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 "Il pleure dans mon coeur " Paul Verlaine [ Gabriel.

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Morphee

Sujet: "Il pleure dans mon coeur " Paul Verlaine [ Gabriel. Mer 9 Nov - 21:28


"C'est l'extase langoureuse,
C'est la fatigue amoureuse,
C'est tous les frissons des bois
Parmi l'étreinte des brises,
C'est, vers les ramures grises,
Le choeur des petites voix."



S'il avait pu pleuvoir plus en ce vendredi saint sur la belle Angleterre, cela n'aurait pu être que par l'attaque d'un tsunami. Rimbaud détestait la pluie tout autant que le froid. Et rester dans Winchester part un temps pareil, c'était presque du suicide. De un, ses cheveux prenaient une allure carrément bizarre et de deux, il grognait contre lui-même de s'être lever. Il ne devait même pas être onze heure et déjà le ciel faisait des caprices, rendant la journée pauvre en lumière et riche en nuage gris. Et pour un mois de novembre il fallait ajouter le vent glacé, les gamins qui s'amusaient sur les trottoirs, toujours en bande, avec leur grande écharpe. Grrr, Artémis fulminait de n'avait pas pu emmener la sienne, partit sur un coup de tête comme il le faisait toujours. Alors il était en train de marcher, murmurant pour lui-même dans sa barbe, le menton dans sa fine veste marron, les mains dans les poches avec un détachement totale pour toutes les personnes qui l’entouraient. Il avait demandé si Moriarty pouvait le laisser sortir aujourd'hui parce qu'il manquait de « littérature ». Autre manière pour lui de dire que la bibliothèque était remplie de gamin tous plus débiles les uns que les autres qui hurlaient en courant avec des livres dans les bras. Il fallait croire que la Wammy's house n'avait tellement pas de moyen de distraction les jours de pluie apocalyptique. Il avait soupiré, poussant la grille de l’orphelinat d'un coup d'épaule parce qu'il faisait tellement froid qu'il n'aurai voulu perdre ses mains en les sortant de ses poches. Même s'il savait que cela n'était absolument pas possible, que voulez vous, Rimbaud aimait tout simplement le froid.

Les voitures de Winchester étaient les mêmes qu'à Moscou. Rapides, quelques peu lentes mais toujours d'un mauvais goût affriolant. A Moscou, on ne prônait certes pas la vitesse, mais la couleur des automobiles était toujours mieux que ce gris pâle. D'ailleurs même le temps était terriblement mieux que ce gris. On aurait dit la guerre dans le ciel de l'Angleterre. A Moscou, il y avait au moins un climat tempéré. Malgrè les préjugés totalement faux qu'on pouvait faire de la température de la Russie. Les gens sont crétins de penser que la Russie était un pays froid. Tout n'était qu'une question de localisation et des fois, Rimbaud arquait le sourcil quand le professeur de géographie lui lançait des pics sur son pays natal. S'il y avait bien quelque chose dont il était fier c'était son appartenant à la Russie. Et seul un imbécile qui n'avait plus rien à perdre pouvait lui dire une critique sur son pays. Rimbaud craqua ses doigts fermés dans ses poches. Que le chemin était long.

Wammy's house avait cette faculté d'être totalement isolée de tout et cela, Rimbaud l'avait vu des ses premiers temps dans l'orphelinat. Peut être une façon de dire aux orphelinats « La ville est loin U mad ? », histoire de freiner leur envie de fuir. Bien sûr qu'il y avait des bus, mais il n'y avait pas un seul conducteur sensé pour conduire avec un temps pareil. Surtout un groupe de surdoué qui devait redresser la justice dans ce monde. Imaginez un peu le titre dans le journal «  La mort d'une douzaine d'enfant surdoué met en suspens la justice dans le monde ». Enfin, fallait-il encore que l'orphelinat soit connu pour ses orphelins. Artémis en doutait fortement. Qui aurait l'idée de crier sur tous les toits que les nouveaux génies de notre siècle se regroupent dans un seul et même endroit ? C'était à vouloir balancer des bombes sur l'orphelinat par les potentiels nations ennemis. Donc comportement puéril et totalement inutile.
Donc aucune chance que quelqu'un le reconnaisse dans la ville. Il soupira, lui qui voulait son heure de gloire, ça serait raté.

De toute façon, c'est pas comme si il voulait faire parti du choix premier en tant qu’héritier d'être L.
Il ne croyait même pas à la justice, prônant la force et l'intelligence. Enfin, tout dépendait de la situation. Il regarda au loin, un bout de civilisation semblait vivre par la présence d'un feu tricolore.
Que sa Russie natale lui manqua en cet instant. Devant lui ne se dressait que des lumières faibles dans les maisons, des volets que l'on fermait à cause du bruit et du vent et des enfants que mères et pères ramenaient contre-eux pour rentrer rapidement chez eux pour sans doute boire un chocolat chaud. Dieu que cela lui manquait, cette chaleur en face de sa cheminée, les pieds devant cette dernière, Kant dans les bras. Et puis sa mère. Sa mère qui lui manquait tant.
Il se renfonça dans sa veste. Penser à sa mère était une preuve de sa faiblesse et il ne s'y autorisait que très rarement. Il en déduit que c'était ce temps qui lui avait inculqué cette facilité à déprimer aussi facilement. Et pourtant qu'il en riait des gens qu'il frappait quand ils montraient faiblesse ou larme. Mais il fallait croire que Artémis n'était pas si différent des autres «  gamins faibles » qu'il s'amusait à les appeler.

Il leva la tête, s’arrêtant dans une allée. Si sa faiblesse face au froid était quelque chose de contraignant, sa position dans l'espace ainsi que son sens de l’observation lui étaient encore bénéfique. Sans doute l'habitude avait elle ancré le chemin dans sa tête ? Quoi qu'il en soit, il avait traversé les pavés de la vue ainsi que le trottoir. Même les voitures le laissaient passer tellement qu'elles avançaient lentement. Il était sur qu'en marchant à côté, il pouvait des dépasser. De toute façon, même si elles n'avaient pas voulu, il aurait quand même traversé. Artémis est un peu débile et sauvage des fois.

