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 Through the looking glass • Rimbaud.

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Sujet: Through the looking glass • Rimbaud. Sam 19 Jan - 22:29



Dans cet immeuble chic de la banlieue berlinoise, le nom de Marlen Hünzer était assez bien connu. Tout d'abord parce que cette jeune femme de vingt-cinq ans, cette blonde aux grands yeux verts et au joli sourire avait tendance à un peu trop plaire aux époux de l'immeuble. Elle est distinguée, agréable, voire cultivée tout en étant une parfaite ménagère paraissait-il. Mais ce qui faisait véritablement parler les vieilles femmes de l'immeuble, c'était la malédiction qui semblait suivre continuellement Frau Hünzer. Bien sûr qu'en ces temps de crise puis de guerre, tous les allemands avaient connu la mort. Mais celle-la, cette jolie jeune femme semblait l'attirer comme personne. Personne n'avait jamais entendu du père, depuis que la petite Marlen s'était installée avec sa mère dans le quartier à quinze ans. La mère d'ailleurs, était morte en 1934, laissant sa fille de dix-neuf ans avec sa grand-mère qui décéda deux ans plus tard, juste après le mariage de Marlen avec le fier, beau, intelligent Arthur Hünzer. En 1937, elle fit une fausse couche. Puis vint la guerre et Arthur parti au front, laissant une épouse encore enceinte, mais qui accoucha prématurément (le stress causé par la guerre, assurément), perdant encore une fois son enfant. Cette femme était maudite, c'était sûr. On aimait pas vraiment être trop en contact avec elle. Oh bien sûr qu'on l'appréciait, elle était adorable la petite Marlen. Mais quant à lui confier un enfant ou la laisser approcher un peu trop des fils restants, il n'en était pas question. Ah ça non. Surtout après ce qu'il venait de se passer. Il ne fallait tout de même pas exagérer.

Marlen était encore une fois habillée en noir. Cela commençait à être lassant, cette couleur ne lui allait vraiment pas en plus. Cela faisait pourtant deux mois que l'annonce de la mort de son mari au front était parvenue à Berlin, apportant une nouvelle période de deuil. A cette nouvelle, tout l'immeuble avait pleuré à sa porte, avait cherché à la souvenir. Ils avaient tous énormément chéri Arthur, beaucoup plus que ne l'avait fait sa propre femme. Cela faisait deux mois et pourtant elle savait que si elle arrêtait maintenant de porter du noir, cela serait mal vu. Ils avaient tellement représenté le couple aimant et parfait... Elle allait devoir porter le noir pendant encore de longs mois, elle le sentait.
Il était triste de se dire qu'elle ne l'avait pas véritablement pleuré. Bien sûr qu'il avait été un mari formidable, voire parfait. Mais il l'avait trop stressé, lui avait causé trop de sacrifice, il lui avait été trop douloureux de jouer l'épouse pour ne pas sentir cette pointe de soulagement à l'annonce de la mort. Tout au long de son service, elle avait davantage redouté qu'espéré les jours où il rentrait au pays. Depuis qu'elle vivait seule elle avait enfin pu véritablement se sentir elle-même. Elle avait épluché les livres qu'elle n'osait pas regarder quand il était encore là. Elle s'était remise à fumer. Elle n'avait plus à trainer ce sourire poli partout où elle allait. Et surtout elle n'avait plus à redouter la venue du soir et l'heure terrible où elle devait assumer son rôle de femme.

