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 Straight to Hell { Jaw

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Invité
Sujet: Straight to Hell { Jaw Ven 25 Mar - 21:03

Killers like Candy

PSEUDONYME : Jaw
NOM : Sykes
PRÉNOM(S) : Jason, Levis
QI: 184
DATE DE NAISSANCE : 18 / 03
ÂGE : 24
SEXE (✔) : ✔ M ❒ F
ORIGINE : Thaïlandaise

Sleeping with ghosts


Couleur des cheveux : A l'origine, châtains. Maintenant, gris.
Couleur de la peau : Laiteuse
Tatouage/Piercing ? : Aucun [truc de sauvage, ça]
Couleur des yeux : Gris métallisé
Taille en centimètres : 182
Corpulence: Svelte

Of Masques and Martyrs


    Son premier souvenir fut l'épouvantable chaleur. Un chaleur qui faisait vibrer l'air et la matière, accélérant la décomposition des cadavres de buffles abattus par la maladie, au bord de la rivière Pa Sak. Les mouches venaient se poser, en vrombissant, sur son petit corps rond, assis dans la poussière. Jason ne les chassait pas. Il mordillait un jouet sale, un bout de tissu qu'il suçotait parfois, habitué au goût cuivré de la terre. Sa mère se plaignait de la chaleur et des mouches, confortablement installée dans une chaise longue, à l'ombre. Elle suivait du coin de l'oeil l'enfant, un peu distraite par l'odeur amère qui montait des berges. De la terrasse, elle ne voyait pas les cadavres ; elle les sentait seulement. Viraya, la servante thaïlandaise, lui apporta un thé glacé dans un verre coca-cola bleu et s'inclina poliment lorsque la jeune mère lui demanda d'aller chercher Jason. Elle souleva le gamin par les aisselles, sans qu'il ne se débatte, et alla le poser sur les genoux de sa maîtresse. Emily caressa la petite tête aux cheveux si clairs qu'ils en paraissaient blancs. La chaleur embrumait les yeux de Jason. La faim faisait trembler sa petite bouche rose, prémonitoire.

    Dix ans plus tard, quinze ans, même, cette bouche, jadis enfantine, déchirait avec une ardeur amoureuse la chair fade d'un corps pourri. Les canines agrippaient les fibres nécrosées et tiraient fiévreusement dessus, tandis que la langue ramenait entre les lèvres béantes le sang coagulé qui se décrochait par plaques cramoisies du cadavre refroidi. Les mains, blanches, aristocrates, ouvrirent le ventre – comme d'autres arrachent un paquet de chips – et bruissent dans les entrailles gonflées, qui coulent entre les longs doigts rougis, comme un fleuve de pétales de rose moites. Les paumes pressent le coeur mort entre elles, font couler encore un peu de sang dans la gorge ouverte. Et la langue, aussi passionnée que s'il s'agissait de jeux amoureux, glisse sur les canines, à la recherche d'encore un peu de cet Amour coagulé et humide.

    Il prit un couteau et décolla des os jaunis la chair, qui crissa effroyablement en s'arrachant, et huma le fumet faisandé qui s'en exhalait, passant sa langue sur les veines brisées qui giclaient contre ses lèvres une humeur vaguement rouge. Presque respectueusement, Jason prit entre ses doigts l'oeil obscurci par la mort et le lécha, avec tendresse, tournant dans sa bouche l'iris marron, jadis clair et joyeux. Pauvre, pauvre Viraya, marmonna-t-il en tapotant la chevelure sombre qu'il avait arrachée à la tête coupée. La peau caramel s'accrochait à ses mains et Jason lécha, avec un soupir passionné, le sang qui collait à ses longs doigts d'aristocrate .