La porte du café s'était ouvert dans un fracas, cause du vent et sans doute d'un courant d'air dû à une fenêtre mal fermé. Les habitués n'avaient même pas tournés la tête...sans doute trop habitués à ce genre d'entrée dans le café. D'ailleurs, il y avait un vieux tube qu'il connaissait vite fait...et qui lui fit arquer un sourcil...Et en voyant l’enthousiasme des gars déjà présent...il s'interdit de la chanter. Cette chanson. Alors il entendait les hommes qui devaient dejà être là depuis un certain, se tenant par l'épaule en chantant des «  Ils m'entraaaaient au bouuut de la nuuuit. Leees démoooons de minuiiit». Non. Vraiment des fois, il se demandait si c'était vraiment qu'un café cet endroit. Il poussa un soupire, passant une main dans ses cheveux en essayant d'avoir l'air de quelque chose après la rafale qu'il s'était prise sur les épaules. Dire qu'il lui avait fallu faire tant de kilomètre pour pouvoir lire un bon livre. Il allait se plaindre au bibliothécaire.

En relevant la tête, il vit qu'il n'y avait que peu de place, les tables toutes prises par des adolescents qui comme lui avaient sans doute lutter contre le vent pour pouvoir trouver une place au chaud. Il ne les vit pas avec une quelquonque lecture entre les mains et se frusqua. Un café littéraire, ça parlait quand même non ? Il vit alors une chevelure rousse, plongée dans une lecture attentive vu que le café devant lui était en train de refroidir. Rimbaud haussa les épaules. Toute personne lisant un livre – même inconnu et dans un café littéraire – serait bonne compagnie. Alors il s'était dirigé vers cette dernière. Poussant la chaise en face, il s’essaya, presque trop brusquement. Il ne prit pas la peine de regarder son voisin de devant, retirant son manteau rapidement tout en appelant un serveur. Il demanda un café serré. C'est quand il vit «  Romance sans parole » qu'il s'autorisa a écarquiller les yeux. Un peu. Et doucement, il posa sa tête sur une de ses mains.

« Il pleure dans mon coeur 
Comme il pleut sur la ville; 
Quelle est cette langueur 
Qui pénètre mon coeur?

O bruit doux de la pluie 
Par terre et sur les toits! 
Pour un coeur qui s'ennuie 
O le chant de la pluie!


Il s’arrête, baisse les yeux vers la table. Verlaine, hein. Ses doigts parcours la table, presque enfant alors qu'il joue à côté de la tasse de l'homme en fasse de lui. On ne rencontre pas souvent quelqu'un qui lit Verlaine en face de vous avec une attention particulière. Cela le fait presque sourire.

Il pleure sans raison 
Dans ce coeur qui s'écoeure 
Quoi! nulle trahison?... 
Ce deuil est sans raison.

C'est bien la pire peine 
De ne savoir pourquoi 
Sans amour et sans haine 
Mon coeur a tant de peine! »


Et il s’interrompt, regardant l'homme en face de lui. Il espère que l'homme n'est pas un inculte et qu'il a reconnu la réponse au poème de Rimbaud dans ce recueil. Il voulait une conversation littéraire ou philosophique, impatient de savoir et de discours. Cette rencontre s'avérait d'être forte intéressante.
Il plissa les yeux doucement si bien qu'on aurait pu croire qu'il dormait.

«Il pleure dans mon coeur. Paul Verlaine »



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Invité
Sujet: Re: "Il pleure dans mon coeur " Paul Verlaine [ Gabriel. Ven 11 Nov - 18:33


Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur ?


Pourquoi Gabriel s'attendait-il à de la neige, ce matin ? Ces flocons et ce blanc pur semblaient lui manquer, visiblement. Cette nuit, il lui semblait avoir vaguement rêvé de neige. Il sentait l'hiver approcher à grands pas, sans réellement venir. Il ne le voulait que pour ça. La neige. Sans trop savoir pourquoi. Source d'inspiration qu'était cet état de l'eau en condensation. Outre cela, il voyait dans celle-ci quelque chose de véritablement beau, délicat, et à la fois pénible et douloureux. Mais ça, c'était Gabriel ; il allait chercher loin les choses. « Le profond dans le simple ». La façon de faire des poètes, pourrait-on dire. Sans qu'il en soit un cependant. Il en a juste l'âme et l'esprit. La façon de penser, plus généralement.

Alors, lorsqu'il voulu sortir un peu de l'orphelinat dans lequel il avait commencé à travailler, inutile de préciser sa légère déception. Ce n'était, évidemment, pas de la neige qui l'attendait, mais une pluie triste accompagnée d'un ciel tout aussi gris que les jours d'automne que les anglais subissaient. Posté, pour le moment à l'abri, devant la porte qu'utilisait le personnel de la Wammy's House pour sortir du bâtiment, sortie que n'empruntaient normalement pas les élèves, – sauf s'ils désiraient faire une petite fugue et que Gabriel les aidaient volontiers en les faisant passer par là – il tenait en sa main ce petit rouleau de tabac haché commun à tous, ce qui le réchauffait un peu en soi. Néanmoins, il restait un peu tremblotant de la main droite qu'il était obligée de laisser hors de ses poches, et donc inévitablement frigorifié. Son pouce tapota sur le bout de la cigarette pressée entre son index et son majeur afin d'en faire tomber la cendre qui s'entassait, avant de la porter une dernière fois à ses lèvres. Ses yeux se plissèrent, il tira dessus, extirpant tout juste après la fumée, laissant tomber le mégot pour venir l'écraser de la pointe du pied. Soupir. Comme pour se donner un peu de courage d'aller affronter cette pluie presque torrentielle. Bien-sûr, il était censé s'occuper de son travail, comme bon assistant bibliothécaire. Mais c'était l'heure de la pause pour lui, puisqu'il était dans cette bibliothèque depuis huit heures du matin. En fait … Qu'on lui ait autorisé cette pause ou pas, c'était la même chose : il la prenait. Puis, c'est pas comme si il n'y avait personne pour s'occuper du lieu. Il n'était qu'assistant, après tout.