Il devait être vingt heure, un mardi soir, elle venait de finir de manger et étudiait un des livres d'histoire de son ancien mari, le stylo dans une main, la cigarette allumée dans l'autre, elle venait de terminer son chapitre lorsqu'on avait toqué à la porte. Elle eut un temps d'arrêt, essayant rapidement de deviner qui cela pouvait être. Sûrement une voisine ayant besoin de quelque chose... Il y avait possibilité qu'elle veuille entrer. Le livre et le cendrier furent aussitôt dissimules dan le buffet et la fenêtre s'ouvrit davantage pour faire se dissimuler l'odeur de fumée, heureusement que le printemps arrivait. Elle s'arrêta un instant devant le miroir, remit sa coiffure en place, grimaça devant sa robe noire. On retoqua à la porte. « J'arrive de suite ! » s'écria-t-elle en finissant enfin par se hâter vers la porte, déjà prête à devoir supporter les sempiternelles lamentations de son insupportable voisine de droite.
Pourtant ce n'était pas sa voisine de droite à la porte, ni aucune de ses voisines, ni personne de l'immeuble, ni même personne de sa connaissance. C'était un jeune homme, visiblement de son âge, blond, les yeux bleus, relativement agréable à regarder... Quelque chose clochait cependant, et elle ne pensait pas forcément à ses vêtements usés, à son baluchon, ou à la lettre qu'il tenait à la main. Elle avait l'étrange sensation de le connaître, il avait un quelque chose dans le regard qui lui rappelait quelqu'un, elle en était persuadée. Il n'en fallait pas moins pour l'intriguer.
Ce fut donc avec la plus parfaite des spontanéités qu'elle sourit poliment au jeune homme à son seuil. Chaleureuse et aimable, elle l'accueilli d'une voix des plus charmantes. L'amabilité faite femme, elle l'aurait cru sortie tout droit d'une affiche de propagande.

« Bonjour monsieur, en quoi puis-je vous aider ? »

Elle avait déjà vu ce visage quelque part, elle en était sûre. Ce n'était pas véritablement les traits en eux-mêmes qui lui étaient familiers, davantage une impression générale de déjà vu. Comme si elle se retrouvait en face de son propre reflet.
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Sujet: Re: Through the looking glass • Rimbaud. Dim 20 Jan - 12:00


этот дом есть meine

Cela lui déchirait la rétine, ce ciel gris de guerre qu'il voyait s’étaler aux fils des heures. Une femme en fasse de lui parlait à une autre. Il regarda par la fenêtre, dépourvu d'un quelconque intérêt pour cette conversation. A ses pieds traînait son baluchon, au dessus de lui était installé ce manteau de fourrure qui avait passé les siècles avec les siens. Dans ses mains, cette lettre qu'il n'avait ouvert. Un mystère l'entourait, fait de silence, de regard qu'il donnait par accoue, comme pour guetter un contrôleur. Comme pour guetter à quelle station il devrait descendre. Bien sûr que ses papiers étaient faux, bien sûr que personne ici ne saurait pour ses origines. Il fallait être fou pour se montrer en ces temps où l'on recrutait à la vitesse de l’éclair. Lui, il n'était pas d'ici, comme peu dans ce train qui aurait pu rouler vers la mort s'il n'avait pas eu l'intelligence de partir avec ces faux papiers qu'il gardait dans sa poche. Lui, il ne connaissait pas ces lieux, ces visages, le temps si différent de l'autre bout de la planète où il avait presque décidé de vivre. Jusqu'au drame.

Il prit une inspiration, s'avachit contre la banquette du wagon, les yeux éteints sur le siège vide en face de lui. Parcourir la moitié de la planète pour se planquer dans la tanière de son ennemi parce qu'un drame de famille grotesque l'y a poussé, des fois, il se demandait sérieusement s'il avait conscience du danger monstrueux qu'il courrait. Mais il lui restait du temps avant d'arriver dans le cœur de Berlin, ce qui lui permettait de réfléchir comment il allait de se débrouiller.

« Une cousine lointaine t’accueillera là-bas, je parlais encore avec ce coté de la famille quand tu étais enfant. Avant la guerre, nous avions de bonne relation. » lui revenait en tête. Sa lettre entre les mains, il soupira lourdement. Prendre racine chez le côté allemand de la famille était vraiment un acte suicidaire, et même si son père avait toujours apprécié ce côté de la famille, le temps avait su faire du sien et maintenant, ils étaient hait. Un sourire prit ses lèvres à l'idée qu'il allait devoir monopoliser la vie complète de cette Marlen qui ne connaissait même pas de visage. Des nuits à se planquer, à utiliser un autre nom, à cacher son accent...sa vie prendrait une autre tournure des l'instant qu'il marcherait sur les dalles de cette Allemagne en guerre.