    Vingt quatre heures plus tard, ne restaient de la bonnes familiale, que ses nippes accrochées dans le placard qui lui tenait lieu de chambre, et son cadavre couché, dos au mur, dans le lit.
    Emily Sykes supposa, avec une moue écœurée, que la jeune femme avait fugué avec le garçon de chambre, qui, lui aussi, avait mystérieusement disparu la semaine d'avant. Elle regarda Jason retourner son steak de boeuf dans l'assiette avec un dégoût ostensible :

    « Tu n'as pas faim ? »
    « Non. J'ai...déjà mangé. »


    Elle lui sourit, persuadée de la perfection morale de son fils :

    « C'est que tu dois vraiment travailler dur au lycée. D'ailleurs, nous devrions prendre des domestiques plus sérieux, qu'en pensez-vous, Jen ? Et, Jason, il faudrait que l'on fasse ranger ta chambre, il y règne une puanteur infernal. Comment veux tu avoir comme épouse une jolie jeune fille de bonne famille si tu ne sais pas ranger tes affaires ? »

    Les yeux gris, aussi glacials que la lame d'un scalpel, glissèrent sur la viande grasse. Il repoussa son assiette, avant de se lever. Il avait de nouveau faim, d'une autre sorte d'aliment, plus cuivré, plus tenace, plus animal même :

    « Ca ne m'intéresse pas, les femmes. »

    Emily manqua de s'étouffer avec le bout de viande planté au bout de sa fourchette. Elle chercha les yeux de son mari, qui continuait de mastiquer sa bouchée d'un air follement impersonnel. Jason profita de cette accalmie pour repousser sa chaise contre la table. Il passa sa main dans ses cheveux, qu'il avait teints en gris pour se démarquer de la population asiatique, énorme masse humaine, aux bouches toujours ouvertes sur une injure quelconque. Jason enviait les longs cheveux noirs, lisses et soyeux, propres aux thaïlandais et autres chinoiseries, et, puisqu'il ne pouvait avoir les mêmes, il avait commencé à décolorer les siens, à l'immense désespoir de sa mère. Le thaïlandais, sa langue natale, était la seule chose qui le rapprochait vraiment de cette énorme agglomération de corps dorés aux yeux en amandes. Comme si elles reconnaissaient « quelqu'un du pays », les filles de Joie qui traînaient sur la barge du Pa Sak ne jouaient pas aux aguicheuses avec lui et se contentaient de toucher ses cheveux filasses, l'appelant affectueusement « bonjin ». Au moins, ça lui évitait d'avoir envie de les tuer et d'ouvrir leurs jolis ventres dorés, luisants de sueur. Quand il passait devant elles, il s'imaginait avec l'une de ces créatures languides dans son lit, à mordre leurs lèvres rougies par le soleil. Mais ses draps, pour l'instant, accueillaient...quelqu'un d'autre.

    Jason fixa sur sa mère un regard hostile, les lèvres pincées. Il ne l'avait jamais aimée. D'ailleurs, il n'appréciait personne. Et sa soeur, Sybelline, leva vers lui des yeux clairs, où se mêlaient l'incompréhension et une tristesse crûe de madone. L'adolescent crut qu'elle allait se lever pour le retenir. Elle était si jolie, avec ses longs cheveux blonds, aussi fins que les siens, mais les os délicats de son poignet ne semblaient demander que les coups. Du coin de l'oeil, Jason remarqua que la chair laiteuse de sa soeur affichait encore les bleus qu'il lui avait fait. Les marques sombres semblaient ancrées sur son ossature d'oiseau. Encore une fois, il lui sembla retrouver le goût du sang dans sa bouche, celui de Sybelline. Quand elle avait vu le corps décapité sur son lit, elle n'avait pas eu le temps d'hurler. Jason l'avait attrapée par le poignet et avait souri en sentant ses os craquer, délicieusement. Il lui avait soufflée au visage son haleine de sang, de lourdes effluves cuivrées, pour lui dire que si elle le dénonçait, il la poursuivrait jusqu'au bout du monde et lui trancherait sa jolie petite gorge de lait. Tu sais ce qui t'attend, avait-il ajouté, avant de la lâcher.

    Là, il vit les longs cils blonds de sa soeur trembler, comme si elle allait pleurer – ou parler -, et se détourna, avant d'avoir envie de hurler contre elle. Décidément, il n'aimait personne.