Enfonçant un peu plus son menton dans sa grosse écharpe de laine beige, ses deux mains dans les poches de son long manteau gris foncé, – sentant par la même occasion son porte-monnaie, son briquet et son paquet dans l'une et un livre dans l'autre – il se décida enfin à s'élancer à travers la pluie glaciale et saisissante d'Angleterre. D'un réflexe, sa tête se logea dans ses épaules, comme pour se protéger un peu plus de l'eau ; même si cela s'avérait, évidemment, inutile. Son pas était néanmoins plus rapide que d'habitude, « je prends mon temps » qu'il était. Il avait une voiture, certes, mais le café littéraire n'était pas si loin que ça. Et puis, il n'avait rien contre la pluie. D'accord, c'était froid et chiant, mais bon. Il y avait toujours pire que ça.

Filant à travers les rues moins bondées de Winchester, il alla de trottoirs en trottoirs, connaissant déjà le chemin, bien que pas vraiment habitué. Traverser une rue sous une pluie diluvienne avait toujours eu un côté presque apocalyptique. Les bruits assourdissants et urbains, rythmés et soulignés par le fracas de l'eau sur les pavés et sur les personnes, tout ça était réellement désagréable quand on y pensait. C'était quelque chose que l'on fuyait le plus vite possible. On fuyait la rue pas uniquement pour le temps ; mais pour les bruits et l'ambiance tout à fait insupportable. Et enfin, le réconfort : l'arrivée en face du café. Il semblait y avoir pas mal de personnes – évidemment, ils venaient tous s'y réfugier. Enfin, pas tous, vu que c'était un sorte de café littéraire et que les personnes ne s'y sentant pas à leur place préféraient aller au sein d'un bar un peu plus … moderne, peut-être. Tant mieux, d'ailleurs. Son côté un peu british à l'ancienne et litté' plaisait énormément à Gabriel. Ce dernier avait d'ailleurs poussé la porte avec un fort soulagement, sentant sur le coup la chaleur de la pièce l'envahir, accompagnée d'une odeur de cappuccino et de tabac. Il fût salué par le gérant et quelques clients, venant tout de suite rejoindre une petite place au bout, une table pour deux. Bien-sûr, il prit soin de s'installer du côté confortable, contre le mur, sur la banquette moelleuse en tissu. Devant lui, une petite table de bois, bien traditionnelle, et, plus en avant encore, une chaise vide. Il espérait que personne ne viendrait s'emparer de cette place. Ce serait assez gênant. Pas gênant niveau timidité, gênant niveau … Ben, ta présence me gêne quoi, tu peux pas aller voir ailleurs ?

Au bout de quelques instants, l'un des hommes anciennement installé derrière le bar vint accoster le jeune homme, un petit bloc-note à la main. L'air un peu blasé, aussi. Sa question ne se fit pas attendre, et un « Vous désirez ? » rauque parvint à ses oreilles. Ayant à peine retiré ses bras de son manteau, il jeta automatiquement un œil aux autres tables, histoire de s'inspirer un peu, et finit par simplement lâcher :

« Un café. Serré. S'il-vous-plaît. »

L'homme hocha la tête, n'écrivant finalement rien sur son papier ; il n'en avait pas besoin pour retenir, puisqu'il fit volte-face et hurla simplement à l'attention du bar : « UN CAFE SERRE POUR LA DOUZE. » avant de repartir. Venant croiser ses doigts entre eux, il étira ses bras vers le plafond, courbant son dos, avant de se laisser retomber dans un soupir. L'atmosphère et la température était si agréable par rapport à l'extérieur qu'il avait presque envie de ne rien faire afin de simplement en profiter. Cependant, le contenu de ses poches lui revint vite à l'esprit et, soudain animé par une envie et une excitation digne d'un enfant, il vint trifouiller son manteau afin d'en extirper un petit bouquin qui avait l'air plutôt usagé. Pas vieux, non. Il était édité par une édition récente et commune. Simplement assez abîmé. Sur la couverture, une photo, ou plutôt, une peinture, un portrait. Le portrait de l'auteur. En titre : Romance sans paroles. Auteur : Paul VERLAINE. Rien de bien étonnant venant de Guillaume. Un de ses préférés.

Il déposa le livre sur la table, avant de sortir son porte-monnaie par automatisme, comme pour vérifier qu'il avait assez pour payer ce café … Oui bah euh, Gabriel, il vivait un peu comme ça, pas si prévoyant que ça, au jour le jour, alors c'était à se demander s'il n'avait ne serait-ce que cet argent-là. Ce qui était peu. Allons, un café tout de même, même en temps de crise on pouvait au moins se payer ça quand on avait un boulot fixe. Ou presque fixe ? S'il ne faisait pas trop de conneries et qu'il n'était pas trop proche des élèves … Il pourrait arriver à ne pas être viré. Ca ne devait pas être si difficile que ça.

A ce moment-là, le bruit de la porcelaine contre la table se fait entendre ; le serveur a déposé la tasse sur sa petite assiette, adressant un bref sourire à son client. Forcément il était content, puisqu'on allait le payer. Forcément il était content, puisque Gabriel avait tout l'air d'avoir la gueule d'un client régulier. Il se dit donc qu'il allait relire l'un de ses poèmes préférés de ce Verlaine, rythmant sa lecture par la substance réchauffante du café qu'on lui avait servit. Mais il avait du oublier combien ce qu'il aimait le coupait de tout autour, et au moment-même où il débuta sa lecture, plus rien ne sembla exister, pas même ce café qui, au bout d'une dizaine de minutes, avait bien refroidi déjà. Il ne s'en rendait pas compte et continuait, ignorant les clients bienheureux de chanter quelconque ridicule musique (du moins ridicule pour Gabriel et pour un café qu'on disait de littéraire), ceux qui venaient, et ceux qui partaient. Et cela aurait pu durer une bonne trentaine de minutes encore, voire une quarantaine, si ce jeune homme effronté n'était pas apparu.

