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 Evan - Qu'est-ce qui est cool? Bah, moi! Sans blague.

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Invité
Sujet: Evan - Qu'est-ce qui est cool? Bah, moi! Sans blague. Ven 21 Mai - 23:37


    I. IDENTITE


    Nom : Van Neal.
    Prénom : Emmanuel.
    Date d'arrivée à WH : 09/02/09
    Date de naissance : 04/12/92
    Groupe : LONERS.
    Age : Dix-sept.
    Pseudo : Evan.


    II. SUPPLEMENTS
    ooooo

    ¤ QI : 170.
    ¤ Manie : Parler dans une langue connue de lui seul. Généralement employée lorsqu'il ne veut pas répondre à quelque chose, ou lorsqu'il veut détourner le sujet. Il dit à tout le monde que c'est une langue qui existe, mais beaucoup en doutent. Il semblerait qu'il change tout le temps de signification pour chaque mot.
    ¤ Rêve, Ambition : En surface, devenir le gars le plus "cool" de la terre, et au fond, devenir pianiste professionnel. Et faire tout pour éviter une autre fois que Sophina subisse ce qu'elle a subit.
    ¤ Cauchemar, phobie : Perdre le contrôle de lui-même et devenir fou.
    ¤ Relations : Vu pour la première fois à...

    WAMMY'S HOUSE ¤:.

    ¤Les quatre successeurs:.
    Je ne les connais pas réellement, mais ils
    ont l'air marrants. Near m'intrigue un peu.



    .Le geek

    .Le sadique

    .Le froid

    .Le chat

    LONDON ¤:.

    ¤Soul:.
    Têtue, intello, elle passe sa vie
    à lire des bouquins et me frappe avec quand je
    dis un truc qui ne lui conviens pas. Ça la rends
    très ennuyeuse. Mais je tiens à elle malgré tout.
    Nous nous en sommes sortis ensemble, et nous
    sommes, quelque part, liés par quelque chose.
    Peut-être un lien fraternel quelconque.



    .Le truc fragileOOOOO

    III. HJ

    Votre nom ou pseudo ? Appelez-moi Kebab. Chaise me convient aussi. 8D
    Comment avez-vous découvert le forum ? C'est la toute puissante déesse des siams' qui me la montré. <3 Je ne sais pas si je l'ai déjà fais mais c'est le moment ou jamais : Merci Nia! Que les ondes Niay te bénissent. *____*
    Que pensez-vous du forum (design, intrigue..) ? Je dééééteste tout! T'façon j'ai jamais aimé tout ce que vous avez fait, d'ailleurs c'est si moche et si nul que c'est mon quatrième personnage. lulz <3.
    Comment l'améliorer ? Heuu... Mdame, on a le droit à un joker?
    Des remarques ?Pardonnez-mon retard, c'est Ok by End les amis. :3 Puis comme d'habitude ma fiche est super longue. J'vous donne le droit de faire sauter des passages chiants. >D




Dernière édition par Evan le Jeu 27 Mai - 15:40, édité 2 fois
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Invité
Sujet: Re: Evan - Qu'est-ce qui est cool? Bah, moi! Sans blague. Sam 22 Mai - 0:55

    IV. RP.


    Emmanuel Van Neal est né dans un des vieux quartiers de Londres. Pour s’y rendre, il n’y a pas dix solutions. Il faut prendre Campstead Avenue, puis à la seconde à droite afin de passer par Hampton Road, et finir sur Telford Boulevard. De là, il faut tourner à la première à gauche. S’en suit alors un dédale de rues sales et misérables que beaucoup de gens préféreraient éviter dans la mesure du possible. Ces allées ne dépassent guère les deux mètres de largeur, et les bâtiments sont si hauts qu’il y fait sombre même en plein jour. Parlons-en d’ailleurs, de ces bâtiments. Tous les volets sont clos et on pourrait croire à s’y méprendre que personne n’habite dans les parages. Les murs sont recouverts d’une crasse certaine et sont tagués ou en partie détruits. Quand aux rues en elles-mêmes, plus on s’y enfonce, et plus un silence pesant s’installe. Les seuls bruits qu’on peut entendre parfois, et encore faut-il tendre l’oreille, sont ceux des rats, qui se nourrissent du mieux qu’il peuvent avec tout ce qu’ils ont l’occasion de trouver dans les poubelles, qui d’ailleurs règnent en maîtres dans l’endroit. C’est donc après ces rues peu rassurantes que vous pourrez enfin atteindre ce bâtiment qui ne se démarque pas réellement des autres. Une seule et unique porte permet de pénétrer à l’intérieur. Elle se trouve sur la droite. Maintenant que vous savez tout, je vous offre le choix de vous y rendre ou non. Mais permettez-moi de vous conseiller d’y réfléchir. Car choisir de rentrer dans ce lieu serait probablement le dernier choix que vous feriez de votre vie. C’est un point de non retour.

    On dit que je tire mes yeux de mes deux parents.
    J’crois pas que ce soit le meilleur cadeau qu’ils m’aient fait.
    Ma naissance ? Bah, on peut dire qu’elle fut plutôt banale…
    On peut.

    Nous allons maintenant remonter le temps jusqu’au 4 décembre 1992, le jour de la naissance d’Emmanuel. Ce jour là était un jour plutôt froid. La neige tombait à légers flocons depuis quelques jours, recouvrant Londres d’une douce feuille de blancheur. Vers huit heures et demie, dans le bâtiment cité précédemment, se trouvait un médecin qui ne semblait pas être spécialiste dans le domaine, et qui d’ailleurs ne possédait aucun diplôme annonçant officiellement qu’il était docteur. Il y avait aussi un homme âgé d’environ quarante ans, habillé plutôt élégamment, mais ses vêtements n’avaient pas l’air d’avoir étés lavés depuis quelques semaines. Il se tenait droit, debout et gardait un air qui se voulait supérieur à tous les autres. Il disait s’appeler Charles Burrows, et parfois Hugues Polder. Il n’avait pas vraiment de prénom à proprement parler, aussi les gens qui le connaissait bien l’appelaient simplement Bailey. A ses côtés se trouvait une vieille dame, légèrement recroquevillée, qui était habillée de souillons et qui souriait étrangement. Au fond de la pièce, assise sur une chaise se trouvait une jeune femme de dix-huit ans aux cheveux et aux yeux bruns, qui répondait au prénom de Lily. Elle semblait très perturbée et anxieuse. Enfin, la dernière personne présente se prénommait Audrey Van Neal. Elle avait de longs et épais cheveux noirs, ainsi que des yeux bruns très profonds qui paraissaient presque rouges. Son visage était mince, sa peau d’une blancheur étonnante. Ses lèvres et ses yeux étaient très maquillés, elle était d’ailleurs habillée d’une robe noire très courte et aguicheuse. Allongée sur un vieux canapé troué dont les ressorts devaient lui démanteler les reins, elle avait le visage en sueur, comme crispée par la douleur. Par moments, il lui arrivait de tousser considérablement, et on sentait qu’elle souffrait plus encore. Son ventre abritait un bébé depuis maintenant neuf mois. Elle se crispa soudainement, torturée par les contractions, puis ouvrit grand les yeux. C’était le moment. Affolée, elle regarda le docteur approcher d’elle avec une inquiétude bien visible. Ce dernier lui demanda de se détendre avec un regard qui n’aurait apaisé personne. S’en suivit les nombreuses étapes d’un accouchement sans péridurale, avec pour médecin un homme non certifié. Il y avait là très peu de chances que le bébé ainsi que la mère s’en sortent, mais finalement le médecin réussit à extirper l’enfant du corps de sa mère, et coupa le cordon ombilical avec les moyens du bord, c'est-à-dire avec peu. On l’enveloppa dans une serviette douteuse, et la mère, exténuée, demanda à voir le nouveau-né. C’était un garçon. Elle caressa doucement le peu de cheveux qu’avait son enfant, ils étaient noirs tout comme ceux de sa mère. Un léger sourire se glissa sur le visage de cette dernière, mais on lui enleva rapidement afin de le laver. Soudainement, la vieille dame, qui s’en occupait, eut le visage déformé par l’horreur. Elle hurla presque :

    -Mon dieu. C’t’enfant… C’est c’lui d’un démon !
    -D’un démon ? Rigola le médecin en se tournant vers elle, sans vouloir vous vexer il me semble que vous buvez un peu trop, Mme. Clarens.
    -Non de non, v’nez voir ! V’nez voir ses yeux, renchérit-elle.

    Les deux hommes et Lily se rapprochèrent de lui, intrigués. Audrey quand à elle, restait sans voix, inquiète mais tant à bout de force qu’elle ne pouvait se déplacer. Bailey s’écarta tout à coup, les lèvres pincées :

    -Écœurant ! Mais d’où nous sors-tu ce môme, Audrey ?
    -‘Voyez que j’mentais pas ! C’est un démon qu’ j’vous dis, s’exclama Mme. Clarens en haussant un sourcil.
    -Do… Donnez-moi mon enfant ! Qu’a-t-il ? s’exclama la jeune mère, angoissée.
    -Bien, mais c’pas joli joli, rigola amèrement Mme. Clarens.

    La vieille dame finit de laver rapidement l’enfant, puis le donna à sa mère dont le visage avait pris une teinte blanche. Elle craignait plus que tout que son bébé soit malade… Par sa faute. Elle l’observa et soudain remarqua que ses iris étaient rouges. Elle soupira de soulagement, puis se tourna vers Mme. Clarens :

    -Vous m’avez fait bien peur, avec vos bêtises. Cet enfant a juste les yeux rouges, il n’est pas malade.
    -J’dis pas l’contraire Mlle. Van Neal, mais il me semble que c’est pas queq’ chose de très répandu. C’est la première fois que j’vois un truc pareil. Des statistiques, doc ?
    -Hm… marmonna le médecin tout en se grattant la tête, il y a bien une possibilité, mais… L’homme avec qui vous avez eut cet enfant, dit-il en se tournant vers Audrey, comment étaient ses yeux ?
    -Je..., balbutia-t-elle, honteuse.
    -Cette femme est une catin à mes services, docteur, répliqua Bailey d’un air dédaigneux. Elle ne sait même pas avec qui elle a eut cet enfant.
    -Je vois, dit doucement le médecin, dans ce cas, avez-vous eut des relations sexuelles non protégées avec quelqu’un juste avant d’apprendre que vous étiez enceinte ? Et est-ce que cet homme avait les mêmes yeux que vous ?
    -Je ne me rappelle de rien, expliqua-t-elle froidement. Alors arrêtez avec vos questions et expliquez nous vos probabilités.
    -Bien, accorda le médecin. Vous avez du remarquer que vos yeux ne sont pas très communs non plus, bien que bruns à la base. Si l’homme avec qui vous avez eu cet enfant possédait les même iris que vous, alors les gènes que vous avez transmis au niveau de la couleur de ces derniers a la possibilité d’être multipliée par deux. Sachant que votre œil possède un fort taux de phéomélanine, pigment qui est de couleur rouge, je pense qu’on peut expliquer la couleur de l’iris de l’enfant. Possédant encore plus de phéomélanine, la cystéine est mise à l’arrière, et lors de la création de la mélanine qui fait tous les pigments de notre corps, le rouge est présent en plus grosse quantité, ce qui entraîne la couleur de l’iris.

