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 Le Toit du Monde, c'est pour les tapettes. [PV Everald]

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Lola
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Sujet: Le Toit du Monde, c'est pour les tapettes. [PV Everald] Dim 26 Jan - 17:15

« Paris c’est beau, c’est propre, c’est l’impression qu’ça donne mais vas-y explore
Et tu verras, découvriras, comprendras, que tout c’qui brille n’est pas de l’or
Tour Eiffel, Champs-Elysées, les bails de touristes, tout ça c’est du toc, du haut du 18e on s’moque
Là où la misère est laide comme une pute ruinée par l’héro, mais moi j’suis dure comme un roc... »

Songeuse, Lola se répète à voix basse ces quelques paroles improvisées. Elle joue avec les rythmes, les répétitions, les intonations ; la lenteur de son phrasé, alourdi par l’apaisante fatigue d’un trop plein de ganja, n’altère aucunement la hargne de ses mots, ses mots qui lui brûlent la gorge, qui déchirent la pulpe de ses lèvres...

Putain c’qu’elle aime ça.

Toute exaltée de cette rage qui imprègne ses lyrics, elle griffonne ces derniers à la suite d’une chanson qu’elle écrit depuis ce matin, inspirée par les réminiscences douces-amères de sa vie au quartier de la Goutte d’Or. Elle jette ensuite le bloc-notes au loin, estimant qu’elle parviendrait pas à exploiter davantage sa muse, et fouille dans les poches de son sweat à la recherche de son pochon.

En vrai, c’qui la ferait kiffer là maintenant tout de suite, ce serait les cons de son bled, ces débiles avec lesquels elle a passé tant de journées à s’enfumer la tête. Elle a comme une envie de compagnie, quoi.

Wesh gros, j’suis posée au toit, viens fumer avec oim, qu’elle envoie à Everald après avoir roulé et allumé son spliff – c’est pas un gars du tierquar mais il est peace, ils s’comprennent plus ou moins tous les deux.

En attendant, elle parcourt d’un regard vitreux la liste de ses contacts – un sourire un peu triste, un peu nostalgique, naît progressivement sur ses lèvres. Bilel, Karim, Tim, Ambre... ils lui manquent, c’est fou. Souvent Louison pense à eux, se demande si elle devrait les textoter viteuf, juste leur dire que ça va – non ça va pas –, qu’elle revient bientôt – haha non elle revient pas – mais elle veut pas leur mentir.

« Ah putain, gros, tout ça c’est un délire..., soupire-t-elle, s’adressant à elle ne sait trop qui. »

Dieu, peut-être.

...

Dieu. Ouais bien sûr. Des barres.
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Everald
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Sujet: Re: Le Toit du Monde, c'est pour les tapettes. [PV Everald] Jeu 13 Mar - 13:46

I PONDER OF SOMETHING GREAT

MY LUNGS WILL FILL AND THEN DEFLATE


Wesh gros, j’suis posée au toit, viens fumer avec oim. Everald affalé sur son lit dans sa chambre en bordel, crevé alors qu'il fait beau, mais putain la lumière va lui cramer la peau. La lueur de l'écran de son portable va lui niquer les yeux aussi tiens. Lola. Mais bon autant ne pas gâcher sa journée complète, qu'il se dit, autant aller la voir. Et puis elle est cool cette meuf aussi. Avec un soupir l'allemand se lève, lentement, enfile un tee-shirt propre et balance celui qu'il portait par terre (tant pis hein quelqu'un s'occupera bien de le foutre au sale) et prend deux-trois trucs à bouffer. Habitude débile mais il se trimbale toujours avec de la nourriture, après tout les génies aussi sont des ados affamés qui te couvriront de fleurs si tu leur trouve un truc à bouffer.