Il ne l'avait, comme les autres, pas entendu rentrer. Il ne levait pas les yeux de son livre, après tout. Pourquoi faire ? Il était si bien dedans, et ce qu'il contenait était si prenant, bien qu'il en avait déjà connaissance. Mais le bruit trop brusque d'une chaise qui se recule l'obligea à lever le regard vers le perturbateur, qui prenait ses aises comme si … Comme s'il le connaissait. Oh-là, oh-là, stop ; était-il quelqu'un du passé avec qui il devait régler certains comptes, quelque chose comme ça ? Qui faisait de ce fait une entrée spectaculaire digne d'un film ? Le temps qu'il retire son manteau, le roux pu le détailler un peu. Cet air effronté et indiscipliné, cette insolence et ce charme passionné … C'était, en une phrase, le résumé de la personne qu'il voyait en face de lui. Bien, qu'il en soit ainsi ; il lui parlerait peut-être plus tard lorsque sa lecture serait finie. Il avait d'autres choses à faire que de traiter avec cet incorrigible adolescent pour le moment.

« Il pleure dans mon coeur 
Comme il pleut sur la ville; 
Quelle est cette langueur 
Qui pénètre mon coeur?

O bruit doux de la pluie 
Par terre et sur les toits! 
Pour un coeur qui s'ennuie 
O le chant de la pluie!
 »

Il pleure dans mon cœur ; Comme il pleut sur la ville. Il l'avait récité. Comme ça, comme si c'était évident. Quel âge avait-il ? Seize ans ? Dix-sept ans tout au plus ? Eh bien. C'était aussi une façon de se faire remarquer et de se mettre en avant. Il avait réussi ; il avait attisé la curiosité du jeune homme, qui avait enfin daigné poser réellement ses yeux sur lui. Après une pause, le visage de la candide pureté appuyé sur sa main, il semble vouloir reprendre. Ses mains se baladent un peu sur la table, près de son café qu'il ne remarque même pas, trop curieux de connaître la limite des connaissances de cet adolescent.

« Il pleure sans raison 
Dans ce coeur qui s'écoeure 
Quoi! nulle trahison?... 
Ce deuil est sans raison.

C'est bien la pire peine 
De ne savoir pourquoi 
Sans amour et sans haine 
Mon coeur a tant de peine!
 »

Quelque chose comme un pincement de cœur ; un pincement de cœur de voir ce poème qui le touche tant personnellement récité en face de lui, comme si on lui récitait sa vie et que, d'un côté, on l'enfonçait. Quel était ce soudain ouragan qui venait faire éruption dans sa vie sans aucune prévention ? Il ne s'y était pas attendu. L'approche était trop violente. Etrange et surprenante. Mais l'envie d'en savoir plus sur l'étranger était trop excitante.

« Il pleure dans mon coeur. Paul Verlaine. »

Un souffle. Léger sourire au coin de ses lèvres froides. Il soutient le regard de l'inconnu qui vient de le captiver. Ca n'arrive pas tous les jours. Jamais, en fait. Lui aussi, au cours de sa deuxième récitation, a appuyé son menton dans la paume de sa main, d'un air intéressé lorsque l'autre a plutôt un air lassé et habitué. Quelle façon d'aborder et de rencontrer les gens. Surtout par du Paul Verlaine. Surtout par CE Paul Verlaine. Une lueur de génie brille dans ses yeux. Beaucoup d'autres choses, que Gabriel se retiendra d'analyser pour l'instant. Laissons cela pour plus tard. Là tout de suite, Gabriel le regarde quelques secondes avec un petit sourire, avant de se redresser et d'appuyer son dos contre la banquette, croisant ses bras. Ses yeux se posent sur le livre qu'il a délaissé sur la table, avant de revenir sur l'adolescent. Un étrange silence entre eux semble s'être installé. Pas parce qu'ils ne parlent pas. Parce que la récitation était si agréable et prenante que les mots ne semblent pas vouloir s'imposer dans cette douce et mélancolique atmosphère.

« C'était plutôt beau. On pourrait presque croire que ça te concerne. »

Enfin, il attrape délicatement son café pour y boire quelques gorgées. Bon, ben, il était froid quoi. Ca lui apprendra à commencer à lire du Verlaine. Il aurait du se douter que ça le couperait de tout autour. Sauf d'un gosse qui venait lui réciter mot à mot un de ses poèmes. Et quel beau poème. Saisissant et accablant d'émotions lorsqu'on le comprenait. Vraiment.
Il arque un sourcil, regardant l'adolescent aux cheveux trempés et rebelles. Son café se fait servir, imposant un bras entre eux, et coupant le début d'une conversation. Gabriel regarde le serveur faire, le voit s'éloigner, reportant son attention sur le jeune.

« Tu dégages quelque chose de passionné. Un peu fascinant, peut-être. »

Peut-être.
Toujours est-il qu'il parle à un parfait inconnu qui vient de l'accoster avec du Verlaine. Surprenant en soit, et absolument inhabituel. Il aurait peut-être voulu rajouter « aussi gay qu'Arthur Rimbaud l'était » après le fascinant mais … Finalement, le petit Verlaine occupait trop ses pensées à cet instant pour qu'il y insère son amant.

« Tu es ? l'interroge-t-il en portant une nouvelle fois la tasse à ses lèvres. »
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Morphee

Sujet: Re: "Il pleure dans mon coeur " Paul Verlaine [ Gabriel. Ven 25 Nov - 18:51


"Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, - heureux comme avec une femme."