    -Voila qu’explique bien des choses, répliqua Mme. Clarens. Une sorte d’accumulation de couleur…
    -Moi j’ai rien compris, dit Lily en regardant le médecin d’un œil mauvais. Vous pouvez nous la refaire dans notre langue ? Qu’est-ce qui nous dit que c’est réel, votre truc ?
    -Vous savez…, répondit-il en souriant vaguement, si je n’ai pas mon diplôme de médecin, ce n’est pas parce que je ne suis pas qualifié, c’est parce que je n’ai jamais eu les moyens de me payer des études pour faire médecine. Sur ce, je vais vous laisser. Rappelez-moi au numéro que je vous ai donné si quelque chose se passe.

    Il prit ses affaires, enfila son manteau, avant de glisser une cigarette dans sa bouche. Puis il se tourna vers Audrey, un sourire aux lèvres :

    -Ah, et une dernière chose, comment comptez-vous appeler le bambin ?

    Elle ouvrit grand les yeux, surprise, puis sourit finalement, en regardant son bébé :

    -Emmanuel, docteur. Il s’appelle Emmanuel Van Neal.

    On m’a dit que ma mère était une prostituée.
    Mais Lily me disait souvent qu’elle était quelqu’un d’admirable.
    J’ai jamais vraiment trouvé que les deux allaient nécessairement ensemble,
    Mais, à vrai dire, qu’elle soit admirable ou pas, je m’en fous un peu.
    Il parait que ma mère est morte quelques semaines plus tard,
    Et qu’on avait fait tout ce qu’on pouvait pour la sauver.
    Mais vous savez quoi ? Ca aussi, j’men fous.


    Le soir même, Emmanuel et Audrey étaient profondément endormis, l’un à côté de l’autre. Dans la pièce centrale qui servait de salon ainsi que de salle à manger ne restait plus que Mme. Clarens et Bailey, qui avaient allumés le poêle afin de se réchauffer. Mme. Clarens se dirigea vers la porte qui sortait sur la cuisine, regarda à droite et à gauche et la ferma. Bailey alluma une cigarette et souffla un grand coup, les yeux rivés sur le feu :

    -Tu avais quelque chose à me dire, Janice ?
    -Ou…Oui m’sieur, dit-elle, un peu angoissée. Z’avez du remarquer les symptômes d’Audrey, n’est-ce pas ?
    -Évidemment, rétorqua-t-il. Et donc, tu as fais des recherches ?
    -Oui, et y s’trouve qu’tous les symptômes correspondent à… la tuberculose pulmonaire, dit-elle après une hésitation.
    -Hm… Et ? Dit-il d’un air froid.
    -C’t’une maladie qui peut être mortelle, m’sieur. Sans médicaments l’risque de…
    -Ah, et bien. Combien de temps lui reste-t-il ?
    -Sans médicaments, pas plus d’deux ou trois semaines.
    -On n’a pas les moyens pour les médicaments, et puis… Lily va prendre la relève d’ici peu.
    -Bien. Et en c’qui concerne le bébé ?
    -Il pourrait m’être utile, je voulais me fournir des gosses qui travailleraient pour moi. On va le garder ici, tu t’en occuperas jusqu’à ce qu’il puisse travailler. D’ailleurs, trouves-moi d’autres gamins dans le genre, si possible jeunes histoire de leur inculquer les bonnes valeurs dès l’enfance, mais pas en dessous de 5 ans. Je ne veux pas avoir une ribambelle de chieurs sur les bras.

    Sur ces mots il rigola légèrement, crachant un long soupir de fumée. Mme. Clarens acquiesça de la tête en rigolant à son tour. Pendant ce temps dans la cuisine, Lily était revenue en cachette écouter à la porte. Lorsqu’elle entendit Bailey parler d’elle, elle tendit l’oreille, et compris immédiatement ce qu’il voulait dire par « prendre la relève ». Tout ce qu’elle n’avait jamais voulu se profilait devant ses yeux. Plus encore quand il parla de laisser mourir Audrey. Abasourdie par ce qu’elle venait d’apprendre, elle remonta lentement l’escalier et se dirigea vers la chambre d’Audrey. Cette dernière était réveillée, et semblait par la même occasion avoir repris son caractère habituel :

    -Oh, Lily, tu viens me voir ? Comme c’est gentil, dit-elle d’un air cynique.
    -Pourquoi…, répondit-elle en tremblant légèrement, pourquoi tu m’as rien dis… ?
    -Hein ? Rigola-t-elle, t’es au courant depuis huit mois que je suis encein…
    -Je te demande pourquoi tu m’as rien dis pour ta putain de maladie ! S’exclama-t-elle soudainement.
    -Ah…Ca ?

    Elle était tout à coup plus posée, et semblait un peu ailleurs. Un léger sourire se dessina sur ses lèvres lorsqu’elle regarda son enfant :

    -Je savais que ça ne te plairait pas, mais je ne pouvais pas te le dire. Parce que je suis certaine que Bailey ne m’aurait pas payé de médicaments, dit-elle en se retournant vers Lily, sûre d’elle.
    -Mais moi ! J’aurais pu t’aider à en trouver, avec ce que je gagnais, j’aurais fais des économies !
    -C’est justement ce que je ne voulais pas qui arrive. Si Bailey te découvrais il t’enfermerait pendant des jours et des jours. Il n’a plus besoin de moi, et ne veux pas qu’on dépense son fric pour quelque chose d’autre que lui.
    -Quand bien même, s’exclama-t-elle en se dirigeant vers la porte. Je vais te chercher des médicaments !
    -Non, ne fais pas ça, répondit Audrey d’un air sérieux. Je suis entrain de dépérir, c’est trop tard, Lily. Je n’ai pas envie d’essayer de me droguer aux médicaments pour m’en sortir, je n’en ai pas le courage. Et surtout, je ne veux pas qu’Emmanuel me voit comme ça, dans cet état. Je suis pitoyable. Regarde mon métier, ce que je suis devenue… C’est misérable. J’ai trop honte pour vivre avec ce fardeau. J’ai perdu la résolution de m’en sortir. Alors s’il te plaît, si tu veux me rendre un service, ne devient pas comme moi, essaye de sortir de cet endroit, et aide mon fils à faire de même.

    Lily, qui s’était arrêtée au pied de la porte, sentit des larmes monter dans ses yeux. Elle les essuya d’un revers de manche et tout à coup se précipita dans les bras d’Audrey pour l’enlacer :
    -D’accord…D’accord, je te le promets, Audrey.

    Je ne me rappelle pas vraiment de mes six ans,
    Mais je me rappelle d’une chose qui m’a marqué.
    Je savais à cet âge tout sur ce qu’on commence
    À apprendre à peu près à l’âge de sept ans.

    J’ai appris à parler pour marchander.
    J’ai appris à marcher pour dérober.

    Et j’ai appris à lire et à écrire,
    Parce que je savais que sans ça,
    Je ne sortirais jamais de cet enfer.


    12 mars 1999. (Six ans)

    Emmanuel regardait ses vieilles baskets bouger au dessus du vide. Il était assis sur le toit. Il tourna ses yeux vermeils vers le ciel gris d’un air lassé. Il sifflait la mélodie du marchand de beignet. Celui du samedi matin, sur le grand boulevard. Ces merveilleux beignets… Il n’avait pu qu’en gouter un seul dans sa vie, grâce à la pitié du marchand. Il arrivait encore à se souvenir de cette pâte si moelleuse, et de cette odeur… Il pencha la tête de côté, rêveur, quand ses narines sentirent une autre odeur. Celle de la cigarette que venait d’allumer Lily. Il se tourna vers elle, plissant les yeux :

    -Pourquoi tu fumes ?
    -Parce que c’est ce que font les adultes pour avoir la classe, répondit-elle.
    -Ah…Passes-moi-en une, dans ce cas.
    -T’es pas un adulte, Manu. Un gosse qui fume c’est pitoyable, au contraire.

    Emmanuel soupira longuement pour montrer son mécontentement, puis il observa Lily de haut en bas. Elle était allongée sur les vieilles tuiles, un bras derrière la tête, une jambe pliée. Elle aspira une grande bouffée de fumée, fermant les yeux avec délectation. Ses cheveux étaient attachés et des mèches brunes parsemaient son visage. Elle portait une chemise très ouverte sur sa poitrine ainsi qu’une jupe très courte sur des porte-jarretelles. Dehors, il ne devait pas faire plus de 10 degrés. Emmanuel haussa un sourcil en la regardant d’un air blasé :

    -T’as pas froid ?
    -Si, un peu, dit-elle en souriant.
    -Alors pourquoi tu t’habilles comme ça ?, renchérit-il, intrigué.
    -Parce que c’est mon boulot. Je n’ai pas le choix.
    -C’est pourri ton boulot.
    -Jte l’fais pas dire.
    -Et pourquoi… ?
    -Arrête avec tes questions, y’a des fois tu sais on choisit rien. T’as choisis ta couleur de cheveux, toi ?
    -Non, justement. Ça me dérange. Il faudrait que je choisisse ma couleur de cheveux.
    -Pourquoi ça te dérange ?
    -Parce que sinon j’suis pas cool.
    -Tu crois que choisir ta couleur de cheveux te rendras plus cool ?
    -Évidemment ! Dis, tu veux pas qu’on rentre ? Comme ça tu me fais réviser ma lecture.
    -Mais tu sais déjà lire…Si ça se trouve mieux que moi, alors laisses-moi finir de cloper en silence.
    -C’est pas cool.

    Sur ces mots il remonta le toit et descendit par l’échelle qui rentrait dans le grenier. Au dernier échelon, il se retourna et vit Aaron. Ce dernier le dévisagea puis l’empoigna par la veste avant de le jeter par terre, perfide :

    -Casses-toi, t’es sur mon chemin morveux.