Tkt j'arrive meuf. Encore endormi il se fait un chemin dans les couloirs, mal de crâne habituel, et merde il a oublié de prendre un doliprane ou quelque chose comme ça. Les cris des gamins le fatigue, il leur fait signe d'arrêter, et puis il se casse, s'appuie au mur, crevé sans se souvenir pourquoi. Bah. Ça n'a rien d'inhabituel après tout. Nicholas passe dans le grenier, avec le plancher qui hurle à la mort quand on s'appuie dessus et la tonne de poussière qui l'aveugle et s'accroche dans ses cheveux bouclés. Quelle merde, se dit-il en plissant les yeux.
Et après il monte un énième escalier rongé aux mites, pour arriver au toit. Ça lui rappelle quand il était plus petit, qu'il jouait à truth or dare, et que ça faisait partie des trucs à faire, genre l'équivalent d'une mission suicide. Avant la grande désillusion, quand tu te rends compte que c'est pas si flippant, que ton étagère était pas si haute, qu'être adulte ça a pas l'air si cool, finalement. C'était tellement bien d'être un enfant, insouciant, avec des parents aussi tiens. Enfin un grand-père dans le cas d'Everald, mais avoir une famille, c'était déjà ça. Enfin bon, il faudrait peut-être qu'il oublie, ça fait bien treize ans qu'il est à l'orphelinat, à arpenter les bâtiments vénérables.

Il aperçoit la chevelure blonde de Lola, la fumée de son joint, sa silhouette de l'autre côté du toit. En s'approchant le riddle ramasse un carnet griffonné, et puis il entend sa pote marmonner quelque chose, soupirer. Il se pose à côté d'elle. Non je déconne il s'affale avec un bruit sourd en répandant ses paquets de nourriture transformée tout autour.

— Yo.

Il ouvre un paquet de Monster Munch (quoi c'est pas du tout un truc pour gamins tss), prend un alien et l'observe pendant un instant avant de tendre le paquet à la parisienne.

— Tiens, jt'ai apporté à bouffer.

Il regarde le carnet qu'il a ramassé. Déchiffre difficilement les mots. Du français. Comme s'il savait parler français. Enfin ouais bien sûr il connait quelques mots, tour eiffel, baguette, pain, canard à l'orange, mais ça s'arrête là, faut pas trop lui en demander non plus hein.
Il lance un regard de biais à Lola. Pas difficile de comprendre que c'est elle qui a écrit, par contre. Everald en connait pas beaucoup, des orphelines françaises à la Wammy's House. Et il en connais encore moins qui squattent le toit pour écrire. Après avoir passé trois secondes à tenter de déchiffrer le carnet, il abandonne, le repose entre Lola et lui et le regarde d'un air faussement dégoûté.

— Putain je comprends vraiment rien à ce charabia meuf.

Il s'étire, lui sourit.

— Non mais sérieuuux le français c'est trop compliqué quoi. Genre. Je t'admire de parler cette noble langue et touut.

Ok l'orphelin adore lire mais faut pas exagérer, apprendre le français a toujours été au dessus de ses forces. Il essaie de pas trop parler sérieusement à Lola, si elle est seule, si elle l'appelle, s'il l'entend parler seule et soupirer c'est peut-être que quelque chose ne va pas. Lui n'en sait rien, il essaie de ne pas trop s'en mêler, se contente d'être là, après tout si elle a quelque chose à dire elle sait qu'elle peut en parler, mais c'est pas comme s'il allait la tabasser jusqu'à ce qu'elle parle.


oh regarde comme ce post avance notre rp et comme j'ai pris 3000 ans à répondre :DDD désolée


Dernière édition par Everald le Dim 16 Mar - 18:12, édité 1 fois
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Lola
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Sujet: Re: Le Toit du Monde, c'est pour les tapettes. [PV Everald] Jeu 13 Mar - 19:27

« Oh gros des Monster Munch. J’te kiffe putain. »

Les chips tombent vachement bien, en fait, Lola sentait justement un début de foncedalle lui tourmenter l’estomac. Elle choppe avidement le paquet et pioche une grosse poignée de chips qu’elle s’efforce de déguster à un rythme posé – en vrai elle a juste envie de tout fourrer dans sa bouche comme une sauvage mais bon, ‘faudrait pas passer pour une dalleuse de l’extrême.