    Jason rejoignit l'adorable corps de Viraya, abandonné sur ses draps noirs. Il glissa sa langue dans le trou de la colonne vertébrale, vidée de sa moelle, et suça amoureusement le reste de sang qui y avait séché. Il songea qu'il était temps de se débarrasser de ce cadavre ; l'odeur était, en effet, infecte. Mais Viraya était sa première victime, et il avait envie de la garder encore un peu dans son lit, comme une immense poupée disloquée par des mains maladroites. Jason caressa le ventre tailladé par les coups rageurs de cutter et embrassa les lèvres de la plaie, qui dévoilaient une mer d'entrailles boursouflées par la chaleur. Puis, il alla chercher des sacs poubelle pour y envelopper le cadavre.

    Plus tard, quand il fut mené par ses gardes dans sa geôle ridicule, Jason se demanda pourquoi il avait commencé à faire ça, ces actes de violence où il était comme possédé par la Brutalité. Ce qui l'avait mené à une telle... « absurdité » - on ne l'avait arrêté que pour un meurtre, mais ça lui laissait l'occasion d'y réfléchir -. Le jeune homme passa silencieusement en revue sa vie : fils d'un industriel anglais, petit fils de nazi, fruit de quelques générations consanguines, hémophile, héritier d'une lourde fortune bâtie sur le malheur des autres, études de médecine... Bien, bien, s'il avait gagné de son grand père, Dragon Sykes, sa cruauté, il devait avoir un excellent patrimoine génétique de dégénéré. Il devait y avoir quelque chose de pourri dans son cerveau, une entité nécrosé qui lui donnait envie de chair, et qui avait fait de lui un prédateur. Il fit tourner entre ses mains, d'un air blasé, un morceau d'obsidienne trouvé sur la berge du Pa Sak. Il ne sentait pas l'odeur du fleuve depuis la prison, mais la chaleur qui l'étouffait était aussi lourde qu'une peau humaine, teintée de sueur. Et plus il y réfléchissait, moins il voyait de raisons à sa tare : il avait toujours été exemplaire, un peu tordu, peut-être, mais doté d'une monstrueuse réserve de chance. Enfance normale, stupide, même. Et puis, tout s'était accéléré lorsqu'il s'était penché sur la nuque de Viraya pour humer la chaleur du fleuve qu'exhalait sa peau moite. Il avait, en un instant, vu tout ce qu'il pouvait lui faire, et, avant qu'il n'ait le temps de se détourner, ses mains s'étaient refermées autour de la gorge dorée. Les yeux marrons avaient cherché les siens, terrifiés, et il avait collé ses lèvres tremblantes à celles de la domestique, pour y cueillir le goût du sang qui remontait dans sa gorge.

    La Mort avait une saveur de mer.

    Lorsqu'il avait traîné le corps dans sa chambre, sans se poser de question, il avait humé la sueur délicate qui couvrait les cuisses de la thaïlandaise. Le sel lui picotait les lèvres, et, tout naturellement, Jason en était venu à mordiller cette peau superbe, qui s'ouvrit sous ses coups de dents comme une fleur gorgée de caresses.

    Ces souvenirs-là étaient les plus beaux qu'il ait conservés. Il ferma lentement ses yeux de glace et s'immergea avec délices dans le parfum salé de ce crime. Puis des autres.

    Jason avait découvert qu'il pouvait être puissant. Ses victimes suivantes avaient été de jeunes thaïlandais lascifs, qui lui jetaient des coups d'oeil pleins de sous entendus. Il avait appris à être discret et s'était trouvé un autre terrier. Le corps humain avait commencé à lui livrer ses secrets. Il avait embrassé plus d'un crâne dénudé de sa chair, plus d'une veine qui avait achevé de se vider entre ses lèvres avides. Les putes étaient de bonnes proies, prêtes à lui offrir leurs gorges d'ambre, et leurs yeux, quand il ouvrait leurs ventres, gardaient parfois leur éclat terrifié. Il lapait ces prunelles vitreuses et les arrachait aux nerfs, pour les sucer comme des bonbons.