    Sur ces mots il rigola amèrement puis, enfournant une clope dans son bec, il monta les échelons quatre à quatre. Emmanuel se frotta la tête qu’il avait cogné contre une poutre dans sa chute puis jeta un regard noir vers l’endroit où Aaron était partit. C’était quelqu’un qu’Emmanuel n’aimait particulièrement pas. Au début, Emmanuel faisait des efforts, mais le fait était qu’il ne l’appréciait pas à cause d’une seule chose : ses yeux. Parce que c’était quelqu’un qui ne supportait pas la différence. Autant dire que le racisme, ça le connaissait plutôt bien. Et Emmanuel ne comptait pas mettre des lentilles pour lui faire plaisir, aussi, il se contentait d’ignorer ses remarques désobligeantes. Parce qu’il avait beau ne pas l’aimer, il n’était vraiment pas de taille à lui mettre une droite pour le remettre à sa place. Aaron avait tout de même neuf ans de plus que lui, ce qui n’était pas négligeable. Emmanuel s’apprêta à se relever quand on lui tendit la main. C’était Joey. Tous deux avaient presque le même âge, et il était de loin celui avec qui Emmanuel s’entendait le mieux de l’endroit. C’était quelqu’un d’un peu naïf mais il était très gentil. Il l’aida à se relever et lui fit un sourire :

    -Alors, pourquoi t’étais par terre cette fois?
    - Parce qu’un crétin m’y a balancé.
    -…Hein ? De qui ?, demanda-t-il en regardant autour de lui.
    -Non, laisse, répondit-il dans un sourire. Pourquoi tout le monde va sur le toit, tout à coup ?
    -Il paraît que y’a des feux d’artifices sur le grand boulevard, tout à l’heure.
    -Ah…Et d’ici, on peut y voir un truc ?
    -Heu…Peut-être ?

    Emmanuel soupira légèrement, et enfonça les mains dans ses poches. Il commença à descendre afin de manger le pain qu’on lui avait donné pour le soir, lorsqu’il entendit des voix venant du salon :

    -Emmanuel pourrait peut-être essayer avec les autres demain.
    -J’pensais justement qu’il était bien précoce pour son âge, s’capacités d’adaptations sont plutôt élevées.
    -Dans ce cas il ira. Il faut bien qu’on remplace l’argent que sa mère n’a pas pu nous apporter, depuis sa mort.
    -En effet m’sieur, renchérit la vieille dame en toussotant.
    -Tu peux rentrer, Manu, je sais que tu es derrière la porte.

    Ce dernier soupira, et ouvrit la porte avant de renfoncer nonchalamment ses mains dans ses poches :

    -Désolé d’avoir écouté votre conversation…
    -Aucun problème, mon p’tit Manu, aucun problème. Demain, tu pourras commencer à travailler, comme tous les autres. Tu es content, n’est-ce pas ?, appuya-t-il d’un air mauvais.
    -Oui, monsieur, très, répondit Emmanuel d’un regard froid.

    C’est donc à l’âge de six ans que je devins un voleur.
    Un an plus tard, je me décolorais les cheveux en blanc.

    J’avais choisi cette couleur pour deux raisons.
    La première : Personne n’avait les cheveux blancs.
    Je devenais ainsi le mec le plus cool de la terre. Parce que,
    Je me disais : Quitte à pas être anormal, autant ne pas l’être du tout.
    La deuxième, on m’avait montré des photos de ma mère. Elle avait
    les cheveux noirs. Je voulais montrer au monde à quel point
    ma mère et moi nous étions à l’opposé l’un de l’autre.
    Je voulais montrer que ce qu’elle était devenue,
    c’était pas ce que moi j’allais devenir.


    24 octobre 2003 (10 ans)

    Plus Emmanuel grandissait, et plus il commençait à comprendre certaines choses dont il n’avait pas conscience auparavant. Il avait des idées et des projets, des envies dont il ne parlait à personne. Et il se demandait s’il devait en parler à quelqu’un. Lily lui avait dit un jour que s’il voulait faire quelque chose, le mieux à faire c’était de le demander à Bailey. Mais que s’il s’agissait de quelque chose que personne n’avait encore eut l’autorisation de faire, alors qu’il ferait mieux de fermer sa gueule et de garder ça pour lui.

    Il devait être dans les alentours de 7h30. Emmanuel marchait lentement, les mains habituellement enfoncées dans les poches. Il bailla légèrement, puis tourna dans quelques ruelles dont il connaissait bien le chemin, vérifiant parfois s’il n’était pas suivi. Il arriva finalement dans une avenue un peu plus sombre que les autres. Il s’arrêta devant une fenêtre et glissa la main par le trou d’un carreau cassé, récupérant une clé sous un vieux pot qui semblait être à sa place. Un grand sourire sur les lèvres, il se dirigea jusqu’à une porte et grâce à la clé récupérée précédemment, ouvrit cette dernière puis rentra. Le bâtiment était plus poussiéreux que n’importe quel autre, envahi d’araignées et d’autres bestioles pas très appréciables. On aurait dit que rien n’avait bougé depuis près de cent ans, si ce n’était un vieux clavecin, qui se trouvait au fond de la pièce centrale. On voyait aux traces sur le sol qu’il avait été poussé jusque devant le peu de lumière qui venait de la fenêtre. Emmanuel dégagea ses mains de ses poches et prit place sur le siège devant le piano. Il ouvrit le clapet, et, fermant les yeux, leva tout à coup ses mains en murmurant un ou deux mots connus de lui seul, qui se traduisaient par quelque chose comme « Eufleude fleush » puis il posa ses doigts sur les touches d’un seul coup, jouant sans réellement le savoir le premier mouvement de la cinquième symphonie du destin de Beethoven. Ses doigts jouaient avec habitude, d’une certaine souplesse. Il souriait légèrement, les yeux fermés. Puis, au bout de quelques minutes, il s’arrêta, et son doigt resta appuyé sur la dernière touche jusqu’à ce que le son s’évanouisse. Il ouvrit les yeux, fixant les vieilles touches. Lui-même aurait été incapable de dire de quelles notes il s’agissait. Il n’y connaissait même rien. Il avait fait et refait ce morceau parce qu’il appréciait ça. Une sorte de jeu inlassable auquel il se plaisait de rejouer sans interruption. Il lui suffisait d’écouter un morceau une ou deux fois pour le retranscrire totalement. A ce moment là, Emmanuel ne s’en doutait pas, mais il possédait l’oreille absolue, chose assez rare et surtout bien utile pour un musicien.

    Quoi qu’il en soit, c’est tout en suivant à la lettre le conseil de Lily qu’Emmanuel décida de fermer sa gueule et de garder pour lui le fait qu’il voulait devenir pianiste. C’était d’ailleurs l’un des meilleurs conseils qu’elle lui ait donné.

    Depuis qu’il avait trouvé ce piano, Emmanuel
    avait volé un vieux lecteur de cassettes et en chapardait à l’étalage.
    Des cassettes de musique classique qu’il écoutait en boucle et qu’il aimait
    reproduire sur son piano. Il eut alors une énorme collection de
    cassettes classiques de nombreux artistes. Du Mozart,
    du Beethoven, du Bach, du Chopin et bien d’autres
    encore dont il ne se lassait jamais.

    Le 11 aout 2005, ils étaient huit au service de Bailey. On aurait pu dire neuf, mais étant donné l’âge avancé de Mme. Clarens qui désormais restait la plupart du temps couchée dans un vieux lit sous de vieux draps, on pouvait déjà la considérer comme morte, il ne lui restait guère plus d’un ou deux mois. C’était une vieille femme qui s’était aigrie au fil du temps, et qui, à présent, exaspérait la plupart des personnes qui peuplaient l’endroit. A commencer par Bailey, qui espérait qu’elle meure plutôt rapidement, afin qu’il n’ait plus à la nourrir, puisque il s’agissait là pour lui d’un gâchis pur et simple, mais ce n’était plus un secret pour personne, car il ne se gênait pas pour le dire. Aussi bien aux enfants à son service qu’à la personne concernée.

    Plusieurs personnes étaient arrivées, aucune n’était partie. Finalement, tout allait bien dans le meilleur des mondes. Une grosse opération avait été prévue pour ce jour-là. Le cambriolage d’une maison de bourgeois, sur Victoria Street. Le but étant de récupérer le plus d’objets de valeur dans un laps de temps le plus court possible. Évidemment, les propriétaires s’étaient absentés durant quelques jours, et grâce à des informations récoltées d’on ne sait où par Bailey, on savait qu’ils ne devaient pas rentrer avant la fin de la semaine. Pour ce vol, Bailey avait mis sur le coup quatre personnes. Pour l’infiltration, Nelson, pour le vol, Emmanuel et Joey, et puis pour gérer le tout, Aaron, soit disant la personne la plus propice à les sortir d’une galère. Lorsqu’il avait entendu ça, Emmanuel avait cru rêver. Mais il s’était bien gardé de le dire. Il était donc aux alentours de neuf heures et demies lorsqu’ils se faufilèrent jusqu’à la fenêtre du côté jardin. Nelson, qui n’avait pas l’habitude de ce genre de grosses opérations, tremblait légèrement, regardant à droite et à gauche sans arrêt, en sueur. Il se mordait parfois nerveusement un ongle. Mais Aaron s’énerva rapidement, lançant un regard noir au nouveau:

    -Mais il peut pas arrêter de bouger comme ça le merdeux ? Il va nous faire repérer !
    -J’aurais bien aimé t’y voir, toi, la première fois, ricana Emmanuel.

    Aaron commença à le prendre par le col et élança son poing en arrière, mais Joey l’arrêta de la main puis se tourna vers Emmanuel en soupirant :

    -Ne le provoque pas, tu le fais exprès ou quoi?
    -Flehreuh foquelatash, répondit Emmanuel, un sourire sur les lèvres et l’air de rien.
    -Et ben retiens-toi, renchérit son locuteur comme s’il avait parfaitement compris sa réponse. Nelson, dit-il en se tournant vers le concerné, tu peux nous ouvrir cette fenêtre ?
    -Euh…Ou…Oui, je pense que ça doit être faisable.