    «  Arthur. Je te déteste. » Avait-il lâché dans un silence. Ils avaient l'habitude de partager les silences. «  Pourquoi ? » lui avait-il demandé. Le brun avait cette fascinante capacité à vouloir savoir toujours tout de lui, si bien qu'il en était obliger de lui dire jusqu'au plus petit problème de sa vie. Et petits n'étaient pas tellement ses problèmes. Artémis s'était relevé de son sofa. Touchant le tissu d'ameublement de canapé, il fixait ses pieds, proie à une grande réflexion profonde.«  Pour tout ton être. Tu me fascines. C'est d'un dérangement indescriptible. Es-tu manipulateur ? » Sa phrase avait sonné sec entre ses lèvres. Se dire que la seule personne à qui il a donné la plus grande partie de son existence le manipulait jusqu'à ses savoirs et pensées l’effrayait un peu. Artémis doutait d'Arthur comme il aurait pu douter de lui-même. Peut être étaient-ils trop proches.
      « Mon âme te le laisse transparaître ? » Il avait sourit, relevant la tête.
      « Ton âme ne me laisse voir que des poèmes tu sais ? »

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Il avait repensé à Arthur en prononçant Verlaine. Un sentiment de nostalgie intense avait alors envahi ses veines si bien qu'il en avait soufflé un soupire presque paisible. Arthur était de ces personnes qui bousculaient les habitudes des gens par leur simple existence sur terre, juste par leur parole. Ses paroles avaient été ses buts. Comme une envie de rattraper tout. Remonter le temps, le baisser. Peu de gens n'étaient ou ne seraient comme l'avait été Arthur. Et même s'il y avait toujours cette part de trahison qui rongeait ses doigts de picotements quand il prenait le temps pour repenser à leur adieu...il s'était dit qu'il avait eu de la chance d'avoir pu rencontrer quelqu'un qui partageait ses points de vues, ses opinions et toutes ses choses que peu savent. En un sens, c'était comme s'il avait rencontrer son double, avec cinq année de plus certes, mais son double quand même. Et avoir lu Verlaine lui avait penser à toutes ses journées passées dans son cabinet. Plus ami que patient. Plus quelque chose d’étrange qu'ami. La réflexion psychologique était une genre de sexualité. Comme elle peut être un jeu. Mais ça, c'était quelque chose que Rimbaud s’interdisait de penser. Comme pour sa mère et Moscou.
Comme énormément de sujet. Et surtout l'amour et l'attirance.

Ses doigts traçaient encore des courbes et lignes invisibles sur la table, ses yeux soutenant encore ceux de l'adulte en face de lui. Il n'y avait sur ses lèvres qu'un sourire enfantin, retenue pas la malice que ses yeux lançaient. L'adulte en face de lui serait-il intelligent ? Verrai-t-il la référence ? Ou serait-il comme toutes ses personnes qui ne se passionnaient pour un auteur que pour paraître différentes ? Toutes hautaines à étaler leur savoir comme s'ils avaient pu ne serait-ce que pendant quelques minutes essayer de décrire, exprimer et retranscrire enfin. Artémis en avait marre de toutes ses fausses personnes qui parsemaient ses cafés. Se donner un genre ne devrait pas être permis, la contre-culture devrait être punie. A étaler leur livre, plonger comme des lions devant un steak sans comprendre la logique et les rimes. La syntaxe et les vers. Les gens faux énervaient Rimbaud. Pas qu'il se croyait absolument vrai. Tout le monde cachait ses défauts, lui le premier, mais nier en bloc qu'il n'y a rien derrière tous ces artifices était lâche.

L'adulte s'est quelque peu relevé, s’adossant encore plus contre son canapé de tissu. Rimbaud vient d'ailleurs de remarquer que lui est confortablement installé alors que lui-même est sur une chaise dure. Un homme aimant le confort ? Pleins de question prônent dans sa tête, sans doute un reste de l'orphelinat et de toutes les suspicions qu'il fait pour lui-même quand il se retrouve seul. Une part aussi de sa curiosité d'enfant qu'il a toujours au fond de lui. Il semble lui sourire aussi, aurait-il compris ?

« C'était plutôt beau. On pourrait presque croire que ça te concerne. »

Les doigts de Rimbaud s’arrêtent de dessiner. Beau ? Concerner ? Qu'est-ce que lui chantait l'homme en face de lui ? Il rabattit ses doigts contre lui. Cette remarque, au lien de le satisfait lui déplus. Il n'y avait rien de beau à réciter une poésie ou un poème. Il n'y avait rien de beau à réciter un poème. Que des mots secs sortis de ces lèvres, même si ce fut Verlaine l'auteur.
Artémis n'aimait pas Verlaine. Il n'aimait pas sa vie, ses talents et sa plume. Il en était presque malade en fait. Mais voir quelqu'un lire Verlaine le fascinait. Non parce qu'il lisait quelqu'un qu'il n'aimait pas, mais parce que ce quelqu'un avait réussi à prendre une place dans l'esprit de ce « il ». Lui, il avait beau connaître certains poèmes -et encore, il se trompait souvent sur les alexandrins -, il n'était pas le climax du fan de Paul Verlaine. C'était peut être à cause du lien que ce dernier avait eu avec Rimbaud qui le frustrait tant. Il ne savait pas, mais quand on parlait de Verlaine, il serrait les dents.
Le concerner ? En analysant les vers, il aurait pu répondre un oui. Mais il avait fainéantise. Et sa vie importait peu pour les gens. Du moins, c'est ce qu'il aurait dit s'il avait été à l'orphelinat. Là, il pouvait tout aussi bien raconter sa vie à cet inconnu et s'en aller de suite. Qu'est-ce qu'un souvenir d'un inconnu dans une vie ? Tellement rien. Ce n'est pas comme s'il voulait devenir célèbre un jour, auquel cas cet inconnu tiendrait le scoop de sa vie.
Et puis la pluie lui avait attisée ses souvenirs, non , il ne pourrait pas se libérer tant qu'il n'aurai pas concrètement dit ce qu'il avait sur le cœur. Alors il s'était un peu mieux adossé, prenant le café tout juste arrivé pour le verser entre ses lèvres. Il ne dira pas que le café lui brûla la langue. Non, il préfère sourire à l'inconnu qui fait de même avec son café.

«  Me concerner ? Peut être. Il pleut souvent chez moi, en Russie  -il repose son café avec douceur sur la table, sans quitter ce dernier- mais je ne pense pas adopter le point de vue de Verlaine dans ce poème – regard fixe sur l'inconnu- je ne connais pas la peine de cœur. Vu que je n'aime pas. »

C'était rapide, concis et pas trop dévoilé. Comme ça, l'inconnu prendrait ce qu'il voulait, de tout façon, Artemis n'était pas du genre à dévoiler sa vie. Non, c'est plus marrant de voir l'inconnu essayer de comprendre le sens d'une existante avec le peu d’élément qu'il lui donnerait. Plus jouissif. Néanmoins, il était vrai qu'Artemis n'aimait pas. Enfin, ne comprenait-pas l'amour. Ou du moins, il n'en comprenait pas le sens parce qu'il avait été ruiné par l'amour. Alors il avait préféré se protéger d'une part. Feindre l'innocence face à ce mot était sa lubie. De toute façon, personne ne comprenait et ne connaissait son passé alors il n'avait pas à s'en faire sur le mot « amour ». Il avait aimé sa mère, son père. Il avait réellement aimé « Arthur ». Mais ça, c'était trop douloureux.

