était que les français étaient des sacrés dégueulasses dans le domaine culinaire. Et il imagina Lola en train de dévorer un énorme plat de grenouilles vivantes copieusement arrosées de camembert fondu et de magrets de canard. Cian grimaça presque aussitôt, écœuré par sa vision :

« Dublin. »

Il sentit son cœur se serrer ; il n'avait jamais eu de souvenir particulièrement émouvant de Dublin, mais là, il se sentait un peu isolé, dans cet orphelinat foutrement british. Ça manquait un peu de verdure et d'accent irlandais. Cian aspira une dernière fois la fumée de l'étrange « joint » - en en attendant les effets – et le tendit de nouveau vers la jeune fille. Elle avait précisé, le 18éme, et il supposa que ça devait correspondre à des districts :

« Enfin, j'ai vécu à Dublin 2. Mais je suis plutôt du centre. »

Non, pas d'histoire glauque selon laquelle sa mère l'avait abandonné devant l'usine Guiness, mais son orphelinat se trouvait plutôt dans la banlieue. Il pencha la tête sur le côté, un sourire plutôt détendu aux lèvres, en se demandant s'il s'amollissait à cause de la moiteur de la serre, ou si c'était les effets du machin. Et il essaya de préciser soudain quelque chose :

« Et c'est vrai que vous mangez beaucoup de pain ? »

Mais mû par une brusque assurance, certes stupide, le chauve avait tenté de prononcer pain en français, ce qui se traduisait, en fait, par un sympathique douleur en anglais. D'autant plus que son accent irlandais ne donnait pas au mot des masses de charme.
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Lola
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Sujet: Re: The real folk blues [Lola] Ven 7 Fév - 15:48

« Et c’est vrai que vous mangez beaucoup de pain ? »

... Bah putain, si elle s’y était attendue à celle-là.

Il lui faut le temps d’comprendre, bien sûr, de faire le lien entre la douleur anglaise et le pain français ; et... une fois que c’est fait, pour de vrai, elle peut pas s’en empêcher, Lola éclate de rire – elle rit de l’absurde singularité de cette question, de l’état de son nouveau compagnon de fumette qui commençait visiblement à être dye. Quand enfin elle se calme, elle adresse un mince sourire à Phoenix – presque tendre, ce sourire qui lui dit merci de l’avoir fait golri, les gens ici n’y parviennent que très rarement, ça lui manque.

« Bah j’sais pas, ‘faut voir ce que c’est beaucoup, quoi. ‘Fin on bouffe du pain avec tous nos repas, avec le fromage, on sauce..., répond-elle tout en reprenant son joint. Et ouais, les huîtres et les cuisses de grenouille, c’est vrai, même si j’ai jamais bouffé de cuisses de grenouille et les huîtres, une ou deux fois dans ma vie. »

Quand on habite dans le quartier de la Goutte d’Or, en général, les huîtres on peut pas trop s’les permettre. La blonde trouve d’ailleurs drôle – et profondément ironique – que son congénère  la questionne sur les vérités parisiennes qu’elle ne connaît plus par rumeur que par expérience perso’.

Parisienne, ouais, mais Parisienne du 18e. Ça change tout.

Ça change qu’elle peut pas trop causer tour Eiffel et Louvre – sûr que si ces trucs-là s’étaient retrouvés dans son bled, ils auraient pris cher en tags, ç’aurait été un peu con quand même – et encore moins bonne bouffe bien française – par contre, si Phoenix veut quelques bonnes adresses de grec ou une cartographie de tous les fast-foods de la capitale, y’a largement moyen de s’arranger.

« Dublin, hm ? La ville de James Joyce et Samuel Beckett... Et c’est comment là-bas ? J’t’avoue que ça a pas la même popularité qu’Paris, du coup je sais presque rien de Dublin. C’est beau ? Les gens sont sympas ? »

Bien sûr qu’elle lui pose plein de questions. Pas par curiosité polie – pas son genre – mais par authentique envie de savoir. Tout ce qui n’est pas chez-elle, tout ce qui peut la surprendre, lui faire oublier l’ennui, la monotonie... Ça l’intéresse. Puis Dublin, ça doit être tellement différent de cet orphelinat à l’ambiance anglo-anglaise, elle se l’imagine moins propre, moins net, plus humain, peut-être un peu moins recommandable aussi – tant mieux, Lola, elle aime les endroits louches, elle se fond mieux dans le décor.

Quelques lattes encore – les dernières, comme la fin dramatique et inéluctable d’un âge d’or au goût amer – et elle éteint le joint, pensant déjà à en rouler un autre mais tenant à faire durer son pochon jusqu’à demain au moins.

« Et c’est vrai que vous buvez beaucoup de Guinness ? »
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Phoenix
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Sujet: Re: The real folk blues [Lola] Ven 7 Fév - 16:21

(NB : on est trop productives, oulàlà, c'est beau)

« Et d'ailleurs, ça prend combien de temps pour faire effet, ce truc ? »

Il sourit, un peu écoeuré par sa prononciation hasardeuse du français, et la tête déjà un peu lourde. De toute façon, cette histoire de pain, c'était plutôt à cause du cliché qu'autre chose ; chez lui aussi, on en mangeait des masses, alors pourquoi ça paraissait tellement singulier qu'un seul peuple puisse avoir le privilège du levain ? Par contre, les huîtres, ça devait être super bizarre, surtout le principe de les bouffer vivantes ; Cian les imagait onduler contre le palais, luisantes et grasses. Extrêmement ragoutantes :

« Donc du coup, c'est pas vrai que vous avez des goûts bizarres. Parce que quand on ne parlait de la France, à l'école, on nous disait que les fruits de mer étaient l'un des plats typiques de votre pays. Enfin, c'est bizarre, quoi. Chez nous, on mange les huîtres mortes. »

Enfin, lui-même n'en avait jamais été particulièrement fan. À l'époque oú il était encore Dublinois, il attendait surtout que son tuteur lui fasse la cuisine, ou il se commandait des pizzas, et c'était tout :

« Oscar Wilde aussi était de là-bas, mais je sais pas, les gens sont pas trop axés littérature, plutôt sport. Et Dublin, c'est... c'est... »

Il leva les yeux vers le plafond vitré de la serre, à la recherche des mots les plus corrects pour décrire sa ville :

« C'est sale dans la banlieue, mais j'habitais près de la rivière. Et c'était beau. Enfin, je suppose que c'est comme dans toutes les grandes villes, la beauté est concentrée au centre. En face de chez moi, j'avais le Trinity College. Et à côté, Abbey Street, qui est une grande rue marchande. Et les gens ? Plutôt sympas, oui... Mais ils sont froids, à Dublin, tu sais, pas du genre à se soucier de leur prochain, quoi... Je préférais la campagne. La campagne irlandaise est juste... »

Cian ferma les yeux, revoyant les forêts luxuriantes de son Irlande natale, et il sentit sa gorge se rétrécir. Son tuteur l'avait emmené plusieurs fois à la campagne, dans le coin de Gallway, autour des petits villages, si pittoresques et lumineux, oú les gens s'arrêtaient parfois pour lui adresser un salut amical. La campagne irlandaise était si différente de Dublin, un effroyable paradoxe :

« La campagne irlandaise est juste magique. »

À la question suivante de Lola, il gloussa légèrement :

« C'est possible. Mais personnellement, je n'ai jamais pu y goûter. C'est super strict là bas. Si on voit un adolescent avec une canette à la main, il peut direct finir au commissariat. En plus, là aussi, c'est un peu un cliché : on préfère les bières plus amères, comme la Kilkenny, et le cidre. Mon tuteur buvait toujours de la Bulmers. T'as déjà goûté le cidre irlandais ? »

Il regrettait presque la mort tragique de la cigarette, parce que ça faisait longtemps qu'il ne s'était pas autant épanché sur un sujet précis. Ou même, qu'il s'était exprimé tout court. Et c'était un sentiment super agréable.
Parce qu'il ne s'imaginait même pas que ça pouvait être intéressant de discuter avec une fille, quoi, génie ou pas.
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Lola
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Sujet: Re: The real folk blues [Lola] Ven 7 Fév - 21:28

A partir des descriptions que Phoenix lui accorde de son pays natal, la jeune blonde tente d’imaginer. Dublin ne s’impose dans son esprit qu’en une pâle copie de Paris, plus vieille et plus sale, plus pluvieuse aussi, et des badauds raisonnablement arrosés titubent dans les rues sombres après une soirée passée dans le pub le plus proche... Que des clichés, tout ça, putain.

La campagne irlandaise, en revanche, se dessine dans sa tête avec une précision telle que Lola se demanderait presque si c’est la faute à la verte. Sauf que non. Pas seulement en tout cas.

Magique.

C’est un mot qui lui parle, ça. Tellement qu’elle voit la nature partout, les petites maisons toutes mignonnes de campagnard, les rayons de soleil qui illuminent le vert vif de la cime des arbres, les gens qui sourient... Un truc qu’elle a jamais vu, la campagne. Elle a quitté Paris trois fois dans sa vie, une fois pour retrouver de la famille en Italie, une fois dans le cadre d’un voyage scolaire à Berlin, et une fois avec ses potes – quelques semaines avant qu’on ne l’envoie dans cette prison pour surdoués – pour un week-end à Amsterdam. Ça lui a jamais fait trop envie, en fait, la campagne pour elle se résume aux péquenauds, aux fermes et à l’absence totale de vie – ouais, Lola a la ville dans l’sang.