    Tout le monde se foutait que les prostitués restent en vie ou non, tant qu'il y en avait encore quelqu'un pour les notables. Leur disparition n'était qu'une goutte dans l'océan d'asiatiques, toujours en mouvement.

    Sybelline lui avait dit qu'il « n'avait pas de coeur ». C'était probablement vrai. Il n'avait pas prévu d'être pris de compassion pour ses semblables. Et s'il avait fini par se faire prendre, c'était pour une ridicule histoire de meurtre, qu'il n'avait même pas commis, d'ailleurs, mais comme il passait pour être un grand esprit dérangé, les flics l'avaient jalousement surveillé au fond de sa geôle.

    Au bout du deuxième jour, Jason avait posé son menton sur le bord de la fenêtre et écouté le peuple pépier, décidé à se laisser mourir. Il ne voyait pas pourquoi il devait se défendre pour un meurtre qu'il n'avait même pas revendiqué ; les flics devraient s'apercevoir tout seul dans quelle merde ils s'étaient fourrés. Bande de cons, songea le jeune homme en regardant d'un air las les jeunes prostitués offrir leurs services à des touristes. Il sourit, dangereusement, sentant de nouveau la Faim l'envahir, et laissa ses yeux glisser sur les jeunes cuisses dorées. Il s'imagina en train de les mordre ; les visages, pâlis par la rigidité cadavérique, de ses victimes passèrent de nouveau devant ses yeux. Il sélectionna avec soin le souvenir d'un jeune fugueur de Bankok, qui l'avait invité à « passer dans la ruelle ». Ses cheveux noirs coulaient entre ses mains, lorsque l'adolescent s'était accroupi devant lui. Jason avait joui, deux fois, dans sa bouche, avant de commencer à serrer le joli cou doré de ses mains fébriles.

    Le souvenir lui colla une trique d'enfer, et Jason soupira, en s'écartant des barreaux. Il allait se rasseoir sur son lit de paille, au moment où la porte de sa geôle s'ouvrit. Sa mère, aussi austère qu'à son habitude, entra dans la ridicule petite pièce. Mais, dès qu'elle vit le jeune homme, un immense sourire fendit son visage pâle et racé :

    « Jason, il s'agissait d'un quiproquo, tu es sauvé. »

    Mais oui, Maman, ton fils est un ange.

    « Mais, le temps que les choses se calment, ton père, et moi, avons décidé de t'envoyer dans notre famille, les Dahmer, à la Nouvelle-Orléans. On t'a déjà trouvé une université là bas, pour que tu y continues tes études de médecine. Nous ne t'en avons pas parlé avant, mais cela faisait un moment que nous y songions : il faut que tu t'endurcisses, mon garçon, que tu apprennes la vie. Mais les gens qui t'ont mené là, vont payer. On n'insulte pas les Sykes impunément. »

    Jason haussa un sourcil clair, soupçonneux. Ils voulaient surtout qu'il se trouve une jolie petite dégénérée dans la branche américaine, sortie tout droit des Bayous, à épouser. Savoures le coup de poignard dans le dos, mon fils, et amuses toi bien avec les Cajuns. Ou bien, ses parents avaient fini par deviner ce qu'il était. Le jeune homme décida, néanmoins, de rester silencieux et d'accepter son destin ; il y aurait sûrement d'autres potentielles victimes en Louisiane, et il trouverait bien le moyen de fuir, même si ça lui serrait l'estomac de quitter la confortable fortune familiale.
    Il ne retint même pas la leçon, d'ailleurs, après son excellente semaine en prison, et glissa son scalpel dans ses bagages, n'envisageant plus sa vie sans l'exquise domination qui l'avait embellie. Il y avait encore tellement d'efforts à faire pour rendre le meurtre parfait, et sa consommation...idyllique.