Silencieuse, elle scrute Everald tandis qu’il parcourt d’un regard son carnet. D’habitude – avant –, elle pète un câble dès qu’on y toucher, elle veut pas qu’on lise ces lyrics griffonnés sur le moment pour pas les oublier, elle veut pas qu’on voie l’ébauche plus ou moins foireuse d’un son qu’elle n’oserait rapper qu’une fois les rimes travaillées, les punchlines perfectionnées, le rythme soigneusement cadencé. C’est tout un boulot, le rap, s’agit pas juste d’enchaîner des Yo et des Nigga – combien de fois elle l’a gueulé à ses potes lors de sessions rap freestyle, ça...
Lui cependant, elle s’en bat les couilles, il y comprend pas grand’chose, et c’est un sourire amusé par ce fait qui répond à celui qu’il lui adresse en s’étirant.

« Noble langue ? – elle ricane – Ça dépend d’qui la parle. S’tu m’entendais la parler, crois-moi qu’tu la trouverais pas noble. »

La blonde, assise à même le sol, se laisse paresseusement glisser contre le mur qui servait de support à son dos jusqu’à se retrouver allongée par terre. Le joint coincé entre ses lèvres, ses prunelles vertes suivent vaguement les gracieuses arabesques que décrit la fumée en s’élevant vers les cieux – elle les envie, limite, de pouvoir s’envoler et disparaître dans le bleu azuréen du firmament.

« T’as une sale gueule aujourd’hui, gros. Tu f’sais quoi avant mon sms ? »

Elle se rend même pas compte qu’avec une telle franchise, elle vexerait même la plus insensible des grosses têtes de cet orphelinat. C’est ce genre de meuf qui t’dira tout comme elle le pense ; si elle te trouve rayonnant elle t’le fera remarquer et si t’as une tronche dégueulasse elle le constatera pareil – le tout avec l’indifférence nonchalante de celle qui demande des nouvelles de ton poisson rouge séropositif.

« T’étais tout seul ? Bienvenue au club, gros. »

Soyons seuls à deux mon gars, que nos deux blues fassent un grand fracas... Oh c’pas mauvais ça. Lola tend le bras jusqu’à son carnet, écrit vite-fait cette phrase, juge silencieusement de sa qualité, se dit qu’elle peaufinera ça plus tard et jette son carnet au loin.

« Pense à t’trouver une meuf un jour, ça t’évitera d’être alone et tu s’ras obligé d’être beau tous les jours. »

C’est toi qui dis ça, Louison, toi qui te contentes généralement de la fumeuse compagnie de tes joints ; toi qui te sapes selon la seule nécessité de se saper ; toi que l’on reconnaîtrait plus aux cernes et aux yeux explosés qu’à quoi que ce soit d’autre ? T’as beau jeu de dicter ce genre de préceptes quand toi-même tu les suis pas.
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Everald
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Sujet: Re: Le Toit du Monde, c'est pour les tapettes. [PV Everald] Mer 19 Mar - 3:57

Lola. L'éclat de ses yeux rieurs et sa peau toute pâle toute blanche avec ses tâches de rousseur façon étoile et tout le reste, sa bouche qui crache les mots qui font mal, son anglais plein d'un accent qu'elle conserve comme un joyau, son Paris natal et ses mots durs et crus, ses mots qui cassent et qui dépeignent une réalité aussi amèrapathique qu'elle.
Non bien sûr que sa langue est belle, Eve n'en connait que des mots et quelques phrases, juste de quoi draguer les meufs de la ville d'un "vous êtes charmante mademoiselle", mais quand il surprend Lola qui lance des idées en français lui il la suit parce qu'elle est franche et insolente et que lui il veut bien se contenter de suivre.
Le bruit des Monster Munch engloutis avec gloutonnerie et un sourire ouais, un peu de satisfaction de voir l'appétit de la Word, un peu de satisfaction d'être utile.
La parisienne elle s'allonge par terre ou plutôt elle se laisse glisser avec ses manières de chatte, lenteur et paresse, son joint au bec. Ses yeux suivent les fantaisies du ciel.
Son pote assis près d'elle, Everald donc, il la regarde, à moitié, observe le ciel et la vue et les allées de l'orphelinat et les petites silhouettes de leurs semblables qui s'agitent en bas du bâtiment, des jeunes et des plus vieux.
Belle journée, bel après-midi plutôt, la journée tire presque déjà à sa fin et elle est déjà perdue parce qu'il n'a rien foutu, il pense à ses cernes et sa fatigue inconnue, et ce mal de crâne qui persiste aussi.