« Ah non, jamais. Tout ce que j’ai jamais goûté d’irlandais c’est... bah la Guinness, quoi, la base. Dis, c’est comment la campagne ? »

Lola a presque des airs de gamine émerveillée quand elle lui demande, comme si elle s’attendait à une histoire enchanteresse que lui raconterait un vieux papy au coin du feu. Pour la première fois de sa vie, la campagne, elle en rêve. Juste parce qu’un petit bonhomme a dit le mot magique. Magique, justement.

« Non parce que j’ai jamais vu la campagne, j’suis une enfant de la ville, moi, une meuf urbaine. Et j’dois dire que la ville, la rue, ça a son charme, dans le genre un peu gris, un peu monotone. ‘Fin j’sais pas comment dire, ‘faut s’immerger d’dans pour comprendre. Mais bon, tu m’dis que la campagne c’est magique alors j’veux savoir. »

Elle s’attendrait presque à ce qu’il lui parle de licornes et de fées aux ailes fragiles, de leprechauns et de chaudrons remplis d’or abandonnés à quiconque trouverait le courage et la patience de parcourir un arc-en-ciel d’un bout à l’autre. Ouais bien sûr, elle se doute que y’aura que dalle de tout ça dans les mots de Phoenix mais quand même, elle a envie d’se faire phaser un peu, et puis quoi qu’il lui raconte, tant que ça la dépayse, c’est bon.

« Ah et sinon. Techniquement ça fait déjà effet, lui indique-t-elle avec un sourire amusé. Mais s’tu tiens à t’envoler vers d’autres cieux, j’en roule un autre. »
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Phoenix
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Sujet: Re: The real folk blues [Lola] Mar 11 Fév - 20:13

Plutôt des licornes en plastique et de tempêtes intempestives que des arc-en-ciels lumineux.
Si Lola disait aimer la ville, lui, Phoenix, préférait clairement la nature. Parce que c'est plus vide. Une ville, ça bourdonne de partout, ça grogne, alors que quand on est dans la campagne, il faut aimer être avec soi-même. Il faut apprécier le silence d'une forêt lumineuse et les chuchotements liquides rivières. Son tuteur l'avait emmené dans le Cercle de Kerry, domaine resplendissant et berceau des clichés celtiques, parce que là bas, c'était tellement beau qu'on pourrait en pleurer.
Cian pencha la tête sur le côté, pensif :

« La nature, c'est, ouais, c'est le contraire de la ville. Mais en Irlande, c'est merveilleusement calme. Tu te promènes sur une petite route égarée et tout ce que t'entends, c'est les bêlements lointains de moutons, et les collines autour de toi cachent presque le ciel. Puis, après, tu passes dans la forêt, et c'est encore plus beau, parce que tous les arbres ont l'air d'être centenaires. Quand tu rentres dans le village, après, tu te dis que déjà, quinze personnes dans la même rue, c'est déjà trop. Une fois que t'as goûté au calme de la nature, t'as l'impression que ta tête bourdonne. Je sais pas. C'est un sentiment proche de l'euphorie la plus pure, la moins hypocrite. Tu n'es pas content pour toi même, tu es content qu'un lieu aussi sain puisse encore exister. »

Il tourna la tête vers elle, soudain attiré par la perspective de fumer encore :

« Mais j'imagine que la ville doit aussi avoir ses charmes. Faut aimer les gens, quoi. Faut aimer la foule. »

Il sourit. S'il pouvait emmener Lola voir les îles Airan ou Galway, elle comprendrait ce qu'il veut dire. C'était sûr que si elle n'avait pas trop de point de comparaison, elle ne pouvait pas comprendre. Il n'avait jamais connu de moment plus apaisant que lorsqu'il s'était baladé dans les forêts irlandaises avec de l'Enya sur son mp3. Fu, voilà qu'il se sentait mélancolique :

« Mais, même si tu aimes la ville, si tu voyais... tout ça, tu aimerais. C'est différent. C'est magnifique. »

Un peu comme cette serre étouffante, qui n'était pas grand chose, mais qui avait quand même l'essence de la nature enfermée entre ses quatre murs. Il leva les yeux et cueillit, très simplement, l'une des fleurs roses du cactus, avant de la tendre à Lola. Le geste était très naturel, très innocent. Il n'imaginait pas Paris couverte de fleurs ou de verdure, loin de là ; c'était peut-être une jungle d'acier et de vieux buildings centenaires. La vision de Lola contrastait férocement avec la sienne. Mais dans ces deux tableaux, il y avait quelque chose de sacré, parce qu'il n'avait jamais vu Paris, et il l'imaginait grandiloquente et généreuse, remplie de gens romanesques, courageux, et intéressants. En tout cas, Lola en était un bon échantillon. Et il voulait que Lola touche du doigt, au travers de cette fleur, cette vision d'une nature surpuissante et divine :

« Je veux bien. » Ajouta-t-il, au bout d'un moment

Il se doutait que ces machins devaient coûter la peau du cul et il ne voulait pas abuser de la générosité de Lola, mais, en même temps, c'était si agréable de parler sans retenir ses émotions.
Puis, il se rappela d'un détail, et sortit son portable de son pantalon. Il fit défiler rapidement ses photos, avant de cliquer sur l'une d'elles. Il tourna ensuite son portable vers Lola, pour la lui montrer :

"Tiens."

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Lola
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Sujet: Re: The real folk blues [Lola] Jeu 20 Fév - 20:42

Les yeux écarquillés – accentuant la grosseur anormale de ses pupilles, ces gourmandes insatiables qui bouffent tout le vert de son regard –, Lola fixe la fleur que son vis-à-vis lui tend. Elle est sur le cul. Elle a pas l’habitude des fleurs, et encore moins l’habitude qu’on lui en tende. Il y a dans cet acte une douceur, une innocence qu’elle ne connaît pas – écorchée jusqu’à l’os par le gravier sale des coins les moins recommandables de la capitale, c’est de violence, d’amertume et de rudesse que son être tout entier vibre.

Si la rue t’a acceptée, toi, pauvre meuf marquée dès la naissance par la malédiction du sexe faible – par ce sexe que t’as pas, que t’auras jamais, entre les jambes –, c’est que t’as renoncé à tout ce qui fait de la Femme cet être mystifié. T’as vendu la tendresse, la compassion, la beauté, pour avoir l’droit de cracher sur le bitume et d’serrer la main aux dealers du tierquar.

Du coup, elle peut pas s’empêcher, Lola sourit. Mais d’un sourire, putain, d’un sourire. Tellement grand, tellement éclatant qu’elle en aurait presque mal ; ses lèvres, glacées dans l’indifférence désabusée, souffrent de se tordre ainsi, en l’un de ces sourires véritablement heureux qu’elles ne connaissent pas.

Elle sourit en prenant dans ses mains la rose parce que ça lui fait plaisir, bien sûr, mais aussi parce qu’elle sent l’envie de partager dans ce geste inattendu ; et cette fleur, les mots de Phoenix, la photo sur son portable, tout s’entremêle dans un bordel harmonieux en son esprit pour recréer une myriade d’images, pour recréer la magnificence pure – pas encore victime de la cupidité destructrice de l’Homme – des décors que l’Irlandais lui a décrit.

« ... C’est beau. J’aimerais, un jour, me retrouver seule avec moi-même dans un paysage du genre. J’crois que j’comprends la beauté du truc. »

Et parce qu’après tout, partager ça s’fait à deux, c’est à son tour de peindre par les mots.

« La ville c’est... ouais, c’est bondé, c’est la foule, et c’est justement ça qu’est kiffant. Genre t’es au milieu de tout ce monde, tu les entends tous parler, gueuler, tousser, rire, pleurer, et toi au milieu de tout ça t’es seul. T’es dans le cœur même de la vie, c’est tout autour de toi, et pourtant t’es pas dedans, t’es là et pas là en même temps. Ca a quelque chose de très rassurant, en fait, de sentir tout le monde vivre tout autour de toi quand toi, t’es éternellement figé dans cet espèce de moment vague que t’as pas envie d’quitter parce que t’as peur. Disons qu’ça trompe la solitude. »

La blonde aime pas trop cette tirade qui échappe à son âme adoucie par ce gamin – même pas trois poils sur le caillou et t’as réussi à mettre en confiance un chat de gouttière, bravo mon gars –, elle se révèle et se surprend bien trop dans ces sentiments exprimés. Comme si, pour la toute première fois, elle s’rendait compte que fumer ça lui pourrit la vie. Elle aime pas ça, pour vrai, parce qu’elle comprend pas très bien tout ce qu’elle raconte mais que quelque chose en elle s’y reconnaît.

« Puis en fait la ville, c’est beau la nuit. Quand y’a plus personne dans les rues, à part toi et tes potes, et qu’t’as l’impression d’avoir tout Paris pour toi, que t’entends enfin le silence de Paris – parce que chaque endroit a son silence, y’a plein de silences différents – et... ça aussi c’est magique. Dans un genre différent. »

Un petit ‘‘Tadam !’’ moqueur clôture ce long discours et annonce l’entrée de messire Joint de Cannabis, deuxième du nom – eh ouais, des années d’pratique, ça, causer longuement de sujets sérieux tout en roulant son spliff.