    Sybelline était venue le voir dans sa chambre, la veille du départ. Elle avait regardé autour d'elle d'un air inquiet, avait semblé chercher sur ses murs la preuve de sa culpabilité, comme s'il n'avait jamais pensé à essuyer les tâches de sang qui les avaient éclaboussés. Elle avait fermé de moitié ses yeux clairs et était venue s'accroupir devant son frère. Elle avait posé une main légère sur ses cheveux gris, en avait effleuré les racines claires, et il avait eu envie de la tuer. Parce qu'elle était stupide, parce qu'elle ne connaissait rien de lui. Elle était comme les autres, depuis le début, incapable de l'aimer, de le comprendre, de saisir l'essence même de ce qu'il était. Il avait brutalement repoussé les longs doigts pâles, avant de se lever, prêt à la battre :

    « Fous le camp. Ou je te tue. Tu sais que je peux le faire. »

    Les yeux naïfs s'étaient écarquillés, et Jason s'était senti durcir en y voyant la Peur, la Terreur qu'il lui inspirait, par ces simples mots. Et pourtant, Sybelline ne voulait pas bouger. Elle le contemplait, comme elle aurait regardé la Mort, avec un profond respect empreint de crainte. Elle devinait qu'il pouvait la tuer, elle sentait qu'il était un prédateur dangereux ; mais son corps, son long corps de dryade, ne se décidait pas à fuir. Elle regardait Jason, et le jeune homme la contemplait fixement :

    « Sors d'ici. Je te hais. Je te hais. Et ce n'est pas parce que tu es de ma famille, que j'hésiterais à te tuer. Tu n'as rien à faire ici. C'est mon territoire. Et tu ne seras jamais rien de plus qu'une Sykes minable. »

    Elle avait baissé les yeux, avait vu le scalpel qui dépassait de la valise, et à cet instant là, à cette seconde précise, la peur qui marquait son visage d'ange immatériel s'était transformée en peine infinie. Elle s'était levée, avait frotté ses poignets meurtris l'un contre l'autre, comme si elle sentait encore les longs doigts de son frère ancrée dans sa chair, et était sortie de la chambre morbide, temple dédié à Hadès.

    Les Dahmer s'avouèrent séduits à l'idée d'accueillir dans leur immense manoir de Lousiane le petit cousin thaïlandais/paysan. Ils avaient une fille, Candice, pure produit des erreurs du Bayou : teint de lait, visage étroit, et longs cheveux sombres, souvent lâchés sur ses épaules de neige, et ils espéraient, visiblement, que Jason Sykes lui fasse quelques gosses dégénéré. Malheureusement pour elle, le jeune homme avait d'autres projets. Il avait déjà 22 ans, et – je juge important de le rappeler – ne s'intéressait pas aux femmes.

    Il fut immédiatement pris de folie amoureuse cette ville salie et repéra le Carré, le quartier authentiquement  gay – où le sexe n'était même plus une simple attraction, mais un véritable art de vivre -, de la Nouvelle Orléans, adoptant d'office l'habitude d'écumer les bars, chaque soir, à la recherche de la proie parfaite, du sourire qui arrêterait sa lame sur sa carotide. Au lieu de trouver de la chair fraîche, il ne tomba que sur...lui.

    Lui – y'avait-il un mot assez précis pour définir ce que l'existence de Finn représentait à cet instant, pour lui ? -

    Jason releva les yeux de sa bière – une Dixie infâme, au goût de pisse éventée - et croisa les siens. Calme et obscurité. Mais ce regard était le miroir du sien. Il y vit le sang, les cadavres roidis, les étreintes passagères au creux d'un lit froid qui avait fini par garder la forme des corps enlacés... Il savait qui était cet homme, avant même de lui parler. Et ça le troublait, délicieusement. Il sentit que ce type était aussi dangereux que lui, aussi amoureux des éclaboussures rouges qui souillaient les lèvres béantes. Jason réussit même à imaginer que ses mains étaient tachées de sang jusqu'aux épaules ; en moins d'une minute, il saisit dans les yeux creux de l'homme tout ce qu'il était, tout ce qu'il voulait. C'était exquis, et terrifiant à la fois, un véritable festival de nouveautés explosives.
    Puis, l'homme détourna la tête, et Jason perdit son regard. Il frémit, imperceptiblement, et s'approcha. Devait-il lui dire, cash, qu'il savait ? Ou peut-être...qu'il s'était imaginé, tout ça, cet brusque soulagement de ne pas être le seul. Il fit mine d'aller demander au barman une autre canette d'ignoble Dixie, et, au passage, son regard effleura de nouveau celui de l'homme.

