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 Run in circles, with Rocket.

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Romeo
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Sujet: Run in circles, with Rocket. Jeu 11 Avr - 18:56

I find it hard to tell you, I find it hard to take
When people run in circles it's a very, very
Mad world, mad world


Romeo aimait lorsque l'observatoire était vide, absolument vide de toute vie exceptée de la sienne. Alors, dans le cœur de ces soirées où tous les orphelins s'occupaient à être des adolescents, Romeo était le seul à régner sur cet espace sacré. Il étalait alors ses feuilles, ses croquis, ses carnets, toutes ces choses qu'il écrivait à moitié sans le réaliser, humbles vestiges de ses sensations sur les choses, sur les êtres, sur les œuvres surtout.
Romeo ne savait pas s'enfermer dans une seule discipline, s'il avait choisi d'être Riddle c'était parce qu'il y avait senti le plus de possibilités, le plus de diversité, le plus d'inconnu aussi. Il s'était plongé dans les mathématiques durant la première année à l'orphelinat, puis s'y était désintéressé, avant d'y revenir, d'oublier, d'y retourner, inlassablement. Romeo était naturellement curieux et inventif, matérialiste aussi, incapable d'être un véritable créateur : jamais il n'avait écrit, jamais il n'avait composé, jamais il n'avait véritablement peint l'inconnu. Mais quel imitateur il était ! Quel prosateur, quel observateur ! Pour Romeo le monde était déjà beau, déjà plein à craquer de choses à découvrir et il n'avait jamais véritablement eu l'envie d'apposer sa pierre à l'édifice. Louer le monde, le célébrer, le colorer, le manipuler, cela il appréciait le faire. Mais créer ? C'était un travail bien trop laborieux pour un gamin irresponsable comme lui.

C'était la fièvre qui avait pris Romeo une nouvelle fois ce soir-là, une fièvre incompréhensible qui le saisissait, l'entraînait, avant de l'abandonner quelques mètres loin de là. Aujourd'hui, cette fièvre l'avait emmenée ici, au sein de l'observation, elle l'avait fait s'asseoir, sortir des feuilles, sa calculatrice et pendant quelques heures, l'avait fait jouer à un jeu... ou plutôt l'avait fait élaborer un jeu. Un joli jeu d'énigmes, avec des équations, des dessins, des charades qui s'affichaient au fur et à mesure, et puis il ajouta des demandes de date, de villes, de citations, il continua, continua, sans vraiment arriver à s'arrêter.
Et puis tout s'arrêta. Sans qu'il le veuille vraiment, tout vint à sa fin, sans qu'il ait fini, il était au beau milieu de l'élaboration d'une équation lorsque la fièvre l'avait quitté, lorsque l'ennui était revenu. L'ennui, le terrible ennui qui le hantait, qui faisait s'envoler la fièvre, qui le faisait regarder tout ce travail et qui le rendait si morne, si terne, qui lui retirait toute l'excitation qu'il lui procurait quelques minutes auparavant.
Allongé sur le sol au milieu de l'avortement de son inspiration, Romeo regardait le plafond avec ce goût amer dans la bouche, celui qui le prenait toujours quand recommençait l'inlassable mascarade.

De ses lèvres jaillirent alors un murmure. « De partout suinte une affreuse oisiveté.» Le murmure se fit plus fort, il devint parole portée face au plafond. « L'oisiveté est la mère de tous les vices. » Il articulait chaque mot de Büchner avec délectation. Il se redressa, le sourire aux lèvres, la fièvre retrouvée. « Ce que les gens ne font pas par ennui. Ils étudient par ennui, ils prient par ennui, ils tombent amoureux, se marient et se reproduisent par ennui et finissent par mourir d'ennui – » Il était à présent debout, arpentant la salle, déclamant son texte avec ferveur, avec moquerie, avec sarcasme. «  – et c'est là tout l'humour de la chose – de l'air le plus important, sans se demander pourquoi et en pensant à Dieu sait quoi. Tous ces héros, ces génies, ces imbéciles, ces pécheurs, ces saints, ces pères de famille ne sont jamais que des oisifs raffinés. » Il s'excitait, il monta sur une table, prit à parti un téléscope, leva un doigt accusateur vers la lune à présent levée. « Et moi, pourquoi suis-je destiné à le savoir ? » La voix baissa, le regard toujours plongé sur la lune, l'émotion le prit, les mots suivirent. « Pourquoi je ne peux pas me donner de l'importance, et habiller cette malheureuse poupée d'un frac, et lui flanquer un parapluie en main, pour qu'elle devienne très légale et très utile et très morale » Un arrêt, une respiration, avant que la complainte ne reprenne, la complainte de ce jeune homme au regard dans le vague, vagabondant dans son royaume, le cœur perdu. « Cet homme qui vient de me quitter, je l'enviais, j'aurais pu le fouetter par envie. » Il tourne la tête, lève enfin les yeux. Quelqu'un est là, devant lui, ô tiens il ne l'avait pas vu. Il lui sourit, d'un sourire triste et détaché, avant de lui offrir simplement, humblement les derniers mots de sa tirade : « O être un autre, ne serait-ce qu'une fois, qu'une seule minute ! »

Il lui sourit à présent, à ce garçon à la tête perdue, aux cheveux de jais. Il lui sourit doucement et gentiment, essayant de chasser la mélancolie qui guette à tout moment et dans ce capharnaüm de feuilles et de mots, juste après avoir blasphémé le sacro-saint laboratoire avec des mots de littérature, il sourit à ce garçon avant de lui proposer le plus naturellement du monde : « Du thé ? » Et en prononçant ces mots, une pointe de la malice et de la gaieté habituellement du Riddle perce enfin.

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