« Allumer le feu, allumer le feuuuu..., chantonne-t-elle alors qu’elle enflamme le bout de son joint dont elle tire quelques grosses lattes. Franchement mec, j’pensais pas que t’allais kiffer. »

Mec.

Parce que Lola sait pas trop comment, mais Phoenix a réussi à gagner son respect – celui-là même qu’elle a pas accordé à certains des plus sauvages, des plus violents spécimens de son bled.

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Phoenix
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Sujet: Re: The real folk blues [Lola] Mer 26 Fév - 18:47

Oh MON DIEU, elle avait accepté sa petite fleur ridicule (non, pas sa virginité, voyons).
Il la regarda fixement, les yeux écarquillés, soudain absorbé dans le nouveau tableau, le remplissage de la solitude citadine. Et il la comprenait, dans un sens. Parce que le pire, dans la nature, c'est quand tu es seul, mais la ville, tout ça, ça reste trop superficiel. Les gens s'agitent, mais ça ne remplit rien. Oui, il la comprenait :

« Mais. Si tu ne fais pas parti de ces foules, ce sentiment, d'être rassuré, c'est pas juste du vent ? »

Mais le Paris nocturne, ça, ça lui parle. Et il s'y imagine, allant même jusqu'à voir une Lola bien française – béret sur la tête et baguette sous le bras, 'tention – le guider sur une avenue des Champs Elysées idéalisée, jusqu'à l'Arc de Triomphe. Là, elle se retourne et étend son bras sur le Paris de la Nuit, pour le lui montrer, et Cian en reste bouche bée, parce que ça brille, ça dort, ça se transforme sous ses yeux. Il n'avait jamais été un fanatique de la ville – la foule, les klaxonnements, bouh, très peu pour lui – mais là, il comprend que des tas de touristes – 42 millions par an, lui avait dit son cher ami Wikipédia – puissent avoir envie de s'y entasser. Parce que Paris, ça a l'air d'être un peu plus que des musées, et de l'architecture. C'est la Vie. Comme la nature est la Vie, Paris l'est aussi. De façon différente, certes.
Il toucha du doigt ces deux images, ces confessions, et ressentit la passion que Lola avait pour cette ville. Et soudain, il regretta de ne pas pouvoir en dire autant de Dublin, parce que lui n'avait jamais eu les couilles de s'y balader la nuit, il avait trop peur que certaines racailles le tabassent dans un coin pour ses airs de gamine faiblarde :

« Tu dois avoir le même sentiment ici, non ? Parce que c'est vachement bruyant et... et... solitaire, en même temps. »

Phoenix rit, tout doucement, comme s'il se cachait :

« J'pensais pas non plus survivre à ça. On m'a toujours dit que ce genre de drogue décime tes cellules à la pelle. »

Et puis, merde, qu'est-ce que c'était qu'une poignée de cellules assassinées, à côté de l'enthousiasme, que dis-je, de l'euphorie qui l'emplissait à cet instant précis ?

« En plus, j'aime bien la botanique. Il faut que j'étudie TOUTES les plantes d'un peu plus près. »

Il fronça les sourcils :

« Et c'est quoi, ta spécialité ? »

En vrai, il aurait voulu lui demander : et à part ta ville, qu'est-ce que tu aimes ? Qu'est ce qui t'intéresse ? Parce qu'il se prenait d'intérêt pour la jeune fille, balançait sa carapace aux orties, et souriait vivement, comme s'il n'avait jamais été cette petite larve pitoyable qui ne faisait que se plaindre de son sort, jour après jour.

Non, il vivait.

Alors, cette petite question humble, ce rapport à leur vie orpheline, c'était ce qu'ils avaient en commun. C'était un début. Il ne voulait pas la faire fuir, en se montrant trop enthousiaste, trop chaleureux. Non, il se voulait classe, et pas trop bizut', sympathique, mais sans trop. Le joint lui avait déjà délié la langue ou peut-être voulait-il seulement donner une excuse à sa timidité, et à sa soudain loquacité. Mais il était reconnaissant, à Lola, de juste rester là et de ne pas se trouver d'excuse pour se casser.

Il sourit plus largement, et leva les yeux vers Lola.

HRP : nan mais tkt, on a tous fait pire pour le délai, j'crois.
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Lola
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Sujet: Re: The real folk blues [Lola] Mer 26 Fév - 23:45

Phoenix, à lui seul, suffit à dépayser la jeune stoneuse. Sa manière de penser, de communiquer, même de bouger et de sourire ; bref cet être humain, pourtant pas plus ouf que n’importe quel bolosse venu de n’importe quel bled, représente un vaste terrain inconnu que Lola se plaît à imaginer comme une plaine paisible dont le vert, tacheté çà et là de petites fleurs poussant timidement, s’étend à l’infini.

Il ressemble tellement pas aux mecs qu’elle a connus. Et pourtant, elle en a connus, des mecs – des cons, des intellos, des bobos, des puceaux, des pédés... Surtout, elle a fréquenté des mecs vulgaires et sauvages, des mecs qui préfèrent défoncer la fleur des jeunes filles plutôt qu’d’leur en offrir ; des mecs qui t’pèteraient trois dents parce que t’as eu l’malheur de les regarder d’travers.

Des délinquants, quoi. C’est comme ça qu’on les appelle à la télé.

« Bah... Disons que c’est que j’appelle un beau paradoxe. ‘Fin j’sais pas comment toi tu l’ressens mais perso’, je sais que les gens j’les aime pas. Ils sont bruyants, mal polis, méprisants ; j’ai pas envie d’être mêlée à eux. Mais en même temps, j’ai p... j’aime pas – ouais c’est ça Louison, avoue surtout pas qu’t’as peur, fais la meuf – la solitude. Donc bon, la solitude en plein milieu d’une foule, ça m’semble être un bon compromis. »

C’est peut-être l’habitude d’s’isoler à sept – pour fumer, en général, pour pas avoir à marave tout ceux qui les regarderaient d’un air hautain s’ils se cachaient pas, aussi – qui fait ça, qui crée ce ‘‘beau paradoxe’’. La blonde a toujours eu besoin de sa solitude, même avec ses gars. Ces derniers le comprenaient, ils disaient rien quand elle s’enfermait dans la vieille voiture abandonnée – par qui, pourquoi, ils savaient pas et s’en foutaient ; d’façon c’était la leur maintenant qu’ils l’avaient couverte de tags – de leur coin de rue avec son pétard. Il suffisait alors à la parisienne de les entendre s’enjailler sur du rap de merde pour se sentir bien – le beau paradoxe.

« Ici c’est pas pareil. On est tous enfermés, et tous seuls. ‘Faut pas s’mentir, on a peut-être des potes, des gens qu’on fréquente, tout ça, mais on est tous seuls au fond. Seuls et/ou fous. Y’a qu’à voir c’rageux de Mello pour comprendre à quel point on est tous pas nets dans nos têtes. ‘Fin en fait peut-être que c’est pareil, peut-être que c’est juste moi qui l’ressens pas pareil parce que j’déteste cet endroit. »

Puis surtout, la Wammy’s House, c’est pas comme la vieille voiture abandonnée ou les rues bondées de Paris. Y’a pas c’moment où quelqu’un va t’ramener aux autres.

Quand elle se réfugiait dans la bagnole, parfois Timothée la rejoignait. Il lui demandait alors ce qui n’allait pas, pourquoi elle faisait la gueule ; et à lui – à lui seulement parce que putain, elle l’aimait – elle racontait tout, que sa mère comprenait pas toutes ces heures de colle, qu’elle crisait un peu plus à chacun de ses retours – à trois ou quatre heures du matin, puant l’herbe à des kilomètres –, que le ciel gris de Paris la rendait malade...

Tim l’écoutait, la rassurait.

Et après il lui ordonnait d’venir délirer avec les mecs, et la dégageait de cette foutue caisse.

« Ici c’est chacun pour sa gueule. C’est ça qu’est différent. En fait j’aurais bien aimé t’montrer comment ça s’passe chez-moi, soupire-t-elle en passant le joint à Phoenix. J’pense que t’aurais pas été à l’aise au début, les p’tits comme toi ça traîne pas avec les racailles dans les coins les plus dégueu’ de la street. Mais franchement on t’aurait mis à l’aise, on est vraiment pas casse-couilles. Un peu violents parfois mais t’inquiète, gros, moi et mon cheval blanc on serait toujours là pour sauver la demoiselle en détresse. »

Ouais voilà.

C’est ça que Phoenix a de déconcertant.

Il avive en Lola des instincts maternels qu’elle ne se connaissait pas – pas des réflexes de mec prêt à tout pour sortir son reuf de la merde, non. Des instincts maternels, des vrais, du genre grogner comme une louve dès qu’un type louche s’approche de son protégé ou offrir la douceur ronde de sa poitrine – bien qu’elle soit à peine existante chez la jeune fille – à ses chagrins.