T’as une sale gueule aujourd’hui, gros. Tu f’sais quoi avant mon sms ?

Ah bah tiens, bonne question oui. Il en sait rien. Il était sur son lit, dormant, à essayer de se rappeler la journée précédente, et ce mal de crâne putain. Il n'est pas intense, Everald a connu pire mais l'impression de vide, la tristesse latente qui l'accompagne, c'est oppressant, un gros nuage de pollution dans son esprit déjà grisâtre. Il souffle, amusé, sourit un peu. Un haussement d'épaules presque machinal, il ne répond pas parce que sa réponse serait merdique, et puis qu'est-ce qu'elle en a à foutre Lola de cet oubli ? Elle lui a pas demandé de venir pour que l'allemand la fasse chier.
Il répond néanmoins, pure politesse car c'est pas spécialement intéressant, mais après tout Everald n'a jamais prétendu être un génie, ni un surdoué. A l'époque c'était simplement un fait, et puis l'ado était trop jeune pour se demander ce que ça voulait vraiment dire, surdoué.

J'en sais rien.

Nicholas ne se vexe pas de la franchise de Lola parce qu'il la connait pas mal, et puis il n'est pas du genre à se vexer, il laisse aller, il laisse toujours tout aller en soupirant parfois. Mais si la vie est sale, ce n'est pas de la faute des autres non ? Bien sûr qu'il sait sa gueule de déterré et sa pâleur de cadavre, juste un peu plus accentuée que d'habitude.

Lola, Lola lui dit qu'il est seul Lola, et elle aussi elle l'est. Solitude commune quelle bonne idée bonjour solitude commune. Ça le rend triste de savoir qu'elle aussi est paumée, surtout qu'il ne peut pas y faire grand chose, Everald est maladroit avec tout, c'est pas lui le Word, c'est pas lui qui est franc et qui fait de belles phrases. Non lui il a juste sa culture de Tolkiendil et sa culture surfaite, lui la vie il n'y connait rien il est à la Wammy's House depuis si longtemps. Le petit gamin perdu qu'il était et qu'il est resté ne se souvient même plus du visage de son papy.
Sa pote reprend son carnet, note quelque chose et il jette un coup d'oeil, même s'il sait qu'il ne va pas comprendre grand chose, encore du français.

Pense à t’trouver une meuf un jour, ça t’évitera d’être alone et tu s’ras obligé d’être beau tous les jours.

Et là honnêtement il se marre, il explose de rire Everald, c'est bien la dernière chose qu'il pensait entendre dans la bouche de Lola, elle qui parle de vie sentimentale et tout. Surtout qu'aujourd'hui avec son sweat qui lui donne un air de meuf de téci et ses yeux niqués, elle respire pas la vitalité ou la beauté.
Lui l'aime bien comme ça Lola, il l'aime bien tout le temps, bourrée ou défoncée, joyeuse ou triste il l'aime comme on aime une vraie pote quoi.

Ahlalah Lola. Tu sais très bien que c'est pas mon genre.

Il s'arrête progressivement de rire, ébouriffe la tignasse de la blonde, laisse ses doigts se promener dans la chevelure-forêt de la française.
Non c'est pas son genre effectivement. Ce n'est pas une fille qu'il aime, c'est un fantasme impossible, un idéal, alors il préfère ne pas s'attacher, après tout il est tombé amoureux trop de fois pour être confortable avec l'idée d'avoir une copine. C'était ça le grand malheur de sa vie, vouloir à tout prix se caser avec une fille en qui il voulait croire, et être incapable de croire en elle assez longtemps pour se caser.