    Sur ces mots il crocheta la serrure qu’il y avait à la fenêtre et l’ouvrit légèrement. Il rentra en premier afin d’aller débrancher le système d’alarme, puis fit signe aux autres de venir. Ils commencèrent alors à monter à l’étage et fouillèrent un peu partout, ramassant des objets de valeur de-ci et de-là. Mais Nelson n’osait rien prendre, paralysé par un stress certain. Aaron l’entraîna dans une autre pièce et lui montra un coffre dans le mur. Emmanuel observa quelques secondes mais Joey lui demanda de se dépêcher. Il reprit alors sa tache sans se soucier de ce qui se passait à côté. Sauf que quelques minutes plus tard, une alarme se déclencha. Les yeux écarquillés, Emmanuel se retourna vers la pièce d’à côté. La sonnerie était due à l’ouverture du coffre. Déjà, les volets électriques commençaient à se refermer sur les fenêtres. Joey cria un « On se barre ! » et Aaron le suivit en courant. Emmanuel s’apprêta à faire de même, mais il vit que Nelson ne les suivait pas, alors il revint sur ses pas pour aller dans la chambre où il l’avait vu. Il était assit contre le mur, les yeux dans le vide :

    -Tant pis… C’est trop tard, tant pis…
    -Non, ce n’est pas trop tard mais ça va l’être si tu viens pas !

    Il essaya de le tirer par le bras mais rien n’y fit. Emmanuel se mordit les lèvres, commençant à paniquer. Merde, que pouvait-il faire ? Il n’arrivait pas à se résoudre à le laisser là.

    -Désolé, mais…

    Il balança son bras en arrière pour prendre de l’élan et lui donna un violent coup de poing à la figure. Nelson tourna la tête vers lui, choqué. Emmanuel se fit dur, le poing toujours levé :

    -Maintenant tu te bouges ou je me tire.

    Il se releva alors, tremblant encore un peu sur ses jambes, et ils se mirent à courir de toutes leurs forces vers la fenêtre ouverte précédemment. Le volet était déjà fermé. Emmanuel regarda autour de lui de tous côtés, et sous le stress et la frayeur donna un grand coup de pied dans le volet qui s’explosa à moitié. Ils arrivèrent finalement en y mettant toutes leurs forces à ouvrir puis sortirent. Dehors, ils entendaient déjà la police arriver. Maintenant, il fallait être discret et rapide. Vu leurs accoutrements, il leur était statistiquement impossible de se faire passer pour un bourgeois qui se promenait dans le coin. Ils se cachèrent derrière un buisson, puis, lorsqu’une occasion se présenta, Emmanuel courut de toutes ses forces pour aller se cacher derrière une poubelle, dans une des rues sombres environnantes. Il avait prévenu Nelson qu’il lui ferait signe lorsqu’il pourrait y aller. Il l’avait prévenu. Alors dans ce cas, pourquoi s’était-il mis subitement à courir, alors qu’il ne lui avait fait aucun signe ? Tout à coup, les lampes de policiers éclairèrent le garçon. Ils avaient tous des flingues. Tous. Et ils lui demandèrent de s’arrêter. « Au nom de la loi » qu’ils disaient. Emmanuel ne pouvait se détacher du visage du garçon, qui le fixait, effrayé comme jamais. Et il ne s’arrêtait pas. Il le regardait comme s’il lui montrait qu’il écoutait ses ordres. Comme s’il voulait qu’Emmanuel voie à quel point sa course était de sa faute. Un seul coup. Suivit de près par une bonne dizaine d’autres, tous dans la même direction, presque tous atteignant leur cible. Emmanuel sursauta, les yeux écarquillés. Le corps inerte du jeune garçon tomba au sol. Le corps de Nelson, sans nom de famille apparent, âgé d’environ quatorze ans. Une mare de sang s’étendit sous lui. Il était mort. Emmanuel ne bougeait plus. Il aurait voulut crier mais plus aucun son ne sortait de sa bouche. Il sentit sa respiration se couper, ses oreilles se boucher. Il avait envie de vomir. Tout son corps tremblait mais plus aucun de ses membres ne réagissait. Et les policiers qui s’approchaient de plus en plus du corps inerte qui, quelques instants plus tôt, se dirigeait vers lui. Soudain, quelqu’un lui attrapa le bras et lui murmura en le tirant « Dépêche-toi, sinon tu vas y passer aussi ! » La phrase le réveilla instantanément. Il se retourna vers Joey et se mit à courir de toutes ses forces, comme jamais il n’avait courut. Au bout d’un moment, ils arrivèrent dans ces rues habituellement sombres mais tellement plus rassurantes que ce quartier rempli de policiers. Aaron était parti depuis longtemps déjà, et un long silence malsain s’était introduit entre Joey et Emmanuel. Ce dernier écarquillait toujours les yeux, le regard vide, comme choqué. Il s’arrêta soudainement.
    -Joey… Joey c’est ma faute. J’ai tué Nelson.

    Sa voix se faisait faible et trahissait son anxiété. Son ami se retourna vers lui, inquiet, et le secoua par les épaules :

    -Dis pas des trucs comme ça, Manu ! J’ai vu les flics tirer, c’est eux, les coupables ! Pas toi !
    -Mais j’ai vu son regard… C’était comme s’il m’accusait ouvertement, et je… J’ai rien pu faire… J’avais pas le cran…
    -T’es pas un surhomme, personne ne peut faire un truc comme ça. T’as vu le nombre de flics qui… ?
    -Et alors ?!, répondit-il soudainement, énervé. Si on ne tente rien on ne peut rien faire ! C’est sur ! Moi il était en face, d’accord ?! J’aurais pu faire quelque chose, mais j’ai rien fais ! Tu veux pas comprendre, ça ?!

    Joey ne répondit pas. Il le lâcha juste, soupirant imperceptiblement d’un air abattu. Mais Emmanuel ne s’excusa pas. Pourquoi ne comprenait-il pas… ? Non, en fait…Pourquoi personne ne voulait comprendre ? Lui il l’avait bien vu. Ce qui se tramait, dans ce bordel. Ils allaient tous finir ainsi. Tous. Désormais il savait une chose. S’il voulait devenir pianiste, il allait falloir qu’il se sorte d’abord de cette galère. Mais il ne pourrait pas le faire seul. Le lendemain, il alla voir Lily pour lui en parler, parce qu’il savait qu’elle était la deuxième personne qu’il avait le plus de chances de convaincre.

    -C’est non.
    -Pourquoi ?!, s’exclama-t-il, hors de lui.
    -On ne peut pas faire ça, on se ferait tuer, tu le sais. C’est impossible de partir d’ici, crois-moi j’ai assez d’ex…
    - Quelle expérience ?
    -Celle que j’ai acquis avec la maturité et qu’apparemment t’es bien loin d’atteindre, répondit-elle froidement.
    -Alors tu préfères rester ici et jouer les catins jusqu’à la fin de ta vie ?!, lâcha-t-il soudainement.

    Il ne vit pas venir la gifle qui s’abattit alors sur sa joue droite. Lily avait les larmes aux yeux, et se mordait les lèvres pour ne pas pleurer. Elle s’exclama d’une voix suraigüe à cause de la tension :
    -Comment t’oses…Comment tu peux me dire ça ?! Tu… Tu crois quoi ?! Que j’ai toujours voulu faire ça ?! Que dès le départ, quand j’étais toute petite, devenir une pute c’était mon rêve ?!! Belle destinée, ouais !, elle détourna le regard puis pris une voix rude. Reste un gosse avec tes illusions, Emmanuel, tu sais rien de ce que j’ai enduré. Rien.

    Se tenant la joue, il regarda de côté, gêné. Il ne l’avait encore jamais vue dans cet état :

    -Désolé, lâcha-t-il doucement. Mais j’ai envie de nous sortir de ce trou. Si seulement il y avait une solution…
    -Dis-toi que s’il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y a pas de problème, renchérit-elle, calmée.

    Emmanuel s’énerva de nouveau :

    -C’est une expression de lâche ! Y’a toujours une solution ! Tu veux pas la voir en face, c’est tout ! Et le problème il est très clair ! C’est juste que… C’est juste que t’en as peur ! Et moi quoi qu’il arrive, j’accepterais pas ce bordel un an de plus. Je me casse.

    Sur ces mots il s’éloigna. Lily ne le retint pas. Elle murmura juste pour elle-même quelques mots qu’Emmanuel ne compris qu’à moitié. « Qu’est-ce que je dois faire… Audrey… » Il secoua lentement la tête de droite à gauche. Lily n’en avait strictement rien à foutre de lui. Elle l’avait aidé jusque là parce qu’elle appréciait sa mère. C’était la seule raison. Et bien, il allait la libérer de sa tâche. Il partirait sans elle. Mais il lui fallait toujours quelqu’un. Et justement. Joey avait disparu depuis qu’ils étaient rentrés la veille, et le voila qui venait de réapparaitre. Il était couvert de crasse. Emmanuel se posta en face de lui. Ils se regardèrent d’un air mauvais puis un sourire se dessina soudainement sur leur visage. Ils se tapèrent dans la main :

    -On oublie ?
    -Ouaip, renchérit Emmanuel. Alors, t’as fais un petit tour dans la cave ?, dit-il en plaisantant.
    -J’y ai passé la nuit, répondit Joey d’un air grave. Aaron a dit à Bailey que c’était moi qui avait forcé Nelson à ouvrir le coffre.
    -Quoi ?! Et il t’a…
    -Hier, ouais, j’me suis pris la raclée de ma vie.
    -Merde… Le connard…
    -Dis, Manu… T’avais besoin de quelqu’un pour partir ?, dit-il d’un air décidé.
    -Non, j’ai besoin de toi pour avoir un autre témoin, lorsqu’on les balancera aux flics, répondit l’interpellé dans un sourire.
    -Ca marche, dit-il en souriant.
    -Hé, regarde ce que j’ai réussi à voler à Bailey.

    Il sortit de sa poche un révolver qui était tout de même assez imposant. Joey ouvrit grand les yeux et murmura comme pour lui-même « J’espère quand même qu’on aura pas à s’en servir » La porte s’ouvrit soudainement, alors les garçons cachèrent précipitamment le flingue sous le matelas d’Emmanuel. Bailey rentra alors dans leur chambre. Ils le regardaient tout deux, en sueur. Le faux sourire habituel de l’homme se dessina sur son visage. Il s’exclama d’une voix doucereuse :

    -Je vous dérange ?
    -Pas du tout, Joey allait justement prendre une douche, répondit Emmanuel nerveusement.
    -Ah je vois, dit-il doucement. Bien, bien…

    Sur ce, il s’en alla. Les deux garçons soupirèrent. Joey se tourna, livide, vers Emmanuel :

    -Tu crois qu’il a entendu ?
    -Pas moyen, on parlait très doucement.
    -Oui, tu dois avoir raison, dit-il en souriant.

