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 Jours étranges de rêveries désabusées [X Ray]

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Invité
Sujet: Jours étranges de rêveries désabusées [X Ray] Mer 19 Mai - 17:20

Le bois de sa chaise craquait légèrement tandis qu’elle essayait de bien se replacer. Il n’y avait aucun autre bruit dans la bibliothèque, Isis osa jeter un léger coup d’œil en levant les yeux. Sa colonne vertébrale commençait à s’agacer un peu de la position voûtée de la jeune fille. Ce n’était pas parce que l’on avait un livre devant soi que l’on devait obligatoirement s’affaler dessus pour le lire ! Il y avait quelques autres pensionnaires disséminés un peu partout aux tables ou aux fauteuils. Beaucoup travaillaient, d’épaisses piles de livres en encyclopédies devant eux. Isis détestait travailler en bibliothèque, trop de pression, d’atmosphère étouffante et de méninges en furie. Elle n’osait jamais se lever pour prendre les livres dont elle avait besoin, de peur de créer un vacarme pas possible rien qu’en posant un pied devant l’autre, et son stylo semblait faire un bruit d’enfer en grattant contre les feuilles de papier.
Non, lorsqu’elle venait ici c’était pour lire, voilà tout. Une raison comme une autre, une raison on ne peut plus logique. Alors elle s’était réfugiée dans un coin avec un roman déjà lu, mais qui pouvait lui faire passer le temps par une relecture. Elle se souvenait de tout ce qui arrivait aux antagonistes et protagonistes mais espérait cependant retrouver un souffle épique caché entre les lignes alors que ses yeux redécouvraient à nouveau la musicalité des phrases.

Peine perdue

Ses paupières étaient lourdes et fatiguées, voilà le soucis des éditions de poche : une écriture trop petite. Que faire, refermer l’ouvrage et partir ? De là où elle était, une fenêtre déversait quelques rayons d’une lumière pâle, trop pâle. Comme une lumière d’au-delà.

Isis réussi à se caler un peu mieux sur son dossier. A vrai dire, là elle avait envie de lire des histoires d’épopées et de combats tragiques. Quelque chose de moins triste et réel que ce livre entre ses mains. Mais les rêves avaient un prix, celui de l’originalité. Et l’ennui enlaçait chaque mot comme la mort enlaçait chaque être. Tout n’était qu’une ode à la somnolence, pas de quête désespéré, pas d’amours tragiques, juste des canons littéraires faits d’écueils, de récifs et de clichés. Le bateau de l’imagination venait s’y heurter, alors la flamme mourait dans l’écume d’un océan c’ennui.

Que faire, partir ?

Juste rêver un petit peu, après tout on a le droit de ne pas être concentré. Reprendre le livre reprendre les lignes, imaginer… Et que se serait-il passé si… ? Il aurait suffit d’un instant, d’un peu plus d’initiative de la part de l’écrivain pour que ce personnage meurt. Comment aurait alors évolué l’histoire ? Tragique, peut-être encore plus ? Oui, cela lui aurait plut…

De temps en temps il y a des bruits de pas dans la bibliothèque, rien de bien méchant, rien de bien bruyant. Et les jeunes passaient entre les rayons comme autant de fantômes peuvent passer entre les murs.

Et tant de rêves disparus, tant de songeries à venir dans cet endroit de travail. Est-ce qu’elle a envie de travailler ? Non. Alors Isis lit encore et encore, nul salut dans la lecture, juste une envie dévorante de savoir et de connaître des histoires. Des histoires tristes…

Et qui peut la comprendre, elle, alors qu’elle se perd dans quelques mondes imaginaires ? Que les cartésiens retournent à leurs formules. Elle, elle pensait trop et c’était justement cela qui l’empêchait d’exister. On a pas envie de vivre dans la réalité, jamais.

Mais les yeux se fatiguent, alors la jeune fille relève la tête et se frotte les paupières. Et l’ennui revient poser une main sur son épaule, lui murmurant de se lever, de partir. C’est bavard, un ennui. Ca dit pleins d’idioties…

Sans savoir pourquoi, Isis lève la tête. Le ciel est parti, le ciel est mort. Il n’y a que le plafond triste au dessus d’eux, et nul oiseau ne vole dans l’horizon des plafonds. Son cœur bat dans sa poitrine, c’est ce qui compte. Brusque sensation d’être vivante, est-ce que ça fait plaisir ?

Vivant, bien plus vivante que de quelconques héros d’encre et de papier, aussi courageux et chevaleresques soient-ils. Vivante au milieu d’êtres vivants, vivante et muette, vivante et cassée. C’est beau la vie, non ?

Comme un soleil qui brûle trop fort, comme des pensées qui volent trop haut, comme un conte qui finit trop vite, comme une étreinte qui est trop lasse, comme une mélodie trop entendue.

C’est beau la vie.

Et c’est l’humain qui n’est qu’inhumain, l’inhumain qui redevient encore plus faux à chaque matin.

Odeur de papiers et de pages tournées, le poids d’un livre dans ses mains, le poids d’une histoire dans ses yeux et le poids de la solitude sur les chaises vide autour d’elle.


Carrousel d’histoires sans sens, pas de musique pour le faire tourner, sauf si on l’imagine. Et l’imagination, elle est morte, morte et enterrée dans un lieu fermé.

Que c’est triste une fenêtre fermée sans odeur de ciel bleu et sans froid d’océan…
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Invité
Sujet: Re: Jours étranges de rêveries désabusées [X Ray] Mer 26 Mai - 17:20

L'odeur d'un vieux livre, reflet olfactif du passé... La douceur du papier entre les doigts, sensation incomparable, indescriptible et tellement agréable. Comment expliquer la réticence de certains à la lecture?