Et toi Lola, tu dis ça mais ça te dirait quoi d'avoir un copain ?

Il soupire, interrompt un moment le mouvement de sa main, de ses doigts qui jouent avec les mèches de Lola. L'ado regarde au loin, vaguement.

Tu sais tout aussi bien que moi qu'on peut pas se caser, c'pas notre genre, on est libres tu vois, libres et solitaires. Tiens, exemple, rappelle-moi la dernière fois que t'as couché avec un mec dont tu connaissais le nom ?

Han putain ce mal de crâne. Tu te demandes si ça va continuer, et quand tu te te souviendras de la dernière journée, Everald.
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Lola
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Sujet: Re: Le Toit du Monde, c'est pour les tapettes. [PV Everald] Dim 23 Mar - 1:29

T’en sais rien. ... Tu te fous de ma gueule, gros ? Comment ça t’en sais rien ? Les questions incrédules qui se formeraient dans l’esprit de toute personne normalement constituée, réaction tout à fait justifiée par l’absurdité de cette affirmation. Comment on peut ne pas se souvenir de ce qu’on faisait y’a, allez, une heure, deux ? Cependant Lola comprend ça. Ces journées que tu regardes se dérouler sans prendre part au processus, trop dans les vapes, trop dans ton monde, trop dans quelque chose que tu saurais pas nommer et encore moins définir mais qui n’est pas la réalité – pas ton présent. Puis tu te réveilles, tu constates où t’es rendu dans le cheminement du temps – trop rapide, trop lent, jamais ce qu’il faut – et tu dis que ah ouais ok d’accord.

Elle connaît ça et elle respecte ça, alors elle dit rien.

Elle préfère s’abandonner aux caresses d’Everald, poussant parfois un petit grognement de plaisir, et l’écouter rire à l’idée de se trouver une gonzesse. Elle aime bien les gens qui rient, qui osent rire au nez d’un monde qui s’opiniâtre à faire la gueule. Elle-même ne sait plus rire de bon cœur – une fois de temps en temps un éclat de rire franc l’arrache à sa léthargie, pas plus –, tout juste si elle parvient à ricaner lorsqu’il lui suggère, à elle, de se trouver un mec.

« Ah mais quelle blague, mec. Tu m’vois avec quelqu’un ? L’idée-même de couple me file la gerbe. Rester tout le temps avec la même personne, finir par s’ennuyer avec elle ? J’en vois pas l’utilité. »

Elle ouvre beaucoup sa gueule et crache dédaigneusement sur le concept de couple sans même en savoir grand’chose, la Lola. Deux relations ‘‘sérieuses’’, voilà tout ce qu’elle accumule d’expérience dans ce domaine. Ça lui suffit largement pour craindre cette vision d’amants passionnés qui s’enlacent puis qui s’en lassent – à force de tout le temps sourire à la même gueule, de tout le temps embrasser les mêmes lèvres, de tout le temps caresser les mêmes formes. Pas moyen que ça se développe autrement avec une personne comme elle. Trop amoureuse du mouvement, du changement, du bouleversement pour trouver un quelconque bonheur dans la structure cruellement statique du couple.

Trop renfermée sur elle-même, aussi, trop étourdie sentimentalement par le joint.

La question posée par le jeune homme obtient d’elle un ricanement résigné sonnant tel un ‘‘Bien ouej, gros, tu m’as taclé là...’’. Si peu de noms que la blonde peine grandement à replacer sur une pléthore de visages aux traits lointains, abstraits – l’ombre embrumée de tous ces compagnons d’une nuit. Au début, elle parlait aux mecs après avoir couché avec eux, elle voulait les connaître un peu, les découvrir ainsi qu’on découvre un nouvel être humain – si semblable et si différent, si unique –, elle vivait ça comme une rencontre. Au fil du temps néanmoins, elle a progressivement arrêté de s’intéresser aux gars, aux meufs qu’elle se tapait, en même temps que la baise devenait peu à peu automatique et monotone – bien que toujours plaisante.