    Tout ce qu'il aurait pu lui dire, lui avouer, jaillit dans le cerveau de Jason :  « Je t'ai reconnu à tes yeux. J'ai souvent regardé les miens, dans un miroir. L'hypocrisie leur donne une teinte merveilleuse et obscure. Le sang les a tachés de cruauté. La Mort a donné à ton regard quelque chose qui me fascine. Je ne sais pas si je dois me méfier de toi, mais... »

    Le type releva silencieusement la tête, et sourit, comme s'il avait entendu :

    « Je m'appelle Finn. »

    Finn se fondait dans le paysage. Si on mettait de côté ses aberrants cheveux bleus, et ses yeux creux, impersonnels.

    Il y eut, dès le début, un coup de tonnerre, violent et brut, entre eux, une destruction empreinte de passion, une étreinte spirituelle fiévreuse, qui finit même par effrayer Jason. C'était étrange, cette relation, c'était inespéré. Finn était un prédateur esseulé, plus habitué aux caresses froides des Morts, qu'au goût de la chair humaine. Mais c'était bon d'être cruel, quand Jason devinait que l'homme était derrière la porte, à épier ses gestes. Ils tuèrent ensemble et agrippèrent de leurs canines la chair coriace d'un adolescent imbibé de chartreuse et de LSD. Cet enfant aux yeux cernés de noir parut plus vivant, une fois mort, et c'était comme s'il n'avait attendu que ça, l'étreinte épicée de ses assassins et leurs mains froides autour de son cou d'oiseau paradisiaque. Ils étaient probablement « heureux » de tuer à deux, probablement « euphoriques » de goûter sur les lèvres de l'autre la saveur de son propre vice.

    Parallèlement, il y avait cette naïve Candice, qui semblait curieusement séduite par l'aisance de son cousin thaïlandais. Ce dernier ne daigna même pas lui adresser un regard gentil, et elle le suivait, triste comme une chienne abandonnée. Elle courait derrière lui, s'agrippait à ses larges manches, mais Jason la repoussait toujours sans ménagement. Plus tard, il apprit que si elle était si stupide, c'était principalement de la faute du patriarche, Dragon Sykes, qui avait violé sa soeur, alors qu'elle était fiancée à son mari actuel, Craig Dahmer, avant que celui ci n'entraîne sa femme en Louisiane.
    J'en étais sûr, ma famille est pourrie jusqu'à la moëlle, comme un cadavre en décomposition depuis trop longtemps. Il faut que nous partions d'ici. Les Bayous ne nous amèneront jamais rien de bon, indiqua le jeune homme, à l'adresse de Finn. Il tapota – presque – affectueusement la joue de son amant, avant de se rhabiller, le ventre plein de la présence de leur dernière victime, un jeune cajun à la chair de poisson. Elle irriguait son long corps glabre, faisait palpiter ses veines au creux de son coude laiteux, là où sa peau était si tendre. La cruauté avait pris la place de son sang et l'irrésistible attraction qu'il ressentait pour Finn était devenue...sa vie. Et la partenaire de ses crimes les plus parfaits, les plus cruels.

    Il jeta un dernier coup d'oeil sur le corps lascif de son amant allongé sur le lit défait, et quitta la chambre d'hôtel qu'ils avaient louée pour leurs actes cruels. En rentrant, Candice vint s'agiter, comme à son habitude, devant lui, et Jason songea qu'ils devaient partir, vite. Le monde n'attendait qu'eux, et des fugueurs, il y en avait partout, tous si tendres et si languides, que c'en était un crime de se restreindre à une seule ville. Le monde civilisé était un « jardin sauvage », et eux, ils en étaient les prédateurs, pas plus sadiques que des panthères qui jouaient avec leur proie, au final.