« Pffffft, t’sais, on est des génies, on peut bien s’permettre de griller quelques neurones. Et euh. Surréalisme. Genre Eluard, Aragon, Dali, tout ça, j’sais pas si ça t’parle. La poésie chéper, l’écriture automatique, tous ces trucs chelous quoi. Et toi ? ... En fait c’est quoi ta vie d’avant ? Non parce que j’te parle beaucoup d’la mienne, et je pourrais passer des heures entières à t’en parler tellement elle me manque, mais toi... A part que t’es Irlandais et qu’tu kiffes la campagne... J’ai bien envie d’te connaître, tu vois, j’t’aime bien. T’es chou. »
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Phoenix
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Sujet: Re: The real folk blues [Lola] Sam 1 Mar - 15:53

En effet, ça avait tout d'un paradoxe tordu.

Phoenix ne se voyait pas obligé de vivre dans un milieu haïssable pour la simple raison que soudain, il s'y sentirait moins seul. À ce prix-là, c'était plutôt un cercle vicieux. Il avait toujours vécu seul dans un univers aux limites étroites et fragiles, parce que l'extérieur n'en était que trop effrayant. Mais si Lola avait assez de courage pour se plonger dans cette foule grouillante, c'était qu'elle n'était pas aussi forte qu'elle voulait bien le faire croire. Courageuse, mais pas assez forte pour supporter la solitude, pensa Phoenix, sentant son cerveau se tordre dans des méandres infinis à la simple pensée d'une philosophie différente de la sienne. Il prit le joint quand la fille le lui tendit et le téta doucement, bloquant le léger pincement de douleur qui résonna presque instantanément dans son torse étroit. C'était pas le moment de faire sa chochotte, ils avaient une discussion beaucoup trop profonde sur le feu :

« Peut-être qu'on se sent quand même mieux avec les gens qui nous ressemblent ? 'Fin, je pense pas être fou, mais la solitude, ouais, ça, ça me correspond bien. »

Il baissa de nouveau les yeux, comme pour se laisser le temps de réfléchir à ce qu'il venait de dire :

« La solitude, c'est quand même difficile à assumer. Mais vu comment tu dis ça, c'est plutôt une façon de se protéger, quand tu vas dans la foule. Parce que dans un sens, tu sais que tu n'en ressortiras pas meilleure, même pas changée. Mais ici, c'est différent, nan ? Parce que bon, on est quand même sensés être supérieurs, alors notre façon de voir les choses, elle est pas meilleure que celle de gens de l'extérieur ? »

Les gens de l'extérieur, c'était un joli terme pour parler des types au moins aussi fous, mais bien moins intelligents, qui devaient traîner dans toutes les rues des villes du monde entier, ou même dans les campagnes. Phoenix pensa que dans un sens, il avait été protégé de la peur par sa solitude ; n'ayant jamais réellement été en contact avec autrui, il n'avait donc pas eu l'occasion d'être déçu. Mais Lola était un bon choix de première amitié ; il la regardait avec des yeux ronds, fasciné par ce spécimen, ayant envie de murmurer, sans l'once de romantisme qui avait toujours alourdi cette déclaration, la réplique de Roméo dans la soap tragédie shakespirienne « Elle parle ! Oh ! Parle encore, ange resplendissant ! ». Parce que, dans un sens, Lola était la voix de la vérité. Il n'était pas d'accord avec tout, mais une partie, au moins, correspondait à ce qu'il pensait sur la question.
Et non, il n'aurait jamais réussi à s'intégrer dans le monde de la Parisienne ; ce dernier était sans doute trop sauvage pour sa nature précieuse et faible. Le cliché de français s'illuminait soudain d'une lumière nouvelle ; il figurait leur univers comme celui des Enfants Perdus de Peter Pan, bloqués dans une solitude exacerbée, entourés, néanmoins, mais incapable d'évoluer.

Pourtant, il éclata d'un rire hoquetant aux derniers mots de Lola. Le sauver, lui, à l'aide d'un cheval blanc ? Il n'était pas vraiment le type de gamin qu'il faut sauver à tout bout de champ, ça ferait trop Gros Bill d'avoir besoin de l'aide d'une donzelle pour survivre, aussi dur et con que soit ce monde :

« Bon, d'accord, je suis un peu faible. Mais je peux me défendre tout seul. Enfin... Je crois. »

Il se gratta distraitement les phalanges, avant de rendre le joint à la jeune fille:

« Et c'est intéressant ? 'Fin, c'est que des trucs français, que t'étudies, non ? C'est pas un peu de la triche ? »

Mais quand il s'agit de dévoiler un peu son essence, son histoire, il se sent nettement nerveux. C'est bien la première fois, que quelqu'un lui dit qu'il l'apprécie. Il rougit, un peu, le visage détendu par l'effet du joint :

« J'suis pas comme toi, j'ai pas d'histoire dont je pourrais parler pendant des heures. En gros, j'ai jamais connu ma mère. Ni mon père, d'ailleurs. On m'a juste laissé traîner dans un orphelinat jusqu'à... jusqu'à ce qu'un type louche qui, en vrai, était un ancien élève de la WH, décide de m'prendre en charge. Et j'pense pas qu'il m'appréciait beaucoup. Il m'a juste appris l'informatique, comme s'il comptait m'utiliser un jour. Mais, y'a pas si longtemps que ça, j'ai appris que... j'étais malade, je me suis enfui, et mon tuteur s'est fait renverser par une voiture. Et me voilà. »

Il leva encore plus timidement les yeux vers elle :

« Et j'ai jamais eu d'ami. J'ai toujours eu que mon pc. J'ai toujours cru que je pourrai survivre qu'avec ça, mais là, tu vois, que tu me dises que tu m'apprécies, ben, je sais pas, c'est... »

Cian croisa les mains sur ses genoux, les joues roses fluo :

« ...C'est rassurant. »
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Lola
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Sujet: Re: The real folk blues [Lola] Sam 1 Mar - 18:05

... Vraiment, ce mioche à peine plus jeune de deux ans fait craquer Lola – en fait, elle se surprend à penser que si sa mère lui avait foutu un p’tit frère (si son père avait pas été... c’qu’il était, quoi), elle aurait aimé qu’il soit comme Phoenix. Tout timide, et qu’il la regarde avec un tendre amalgame d’affection et d’admiration. Pour un frangin comme ça, elle aurait fait l’effort de montrer le bon exemple.

En fait, il aurait suffi d’un p’tit frère pour que Lola s’enlise pas dans l’amour malsain de son oisiveté abrutie par la ganja. C’est trop con.

« Hm, c’pas faux c’que tu dis. Mais c’est aussi ça que y’a d’bon dans la foule : elle vit normalement, sans avoir conscience de... de tout ce dont toi t’as conscience, parce que t’es plus intelligent qu’eux. Les voir dans l’ignorance, ça t’fait oublier ton dégoût. Alors qu’ici, les gens ils sont intelligents – en théorie en tout cas –, ils savent comme toi tu sais. Tu peux pas oublier à quel point t’es dégoûté quand tout l’monde l’est autour de toi. »

Le dégoût. Un mot pas plus exceptionnel qu’un autre, un mot que Lola met sur quelque chose de si vaste... Personne jusqu’ici lui a demandé qu’est-ce qui la dégoûtait au juste, et ça l’arrangeait follement parce qu’à la vérité, elle saurait pas quoi répondre. Elle parlerait de comment l’Autre la dégoûte, par défaut débile et inconscient ; elle parlerait de comment ce monde la dégoûte, par sa cruauté, son manichéisme, son égoïsme, sa démesure ; elle parlerait de comment, parfois, elle-même se dégoûte...

« Haha, vla la langue de vipère ! Ernst, il a participé au mouvement surréaliste et il était allemand ; Dali, il était espagnol... Enfin c’est vrai qu’c’est très français comme mouvement mais qu’est-c’que tu veux que j’te dise ? Nous les Français, on est doués. »

Voilà, dans ces moments-là, lorsqu’elle partage un peu de ce savoir qu’on ne lui connaît pas et qu’elle, d’un coup, elle se rappelle d’une gamine pleine d’espoir et d’idéaux, curieuse de découvrir tout ce que l’esprit humain a su faire de beau. Ouais, cette gamine, c’était elle, jusqu’à ce qu’on lui dise ‘‘Tu veux tirer ?’’. Elle s’ennuyait follement, cette gamine, ok, mais elle voulait tromper l’ennui par le combat, par les connaissances – pas par le joint.

« T’habitues pas trop non plus, j’fais pas des masses dans les déclarations d’amour. Hm ouais je vois, une histoire... un peu particulière disons. Encore qu’je suis personnellement convaincue que toutes les histoires, même les plus banales, méritent d’être racontées. M’enfin j’compatis, c’est dur de vivre sans parents, moi c’est depuis qu’j’ai plus ma mère que j’m’en rends compte. J’donnerais n’importe quoi pour qu’elle soit là, à gueuler comme une hystérique des trucs du genre ‘‘Tu veux t’foutre en l’air à fumer cette merde, hein ?! C’est ça qu’tu veux faire ?!’’. Si j’avais su, j’aurais passé beaucoup moins d’temps à lui hurler de fermer sa gueule ou à déguerpir en pleine engueulade pour r’venir à quatre heures du mat’ complètement explosée. »

Lola lui raconte pas ça avec une tristesse résignée, en fait on flipperait presque de l’entendre parler avec une telle indifférence d’une personne jadis chère à son cœur, d’une période particulièrement marquante de sa vie. Elle s’en est remis depuis l’temps – de la mort de sa mère, de leurs rapports tendus. Elle pense presque jamais à elle, sûrement pour éviter d’se dire qu’elle doit tellement la décevoir de là-haut.