« Non mais t’as raison. Même si l’fait que l’dernier mec dont je connaissais le nom date d’il y a plus ou moins deux ans prouve plus que j’couche trop. Et ça c’pas forcément une question d’solitude, bien au contraire. C’est une question de fuir la solitude. »

Evidemment qu’on couche pour satisfaire un besoin purement charnel – pour apaiser le feu qui brûle dans le creux de nos reins. Mais y’a pas que ça. Y’a aussi la recherche effrénée, inconsciente, maladroite de l’Autre – de sa voix, de ses regards, de ses sourires, de sa peau... On couche pour oublier qu’on est seul, ou pour se donner l’impression illusoire qu’on l’est pas. Tout ce qu’on veut, au final, c’est s’assurer que l’Autre est là, qu’il existe. En couchant, ou même plus simplement en levant la main vers le visage de son ami dont on caresse distraitement la joue – comme le fait Lola en ce moment-même.

« Et donc tu t’vois enchaîner les soirées et les meufs jusqu’à la mort, hein ? qu’elle s’enquiert en le fixant – autant que sa position le permet. C’serait du gâchis pour un gars comme toi. »

Parce qu’Everald a la douceur, et la gentillesse, et l’intelligence. Qu’un mec de ce genre, ça mérite pas de traîner ses désillusions, ses amertumes tout seul ; qu’elle lui souhaite un jour de sourire pour lui et pas pour les autres. Elle, elle a rien d’plus pertinent à foutre, elle prétend pas à mieux – même, elle en ferait quoi ? ... Rien. Exactement.

Lola tend pensivement ce qu’il subsiste de son joint – une raisonnable moitié, tout s’est-elle contentée de le péter goulûment – au jeune Allemand puis elle renchérit.

« Puis moi j’ai la compagnie de Marie-Jeanne. Toi t’as quoi ? »
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Everald
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Sujet: Re: Le Toit du Monde, c'est pour les tapettes. [PV Everald] Lun 21 Avr - 19:30

Il écoute la blonde qui parle de l'Amour, celui qu'ils ne connaitront jamais. Il l'écoute quand elle parle de ses nuits partagées avec l'Inconnu plutôt qu'avec une personne, puisqu'elle ne serait même pas capable de se rappeler de son nom, il l'écoute et il l'entend, il la comprend. Quand Everald voit Lola, il se demande si dans ses yeux verts c'est de la tristesse un peu révoltée qu'il entraperçoit parfois, ou si c'est simplement ce que lui aimerait voir, un écho à sa solitude qui n'en est pas.
Lui n'est pas solitaire, il s'entend bien avec tout le monde, souriant, absurde de sincérité et d'hypocrisie, paradoxe éternel, triste sire au sourire trop candide, amoureux d'Idéal aux multiples conquêtes, avec son rire qui résonne dans les couloirs trop vides et gris, avec des orphelins qui oublient le rire. Lui ne l'oublie pas, pourtant il traîne sa carcasse pleine de vide, les yeux pleins d'étoiles lasses d'avoir trop brillé, pessimiste joyeux parmi ces autres au passé pourtant bien moins joyeux que le sien.

Mal de crâne.

Everald caresse doucement les cheveux de Lola, tandis qu'elle lui tend le restant de son joint. Pas cet après-midi non. Il refuse d'un hochement de tête, pensif, incapable de se rappeler du jour précédent, de la soirée précédente. Il ne se rappelle pas d'avoir écumé les dortoirs avant de s'être écrasé sur son lit, mais peut-être était-il sorti ? Il a la vision des lumières de la ville et le fleuve calme qu'il trouble de sa présence.
Il pense à la question de Lola, il pense à elle et sa "Marie-Jeanne", comme elle dit si bien, avec son accent français un peu abrupt qui lui rappelle les mots qu'elle crache quand elle écrit, quand elle rappe. Il la voit seule, désabusée surtout. Avec sa beuh, son soutien. Est-ce que c'est une compagne idéal ça ? L'allemand soupire.