    Sur ces mots il sortit de la chambre pour aller prendre une douche. Emmanuel s’allongea quelques secondes pour réfléchir au meilleur moyen de partir, et s’endormit quelques minutes plus tard. Lorsqu’il se réveilla, il était près de onze heures et demies. Il avait l’impression qu’on ne l’avait jamais laissé autant dormir, et il trouvait ça suspect. Surtout qu’il devait travailler, ce jour-là. Il regarda lentement le bas matelas qui servait habituellement de lit à Joey. Il n’y était pas. Normal, il avait dû partir avec les autres. Il descendit les escaliers en se grattant nonchalamment les cheveux, puis mangea le quignon de pain sec qu’on lui avait laissé en guise de repas. D’où l’intérêt de se lever plus tôt. Le premier arrivé est aussi celui qui aura la meilleure part. Suite à quoi il alla donc « travailler ». Mais quelque chose clochait. Il avait un mauvais pressentiment. En rentrant, le soir, il arriva dernier, puisqu’il était partit dernier. Enfin, c’était ce qu’il pensait, mais il ne trouvait Joey nulle part. Lorsqu’il interrogea William, il détourna le regard comme s’il avait reparlé d’un mauvais souvenir. Chose qui ne le rassurait pas du tout. Après le compte rendu des récoltes de la journée, Bailey demanda à Emmanuel de rester pour lui parler. Un peu nerveux, ce dernier demanda :

    -Oui… Qu’est-ce qu’il y a ?
    -Tu as du remarqué que Joey n’était plus là depuis ce matin, n’est-ce pas ?, dit-il dans un léger sourire.
    -Ou…Oui.
    -Tu aimerais savoir pourquoi ?
    -J’aimerais bien, oui.
    -Eh bien… Joey est venu me voir ce matin…, dit-il tout en triturant un couteau, apparemment, il ne se plaisait plus ici, il avait d’autres ambitions.

    Emmanuel ravala sa salive :

    -Et…Donc ?
    -Eh bien, je l’ai laissé partir, évidemment ! C’était son choix, mais je me demande bien s’il est mieux là où il est maintenant… Ca ne te pose pas de problème ?, dit-il perfidement.
    -N… Non, je suppose que c’est son choix, répondit Emmanuel après une hésitation.
    -Très bien. Je tenais juste à te prévenir. Des fois que des idées bizarres te traversent l’esprit.

    Sur ces mots il lui demanda de disposer, et Emmanuel s’éloigna, sous le choc. Il sentit ses pas se faire lourds lorsqu’il rentra dans sa chambre. Jamais il ne serait parti sans lui. Jamais. Et puis, le lendemain de cette discution… Emmanuel s’arrêta net dans ses pensées. Il avait compris. Il porta une main tremblante à sa bouche.

    « Je me demande s’il est bien mieux là où il est maintenant »

    Bailey l’avait tué.

    Et c’est ainsi que l’année de mes douze ans
    Fut l’année la plus morbide de toute ma vie.
    Et j’avais réalisé quelque chose. Si je n’avais pas mis
    Dans la tête de Joey cette idée de partir, il serait probablement encore en vie.
    C’est pourquoi depuis ce jour funeste, je me promis de ne plus jamais tenter de m’enfuir.


    Emmanuel avait admis une chose claire et se l’était bien ancrée dans l'esprit. Bailey était quelqu’un de purement abject. Il avait dû tuer une bonne dizaine de personnes de sang froid si ce n’était pas plus, et ça lui était totalement égal. C’est pourquoi une sorte de peur envers cet homme s’était instaurée en Emmanuel. Depuis toujours, il avait été contre lui et se rebellait dès que l’occasion se présentait. Mais désormais, c’était sous cette forme de peur qu’il lui répondait habilement, nerveusement, et qu’il écourtait le plus possible les conversations qu’il entretenait avec lui. Tout comme les autres, désormais, il le craignait plus que tout. Et cela aurait pu durer éternellement, si tout n’avait pas basculé un certain 24 novembre 2006. Emmanuel avait alors treize ans. Elle, elle en avait douze.

    Aux alentours de dix-huit heures, alors qu’Emmanuel rentrait de vols qu’il avait commis, mains dans les poches, il vit au détour d’une rue un homme qui s’approchait d’une fille. Elle n’avait pas l’air vraiment d’accord. Non. Non. Ne pas se foutre dans des embrouilles pareilles, Emmanuel. Il détourna le regard et partit à l’opposé, mais finalement fit demi tour. Impossible de l’abandonner. Il leva les yeux au ciel, agacé de son propre comportement, puis courut vers l’homme. Furtivement, il regarda aux alentours, et vit l’objet propice à ses attentes. Une vieille planche de bois qui avait l’air tout de même assez rigide. Il s’en saisit, et avec la force qu’il avait acquise en quelques années, donna un grand coup dans l’arrière des genoux de l’homme. Impossible d’atteindre le haut de sa tête, et puis, c’était typiquement le genre de truc qui marchait une fois sur deux. L’homme tomba à terre. Bref, pas le temps de s’attarder, l’homme avait été surpris, mais n’allait probablement pas tarder à répliquer. Emmanuel agrippa la main de la fille et la tira de toutes ses forces en lui criant de courir. Heureusement pour lui, elle finit par se lever, et il l’entraîna dans un dédale de rues. Ils auraient pu facilement le semer si la fille n’avait pas décidé de tomber à ce moment-là. Elle marmonna une bribe de paroles incompréhensibles, mais Emmanuel n’en prit pas compte car il voyait déjà l’homme se rapprocher. Sans hésiter, il la prit dans ses bras, mais comprit qu’ils n’iraient pas bien loin ainsi, et au bout de quelques minutes tourna dans une rue très sombre, déposant la jeune fille entre deux poubelles. Il avait pris une légère longueur d’avance due à sa connaissance des lieux. Il se pencha vers la jeune fille pour lui promettre de revenir, puis s’apprêta à repartir, mais elle lui attrapa la manche :

    -Tu reviens, hein ? Tu ne me laisses pas !

    Un air étonné glissa rapidement sur le visage d’Emmanuel. C’était la première fois qu’il entendait le son de sa voix. Une voix fluette et faible, sur le coup. Il fit alors un grand sourire digne de lui-même :

    -Les mecs cools ne trahissent jamais les promesses qu’ils font, je reviens.

    Sur ces mots il se dégagea pour se remettre à courir. L’homme arrivait justement. Emmanuel fit mine de crier à la fille de courir pour faire croire qu’elle était avec lui, stratagème qui marcha. C’était gagné. En quelques minutes, il l’avait semé. Il revint lentement par un autre chemin vers la rue en question, et heureusement, la fille n’avait pas bougé. A présent, il pouvait prendre le temps de l’observer. Elle était blonde. Ses cheveux étaient noués en deux couettes sur les côtés, et elle avait de grands yeux verts. Elle était plutôt mignonne, malgré les innombrables bleus qu’elle avait sur tout le corps et la saleté qui prouvait qu’elle avait passé un bon bout de temps dans le froid. Et maintenant… ? Emmanuel ne savait pas vraiment s’il devait l’emmener chez lui. Parce que justement…Ce chez lui… N’était pas vraiment un endroit enchanteur. Quand bien même, il ne pouvait pas la laisser là. Bon, dans ce cas, il allait la ramener, la cacherait dans sa chambre jusqu’à ce qu’elle se soigne, et elle pourrait repartir. Mais il ne fallait pas que William et tous les autres la découvre. Une fille, ça allait faire des étincelles. A part Lily et Mme. Clarens, il n’y avait jamais eut de fille dans ce taudis. Il jeta un œil sur les jambes de la dite fille d’un air perplexe. C’était probablement les responsables de sa chute, quelques minutes plus tôt :

    -Tu peux toujours pas marcher, hein ?
    -Si, je peux, renchérit-elle d’un air motivé en essayant en vain de se relever. Foutues jambes, vous servez à rien, dit-elle d’un air blasé.

    Emmanuel rigola. Elle était plutôt marrante, cette fille. Finalement, il décida de la porter sur son dos jusqu’au bâtiment qu’il lui servait de maison. Elle s’appelait Sophina. Elle avait eut un passé douloureux, et était prête à tout pour changer de vie. En fait, elle aurait pris n'importe quelle autre vie que celle qu'elle avait avant. Mais Emmanuel essaya de tout faire pour la convaincre de s’en aller. Ici, c’était pas l’enfer, c’était pire. Malgré cela, elle voulut rester. C’était sa décision, aussi Emmanuel la présenta avec méfiance à Bailey, elle prit la place de Joey dans sa chambre, et resta ici. Ils s’entendaient plutôt bien. Mais Sophina avait, depuis le départ, en tête une seule chose, celle de partir avec Emmanuel. Elle lui ressassait sans cesse qu’il lui avait sauvé la vie et qu’elle voulait l’aider à partir en retour, et bien qu’il lui eut dit d’oublier, ça n’était pas le cas. Elle ne se rendait pas compte qu’il ne voulait vraiment rien en retour. Au fil du temps, il s’était attaché à elle d’une façon un peu plus démarquée que les autres. Il la considérait probablement un peu comme une sœur. C’est la raison pour laquelle, il lui avait promis qu’à partir du moment où elle était rentrée ici, il la protègerait. Et il avait décidé de s’appliquer à ça jusqu’à sa mort. C’était une promesse de mec cool, après tout.



Dernière édition par Evan le Jeu 27 Mai - 15:37, édité 1 fois
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Invité
Sujet: Re: Evan - Qu'est-ce qui est cool? Bah, moi! Sans blague. Sam 22 Mai - 0:56

    Deux ans et trois mois plus tard.
    7 février 2009 (16 ans)

    Emmanuel bailla un grand coup, fatigué de la journée. Il fronça les sourcils, une désagréable sensation lui perçait les entrailles depuis bien une demie heure. Et ça ne venait pas du fait qu'il avait mal de partout. Arrivé, il remonta lentement les marches vers sa chambre, les mains dans les poches. Il regarda vers la porte. Ah, aucune lumière par l'interstice. Sophina ne devait pas être rentrée. Il ouvrit et alluma la lumière, puis écarquilla soudainement les yeux, surpris. Sophina était assise au pied du lit, l'air mal en point. Elle était très pâle. Emmanuel s'approcha d'elle, inquiet.

    -Qu'est-ce que tu fous par terre? Ça va?

    Elle releva lentement des yeux vides vers lui, puis un silence désagréable se fit dans la pièce. Finalement, un léger sourire se dessina sur son visage. Un sourire étrangement... ironique.