« Malade ? C’est grave ? »

Soudainement son regard vert plonge dans celui de Phoenix, intransigeant et opiniâtre, un de ces regards fixes qui disent ‘‘Tu m’échapperas pas mon p’tit, déballe tout’’. Parce que Lola s’intéresse pas souvent aux autres mais que quand elle le fait, elle compte franchement pas perdre son temps – et là, t’as plutôt intérêt à déballer.

Manière bien à elle, un peu brutale, un peu indolente malgré tout, de témoigner son affection.
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Phoenix
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Sujet: Re: The real folk blues [Lola] Mer 5 Mar - 19:38

Il n'avait jamais pensé que le terme « d'imbécile heureux » puisse convenir à beaucoup de monde. En fait, la plupart des gens, ou tout du moins, ce qu'il avait pu en apercevoir, restaient juste assez lucides pour savoir que le monde autour d'eux n'était pas si candide que ça, avec ou sans intelligence. Cian écoutait Lola déclamer sa théorie, un sourire presque béat scotché sur son visage imberbe. Pour un peu, il ronronnerait, entraîné par le ton chaleureux de la jeune fille, qui le berçait, autant que le martèlement régulier de la pluie sur les vitres de la serre :

« J'suis pas d'accord. Notre intelligence nous ouvre les portes d'une réflexion plus rapide, mais sinon, les gens ne peuvent pas être bêtes au point d'ignorer ce qu'il se passe autour d'eux. Enfin. À part ceux qui se leurrent volontairement, hein. Mais le reste du monde, les cons, comme les intelligents, tous voient ce qu'il se passe, sans cesse. Et le dégoût est universel, parce que personne ne parvient à être satisfait de nos jours ! »

Oulà, mais c'est qu'il s'était un peu emballé, pour le coup. Cian se renfrogna, ramenant ses mains courtaudes dans son giron. Il avait surtout l'impression que les gens étaient dégoûtés quand rien ne marchait comme prévu. Lui-même avait une nausée tenace, dès qu'il songeait qu'il allait crever comme un chien au bord de la route. Mais il y avait peu de gens qui pouvaient réellement se contenter d'une routine bien propre et ordonnée ; Phoenix s'imaginait que ces cerveaux-là, en apparence normale, recelaient en réalité les pires névroses. Le dégoût, c'est la névrose, se répéta-t-il, se promettant de relire un travail de psychanalyse sur le sujet quand il en aurait le temps, histoire de confirmer son raisonnement. Mais là, qu'il ait osé ouvrir sa gueule, pour s'opposer franchement au jugement de quelqu'un – sans avoir peur que ce dernier pose sur lui un regard écoeuré de « mais qu'est ce qu'il raconte, ce nabot » - ça lui en bouchait un coin. Cian comprit qu'il commençait à avoir confiance en Lola, déjà, si vite, si brutalement. Et il ne comprit pas comment on pouvait imputer au joint de tels crimes, quand chez lui, ses effets n'étaient que positifs :

« Ah, mais j'm'y connais pas trop en art, et je sais pas, tout l'monde parle de la Joconde, hein. Enfin, j'crois que je suis hors sujet, là. Mais chaque pays a son talent, visiblement. En Irlande, on... on a de beaux moutons. »

Cian se pencha vers Lola, lorsqu'elle cette dernière commença à évoquer les souvenirs de sa mère. Lui-même, qui n'avait jamais connu la sienne, appréciait ces moments de confession, oú il pouvait entrevoir, l'espace d'un instant, le vrai sentiment du manque maternelle. Sa propre mère ne lui avait, d'ailleurs, jamais manqué ; il avait eu depuis toujours l'habitude de son absence, jusqu'à ne même pas trouver surprenant le fait d'être élevé par des gens payés par le gouvernement pour prendre soin de lui. Mais les souvenirs de Lola, c'était autre chose. C'était précieux. ça n'éveillait rien dans sa propre mémoire, mais il s'y voyait. L'irlandais avait l'impression d'être le petit frère de Wendy, dans Peter Pan, auquel elle racontait toutes ces histoires, pour raviver en lui le sentiment de l'absence :

« ça devait être bien, quand même, d'avoir quelqu'un qui se fait du soucis pour toi, qui t'attend quand tu rentres tard le soir. »

L'indifférence du ton de Lola ne lui a pas échappé, et il la regarda fixement, se demandant comment elle faisait pour rester aussi calme, en n'ayant plus sa mère. Mais à la question de la jeune fille, Phoenix se remit à rougir violemment, gêné dès qu'il devait aborder la question de sa plaie, de sa poisse :

« Roh, trois fois rien. »

Cian pensa un instant à mentir, mais ce n'était pas son genre, et puis, c'était que Lola était presque impressionnante, dans sa gentille agressivité :

« Enfin, juste un petit... cancer des poumons. »
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Lola
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Sujet: Re: The real folk blues [Lola] Jeu 6 Mar - 1:43

Silencieusement, Lola fixe le jeune homme à peine pubère comme s’il venait, par sa vive tirade, de transcender sa pensée. C’est le cas, en fait, parce qu’elle avait tout simplement jamais envisagé les choses sous cet angle – son mépris de p’tit génie égocentrique n’a jamais eu la modestie d’accorder à la masse ne serait-ce qu’un postulat dubitatif d’intelligence. Putain, elle qui envie tellement le commun des mortels, elle a même pas su lui reconnaître une capacité de réflexion au moins moyenne, comment elle a pu se complaire dans un tel mépris ?

« ... Ouais. T’as raison. »

Son regard sur Phoenix reflète un mélange d’étonnement et d’admiration, le mince sourire amusé de ses lèvres, lui, semble murmurer un ‘‘Sisi mec, tu m’as mis sur le cul, là, j’suis quécho’’. Sauf que Lola sait pas fermer sa grande gueule trop longtemps – c’est ça qui fait d’elle une Word, ce besoin presque vital d’exprimer toujours son opinion, d’en formuler et reformuler les nuances que le débat soulignent à l’esprit – et surtout, elle possède ce don un peu agaçant de toujours rebondir sur ce qu’on lui dit.

« ‘Fin ok, peut-être ils s’en rendent compte – j’peux pas juger, j’suis pas dans leur tête – mais ils y sont devenus insensibles. Genre dans la rue ils s’retournent même plus à la vue d’un clochard, ils se sont comme rendus aveugles face à la mocheté, la misère... Remarque c’est peut-être une force. »

Et peut-être que c’est moi qui suis faible.

Un frémissement d’écœurement parcourt la blonde à cette idée – putain, elle qui a encaissé les coups, qui a tenu la tête haute face au machisme primaire de sa bande de potes... faible face à une vérité que les plus cons supportent finalement bien mieux qu’elle ? Honnêtement ça trouble complètement le peu d’estime – par indifférence plus que par complexe – qu’elle se concédait. ... Ou alors non. Tous ces gens qui se résignent lâchement à tout ce qu’il y a de laid, de révoltant, dans le quotidien de chacun d’entre nous, ils renoncent au privilège de ressentir, ils se ferment en-dedans d’un eux-mêmes pourri d’indifférence pour ne pas souffrir des horreurs qui nous entourent.

Le commun des mortels, ça se trouve, il est mort.

Ouais bah pas Lola. Elle abandonnera pas au quotidien le pouvoir insidieux de la tuer par la construction en elle d’une insouciance froide. ... A moins qu’elle sacrifie déjà son amour de la vie aux délices verts de la ganja.

« Putain... »

Ce sujet va au moins lui bouffer deux journées entières d’isolation totale. Quelque chose lui dit que tout à l’heure elle retrouvera sa chambre pour ne plus la quitter avant un bon bout d’temps – avec un peu d’chance on enverra un prof’ ou un pion frapper à sa porte une fois son absence remarquée, non parce qu’on la voit jamais en cours m’enfin en général on calcule sa présence à la vue plus ou moins lointaine d’une touffe de cheveux.

La remarque de Phoenix lui arrache fort heureusement – ça a le mérite de lui faire oublier ces considérations philosophico-badantes – un éclat de rire qui expulse du fond de sa gorge un énorme nuage de fumée - qui lui pète bien la voix au passage. Ça lui rappelle toutes les vieilles blagues, tous les vieux surnoms, qu’on a pu lui sortir par rapport à ses veuchs, cette histoire de beaux moutons.

« J’imagine, ouais, quelque part... Encore que sur la fin elle a juste arrêté d’me calculer, je crois qu’elle avait abandonné l’idée de me remettre sur le droit chemin. Ça doit être ma ‘‘fugue’’ de quatre jours qui l’a calmée. »

Et là Phoenix, docile comme toujours, lui répond. ... Oh bordel. Dieu bénisse cette envoûtante marie-jeanne qui l’étourdit juste assez pour lui éviter d’afficher trop clairement sur son visage le choc que lui fait cet aveu. ... Et putain comment il peut annoncer ça comme ça, genre un p’tit cancer, tu t’fous de ma gueule ? Ça a rien d’petit, on en crève de ces trucs-là.
On l’avait jamais mise face à la Mort ainsi. Cette sale pute devient d’un coup plus flippante quand elle devient concrète – c’est pas quand elle est vague et lointaine qu’elle te glace le sang mais quand elle te regarde droit dans les yeux et te sourit de son rictus cruel.