    Jason commença à chercher un travail, ailleurs, où il ne serait pas trop pris pour un con inférieur et sous-développé. Mais, il ne sut jamais comment, un vieil homme toqua un jour à la porte du manoir des Dahmer – accueilli par le cynisme froid du majordome – et proposa au jeune prédateur un emploi de médecin à temps plein dans l'orphelinat « d'enfants à problèmes », qu'il dirigeait. Jason se laissa vite tenter, alléché par la perspective de côtoyer tous les jours de jeunes et délicats adolescents, aux membres fins, et aux cerveaux enflés. Il saurait probablement les matter... à sa façon.
    Et il s'avérait que le vieillard – Moriarty - avait aussi une place de cuisinier disponible pour Finn – coup de chance, mes amis, je vous dis -, permettant aux deux fauves de s'installer dans la même caverne. D'une pierre, deux coups, et ils s'envolèrent, égoïstement, vers l'Angleterre, pays de la cuisine indigeste, des bus à deux étages, des cabines rouges, et des hymnes mégalomanes à la Reine.

    Jason était ravi de se débarrasser de Candice, qui ne comprenait visiblement pas grand chose à la vie. Avant de partir, il eu quand même la gentillesse de lui laisser un mot : « enfuis toi, avant que l'idiotie ne te prenne totalement. ». Quelques mois après ce mignon petit papier abandonné sur la table de nuit blanche, le prédateur apprit, inopinément, que sa cousine avait disparu, sans laisser de traces. S'était elle fait attraper par un autre piège ou sa candeur naturelle l'avait-elle attirée vers un autre horizon ? Il ne le sut jamais ; il n'avait aucune sympathie pour elle, ce misogyne égoïste. La seule personne qui avait de l'importance à ses yeux froids était Finn. Enfin...Fish.

    Il abandonna « Jason », comme l'écorce d'un être qu'il était autrefois, et revêtit tranquillement le surnom que la Wammy's House lui offrit, à son arrivée : Jaw. Dentier, l'appelait gentiment Fish qui avait, avec insouciance, pris pour lui le nom de famille de l'un des plus célébrés serial killers du siècle précèdent.
    Personne ne semblait deviner ce qu'ils étaient réellement, et les nuits d'orgies autour d'un corps éventrés. Après tout, Jason était un médecin respectable, quoique un peu...méprisant et cynique. Il ne supportait pas les adolescents bavards, appréciait cependant ceux qui lui faisaient des confidences précieuses, et imaginait parfois que sa lame barrait leurs joues tendres d'une croix sanglante. Mais jamais, il ne touchait à ces élèves ; ils étaient « du coin », et donc, trop précieux pour être dévorés. Jaw se contentait de leurs plaies secrètes, de ce dont ils ne pouvaient parler à personne d'autre. Certains le prenaient pour un psychiatre habile et interprétaient ses silences comme des consentements discrets, puis, parlaient, parlaient, vidaient leurs sacs lourds de soucis adolescents. D'autres, encore, gardaient leurs lèvres pâles closes, et attendaient qu'il les ausculte d'une main légère.

    Mais, quoi qu'il se passe, Jaw retrouvait le soir Fish, et tous deux partageaient une épaisse tranche de viande sanglante, dont le grésillement graisseux réveillait leurs ardeurs. Jason happait alors la bouche acide du cuisinier, le premier, et, parfois, ça ressemblait vraiment au bonheur. Sans l'être tout à fait.

This is Home


SURNOM(S) : Tam
DATE DE NAISSANCE : 08 / 08 / 91
ÂGE : 19
SEXE (✔) : On commence à se poser la question.
AVATAR : Jezabel Disraeli - God Child
DÉCOUVERTE DU FORUM : Long time ago.
NOTE SUR 20 DU FORUM : 15. Trop de rose, toujours.