Un papier à la main, son baluchon dans l'autre, il essayait de lire. Se diriger ici semblait être impossible avec tous ces corps d'armées qui passaient sans le regarder, mais qui faisait rougir son sang d'horreur. De la peur ? Oui. Même s'il avait été doté de ces attributs tellement « d'ici », il n’empêchait qu'il était en fraude...et petite n'était pas sa fraude. Alors il se glissait entre les gens, fixant les rues, l’écriture sur le papier.
Il faisait froid pour un mois de mars, et l'heure qu'il avait passé à trouver cette foutue adresse dans le désordre de la mobilisation aurait pu être la pire de sa vie. Tous ces gens qu'il devait ignorer, ces égaux sur patte, cette langue qu'il voulait cacher. Quelle idée de s'installer ici aussi ! L'once de nostalgie se perdit enfin quand il arriva devant la porte qui lui semblait être la bonne.

Il frappa. Deux fois. Entendit la voix de cette femme qu'il n'avait jamais vu avant et leva les yeux au ciel.
Elle ouvrit, et il rendit compte que si ils ne s'étaient pas rencontré à cet instant, il y aurait toujours eu cet air de famille tellement proche qu'il sondait dans son physique comme un clone dans un miroir.

Et le fait était que traverser tout l'est de l'Europe pour se retrouver face à une femme qui semblait lui ressembler l'ébranla intérieurement. Il devina que ce fut pareil pour son interlocutrice qui mit un temps avant de parler.

« Bonjour monsieur, en quoi puis-je vous aider ? »

Il lui tendit la lettre, n'osant pas parler de peur d'être observé. Un accent dans une langue se trouvait très facilement, surtout dans la sienne, et même si son père avait eu la sainte idée de la lui apprendre, Artemis ne donnait pas son cœur pour la parler plus qu'il ne fallait. Ainsi, avec cette délicate nonchalance face à l'allemande, il prit la liberté de rentrer chez elle, la laissant sur le porche .

Une pièce qui servait de salon, des livres sur une table, un cigare dans un cendrier et cette nappe dentelée sur une table basse, il posa son seul sac par terre. Une décoration normale, si ce n'était cette abondance de livre et le fait que cette femme devait fumer, ou alors son mari. Il explora la pièce, prit la liberté d'allumer le cigare, de prendre le livre qui traînait à sa droite et de poser ses pieds sur la table basse.

Temps d'adaptation : trente-cinq secondes.
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Sujet: Re: Through the looking glass • Rimbaud. Jeu 24 Jan - 12:28

Interloquée, Marlen attrapa la lettre. Elle ne reconnaissait ni l'écriture, ni le nom. Sans réfléchir, elle laissa le jeune homme entrer, fermant même la porte derrière lui, toute occupée à parcourir le contenu de la lettre. Elle lu une première fois la lettre sans vraiment la comprendre, les sourcils froncés. Puis elle se souvint de l'existence de cette branche de la famille dont on ne lui avait jamais vraiment parlé autrement qu'en mal. Elle relu donc la lettre, refusant de céder à la panique, cherchant simultanément comment elle allait se sortir de ce nouveau problème de taille. Elle qui avait enfin été libérée de son époux se retrouvait face à un beaucoup, beaucoup plus gros problème. Relisant une troisième fois la lettre sans vraiment s'en rendre compte, elle réalisa qu'elle se retrouvait sûrement face à un des plus grands problèmes de sa vie. Puis elle leva les yeux pour découvrir ce pourceau de l'est en pleine violation de son espace privé, et elle comprit que ce barbare allait à partir d'aujourd'hui représenter une source de soucis jusque là inégalée.
Elle inspira profondément tout en repliant la lettre, exaspérée d'avance, haineuse par anticipation.