    -Ça reste à voir. La tienne à été bonne j’espère ?

    Son sourire s'affaissa soudainement, et elle détourna le regard.

    -Ce n’est pas comme si deux ans de ta vie venaient subitement de te sauter à la gueule. C’est chacun pour sa gueule de toute façon ici. Comme quoi, on ne peut compter sur personne.

    Le regard d'Emmanuel s’assombrit, il serra les dents à la fin de sa phrase. Trois ans… Sophina était là depuis deux ans à peu près. A quoi est-ce qu'elle faisait allusion? « On ne peut compter sur personne »…Il ferma les yeux, les sourcils froncés, et soupira.

    -Qu’est-ce que j’ai fais ? Dis-le-moi au lieu de tourner autour du pot, c’est agaçant.

    Il observait le moindre de ses mouvements en essayant de garder son calme. Voilà l'une des choses qu'il détestait chez elle. Cette faculté qu'elle avait à faire des sous-entendus qu'il était forcé de comprendre. S'il ne comprenait pas, c’était comme qui dirait tant pis pour sa gueule. La voilà qui faisait mine d'être très calme alors qu'il savait pertinemment qu'elle était énervée. C’était pas la peine de faire semblant, crétine. Pourquoi est-ce qu'elle ne se contentait pas de lui dire le problème...? Finalement, elle se décida à répondre, mais pas forcément pour donner une vraie réponse :

    -A toi de me le dire. Tu n’es pas dénué de cervelle et les souvenirs, surtout les tiens, ne s’effacent pas aussi facilement. Tu te souviens peut-être du 24 novembre 2006, quoi que maintenant je doute de la fiabilité de ton cerveau… Je doute de tout de toute façon.

    Sa voix s'était faite plus faible sur sa dernière phrase. Il la fixa d’un air sombre sans répondre. Elle avait beau faire allusion à quelque chose... Ça ne pouvait pas être un problème de souvenirs. Si elle lui ressortait un problème qui datait de deux ans, c’était forcément parce que le problème était toujours d’actualité. Même s’il ne voyait pas de quoi il pouvait s’agir. Surtout qu’à l’évidence, ce problème l’avait rendue malade, vu l’état dans lequel elle était. Il leva la tête, en haussant un sourcil.

    -Tu me refais la même, soupira Emmanuel. Je te dis de m’expliquer parce que là, la seule impression que j’ai, c’est que c’est ton cerveau qui t’invente des trucs. Le mien est très fiable.
    -Fiable ?, s'exclama-t-elle. Laisse-moi rire. Plus rien n’est fiable pour moi, surtout tout ce qui te concerne. Bai… Il a insinué des choses à ton sujet. Des choses que je ne suspectais vraiment pas, ajouta-t-elle en détournant le regard. Alors comme ça, je ne suis qu’un jouet ? Qu’un simple et vulgaire jouet qui – il y a de ça longtemps – était prévu. Que notre rencontre n’était pas le fruit du destin, mais qu’une partie où toi et moi étions les pions. Jamais, ô grand jamais je n’en m’étais doutée Emmanuel. Jamais je n’aurai cru cela de ta part. Tout ça pour…ça. Et comme toujours, je suis seule.

    Quoi ? Qu’est-ce que Bailey avait pu lui dire comme conneries ? La main d’Emmanuel se resserra. Plus il écoutait ce qu’elle lui disait et plus ses phrases semblaient fausses. Il n’y comprenait rien. De quoi parlait-elle au juste ? Rien n’avait de sens. « Un vulgaire jouet » ? Mais surtout « une rencontre qui n’était pas le fruit du destin ». Il sentait la colère monter en lui à une vitesse fulgurante. Sous la tension, il s’énerva soudainement :

    -C’est quoi ton problème au juste ?! Dis-le-moi, qu’on en finisse !
    -QUE LE « TOUT » DANS LA PHRASE DE BAILEY VOULAIT BIEN DIRE CE QU’IL VOULAIT !, s'écria-t-elle alors, hors d'elle. Que depuis le début, il cherchait quelqu’un comme moi, pauvre et pitoyable fillette. Que je sais…ce qui m’attend à la fin. Que je ne peux y échapper et que tu y a participé. Que tu étais au courant qu’il lui fallait un « chien-chien » à sa botte pour mettre son plan en place. Tu me déçois Emmanuel, je ne m’y attendais vraiment pas.
    -Quoi… ?, répondit-il, les sourcils froncés. Je ne sais pas ce que t’as raconté Bailey, mais... Mais réveilles-toi ! Ce mec est totalement pourri, et t’es entrain de dire que tu crois plus ce qu’il raconte que ce que moi je te dis ?! Je croyais que tu…

    Il s'arrêta dans sa phrase. Incroyable. Inimaginable. Elle... Elle arrivait à faire plus confiance à ce... Il attrapa la main de Sophina :

    -Je croyais que tu me faisais confiance ! Regarde-moi, quand j’te parle !

    Soudain, Emmanuel s’arrêta dans son élan, se calmant d'un seul coup. Il venait de penser à quelque chose. Sa voix baissa d'un ton et ses yeux s'écarquillèrent :

    -Attends… Qu’est-ce que…Qu’est-ce que tu veux dire par… « Tout est prévu » ? C’est quoi son plan ?
    -Là n’est pas la question. Pourri ou pas, il a réussi à me faire douter de toi ! Et crois moi, c’est bien la première fois. Si je te crois ?, demanda-t-elle en souriant amèrement. Comment veux-tu croire en quelqu’un qui se prétend « ami » depuis la première fois alors qu’on vient de t’exposer tout l’inverse de cette vision des choses ?, dit-elle en le fixant. Je doute, Emmanuel. Je doute que depuis le début, tout ça, tout ce qui c’est passé n’est que du vent. De doute de toi, de nous, même de moi-même. Les circonstances ont fait changer les choses. Te croire ou ne pas te croire…Je me le demande.

    Emmanuel commença à se relever. Quelle était agaçante. Ça se croit intello mais ça prends pas deux secondes pour réfléchir, hein? Lui ne demandait qu'à ce qu'elle le croit. Il n'avait rien à prouver parce qu'il n'avait rien pour le faire. Puis... Prouver quoi? Prouver qu'il était plus digne de confiance que ce connard de Bailey...? Mais… Où était la caméra cachée...? On aurait pu comparer Bailey à n'importe qui que dans tous les cas ce serait probablement l'autre qui serait plus digne de confiance. Alors quoi, elle pensait qu'Emmanuel valait à peine mieux que ce... Il enfonça ses mains dans les poches, tournant un regard blasé vers Sophina.

    -Je pensais que t’avais assez de jugeote pour savoir que sur tout ce que dit Bailey, les trois quarts sont faux. Apparemment, ce n’est pas l’cas. J’ai pas d’arguments à te donner à part ma sincérité. Et si maintenant tu penses que j’suis capable de mentir pendant deux ans à la personne qui m’est la plus proche, c’est qu’en effet, tu me connais pas si bien que ça.

    Il se tourna et se dirigea vers l'entrée de la chambre, enfin, ici, la sortie, puis finalement se retourna vers elle, lui jetant un regard noir :

    -Et puis, ce fameux « plan » que j’suis censé connaître, si t’y étais prédestinée, j’taurais pas conseillé de réfléchir avant de choisir de rester là, ce fameux 24 novembre.

    Sur ces mots il commença à appuyer sur la poignée mais la main de Sophina s'agrippa soudainement à la sienne :

    -Attends, c’est pas ce…

    Il se retourna vers elle, un sourire de vainqueur sur le visage « Alors, tu me crois enf...? » Il s'arrêta dans sa phrase, les yeux rivés sur les jambes de Sophina, puis ouvrit grand les yeux. Elles étaient couvertes de bleus. Des bleus récents. Et elle, elle parlait, elle essayait de se justifier par une bribe de paroles incompréhensibles qu'il n’arrivait même pas à entendre. Hé... C'était quoi ce bordel... C'était quoi ça...?! Il s'approcha d'elle, restant interdit, puis il s'accroupit et effleura doucement sa peau abimée par les coups. Il releva un regard dur vers elle, serrant tout à coup les poings et les dents. C'était forcément lui.

    -C’est Bailey qui t’as fais ça ?, demanda-t-il d’un air sombre.
    -Je… Je… C’est comique, quand on se dit que toute notre enfance aura été pourrie enfaite. Quand je regarde ses bleus, psychologiquement je n’ai pas mal. Ayant été habituée, cela ne me fait plus rien…sauf que lui…ce…

    Sa voix chutait, elle avait du mal à placer des mots les uns après les autres. Il ne l’avait jamais vue comme ça. Elle se blottit soudainement contre lui, s’agrippant à sa veste, elle s’exclama alors d’une voix faible :

    -Tu étais où quand je t’ai appelé ? Tu étais où quand j’ai prié pour que tu franchisses cette putain de porte ? C’était horrible, Emmanuel. Je n’ai jamais autant voulu que tu sois présent à mes côtés que pendant ça…

    Emmanuel cru mourir. Remords. Culpabilité. Tout lui arrivait de nouveau. Encore. Il se souvint de Nelson. Il n’avait rien pu faire. Et maintenant, il n’avait rien pu faire. Alors qu’il lui avait promis. Mais quel genre de gars il voulait faire croire qu’il était ? Il voulait faire croire qu’il était cool… Alors qu’il ne l’était pas. Il ne l’avait même jamais été. Rien que par le fait qu’il était né ici. Rien que par le fait qu’il était né de cette catin de mère. A la dernière phrase de Sophina, Emmanuel eut un très mauvais pressentiment. Son cœur rata un battement. Ses bleus… Il l’avait battue, n’est-ce pas ? Il l’avait seulement battue… ?! Il se pencha vers elle, et parla très doucement, la voix tremblant nerveusement.