« Tu dégages quelque chose de passionné. Un peu fascinant, peut-être. »

Il s’éclata, mais dans le méandre des bruits du bar, on ne l'entendit que très peu. Lui ? Fascinant ? Non, du tout. Il n'y avait rien de fascinant dans sa personne entière, il n'avait même pas l’ego de se prétendre orphelin surdoué ici. Passionné peut être. Il releva la tête en l'air, un sourire béa aux lèvres, un lèvre pointé vers le plafond.

« J'accepte le compliment de « passionné » mais non de « fascinant ». La fascination n'est vraiment pas quelque chose que l'on devrait m'associer. »

Quoi qu'il en soit, l'inconnu en face avait attisé sa curiosité. C'était assez rare qu'un homme vous accoste en vous décrivant « fascinant », il aurait presque pu monter sur ses grands cheveux, si Rimbaud avait des grands cheveux, mais il n'en fit rien. Il ne pu que sourire gaminement en reprenant le café. Et cette fois si, il souffla dessus pour éviter de se détruire le palet une nouvelle fois.

« Tu es ? »
«  Un pauvre adolescent qui passe sa vie dans les cafés pour conter du Verlaine aux inconnus ? »

Nouveau sourire. S'il ne disait pas son prénom, c'est pour un but précis. De un, il y avait peut être des mouchards dans le café. N'oublions pas que nous ne sommes pas si loin de wammy's house et que la possibilité que plusieurs orphelins utilisent ce bar comme QG n'est pas exclus, donc il se devait d'être prudent. De deux, parler du passé -même s'il en fit référence plus tôt- était formellement prohibé. Moriarty l'avait dit et de lourde condamnation tacherait le casier vierge des orphelins qui trahiraient cette règle. De plus, l’intérêt de donner son prénom donnait une carte supplémentaire à un orphelin. Par le net, on peut trouver diverse information avec un nom. Donc non, il ne lui dirait pas. Et de trois, on ne demandait pas un prénom sans dire le sien. Si Rimbaud se fichait éperdument des deux premières règles -n'oublions pas que le blond est un bourreau à ses heures perdues - , il était néanmoins de la vieille école, et pour lui c'était presque une attaque. Pro old school en somme.
Il avait donc relâché son café qu'il tenait dans le creux de ces mains sur la table depuis deux minutes.

« La moindre des politesses serait de ce présenter avant de demander un prénom non ? Je vois que vous avez un minimum d'éducation, tout le monde ne lit pas Verlaine, alors faites preuve d'un peu plus de...tact. Ce n'est pas parce que je n'ai que dix-sept ans que je dois être tutoyer. Ne me penser pas faible et idiot. A l'instar de Rabelais, il y a toujours quelque chose derrière mes phrases. »


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Sujet: Re: "Il pleure dans mon coeur " Paul Verlaine [ Gabriel. Jeu 15 Déc - 19:00


Le fou se croit sage et le sage se reconnaît fou.
william shakespeare


Un silence. Un temps de réflexion de la part de Gabriel. Un instant où il écoute, conclut, juge. De par ses paroles, larges et très ouvertes, il arrivait à se faire, en quelques secondes, un avis sur le petit. Ce n'était pas le plus insipide des garçons qu'il s'était donné de rencontrer au cours de sa vie déjà quelque peu avancée, mais... N'empêche que, en quelques mots, quelques phrases, il venait de faire tomber le voile superficiel et mystérieux qui l'entourait. Un voile que l'on voyait sans réellement lui parler, qui nous apparaissait à sa simple vue. La première apparence, pourrait-on dire. Il est effectivement normal qu'après avoir parlé à une personne, ce voile disparaisse. Mais seulement après un long temps de discussion. Or, là, avec uniquement deux minutes de conversation, Gabriel avait déjà une vision plutôt concrète du jeune homme. Sûrement sa capacité bien développée à juger rapidement. Cette capacité vouait ses conclusions à l'échec lorsqu'il ne parlait pas aux gens, mais, une fois qu'il l'utilisait sur des personnes avec qui il avait réussi à échanger quelques mots durant un temps déterminé, ses bilans s'avéraient souvent véridiques. Après, ce n'était que personnel ; il n'était, comme aucun être humain sur cette Terre, pas la « vérité absolue ». Toujours était-il que ces conclusions qu'il entreprenait se faisaient généralement au bout d'un temps donné de conversation avec la personne en question – on ne peut pas, même avec une éloquence particulière des mots, juger la personnalité d'une personne avec simplement la connaissance de son prénom, de son nom et à la limite, de son âge. Mais là, en un temps durant lequel la plupart des personnes n'auraient dévoilées qu'un simple nom et à la rigueur une de leur passion, ce jeune inconnu bien outrecuidant avait révélé bien des facettes de sa personnalité. Sans, pour autant, divulguer son prénom.
Un souffle, légèrement agacé peut-être.

« Ne parle pas autant pour ne rien dire, voyons. »

Pourquoi gâcher du talent dans de l'inutile ?
Ses émeraudes, influencés par ce morne temps d'hiver, se baissent un instant sur la table afin d'attraper de nouveau son café. Il y tourne un instant la petite cuillère aimablement donnée avec, avant de l'approcher de sa bouche. Une brève gorgée assez chaude pour le réchauffer tout entier, le secouant d'un léger frisson au niveau de l'échine, du cou, puis des joues, étrangement. Et, tandis qu'il repose le petit objet de porcelaine, il relève son regard vers l'étranger, croisant les bras sur la table, la tête enfoncée dans ses épaules, comme uniquement concentré sur la discussion qu'il entretient maintenant.