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Invité
Sujet: Re: Straight to Hell { Jaw Ven 25 Mar - 21:06

Something is rotten


Créatif
Doté d'une oreille énorme
Attentif
Persipace
Galant
    Possessif
    Mortel
    Cynique
    Mégalomane
    Egocentrique

Ce que les gens ne comprennent pas, quand ils rencontrent Jaw, c'est que ce type peut être dangereux.

En apparence, il a tout du type bon vivant, calme, et même souriant. Cordial avec son entourage. Médecin modèle. Quasiment inquiétant, à force de sourire, et charismatique. Non, ce dont les gens ne se doutent pas, c'est que les plus grands psychopathes se cachent souvent sous les expressions les plus innocentes.

Jason n'a pitié de personne, Jason vit pour mentir aux autres, sur ce qu'il est. Mais, tout hypocrite qu'il soit, Fish a gardé un accès direct à ce qui se rapproche le plus de son coeur. Voyez-vous, d'ordinaire, Jason ne se prend de passion que pour les cadavres, et ce corps moite qui palpite la nuit à ses côtés n'a aucun mal à lui rappeler qu'il pourrait lui ouvrir la tête avec la lampe de chevet. Mais sinon, Jason est terriblement égoïste. Il ne donne de son temps et de son argent à Fish, que parce qu'il sait que le cuisinier a besoin de lui - et qu'il peut lui mitonner de bons petits plats -. L'autre grande passion dans la vie du médecin est de dominer les autres. Il a besoin de sentir la peur imbiber leur chair, lorsqu'ils se soumettent. Ecouter les secrets des adolescents est une belle façon de les avoir à sa merci. Jaw s'en imprègne longuement, et les garde au creux de son ventre, qui lui murmure de les faire souffrir. Mais jusqu'à là, le médecin s'est toujours retenu. A vrai dire, sa notion de la morale est quasiment inexistante ; il a décidé de vivre comme il l'entendait, dans le Bien, dans le Mal, qu'importe le domaine, tant qu'il pouvait faire comme il le voulait. Chaque jour, il s'empêche déjà de toucher aux jeunes chairs des orphelins, qui ondulent devant ses yeux glacials. Toute cette tentation, monstrueuse, cette assemblage de corps aux cerveaux bien juteux, lui met des fantasmes malsains dans la tête. De plus, ses meurtres s'accomplissent souvent selon le même schéma, comme si Jason comptait accomplir le « crime parfait », à force de sanglantes répétitions. Là dedans, dans ce domaine instable, Finn n'est qu'un compagnon bienvenu, un autre prédateur, dont la présence semble parfois réchauffer le corps de Jason. Seulement son corps. Jaw n'aime personne et semble mépriser tous ceux qui lui paraissent inférieurs. C'est à dire beeeaucoup de monde. Il est très snob, attaché aux anciennes valeurs/traditions un peu inutiles, et a un caractère un peu trop calme pour être en violent, en public. Il se contente de jouer au compréhensif, un peu à celui qui ne veut de mal à personne alors que ses yeux s'allument au passage d'une jolie cuisse.

Mais, de toute façon, Jason n'a besoin de personne. Et personne n'a besoin de lui. C'est pourquoi il se donne le droit d'assouvir ses passions dangereuses. Tant pis, si c'est mortel pour la victime ; il a seulement besoin que son corps soit plein de cette présence désincarnée qui marque les plus beaux adolescents. Leur chair devient sa chaleur. Non pas qu'il se sente seul, mais parfois.... Parfois...le plaisir de la chasse est plus intense, que celui du sentimental à portée de main.
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Invité
Sujet: Re: Straight to Hell { Jaw Jeu 7 Avr - 20:58

    Fini o/
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End
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Feuille de personnage
Wammy’s: House
Double Compte:
Âge: 17
Sujet: Re: Straight to Hell { Jaw Jeu 7 Avr - 21:09

Validé o/ j'aime ta fiche !! *w*

♔ ♔ ♔

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Sujet: Re: Straight to Hell { Jaw

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Straight to Hell { Jaw

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