    -Hé…Sophina…Dis-moi que c’est tout… Dis-moi que c’est tout ce qu’il a pu…te faire.
    Un grand silence se fit. Puis elle se colla plus encore contre lui, ne relevant pas les yeux. Une voix tremblante se fit entendre :
    -Emmanuel…Pourquoi…Pourquoi tu es rentré si tard ? Pourquoi tu n’étais pas là ?J’ai eu peur. Peur de ce monstre. Ses yeux tu sais, ils étaient encore plus froids que ceux de papa…Je me suis sentie faible… Je n’ai pas eu la force de le repousser…il avait fermé la porte à clé…Pardon…Pardon , je suis si sale. Je me sens souillée…

    Il eut un moment d’abandon, puis les yeux d’Emmanuel s’écarquillèrent plus encore et tous ses membres se crispèrent violemment. Il n’avait pas été là. Il n’avait pas été là, c’était encore à cause de lui. La culpabilité s’affichait de nouveau comme une évidence dans son esprit. Il serra ses dents de toutes ses forces et dit d’une voix tremblante et faible :

    -Je suis tellement désolé…Pardonne-moi. Je…

    Il resserra dans ses bras Sophina puis tout à coup relâcha son étreinte, se relevant. Ses yeux s’étaient fait vides. Tout ça, c’était de sa faute. C’était lui, le coupable, parce qu’il n’avait pas été là pour elle. Elle l’avait appelé. Il n’était pas venu, c’était de sa faute. Il se releva lentement, lâchant l’épaule de Sophina. Puis il se dirigea vers le lit, leva le matelas et s’empara du revolver, celui qu’il avait volé à Bailey. Il vérifia qu’il était chargé et revint jusqu’à la porte de la chambre. Finalement, il se tourna vers Sophina et un léger sourire s’afficha sur son visage.

    -T’inquiète, désormais, je serais toujours là.

    Il se retourna et son sourire devint glacial, puis s’affaissa lorsqu’il descendit les marches l’une après l’autre, lentement. Le flingue dans la main droite, il regardait loin devant lui. Il n’avait plus vraiment conscience de ce qu’il faisait, mais savait juste qu’il n’avait pour le moment qu’un seul but. La venger. Mieux. Les venger, tous. Il sourit pour lui-même puis rentra dans le salon. Comme d’habitude, Bailey était entrain de fumer, assit dans son fauteuil, tourné vers la fenêtre, et donc, dos à Emmanuel. Ce dernier serra les dents à sa vue, commençant à pointer vers lui un bras tremblant au bout duquel il tenait fermement le revolver. La voix détestable de sa cible s’éleva calmement :

    -C’est toi, Manu ?
    -Ne m’appelle pas comme ça, répliqua-t-il doucement. Tu vas te lever et te retourner sans un geste brusque. Maintenant.

    Sur ces mots il activa la gâchette dans un petit bruit qui sembla décider Bailey à se lever. Les yeux écarquillés, un sourire inquiet et nerveux sur le visage, il se tourna vivement vers lui.

    -M…Emmanuel…Tu…Enfin, je suis comme un père, pour toi ! Je…
    -Ta gueule, ferme ta gueule ! J’vais te tuer Bailey. T’aurais jamais dû toucher à Sophina, répondit-il, la voix tremblante de rage.
    -Écoute, je ne sais pas ce qu’elle t’as dis, mais ne l’a croit pas, elle m…

    Le poing d’Emmanuel s’abattit sur le visage de Bailey avec une telle force qu’il tomba par terre. Il se retourna vers son agresseur et le fixa comme s’il était possédé. Ce dernier le toisa de haut, reprenant un peu son calme :

    -T’as rien à dire sur elle, t’es loin de la connaître.

    L’autre s’apprêta à renchérir mais Emmanuel lui balança un coup de pied dans le ventre. « Tu as tué Nelson », un autre. « T’as tué Joey ! », puis il leva son flingue vers lui, les yeux vides.

    -Et maintenant, t’as osé faire ÇA à Sophina !
    -Je t’en supplie !, s’exclama Bailey soudainement, à bout. Ne fais pas ça ! Tu…

    Il s’arrêta, tremblant, le regard rivé sur le revolver qu’Emmanuel pointait sur lui :
    -Mais…Ce…Ce...
    -Ouais, quelle ironie du sort. Se faire tuer par son propre flingue, ajouta Emmanuel, sarcastique.

    Un sourire mauvais se dessina soudainement sur le visage de Bailey, puis il se mit à avancer lentement vers Emmanuel en rigolant d’une voix rauque. Il se releva.

    -Il y a une chose que tu ne sais très certainement pas… Ce flingue n’est pas chargé, idiot !

    Sur ces mots il se mit à courir, les mains tendues vers le cou d’Emmanuel.
    -Crève.

    Une détonation. La balle vint se flanquer dans le cerveau de Bailey, puis il tomba raide, à quelques centimètre d’ Emmanuel qui le regarda quelques secondes avant de sourire soudainement.

    -C’était toi l’idiot profond. Il n’était pas chargé quand je te l’ai volé, mais il l’était quand je t’ai tiré dessus. Et te voila réduit à l’état de larve ensanglantée. Là est la seule différence. Encore une chose : T’as jamais été mon père, d’ailleurs t’as jamais été celui de personne. T’es mort totalement seul.

    Il vit tout à coup une marre de sang se dessiner sous Bailey, alors il lâcha le revolver et se recula, les yeux écarquillés. Il venait… De tuer un homme. Tremblant, il se mit à courir vers la chambre de Sophina et bouscula soudainement Tim qui le regarda bizarrement. « Qu’est-ce que t’as ? J’ai entendu du bruit venant du salon…» Il ne répondit pas et monta les escaliers jusqu’à la porte de la chambre, où il rentra en trombe. Il fixa Sophina nerveusement.

    -Il faut qu’on parte… Maintenant.

    Elle sembla étonnée. Et peut-être effrayée aussi. De ce qui allait leur arriver, maintenant. Elle ne pouvait pas se relever, il la porta donc de nouveau. En même temps, avec ce truc faible sur pattes, ce genre de situation leur arrivait de plus en plus souvent. Raison de plus pour vouloir la protéger et la sortir de cet enfer. Ils passèrent devant Tim, et William aussi. Il espérait qu’ils allaient chacun pouvoir refaire leurs vies, que personne ne continuerait les vols. Mais Emmanuel avait confiance. Lily était là. Un sourire se dessina sur son visage lorsqu’il sortirent dans la rue. Il y eut un instant de silence, puis Sophina posa la question qu’il était entrain de se poser. Qu’allaient-il faire, à présent ? Il observa sans un mot à droite, puis à gauche, et finalement soupira légèrement :

    -J’sais pas. Mais t’es pas prête de te débarrasser de moi, jte l’dis.

    Il rigola un peu puis commença à marcher. Les rues semblaient à présent totalement différentes à ses yeux. Elles n’étaient plus comme des rues familières. Elles étaient juste là, comme ça. Des rues, comme les autres. Ou même des rues où désormais, il ne reviendrait plus. Les rues de ces si durs souvenirs qu’il voulait enterrer à jamais. Il expliqua à Sophina qu’ils allaient d’abord se diriger vers le centre-ville, et qu’ils aviseraient sur place. Son but premier était de faire en sorte qu’elle aille dans un endroit potable. Le mieux serait une famille. Si elle pouvait aller dans un endroit où elle pourrait se faire soigner et avoir l’amour qu’elle méritait, ce serait parfait. Sa situation à lui était secondaire. Traversant la rue qu’il avait l’habitude de prendre pour aller marauder, il se souvint de Bailey. Un frisson lui parcourut le dos, il avait la gorge nouée. Il voyait encore la mare de sang qui s’était dessinée sous lui, l’expression d’horreur qu’il avait eut, et… Le sentiment de bien-être… Cet affreux sentiment de bien-être qu’ Emmanuel avait ressenti. Il écarquilla les yeux. Lorsqu’il… Lorsqu’il l’avait…

    « Tu l’as tué, Emmanuel. »

    C’était une voix froide, grave, moqueuse. Une voix très étrange, qui résonnait comme pour appuyer ses dires. Emmanuel s’arrêta, se retournant vers Sophina, effrayé qu’elle puisse lui dire une chose pareille avec une voix aussi bizarre :

    -A l’instant… Qu’est-ce que t’as dis… ?
    -J’ai rien… dis.

    Il y eut un instant de silence, puis elle plaqua soudainement sa main sur le front d’Emmanuel. Il la regarda d’un air blasé. Avant de s’inquiéter pour lui, elle devrait commencer par s’inquiéter pour elle, cette idiote. Mais elle s’exclama soudainement, comme si elle venait de découvrir une vérité universelle :

    -Manu, tu es brulant. Repose-moi là ! Tu es malade !
    -Non, faut qu'on s'éloigne d'ici, on peut pas se le permettre... Et puis je vais bien.

    Oui, Il allait bien, il se le répétait. Il ne pouvait qu'aller bien non? Mais alors... C'était quoi cette voix, un instant plus tôt..? Il était persuadé de l'avoir entendue, ça ne ressemblait pas à un truc émanant de son imagination. C’était horriblement angoissant. Mais il ne préférait pas en parler plus que ça à Sophina, parce qu’elle allait encore se faire des idées. Allez, il suffisait de ne plus y penser. Il regarda droit devant lui, déterminé à oublier son inquiétude.

    « Ne m'efface pas si vite de tes pensées, je suis toujours là. »

    Tous les membres d’Emmanuel se crispèrent. Il resserra ses bras autour des jambes de Sophina sur le coup, mais continua de marcher. C'était son imagination, c'était uniquement son imagination. Il suffisait d’ignorer. Ignore, ignore, ignore, merde ! Evidemment, de nouveau, l’autre s’inquiéta inutilement pour lui :

    -Em… Emmanuel ? Emmanuel!, s’exclama-t-elle d’un ton qui se voulait autoritaire mais qui ne l’était pas franchement assez pour l’arrêter ; Pose moi ! Je vais bien, je peux... marcher!

    Sur ces mots, Emmanuel sentit la tête de Sophina tomber sur son épaule, et ses membres s’engourdirent. Elle ne se tenait plus à lui, parce qu’elle venait de s’évanouir. Emmanuel s’arrêta, inquiet, et déposa son amie entre deux vieilles caisses en bois, sur le côté de la rue. Elle était devenue très pâle. Il regarda à droite et à gauche, cherchant une aide quelconque du regard. Et si elle était malade ? Si elle avait besoin d’un soin particulier ?! Que pouvait-il faire ? Pourrait-il aller à l’hôpital ? Alors que le stress commença à envahir sa tête de pleins de questions différentes, une évidence se présenta à lui d’une façon plutôt désagréable.