« Je conçois que les gens peuvent recevoir les paroles des autres comme ils le désirent, mais, sache simplement que ce n'était pas forcément un compliment. Tout comme la fascination. Surtout la fascination. Il y a tant de façons de l'interpréter. Cependant... »

Une langue qui vient humidifier ses lèvres, ses yeux un instant distraits par le serveur qui vient déposer deux tasses sur une table à côté, apportant à eux, de nouveau, la délicieuse odeur du cappuccino. Il revient au blond.

« ...j'avoue que le terme était peut-être un peu trop pour le poids de tes épaules. Disons que ton audace est assez surprenante et séduisante pour qu'elle entraîne un brin de ce que l'on pourrait nommer fascination. »

Bien-sûr, il n'y avait rien de réellement subjectif dans le terme de « séduisante ». Il parlait là de la façon dont il exerçait cette audace, de la façon dont il la présentait aux autres – et, par là, Gabriel devinait, ou du moins, concluait, même si ce n'était peut-être pas vrai, que le blond devait sûrement s'adapter régulièrement aux personnes qu'il rencontrait, dans sa façon de parler, dans ses discussions et ses façons d'aborder. C'était une capacité d'adaptation plutôt orgueilleuse qui arrivait à décrocher une certaine fascination chez le roux, dans le sens où cette manière de s'introduire dans la vie des gens et de, par là, peut-être, arriver à les manipuler de cette façon – et orienter leurs conversations était une forme de manipulation –, était nourrie d'une hypocrisie et d'une insalubrité immense. Enfin, tout ceci était s'avancer bien loin, évidemment. Qu'importe ; vrai, pas vrai, c'était le ressenti de Guillaume, et la seule façon de le faire changer d'avis était qu'il change lui-même cet avis suite aux réactions de l'interlocuteur. Rien d'autre.
De là, il continue de répondre à son précédent « mini monologue », les yeux toujours plantés dans ceux du petit faquin qui se tient en face de lui.

« Si tu dis ne pas avoir de peine de cœur puisque tu n'aimes pas, alors je dis que je n'ai aucune notion de politesse puisque je n'ai pas d'éducation, avait-il rétorqué sans pour autant affirmer que tout ceci était vrai, le concernant ; il jouait surtout sur les mots comme l'avait fait son interlocuteur. »

Effectivement, s'il avançait ne pas pouvoir faire telle chose à cause d'une autre dont il n'est pas coupable (ne pas avoir de peine de cœur du fait de ne pas pouvoir aimer), Gabriel le faisait aussi – ne pas être poli à cause du fait de ne pas avoir reçu, « semble-t-il », d'éducation.

« Du moins, si on peut considérer que tes valeurs appartiennent de façon inéluctable à la notion de politesse. »

Oui, car, pouvait-on vraiment avancer qu'il y avait, entre tous, une valeur absolue ? Et, plus précisément et dans le thème du sujet, une valeur de politesse absolue ? Dans laquelle se regrouperait tout un tas d'actions polies, dont celle de se présenter avant de demander le nom de l'autre ?
Ses mains qui se rejoignent, s'entrecroisent, tirées vers le plafond afin qu'il s'étire, pour se déposer ensuite à l'arrière de son crâne.

« Oh, et, te tutoyer ne veut pas dire que je te considère comme faible ou idiot, tu sais. Tout ce que j'ai pu juger de toi pour l'instant n'avait rien de ça. Le seul adjectif avec lequel je te décrirais est... Présomptueux, je pense. »

Bien-sûr, présomptueux. Cela convenait parfaitement. Mais rien de « faible » ou « idiot », comme il lui avait affirmé. Il le pensait réellement. C'était un réflexe ; les plus vieux tutoyaient les plus jeunes, c'était ainsi. Et il n'y avait rien de forcément impoli. En fait... Gabriel n'était pas sûr qu'il considère ça comme de l'impolitesse. Le blond ne pouvait donc tout simplement pas supporter d'être rabaissé à un pauvre tutoiement du fait de son âge ? Ah, il aimait être Grand et considéré comme, l'ambitieux.

« Mais si tu y tiens vraiment, mon nom est Gabriel. »

Et sache que, comme toi et l'amour, le tact n'est pas ma passion ; loin de là.
Ses mains se détachent, et il rapproche encore une fois la tasse de lui, l'entourant de ses mains afin de les réchauffer par la même occasion.

« Alors, seras-tu, toi, assez poli, pour me donner le tiens ? »
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Morphee

Sujet: Re: "Il pleure dans mon coeur " Paul Verlaine [ Gabriel. Mar 21 Fév - 22:11


"J'ai avalé une fameuse gorgée de poison. - Trois fois béni soit le conseil qui m'est arrivé ! - Les entrailles me brûlent. La violence du venin tord mes membres, me rend difforme, me terrasse. Je meurs de soif, j'étouffe, je ne puis crier. C'est l'enfer, l'éternelle peine ! Voyez comme le feu se relève ! Je brûle comme il faut. Va, démon !"

Nuit de l'Enfer. A. R


Son caractère lui faisait grincer les dents. Artemis, face à cet homme qui sirotait tranquillement son café comme s'il n'avait devant lui que le plus misérable des déchets de la planète, fulminait. Tout dans cet homme l'horripilait. Non par là sa présence qui semblait plus hautaine qu'effacée, mais par cette désagréable sensation d'avoir trouvé quelqu'un qui avait du caractère, et pas un des moindres. Un intelligent caractère. Ce n'était pas le même que l'était Arthur. Non, le roux devant lui n'avait rien avoir Arthur. Trop différent, Arthur était inimitable. Mais il y avait cette repartie qui le dérangeait, qui l'obligeait presque à s'écraser. La suprématie de l'age peut être ? Rimbaud voulait grandir, vite grandir pour ne plus être vue pour un vulgaire gamin qui n'avait rien avoir avec le monde. Lui aussi avait sa place dans le monde, comme tous les grands qui avaient gravés leur nom sur des manuscrites, aux lettres d'or.