« Et j’t’ai laissé tirer sur mes joints ? La fumette c’est fini pour toi mon gars. »

Parce que Lola sait pas trop comment réagir, alors elle fait c'qu'elle sait faire - elle prend la nouvelle avec nonchalance, comme s'il venait de lui annoncer un sale temps pour demain. Enfin presque.
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Phoenix
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Sujet: Re: The real folk blues [Lola] Mar 11 Mar - 1:02

Il était soudain fier de sa tirade, au vu de la réaction de Lola. Ça devait bien être la première fois que quelqu'un daignait remarquer que lui, le petit chauve toujours bloqué au fond de la salle, pouvait avoir raison sur une réflexion personnelle, vu qu'il n'a jamais été le mieux placé pour juger les autres. Mais il pensait surtout que le dégoût était ambiant, que tout un chacun le ressentait, parce que c'est si simple de voir au travers de la brume qui engluait l'objectivité. Très vite, on se rend compte que tout ça ne mène à rien et l'angoisse monte ; Phoenix l'avait ressentie à de nombreuses reprises, cette peur tenace du vide, si bien que, peut-être, qu'il pouvait en parler sans trop de honte :

« En même temps, ils doivent pas avoir le choix. Comment tu veux t'arrêter devant tous les gens qui crèvent la faim, tu deviens fou à force, vu que tu ne peux pas aider tout le monde. Tu t'arrêtes, toi ? »

Quoique peut être qu'elle était du genre à traîner avec ce genre de mecs, pas seulement par compassion, mais aussi parce qu'elle devait avoir le don de voir dans les autres ce qui pouvait être agréable, même dans un type chauve comme lui, remarque. D'oú le fait qu'il se sentait moins seul, et ce sentiment était euphorisant. Lui, il n'avait jamais pu s'arrêter face aux clochards, parce que comment tu veux les aider, ouais, quand les regards des autres gens pèsent sur toi ? Il avait parfois donné quelques pièces aux gitans dans le Luas de Dublin, juste pour qu'ils se la ferment et descendent, une fois leurs poches remplies par la générosité égoïste des irlandais. La misère des autres n'était pas liée au dégoût, après tout, il pensait que ça devait être un choix. Il avait regardé une émission, un jour, avec un mec qui avait volontairement fui la maison familiale, par opposition contre ses parents. On lui avait proposé de bosser, mais tout ce qu'il avait trouvé à dire, c'était « si je bosse, je pourrais pas boire ou fumer quand je veux. », donc la misère, c'était encore autre chose que l’écœurement tenace qui secouait l'humanité. Comment tu veux te pencher sur des gens qui refusent la main que tu leur tends ?
Il referma ses mains sur le tissu rêche de son jean, se gorgeant de ces confessions maternelles. Il ne s'imaginait même pas comment on pouvait avoir envie de gâcher une relation comme ça ; une mère, ça lui semblait quand même être un bien précieux, mais c'était probablement dû au fait qu'il n'avait jamais dû en supporter une :

« En même temps, ça doit pas être facile tous les jours, d'avoir une enfant intelligente à la maison. J'imagine que beaucoup de parents ont dû se sentir dépassés par leurs enfants avant de... mourir. »

Phoenix sentit un sourire vague étirer ses lèvres. Il appréciait la réaction de Lola. Si elle avait été triste, ou choquée, ou même rebutée, il n'aurait fait que se sentir mal à l'aise, mais là, dans un sens, l'assurance de la française constituait un nouveau rempart contre son mal. Il n'était plus seulement un adolescent malade, il pouvait se permettre d'exister en tant qu'être humain, surtout qu'il avait bien pris soin de ne pas commencer la conversation avec ce genre de nouvelles. Cian s'autorisa aussi même à glousser doucement :

« Ne t'inquiète pas, c'est pas ça qui va me tuer, au stade oú j'en suis. J'ai jamais touché à une cigarette de ma vie, avant aujourd'hui. »

D'autant plus qu'avec tous les avantages que lui procurait le joint – la douce assurance qui embrumait sa tête, l'air détendu qu'il affichait -, le petit chauve sentait que ça aurait été dommage de laisser tomber si vite, sous prétexte que c'était dangereux pour lui. Ses poumons avaient beau n'être plus que deux éponges gonflées d'un sang vicié, il savait qu'il pouvait encore compter sur eux, au moins encore un petit moment. Lola ne l'avait pas encore vu dans ses pires crises, quand la douleur le poignardait et que les anti-douleurs restaient aussi inefficaces que des smarties. Mais, bêtement, il n'avait pas envie de crever sans avoir connu la même chose que les adolescents qui l'entouraient au quotidien et qui restaient si difficiles à atteindre. Il reconnaissait au joint des vertus inépuisables, se doutant naturellement qu'il n'oserait pas y toucher tous les jours, mais là, tout de suite, il se sentait divinement bien.

Il sourit plus largement, cette fois, posant un regard chaleureux sur la blonde :

« On m'avait dit que les français étaient francs, mais pas à ce point-là... »

Alors que les irlandais, tous de beaux hypocrites qui se complaisaient dans leur rage, dans leurs sourire discrets et sirupeux. Était-il comme eux, se demanda vaguement Phoenix, tripotant du bout des doigts un pli de son jean.
Mais au moins, il savait que les sourires qu'il adressait à Lola étaient les plus purs, les plus sincères qu'il avait esquissé de son existence.
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Lola
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Sujet: Re: The real folk blues [Lola] Dim 16 Mar - 2:25

La question de Phoenix coupe Lola dans son élan d’indignation contre l’impassibilité de la foule. S’emporter dans sa critique en oubliant que concrètement elle nous concerne aussi, tout le problème d’une grande gueule à la loquacité exacerbée par le joint. Elle s’arrête pas devant les clochards, non, toujours trop pressée pour sacrifier un peu de son temps ou pas assez mise en confiance par l’allure du gars. Elle les ignore pas, elle détourne pas le regard – ne pas être regardé, c’est être oublié, ne pas exister, rien de plus terrifiant –, parfois même elle leur pète une clope.

« Je les calcule. Je m’arrête pas, je suis pas une Sainte-Marie patronne des clodos. Mais je fais pas comme s’ils étaient pas là. Que des gens vivent comme ça encore aujourd’hui, c’est une défaite pour toute l’Humanité – pour toi, pour moi et même pour L – et moi, je baisse pas les yeux face à une défaite. J'te dis pas de les aider, la majorité en a pas les moyens - moi en tout cas j'les avais pas - mais assume-le. C'est comme si t'osais pas marcher devant un paraplégique parce que lui il peut pas et que toi tu peux rien y changer. C'est complètement con. »

‘Faut avouer, y’a un peu de l’influence du père dans tout ça – encore que lui ne se reconnaîtrait jamais clochard, voyageur de misère qu’il corrigerait avec un sourire d’abruti shooté à l’héroïne. Quand ton propre père, à l’occasion de ses deux trois visites annuelles, te demande d’lui ramener de quoi renflouer un peu ses stocks de bouffe, la galère d’Autrui te touche plus significativement. Ce propre père globalement apte à travailler qui refuserait pourtant toute offre d’emploi – non merci, moi j’voyage m’sieur, pas l’temps d’bosser. M’enfin il mendie pas. Il pique dans les supermarchés, dans les poches, dans les sacs quand y’a moyen ; il rend des services louches à des gens louches – elle a jamais trop cherché à savoir – mais il mendie pas.

« Ma mère était intelligente aussi. Ça circule dans la famille. Elle m’a appris plein de trucs, m’a fait lire plein de bouquins, elle faisait comme elle pouvait pour que j’m’ennuie pas. M’enfin j’imagine qu’elle était trop jeune pour gérer une gosse surdouée... »

Surtout quand ta gosse surdouée, entraînée par ses fréquentations pas très recommandables, touche à des trucs qu’elle devrait à peine connaître vite-fait par ses cours au collège. Passer des cartes Pokémon et des parties de cache-cache aux joints et aux sessions tags nocturnes sans rien entre les deux, c’est hardcore.

« Mouais, s’tu l’dis. C’est à toi d’décider, c’pas moi qui vais t’faire la morale, cède-t-elle en haussant les épaules et jetant au loin la fin de sont joint. »

Malgré le fait qu’elle n’en laisse rien paraître sur sa figure pâle, Lola s’en remet pas. Tu rencontres quelqu’un, tu lui parles, tu t’entends plutôt bien, tu t’surprends même à ressentir une tendresse vaguement maternelle pour ce presque inconnu, et là, paf ! tu te dis que cette personne, ça se trouve elle pourrait mourir à n’importe quel moment. ... Comme chacun d’entre nous, ouais.

Non, c’est pas pareil.

Bien sûr que chaque jour qui passe nous rapproche tous de la mort. Où que tu regardes, quoi que tu fasses, où que tu ailles, son œil imperturbable te suit. N’est-ce d’ailleurs pas la perception angoissante de cette menace indistincte qui inspire à des gens comme elle l’acharnement désespéré de tout vivre, de ne rien regretter ; tout pour s’assurer de pouvoir se dire, avant de quitter ce monde : ‘‘Ouais, j’ai bien vécu.’’ ? Néanmoins personne – ou presque – de sainement constitué ne se réveille, ne s’endort, avec la peur de vivre avec son dernier jour. La mort, on la perçoit pas pareil selon qu’elle se contente de te jeter un coup d’œil une fois de temps en temps ou que toujours derrière toi elle souffle sur ta nuque son souffle glacé comme la promesse cruelle de t’embarquer dès qu’elle s’en sent l’envie.