« Artémis Rodrian Adamovitch. » Elle avait articulé le nom complet de son cousin avec lenteur, comme pour en sentir toutes les fibres, toutes les couleurs. Sur le nom de famille, elle avait eu ce ton méprisant qui ne résonnait habituellement que dans les tréfonds de son esprit. Elle avait dit ce nom pour elle-même, mais assez fort et assez distinctement pour être entendu de l'autre. Elle l'avait dit assez clairement pour qu'il sente la langue claquer, les syllabes tomber. En prononçant ce nom, elle avait fait disparaître tout ce qui avait composé la jeune ménagère agréable et chaleureuse qui l'avait accueilli au seuil. Elle resta alors pensive sur ce nom pendant quelques secondes, tout en pianotant lentement sur la précieuse lettre. Au bout de ces quelques secondes, elle regarda enfin directement son cher cousin. Elle avait l'expression sérieuse et sévère des mères qui ne sont pas du tout, du tout contentes. Elle fit quelques pas en avant, jusqu'à se retrouver de l'autre côté de la table basse, face à l'intrus. Cette fois-ci, lorsqu'elle parla, ce fut directement à Artémis, en le fixant, avec une colère contenue mais affreusement visible dans la manière dont elle le fusillait du regard. « Monsieur Adamovitch. » Encore cette lenteur condescendante, ce mépris à peine dissimulé. « Je suis quelqu'un de fondamentalement patient, conciliant, généreux. » Elle fit une pause, comme s'il avait besoin de temps pour comprendre la signification de sa phrase, comme s'il avait besoin de trois synonymes pour comprendre une idée. « Ainsi, je peux accepter l'arrivée surprise d'un cousin orphelin, bien que venant d'une branche de ma famille oubliée. Je peux aussi accepter sa nationalité russe, ainsi que ses opinions révolutionnaires tant qu'il n'en fait pas étalage de façon indécente. Je peux aussi choisir d'ignorer son appartenance à la race juive. Pour tout vous dire, Monsieur Adamovitch, je crois que je ne pourrais plus me formaliser de grand chose de votre part. La possibilité de vos meurtres passés, votre potentiel analphabétisme, votre homosexualité sous-jacente ou tout autre signe de provocation délibérée, je suis prête à les ignorer et à vous accueillir sous mon toit. Parce que vous êtes un membre de ma famille et que vous êtes dans la plus grande nécessité et que je ne peux pas moralement vous abandonner, d'autant plus après un voyage jusqu'ici qui, je n'en doute pas, a du se révéler extrêmement périlleux. C'est la moindre des choses que je puisse faire pour vous, et je la ferais avec joie. »
Elle s'arrêta un instant, toujours fixant Artémis, contenant avec brio le tourbillon de colère qui lui brûlait l'intérieur. Quand elle reprit la parole, ce fut avec davantage de force, davantage d'impact, moins de mépris et plus de colère. « Mais il y a quelque chose, Monsieur Adamovitch, que je ne peux pas supporter, parce qu'elle est élémentaire et que même les animaux ou les barbares en sont capable. Ce que je ne peux pas décemment accepter sous mon toit, Monsieur Adamovitch, c'est l'impolitesse. » Elle s'arrêta encore une fois, pour que ce mot capital aille jusqu'au cerveau de ce pauvre orphelin sûrement trop déboussolé pour pouvoir penser normalement. « Vous serez donc prié à l'avenir de saluer poliment vos hôtes. De laisser vos chaussures à l'entrée et d'en aucun cas poser vos pieds sur la table. Pour prendre un de mes livres, vous en demanderez la permission, ainsi que pour tout autre objet ici qui ne vous appartienne pas, y compris les cigares et la nourriture. De manière générale je ne vous accepterai ici que si vous respectez le minimum des règles de politesse, de respect et de propreté que tout être humain, tel qu'il soit, se doit de respecter. Si votre éducation a été dénuée de ce genre d'apprentissage élémentaire, je saurais me montrer conciliante et pourrais alors vous les apprendre avec toute la patience dont je peux être capable. » Elle s'arrêta de nouveau, cette fois bien plus sereine, un sourire se dessina même sur son visage, un sourire poli mais froid, voire cruel.
« Avez-vous bien tout compris, Monsieur Adamovitch, ou vais-je devoir me répéter ? »
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Sujet: Re: Through the looking glass • Rimbaud.

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