Lui n'a pas de compagnie non, il a la compagnie éphémère de Lola, de n'importe qui, des orphelins qui sont devenus ses amis au fil du temps, pour lui qui est ici depuis si longtemps et qui ne connait pas grand chose d'autres que ces grands bâtiments, Winchester et ses environs. Il a les filles avec qui il partage un instant d'extase, quelques coups de reins, les mecs aussi, suivant les saisons suivant les bars dans lesquels il va s’embrumer, les vacances, les voyages scolaires. Il n'a plus l'envie maintenant.

Mal de crâne.

Il y a cette fille aussi dont il voit la chevelure de feu imprimée sur sa rétine, et peut-être qu'il est vraiment amoureux cette fois. De cette inconnue, orpheline à qui il a parlé l'espace de quelques dizaines de minutes à peine, et il voudrait y croire. Mais qui croit à du vent ? Il s'attache à ce vent dérisoire et y accorde de l'importance, comme à un rêve qu'on raconte trop souvent et auquel on finit par s'accrocher.

— J'ai ta compagnie non ? Il rit. Non mais ça me plairait bien d'enchaîner les meufs, les mecs et les soirées jusqu'à ma mort, je prévois pas de vivre vieux de toute façon.

Il regarde dans le vide, sourire vague, flou. Le ciel est clair, beau et le soleil se couche déjà, ou du moins se fait moins brillant, plus terne. Everald n'a jamais pensé vivre vieux, et finalement il se rend compte du vide qui emplit sa vie. Il n'a jamais pensé à se responsabiliser, se caser. Autant il veut prendre soin des autres, autant il en a rien à foutre de sa propre gueule.

— Mais toi faudrait ptêtre penser à arrêter la beuh, Lola tu sais. Ca m'rendrait triste qu'il t'arrive quelque chose à cause de ces conneries.

Sourire sur ses lèvres, mal de crâne. Il veut mieux pour Lola, elle vaut mieux que ça, mieux que la défonce, mieux que la mort. Lola il a du mal à la définir, du mal à la cerner et à la comprendre parfaitement, et c'est comme ça qu'il l'aime, indéchiffrable, intenable, inébranlable. Inébranlable oui. Quand il pense à un avenir, une vie où Lola n'existe pas, ça lui paraît impossible. Impossible et désespérant.

Mal de crâne. Soupir, grand soupir triste en provenance d'une vie où Lola n'est pas là.
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Lola
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Sujet: Re: Le Toit du Monde, c'est pour les tapettes. [PV Everald] Lun 28 Avr - 23:27

Lola hausse les épaules, indifférente, et recale le joint entre ses lèvres. Elle scrute songeusement le jeune homme, le vert vitreux de ses yeux reflétant des bribes vagues et mystérieuses d’une réflexion ô combien plus vaste qui se développe dans son esprit – apaisé, vidé au point d’en faire le puits sans fond dans lequel elle jette toutes ses pensées. Elle marmonne un « Ouais j’avoue, gros, t’as moi » moqueur, tire sur son spliff, ferme les yeux. Immersion dans le noir, dans le néant ; toute cette essence à laquelle on accorde tant d’importance – l’être humain – pour au final ne rien trouver de plus que du putain de néant.
C’est peut-être de ça qu’on a besoin, en fait, de néant, parce que nous on est trop pleins. Trop pleins de rancœur, de déception, de désillusion, de colère. Peut-être que tout ce qu’il nous faut, c’est un espace dans lequel tout abandonner. Ne trouve-t-on pas tous un plaisir inexplicable à noyer nos regards rouges comme le sang – ces regards écarlates d’insomnies, de fêtes, de drogues – dans ce désert infini de bleu qu’est le firmament ? S’envoler dans l’azur du divin ou s’enfouir dans l’obscurité de l’humain, du pareil au même, tout ce qui compte c’est la vacuité.