Mais il fallait croire que le temps qu'il grandisse à ce niveau, il allait devoir rencontrer des personnes, comme l'était cet homme, intelligent à en faire frémir le blond. Pour sûr que ce n'était pas de la peur qui emplissait les veines de Rimbaud à cet instant et qui le faisait grincer des dents. C'était bien loin de ça. Il n'était pas faible, il le savait parfaitement. C'était bien plus poussée comme réflexion, et être colérique à cause de trois misérables pics en moins d'une quinzaine de minute, il fallait être le dernier crétin de la planète pour y prendre part. Or, des imbéciles, il y en a des centaines après lui, et dans sa tête, il voulait que le cher « Gabriel » en face partit, qu'importe s'il devait user d'une stratégie tirée par les cheveux pour lui montrer « sa » propre suprématie intellectuelle.

Alors il avait laissé la phrase sonnée dans le café, bruyant encore des ivrognes qui dansaient encore à cette heure du jour. Il entoura lui aussi ses mains autour de son café, baissant le regard sur la table, sur les doigts fins de son interlocuteur. Un prénom ? Mensonge ou pas ? Après tout, il pouvait très bien sortir de l'orphelinat tout autant que lui-même, ce qui prouverait son intelligence et sa fâcheuse manie à lui tirer sur les nerfs. Gabriel, ce n'était pas anglais ça. Il y avait un drôle d'accent, maintenant qu'il y faisait attention. Il plissa les yeux. Peut être un pays de l'est, mais certainement pas de côté ouest. Il ne devait pas être américain. Il porta le café à ses lèvres, fermant ses doigts fermement dans une poigne de fer.

Agacement. Trop de phrase. Si Artemis parlait trop, Gabriel le faisait penser trop et toutes ses phrases qui s’enchaînaient dans un logique implacable lui faisait beaucoup trop penser à Arthur. Et c'était ça, le climax de son énervement, le point même de la dureté de son regard quand il le reposa sur lui. Il n'était pas remit à sa place, Artemis n'avait jamais été remit à sa place parce qu'il était beaucoup trop sauvage et fou pour se le permettre. C'était le cheval fou qu'on ne contrôlait pas, bercé par tant de vers et de verbe que son vocabulaire ne s'avouait vaincu. Il était beaucoup trop fier sur ce terrain là, on ne parlait pas d'un sujet futile qu'il l'importait peu, non. Là, il y avait beaucoup plus qu'un agacement. Et les images d'Arthur qui lui revenaient en tête quand il regardait Gabriel boire son café, comme un poison qui lui pourrissait la vue. Dégages Arthur, personne ne t'attendra, et surtout pas lui.

C'était étrange, cette ambiance, ce café qui emplissait l'air en l'alourdissant. C'était quoi, dix minutes, peut être quinze qu'il avait franchit la porte du café, trempé comme un chat errant avec ses pensées floues. Et maintenant qu'il se tenait devant un sujet digne d’intérêt par sa connaissance et sa repartit digne d'un critique, il plissait les yeux. Beaucoup trop de fierté derrière ces yeux bleus assombris par la faible luminosité du café, beaucoup trop de pensée derrière les chants des buveurs derrière eux alors qu'un silence coupe leur conversation. Artemis, tu fais quoi là ?

« Rimbaud. » qu'il murmure, buvant une gorgée, se cachant derrière la tasse. Il ne lui donnera pas son prénom. C'est beaucoup trop dangereux, et il détesterait qu'on l’appelle par ce dernier. Arthur était le seul à savoir pour « Artemis », Gabriel n'aura pas cette possibilité. C'est plus sécurisant cette distance entre eux deux. Même si le roux ne lui avait pour l'instant rien prévu. Après tout, quel était le nombre de chance qu'il trouve un orphelin de l'orphelinat en dehors de ce dernier à une heure aussi tardive ? Peu. Tellement peu mais après tout, il n'en était pas si loin que ça, de l'orphelinat.

« Rimbaud... C'est mon pseudonyme »


Alors pourquoi lâches-tu cela ? Il relève le regard, le ré ancrant dans les yeux du roux, simple sourire sur ses lèvres alors que sa tête se penche sur le côté. Il trouve ça amusant, cette atmosphère de mystère que vous exercez l'un sur l'autre. Présomptueux, il accepte l'adjectif. C'est l'audace, du mauvais côté certes mais l'audace tout de même. C'est différent de ce qu'il attendait mais il accepte, sourire presque franc et amusé à la fois alors qu'il repose la tasse sur la table, prenant appuie d'une de ses mains pour soutenir sa tête. Sans aucune éducation ou respect.

Et dans tout ça, Artemis, dans toutes tes décisions, tu n'as pas pensé qu'on pouvait te prendre pour un débile à arborer un pseudonyme déjà utilisé. Ce n'est pas un peu horrible de ternir un de tes plus illustres professeurs ? Il n'en a que faire, de tout ce que Gabriel peut bien penser de ce surnom qu'il lui a lâché comme si ce n'était rien. Usurpation d'identité, et après ? Petit jeu différent, et après ? Il pense que de toute façon, qu'est-ce qu'il pourra lui faire hein ?
Nonchalamment, il pousse sa chaise dans un bruissement sourd, faisant tanguer la table et renverser un peu le café de son interlocuteur. Délicatesse ne fait pas partit de son vocabulaire tant que ce n'est pas verbalement. Son sourire s’agrandit alors qu'il se lève, surplombant le roux dans un silence presque religieux.

« Ne vas pas croire que c'est ici une fuite à tes accusations. »

Mais il est volage Rimbaud, il est volage quand il prend son manteau, l'ajustant pour sortir rapidement. Il est volage quand sur ses lèvres se dessinent un sourire vainqueur, seul derrière la vitre. Dehors il fait froid, la tempête gronde et la pluie claque sur les carreaux du café, cheveux blonds trempés, regard fixé vers Gabriel qui doit à l’intérieur le regardez bizarrement.

Ce n'est pas Arthur. Il ne ressemble pas à Arthur. Arthur est en Russie. Il est beaucoup plus loin et son sosie n'existe pas. Personne ne légal, et surtout pas pour ce jeu que vous vous amusiez à commencer après chaque café.

« Alors, Gabriel, comment va tu commencer ce jeu ? » qu'il murmure, buée momentanée entre ses lèvres avant de reprendre le chemin de l'orphelinat.

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