« C’est ça qui nous rend si désagréables dans l’tromé, rétorque-t-elle moqueusement. D’ailleurs j’te préviens tout d’suite, t’as pas intérêt à m’claquer entre les pattes. J’ai déjà dû gérer des bads absolument affreux et même un coma éthylique, j’donne plus dans ces trucs-là moi. La peur de pas faire les bons trucs pour éviter à quelqu’un que t’apprécies de crever, j’kiffe franchement pas. »

La blonde regarde son cadet droit dans les yeux, manière impérieuse – présomptueuse, même – de lui interdire de clamser. Pas juste devant elle, alors qu’ils se fument un joint. N’importe où, à n’importe quel moment, si la macabre salope approche sa main osseuse, qu’il la dégage d’une claque ferme et acerbe. Qu’il ose, tant que son corps et son âme le permettent, lui dire de se faire enculer. Qu’avec ce genre de vérité on abandonne l’idée de se battre pour vivre, elle le conçoit – sans doute qu’elle réagirait pareil si on lui apprenait qu’un truc chez-elle buggue au point de pouvoir la tuer. Mais pas Phoenix. Parce que voilà. Ça s’explique pas.

« J’te jure, gros, si tu meurs... j’laisse ton corps sans sépulture, tu s’ras condamné à errer sur Terre et tu s’ras bien dans la merde parce que comme t’es orphelin, bah t’auras pas d’sœur pour te faire accéder au repos éternel. »

Lola conclut cette déclaration par un sourire malicieux, fier de sa connerie, qui résonne muettement tel un ‘‘Tu vas faire quoi maintenant, hein ? T’peux pas m’test’ !’’ dont la légèreté un peu enfantine contraste avec l’inflexibilité de ses prunelles.
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Phoenix
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Sujet: Re: The real folk blues [Lola] Sam 29 Mar - 15:02

« Mais ça n'existe pas, une utopie oú chacun pourrait trouver son égal au coin de la rue. L, il s'en fout, lui ; l'égalité et la justice criminelle, c'est pas la même chose, si ? Lui, il s'en fout. Et moi aussi, je m'en fous, je crois, parce que... parce que quand on naît dans une certaine couche de la société, on commence à mépriser les autres. Mais si mon tuteur ne m'avait pas pris en charge, si j'avais pas été placé à la wh, je pourrais être...comme ces clochards, maintenant. Parce que j'suis pas courageux. »

Pendant sa tirade, l'adolescent s'était tendu vers elle, le regard brillant, plein d'une assurance timide d'écrasé de la vie, de faible enfant qui ne sait pas encore marcher mais qui s'y essaye avec ferveur. Si ses yeux brillent, c'est aussi parce qu'il dénude son âme ; devant ces confessions, son esprit se recroqueville dans les tréfonds de son crâne chauve, il tire, il l'expose sous le regard de Lola. Il sent que la française ne se moquera pas de lui, pour être si acharné à cacher ce dont tout le monde se doute. Sa timidité, sa lâcheté, scintillent dans son regard sombre, et l'enfant essaye de sourire, plein de cette confiance dans le monde, maintenant que Lola lui parlait comme s'il était son ami. Est-ce qui l'était, son ami, à elle qui était si ouverte, si populaire ? Et qu'est ce qui fait un ami ? La capacité d'écoute ? Le rapprochement naturel entre deux personnes ? La facilité avec laquelle on se confesse ? Les souvenirs de la française sont précieux, et Phoenix les intègre à sa mémoire comme si, un jour, bloqué au creux de son lit, il pourrait les caresser du bout des doigts, pour se rappeler que si lui n'avait pas vécu, d'autres l'avaient jugé digne d'attention :

« C'est bien, qu'elle ait toujours tenté de faire fourmiller ton cerveau d'idées. T'entendre parler de ta mère comme ça, ça me redonne confiance. Je pense que ma mère m'a abandonné, comme ça, laissé sur le carreau, le petit Phoenix. Mais qu'il y ait des mères comme la tienne, ça redonne confiance dans l'humanité. Tout n'est pas perdu pour les gens qui ont une mère. »

Il avait tenté, plusieurs fois, d'imaginer à quoi pouvait ressembler sa propre mère ; il n'avait même pas de photo, rien à quoi s'accrocher pour y peindre le visage maternel. Aussi, quand il était vraiment petit, il s'était imaginé que sa mère l'avait abandonné, parce qu'elle était adolescente ; les grossesses précoces étaient plutôt communes pour des gamines qui avaient passé toute leur existence caparaçonnée dans les uniformes étroits de l'éducation catholique. On les lâchait hors du lycée et ça y est, les jupes se raccourcissaient, les mentalités devenaient sauvages et brutes. L’Irlande avait créé des monstres de luxure. Alors, que Lola ait pu avoir une mère, ça lui laissait penser que tout n'était pas perdu, qu'il y avait encore des gens qui aimaient leurs enfants. Il aurait voulu que sa mère soit aussi belle que lui était laid. Il s'était même identifié à Quasimodo lorsqu'il avait regardé Le Bossu de Notre Dame quand il était petit ; peut-être que sa mère avait voulu le garder, mais qu'elle n'avait pas eu le choix. Peut-être qu'elle était morte en voulant le protéger. Peut-être qu'elle avait dû fuir. Peut-être qu'elle l'aimait.
Après ce soudain accès de ferveur, le petit chauve baissa la tête, comme honteux de s'être ainsi exposé :

«...Je ne veux pas mourir. »

C'était peut-être la weed qui parlait pour lui, mais il n'y avait jamais pensé plus que ça, à ce qui se passerait s'il devait vraiment crever. La mort avait toujours été une ombre sordide qui lui chuchotait des promesses de déliquescence. Dans six mois, peut-être, elle allait le prendre. Dans six mois, ou plus. Ou moins.
Mais c'était rassurant de savoir que quelqu'un ici bas avait daigné baisser les yeux sur lui, qu'au milieu de cette foule d'orphelins égocentriques, une fille l'avait vu, pas seulement comme un malade, mais aussi comme un ami. Et Lola ne se douterait sans doute jamais de ce que ses paroles représentaient pour lui. Il n'était pas assez croyant pour imaginer qu'il errerait dans l'Au-delà, perdu, sans existence propre. La Mort ne représentait quelque chose pour lui, que depuis que son tuteur était lui-même parti. Paf, tu cesses d'exister. Fin de l'histoire. Mais peut-être qu'il se sentirait coupable d'imposer ça à quelqu'un d'autre, la perte, la disparition de son essence. C'était peut-être pour ça qu'il n'avait jamais réussi à s'attacher à quelqu'un. Parce que quand tu dépasses le stade conventionnel, tu impliques l'autre, autant que tu t'impliques, toi. Mais il savait aussi que ça lui ferait mal, si Lola ne disait tout ça que pour le consoler, que pour lui donner l'impression que quelqu'un tenait à lui, alors que c'était faux.
Il releva les yeux vers elle, et son regard était ridiculement humide :

« Depuis quand ce sont les sœurs qui te bâtissent ton repos éternel ? » 

Il fronça le nez, pour repousser l'angoisse qui montait en lui, écrasé par la tension. Il était ridicule, le petit chauve, ridicule et plein d'espérances.
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Lola
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Sujet: Re: The real folk blues [Lola] Mer 2 Avr - 18:41

En fait ça lui fait follement plaisir de discuter avec quelqu’un le plus franchement du monde, et de l’entendre nuancer sa pensée par les variations pertinentes de la sienne. Lola la doit peut-être à la défonce, cette impression soudaine d’allègre sérénité, ce bonheur silencieux – indicible – de la paix avec soi-même. ... « La paix avec soi-même », Id bordel sors de ce corps, pour la peine tu payeras plus cher ton pochon la prochaine fois. N’empêche c’est ça, en scred elle a atteint le Nirvana selon la parole du gars tatoué sur son dos aux couleurs hallucinées de Lucy in the Sky with Diamonds. Ses deux premières années à l’orphelinat, empreinte d’un isolement apathique malgré la présence de Lil, lui ont appris à aimer pleinement cette solitude qui effraye tant – et qui l’effraye tant, d’ailleurs, tendance naturelle au renfermement sur soi ou pas –, le mutisme oppressant puis apaisant de ces têtes-à-têtes austères d’honnêteté avec toi-même. Lors de ses highs les plus fulgurants – souvent seule dans l’obscurité enfumée de sa chambre, après une journée consacrée à fumer et une ou deux douilles nocturnes – elle se convainquait même de la beauté, de la magnificence ultime dans cette retraite de l’âme. Et là elle commence sérieusement à se demander si elle se racontait pas des cracks – parce que même s’ils s’accordent pas forcément sur tout, il s’avère vachement plaisant de partager avec le chauve qu’elle pensait tout juste bon à jouer les Docteurs Love du dimanche.