« Putain, mec, soupire-t-elle d’une voix mi-amusée mi-désabusée, tu m’crois si j’te dis que des fois j’pense mais j’me comprends pas ? ‘Fin t’as déjà vécu ça non ? »

La défonce nous abrutit, la profondeur de nos élucubrations nous abasourdit, l’intensité de ce vide pourtant désiré nous engourdit. Autant d’excuses vaseuses qui prétendent expliquer pourquoi certaines connexions ne se font pas – pourquoi elles s’opiniâtrent à ne pas se faire. Allez, disons-le franchement, on a juste peur de comprendre. On est encore trop jeunes, peut-être – les sages tibétains ou chinois là, ils sont pas tous barbus et ridés d’abord ? cqfd. Voilà pourquoi on ‘‘prévoit pas de vivre vieux de toute façon’’, tous.

« Non mais cette jeunesse, elle a un sérieux problème. J’te jure. Not’ vie rêvée, c’est d’baiser et d’teufer pour mieux crever au jour de nos trente ans. Genre comme si on avait peur d’avoir mieux. »

C’est quoi qui va pas chez-eux ? Eux, là, les gens pas biens dans leur tête, consciemment ou pas, ceux qui reculent quand les gens normaux s’élancent, ceux qui hurlent de jouissance à la lune quand les autres dorment, ceux qui s’enfument quand autour d’eux on s’enrichit. Ceux qui refusent les mécanismes vicieux de la société. Les rêveurs, les ratés, les révoltés, les résignés.
La Française saurait pas dire si Everald en est – parfois, comme maintenant, il en a les airs, avec ses sourires et ses regards de poète mélancolique ; le plus souvent il cache son âme de gamin désenchanté derrière des inflexions rassurantes et des pertinentes attentions (Dieu te bénisse toi et ta bouffe, gros).

« Moi j’veux juste vivre assez pour avoir le temps de voir un max’ de trucs dans le monde. T’as pas envie toi ? C’est déjà un peu plus ouf que de niquer des bonnasses. »

Encore qu’elle ferait sans doute pareil si elle avait pas l’amour du voyage et de l’étranger dans la peau. Ce qu’elle fait maintenant en s’assurant que c’est temporaire, que dès qu’elle peut elle décolle – hasta la vista baby, moi j’me casse en Colombie. Mouais.

Lola rouvre les yeux.

Oh. Salut, gros. Elle esquisse un mince sourire distrait, comme riant vaguement à une blague qu’elle seule entend ; puis tente une rivière avec la dernière bouffée de son joint – expirer lentement la fumée par les lèvres entrouvertes, inspirer délicatement par le nez... argh elle gère pas. Vas-y. Elle envie tellement ces gens qui savent faire ce truc de gangsta – la French inhale comme on l’appelle chez Shakespeare, songe-t-elle en se retenant de ricaner devant tant d’ironie.

« T’es fou ou quoi, que la blonde rit en jetant négligemment le mégot de son joint au loin. Si y’a bien un truc qui m’tuerait, ce s’rait d’arrêter la beuh. Puis même. Moi plus défoncée, ce s’rait comme... comme toi plus gentil. J’suis la meuf défoncée, t’es le gars sympa’ qui ramène les chips ; si un jour on est plus ça, bah... c’est plus nous. Comme si. Cendrillon envoyait sa marâtre chier en mode fuck you bitch j’y vais quand même au bal j’veux niquer moi aussi. »

Et du coup elle serait jamais devenue princesse. Bah ouais. Parce qu’elle aurait pas eu besoin de sa marraine fée et que sa robe elle aurait pas été aussi ouf, qu’elle fuirait pas à minuit, qu’elle baiserait toute la nuit avec le prince et que le lendemain, il hurlerait d’horreur en voyant sa tronche sans maquillage. Alors il la dégagerait en lui promettant de lui envoyer très vite une lettre et il la recapterait jamais. Et voilà. Cendrillon ne vécut pas heureuse et elle n’eut même pas beaucoup d’enfants, mais au moins lors de cette nuit avec le prince elle eut beaucoup d’orgasmes. ... Putain Louison arrête-toi d’penser une fois d’temps en temps.
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Le Toit du Monde, c'est pour les tapettes. [PV Everald]

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