    « Tu ne peux rien faire, et c’est de ta faute, finalement, tout ça. »

    Emmanuel tiqua, les yeux exorbités par la peur. De nouveau cette voix. La fatigue, la culpabilité et tout ce qui allait avec l’avaient rendu plus vulnérable. Il regarda derrière lui, effrayé. Et soudain se rendit compte d’une chose. Cette voix… Cette voix ne venait pas de derrière lui. Elle ne venait pas non plus de tout ce qui l’entourait. Cette voix venait de lui. De l’intérieur même de son corps. Comme si c’était une pensée qu’un autre immisçait dans son cerveau. Emmanuel se prit la tête dans les mains, les yeux dans le vide :

    -Qu’est-ce que… Qui…Qui es... ?, demanda-t-il dans un souffle.
    « Je suis tes sentiments, je suis tes pensées inavouées les plus profondes. En fait, je suis toi. »

    Il en aurait presque rit, si tout ça ne lui faisait pas peur. Mais le problème, c’est qu’il était vraiment terrorisé. Emmanuel glissa une main tremblante sur son visage, puis s’agrippa soudainement les cheveux, en se mordant la lèvre inférieure. « Je suis toi » « Je suis toi » « Je suis toi ». La voix raisonnait comme si elle voulait le lui ancrer dans le cerveau et lui mettre la vérité en face. Emmanuel murmura :

    -Ca craint… Ca craint, je suis vraiment taré…Merde, mais et…

    Il relâcha lentement son crâne en regardant Sophina, ne sachant toujours pas quoi faire. Tout d’abord, réfléchir. Il souffla lentement. Il fallait qu’il garde son calme, et qu’il réfléchisse à une solution. Il y avait toujours une solution… Oui, mais laquelle ?

    « Et si tu lui faisais du bouche à bouche ? Je suis persuadé que ça la réveillerais, hin hin. »
    -Mais tu vas fermer ta gueule ?!, s’écria Emmanuel tout à coup, énervé.

    La voix s’était arrêtée. Il sentait qu’il n’y avait plus la présence qui s’était immiscée dans son cerveau… Du moins, pour le moment. Ils restèrent là pendant un temps qu’il n’aurait su déterminer. Sophina ne se réveillait pas, et lui la serrait contre lui, avec l’espoir que quelque chose allait les sortir de ce pétrin. Quelque chose, ou quelqu’un. D’ailleurs, le voila qui s’approchait. Mais il n’était pas sur qu’il s’agisse là de son dernier espoir. Emmanuel eut pour réflexe de se placer devant Sophina, plus que jamais déterminé à la protéger. Mais l’homme se mit à parler, restant à une distance respectable des deux adolescents.

    -Vous vous êtes perdus ?

    Emmanuel ne réagit pas immédiatement. Lui-même ne savait pas réellement s’ils s’étaient perdus. Et puis, comment cette demande ? Ils n’avaient certes pas forcément perdu leur chemin, mais ils étaient peut-être perdus, tout simplement. Il y avait beaucoup de sens au mot « perdre ». Et nombreux d’entre-eux convenaient à la situation. Emmanuel fixa donc l’homme sans réponse à lui donner. Peut-être qu’à ce moment, s’il n’avait pas insisté et était parti, leur futur aurait été totalement différent, mais ce ne fut pas le cas, car l’homme se pencha vers eux, et dirigea un regard visiblement inquiet vers Sophina :

    -Elle a l’air d’être vraiment mal en point, dit-il en se tournant vers Emmanuel. Ecoute, je suis médecin. Le mieux pour elle serait que je la soigne, mais je n’ai pas les moyens de le faire ici. Et si vous veniez chez moi ?

    Le médecin le regardait, et arborait un sourire. La plupart du temps, on apprenait aux enfants dès leur plus jeune âge qu’il ne fallait pas faire confiance aux inconnus. Sauf que, à l’évidence, Emmanuel n’avait pas fait partie de la plupart des gens de cette « plupart du temps ». Et dans cette ruelle sombre, avec Sophina évanouie et faible, il avait l’impression que leur seul espoir était de se raccrocher à tout ce qui leur tendait la main. En particulier s’il s’avérait que l’homme était réellement un médecin. Alors il acquiesça de la tête, mais tint absolument à porter Sophina sur son dos. Il était peut-être entrain d’essayer leur seule chance, mais il tenait à pouvoir s’en sortir si jamais il se révélait qu’il avait fait une erreur. D’ailleurs, l’homme n’insista pas.

    Il les emmena en voiture jusqu’à chez lui, et installa Sophina dans un lit, en prenant soin de lui appliquer bandages et soin nécessaires, puis ils la laissèrent se reposer afin qu’elle reprenne des forces. Finalement, il s’agissait réellement d’un homme honnête. Et de surcroit plutôt blagueur, ce qui détendait légèrement l’atmosphère. Emmanuel put prendre une douche, d’une qualité qu’il n’avait d’ailleurs même jamais eu l’espérance d’approcher auparavant, puis il rejoignit le médecin dans son cabinet ( qui se trouvait en dessous de son appartement ). Il avait dit s’appeler Mr. Smith. Emmanuel répondit au sourire qui était affiché sur son visage lorsqu’il rentra dans la pièce. Il avait du le rejoindre pour passer des tests oculaires et auditifs afin de savoir s’il était en bonne santé pour rentrer dans un orphelinat. Après quelques examens, il sembla à Emmanuel que l’auscultation allait enfin se terminer, quand le médecin s’exclama :

    -Bon, alors maintenant récites-moi l’alphabet. Tu le connais, au moins ?

    Emmanuel compris immédiatement à son sourire qu’il s’agissait d’humour. Il renchérit :

    -Oui, bien sur. En grec, en cyrillique ou en chinois ?
    -Ah ah, bien joué. Allez, tiens, en cyrillique. L’alphabet russe, c’est ça ?, dit-il dans un petit rire.
    -Pas uniquement. Il s’agit de langue slaves. Celui qui a été instauré depuis… 1917, il me semble, c’est A, Б, В, Г, Д, Ђ, Е, Ж, З, И,…
    -Attends attends attends, s’exclama le médecin en lui coupant la parole, éberlué. Tu connais vraiment les alphabets cyrilliques, grec et chinois ?
    -Oui, enfin, le système chinois est différent. Je crois pas qu’il s’agisse d’un alphabet, répondit Emmanuel en réfléchissant. Et j’ai quelques bases en langage, aussi.
    -Ca alors ! C’est vraiment… Époustouflant. Et tu as grandis dans la rue ? Une jeune fille t’as juste appris à lire et à écrire ? Tu as vécu sans aller une seule fois à l’école… Et voila que tu sais lire et même parler certaines langues très compliquées ?
    -Sheuteudeuleuh, répondit-il d’un air blasé.
    -S’agit-il d’une autre langue que tu connais ?!, demanda le médecin, admiratif.
    -Oui, absolument, concéda-t-il d’un air qui disait totalement le contraire.
    -Mais… Alors, comment ça se fait ?
    -J’ai appris. J’avais prévu depuis longtemps de partir, même si j’ai eu un long temps d’abandon, à la base, je souhaitais partir et je souhaitais être prêt le moment venu. Je savais que si je voulais faire quelque chose de ma vie je devais avoir au moins une compétence.
    -C’est vraiment épatant… Écoute, j’ai un dernier test à te faire. C’est très important pour ton avenir.

    Emmanuel accepta. Il n’était pas vraiment convaincu qu’il s’agissait de quelque chose de si « important pour son avenir » mais finalement, un test de plus ou de moins n’allait pas le tuer. Comme il s’en était douté, il s’agissait d’un test de quotient intellectuel. Il s’avéra que le sien était de 170, et, de ce fait, supérieur à la moyenne. Le médecin voulait l’envoyer dans un orphelinat pour surdoués, ce qu’il refusa d’abord, car il était hors de question qu’il laisse Sophina seule. Puis, après vérification du QI de cette dernière, il s’avéra qu’elle en avait même plus que lui. Il ne savait pas s’il s’agissait d’une coïncidence ou si le hasard faisait bien les choses, mais il décida que, le mieux à faire était probablement de suivre les conseils de Mr. Smith. C’est ainsi qu’il arrivèrent à la Wammy’s house. Comme vous vous en doutez très certainement, il s’agissait d’un orphelinat pour surdoués. Très différents les uns des autres, mais tous réunis par un but : Succéder au plus grand détective de la terre, L. Et le plus grand signifiait aussi pour Emmanuel le plus cool. Donc celui qu’il devait être. On les emmena donc dans cette orphelinat, il durent trouver un surnom. Evan. On lui demandait pourquoi, il répondait toujours la même chose : Parce que c’est cool, Evan.

    Malgré cela, il ne faut pas penser qu’Evan se mit en quête de la plus grande bande de potes qu’il soit et tout ce qu’il va avec. Il avait toujours été d’une nature un peu solitaire, et se sentait un peu mal-à-l’aise en présence des autres. Malgré leurs durs passés, il savait que ce qu’il avait fait, il s’en rappellerait toute sa vie. Mais il ferait tout pour ne pas se laisser envahir par la douleur de ce passé. Parce que la douleur le faisait apparaître, lui. Et désormais, il arrivait qu’il le voit en rêve. Mais il n’en parlait et n’en parlerait jamais à personne. Parce qu’avouer à quelqu’un qu’il arrivait à discuter avec quelque chose ou quelqu’un en lui signifiait pratiquement avouer qu’il avait perdu la raison. Et il s’y refusait. Car c’était faux. Il n’était pas fou.

    « Du moins, il tentait de s’en convaincre le mieux qu’il pouvait. »


    [Bon je suis morte je vais me coucheeer 8D Je sais pas si c'est bon. Disons que oui. Si vous trouvez qu'il manque de la description niveau caractère et physique, j'ajouterais. ]


Dernière édition par Evan le Jeu 27 Mai - 16:22, édité 5 fois
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Sujet: Re: Evan - Qu'est-ce qui est cool? Bah, moi! Sans blague. Dim 23 Mai - 12:22

Re re re re re... euh, Bienvenue chez toi \o/

Donc, comme je disais, j'ai adoré l'histoire *w*

Et comme je l'ai dit aussi à Soul ça serait pas mal que vous décidiez d'une autre date pour l'arrivée de Soul et Evan à WH.

Et après je vous validerai avec joie ~

♔ ♔ ♔

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Sujet: Re: Evan - Qu'est-ce qui est cool? Bah, moi! Sans blague. Jeu 27 Mai - 18:34

    Niuhuhuhu merci mon steak de boeuf <3
    La date est modifiée :3
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Sujet: Re: Evan - Qu'est-ce qui est cool? Bah, moi! Sans blague. Ven 28 Mai - 18:37

♥ Ovi, Steak de boeuf.

Allez, have fun dear Evan tout puissant. (oui c'est bas, je sais)

Validé ~> Loners

♔ ♔ ♔

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Sujet: Re: Evan - Qu'est-ce qui est cool? Bah, moi! Sans blague.

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Evan - Qu'est-ce qui est cool? Bah, moi! Sans blague.

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