« Non mais ouais, mais L avant d’être un détective trop badass, c’est un être humain comme toi et moi non ? Bah il devrait s’en soucier autant que les autres. ... Genre tu veux dire, on a plus tendance à être sensibles à la pauvreté quand on y a eu soi-même droit ? Et qu’a contrario quand t’es genre aisé, t’es plus indifférent ? Parce que ouais c’est vrai mais ça c’est un travail qu’il faut faire sur les masses. Un truc plus marquant que les campagnes de sensibilisation débiles – elle ricane, pas méchamment mais presque, peu étonnée par l’aveu de Phoenix – Heureusement que t’es une tête, hein ? Perso’ là j’mènerais une vie de gitan, un jour chez, j’sais pas moi, Tim, un jour chez Ambre, chez mes potes quoi, et j’passerai mes journées à m’enjailler au tierquar. »

S’enjailler se limitant, par chez-elle, à fumer ter sur ter et à boire teille sur teille – tel le roi de l’univers dans son palais de misère cependant, savourant chaque latte de ta weed, chaque gorgée de ton whisky, un bon flow à fond du son. La pillaive et la bédave, les diablesses enchanteresses corrompant la jeunesse de Barbès à la tess. Plus ou moins ce qu’elle fait ici aussi, seulement avec moins de surdoués et plus de gars colorés – moins de ‘‘Tu pourrais me passer tes notes d’allemand ?’’, plus de ‘‘Eh l’bougnoul, ils sont tes papiers ?!’’. Elle le dit pas, tout ça – elle en ressent pas la nécessité – d’adresser à son congénère un sourire, un sourire sans raison particulière, un sourire gratuit dont les éclats de douceur remontent jusqu’à ses yeux alourdis de défonce façon étoile filante. Tu la vois, fais un vœu, tu la vois plus.

Vraiment pas un truc de tapettes, ce Nirvana qui te fait sourire pour le kiff de sourire.

« ... Ouais. Ma mère était une mère assez cool, concède-t-elle d’une voix distraite. M’enfin j’suis pas sûre qu’il suffise d’une mère pour que ça aille à peu près bien dans ta vie, t’as qu’à nous comparer pour comprendre c’que j’veux dire. »

Même quand t’as la chance d’avoir une mère derrière toi, en général tu trouves le moyen de te perdre dans le labyrinthe de la galère et du vice. T’en arrives à implorer sa mort, juste pour lui épargner le spectacle de ta connerie déliquescente – et le jour où elle meurt, putain que tu le regrettes d’ailleurs. Un joint – oui, encore un – ferait bien plaisir, là. La blonde extirpe paresseusement le pochon de son soutien-gorge, jugeant d’un œil sceptique les subsistances de son 50 – bon on va attendre avant de rouler, hein, la verte elle part un peu trop vite – et ricanant à l’entente du deuxième aveu. Au moins aussi surprenant que le premier, m’enfin celui-là c’est un peu à cause de son délire en mode gros si tu crèves j’te tue. Encore que, tant mieux s’il flippe de passer l’arme à gauche, certains y croient tellement plus que même l’idée du néant post-mortem ne leur soutirent rien de mieux qu’un haussement d’épaules indifférent. Ceux-là faut les réveiller à grand renfort de tirades véhémentes. M’enfin visiblement Phoenix sait ce qu’il a à faire alors elle se tait, se contentant d’une brève œillade incrédule... Oh.

Les mecs, Lola sait les gérer quand ils gueulent, quand ils cognent, quand ils rient, quand ils – la – baisent. Pas quand ils sont sur le point de pleurer. Jamais vu ça, en fait – tout juste entendu parler ainsi que d’une légende urbaine qui subsiste de murmure intrigué à oreille attentive. Aucun mépris par rapport à ça, elle prétend certainement pas apprendre à qui que ce soit comment vivre, juste que ça la prend au dépourvu. Quoique pas tant que ça, ses instincts de louve bourrue savent déjà, ils agissent déjà – elle l’attrape par le bras, le tire vers elle et l’oblige à s’allonger, la tête calée entre ses jambes croisées.

« Pourquoi y’a personne pour comprendre mes références quand elles sont intelligentes ? se lamente-t-elle moqueusement. T’sais l’histoire d’Antigone qui défie la loi divine pour faire enterrer son frère, bail du genre. Bref. »

Lola penche un peu la tête en avant pour plonger directement ses prunelles aux reflets acides dans celles de Phoenix. Joie, légèreté, confiance, le tout délicatement tacheté d’amertume pour un équilibre paradoxal.

« Osef. Tu veux pas mourir, tu vas pas mourir. »

Et paf, un sourire éclatant de mec trop enthousiaste qui assure à son pote que « t’inquiète, mec, je gère totalement la situation, fais-moi confiance », un sourire de gosse trop dye qui tente d’entraîner son partenaire dans l’obstination de sa simplicité d’esprit.
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Phoenix
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Sujet: Re: The real folk blues [Lola] Jeu 8 Mai - 21:34

On ne l'avait jamais habitué à partager avec autrui, cet autre souvent hostile qui gardait ses yeux fixés droit devant lui, imperturbable envers tous ceux qui ne montaient pas à sa hauteur ; l'égoïsme, c'était pas que dans la rue, c'était pas que les autres, c'était lui, aussi, lui, le petit chauve qui n'osait même pas regarder dans les yeux les pauvres gens qui traînaient dans les rues, une main tendue. Difficile de se montrer ferme et courageux, lorsque tous ces moments ne cessent de te tourner dans la tête, l'irlandais était un lâche devant l'Infini. Un moment de panique, un battement de cœur fracassant sa conscience, et Phoenix releva les yeux vers Lola :

« Pas l'impression qu'il soit si humain, L. On dirait une entité, pas quelqu'un de normal – peut être qu'il existe même pas, d'ailleurs ? Mais ouais, c'est c'que j'voulais dire, on est trop habitués au luxe de la wh, nous tous. Et tu crois que tu vas survivre comme ça ? »

Il lui avait posé cette question avec l'air le plus ingénu du monde, sincèrement étonné face à ce désir ; comment pourrait-on avoir envie de se plonger dans l'inconnu, de ne jamais savoir oú on va dormir, si on va même avoir un toit, un lit, un futur ? Et cette liste de noms, de gens dont le petit chauve n'aurait même jamais pu soupçonner l'existence – trois noms et une immensité de souvenirs suscités par leur présence -, Cian la ressentit comme un coup inutile porté à son ego, parce que lui, même s'il le voulait, n'aurait rien eu à répondre ; on aurait beau le torturer pour avoir des noms, qu'il fixerait ses inquisiteurs d'un air vague, la solitude accrochée aux lèvres. Pourtant, il savait bien que Lola ne pensait pas à mal, mais ça restait un sentiment douloureux, un peu comme du sel que l'on frottait sans douceur sur une plaie que l'on sait encore sanguinolente. « Mes potes, quoi », qu'elle disait, la blonde, et chez l'Irlandais, le vide répondait, en creux sous le sourire figé qu'il arborait ; une vague lueur blessée et honteuse illumina les yeux sombres de l'adolescent, juste avant qu'il ne réponde :

« De quoi tu t'plains ? T'as l'air d'être une fille bien. »

Ou, tout du moins, une fille avec des appétits d'infini. Mais, ne pas avoir de mère n'avait pas aidé Cian à s'ouvrir au monde, au contraire, et qu'il ait bien tourné ne dépendait pas non plus de ce détail. C'était quand même l'essence de l'enfance – avoir quelqu'un à ses côtés pour accompagner les premiers pas, guider le regard du gamin sur ce qui l'entoure, forcément, ça te forge le caractère, d'une façon, ou d'une autre. Mais peut-être que Lola avait raison ; il y avait ceux qui s'opposent à ce qu'ils ont, et ceux qui tentent de vivre avec, et avoir une mère n'y changeait probablement rien. Phoenix aurait bien pu devenir indépendant face à ce vide, et... non, en fait. Il croupissait dans ce néant moite, si bien que le moindre contact humain lui donnait des crises d'apoplexie.
Et le fait de se retrouver soudain balancé en travers des genoux maigres de la jeune fille sortit le petit chauve de sa torpeur ; il ravala les larmes acides qui menaçaient de l'étouffer et leva ses yeux, si noirs qu'ils en paraissaient sans fond, vers ceux de Lola :

« ... »

Il serra les lèvres, soudain incapable d'affronter tout ce qu'impliquaient ces pensées et cette ombre menaçante qui venait, une fois de plus, de planter ses griffes brûlantes dans sa gorge. Et le regard qu'il planta dans celui de Lola était débordant de reconnaissance et de honte – étrange mélange d'amertume, qui recouvrait difficilement les restes de sa peine :

« Ah oui. Anouilh... Tu m'excuseras, y'a que les Words pour être portés sur la littérature et la mythologie. »

Cian étouffa un rire et tenta de se détendre ; personne ne l'avait jamais réconforté là dessus, et encore moins pour le jeter sur ses genoux, comme s'il n'était encore qu'un gamin avec un bobo ridicule, un genoux écorché et sanguinolent :

« Si tu le...dis. »

Il esquissa un pauvre sourire de môme écorché vif. Mais ses yeux accrochèrent ceux de Lola, s'y cramponnant avec une fermeté encore humide, humiliée par cette incessante faiblesse dont l'adolescent faisait preuve.
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Sujet: Re: The real folk blues [Lola]

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The real folk blues [Lola]

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