Son œil fixait au loin un point invisible, elle affichait un petit sourire de plénitude, ses doigts habiles et curieux parcouraient avec grâce les pages. De quelle lecture s'agissait-il? Seule elle pouvait le dire. Un œil habile aurait remarque le discret pli de chair entre ses sourcils, signifiant une période de réflexion de sa part. X-Ray lisait un livre de mathématique, rien de plus évident.

Sa main droite s'occupait de la lecture du recueil bourré de calculs, sa jumelle, elle, se chargeait de l'apport régulier en biscuits chocolatés à l'organisme de la non-voyante. Ainsi, son plaisir était double, la théorie du Rubik's Cube d'un côté et la texture, l'odeur et le goût délicat du chocolat au lait fait par ses soins de l'autre. En effet, consommant à longueur de journée de l'or brun, Xanthe avait décidé de produire elle-même certaines sucreries qu'elle consommerait afin de varier les plaisirs et d'expérimenter de nouvelles saveurs incomparables.

Le lieu était relativement calme, seulement, son ouïe étant très fine, Xante avait beaucoup de mal à supporter les bruits de chaise, de stylo ou encore de plancher qui grince. Une solution s'imposa à elle alors qu'elle terminait de lire la théorie des cordes, l'écoute de musique étaient de rigueur en ces lieux.
La jeune fille ne s'aventurait que très peu en ces lieux, le bruit de sa canne blanche, nécessaire à ses repères spatiaux, n'était pas apprécié par les rats de bibliothèque de même que celui de l'écholocation. Elle restait donc dans le siège le plus proche de l'entrée et lisait des livres lui appartenant afin de ne pas avoir à se déplacer parmi les étagères.

Pourquoi se rendait-elle en ces lieux si hostiles à sa présence? Elle même ne se l'expliquait pas, s'agissait-il de l'ambiance? Le calme régnant en maître? Aucune idée... Toujours est-il que le lieu lui plaisait.

Ce qui devait arriver arriva, Xanthe avait terminé sa lecture trop vite et était maintenant en pénurie de livre. Elle dût se déplacer afin de demander a la bibliothécaire si elle avait des livres en braille. Elle pris donc sous le bras ses deux recueils mathématiques et sa canne blanche puis se dirigea lentement vers le bureau de la personne susceptible de l'aider.
Sur le chemin, un imbécile crut amusant de placer sa jambe devant celle de l'aveugle. La gravité faisant bien son travail, X-Ray s'étala de tout son long sur le plancher. Le groupe accompagnant l'imbécile s'étouffait de rire pendant que la jeune non-voyante ayant perdu ses repères se relevait avec difficulté. Elle ne daigna pas leur adresser la moindre parole et parti à la recherche de ses livres ayant traversé la pièce. Une chance qu'elle eut réussi à les localiser grâce au bruit lourd qu'ils avaient produit en s'écrasant sur une table non loin. Xanthe se dirigea vers le lieu du crash et chercha les livres de la main en tâtant la table. Elle se rendit compte de la présence d'une demoiselle qui respirait faiblement juste à ses cotés. X-Ray était très gênée et se confondit en excuses:

"Aah, je... Désolée. J'espère que tu ne t'es pas fait mal avec ces gros livres... Je..."

Son regard nerveux traduisait son anxiété et sa culpabilité. Elle se tut dans l'attend de la réponse de la part de la personne qu'elle avait peut être blessé.

Ce genre d'accidents lui étaient fréquents, beaucoup d'orphelins, probablement afin d'oublier leurs problèmes, tyrannisaient X-Ray et se moquaient ouvertement de son handicap. Ses genoux lui faisaient mal, elle posa donc sa canne contre le support le plus proche et s'adressa de nouveau à la personne à ses côtés:


"Je peux?"
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Invité
Sujet: Re: Jours étranges de rêveries désabusées [X Ray] Lun 31 Mai - 17:01

Enfoncée dans son ennui, Isis avait baissé la tête, les yeux fixés sur le vieux bois de la table. Son livre déjà connu, trop connu, était ouvert juste devant elle. Elle n’y jetait qu’un vague coup d’œil de temps à autre, laissant une phrase s’égarer dans son esprit. Parfois un ensemble de mots sonnaient plutôt biens, alors une porte s’ouvrait dans sa tête et un parfum de rêve embrumait ses yeux. Jamais bien longtemps.

Puis il y eut les bruits…

La jeune fille n’aimait pas les bruits, elle les craignait. Parce qu’un bruit, cela résulte toujours d’un choc, surtout les sourds comme celui là.
Un corps qui tombe à terre… Inconsciemment, elle se recroquevilla sur son siège. Histoire de ne pas être la prochaine. Il y eu des rires un peu partout autour, des ricanements. Elle, elle fixait le bois de la table, les yeux grands ouverts. Peur qu’on s’en prenne à elle ensuite, mais on l’oubliait. Elle n’avait jamais existé.
Peu à peu son cœur reprit un rythme normal. Des livres avaient volés un peu plus loin sur la table. Une pluie de livre, c’est plus beau qu’une pluie de météorite…

Elle ne connaissait pas la jeune fille qui était tombée. Juste une silhouette vague parfois dans les couloirs. Le son d’une canne que l’on tape et puis c’est tout. Les gens sont comme les coups, ils ne sont que bruits.

Isis se redressa enfin alors que les autres élèves se penchaient à nouveau sur leurs livres. L’intermède était terminé, il fallait de nouveau travailler. Une nausée commença à lui tordre le ventre, violente et sournoise. Trop d’agitation d’un coup, trop de monde… Tout commençait à devenir étouffant. Juste quand elle se décidait enfin à se lever, une main l’effleura. Elle se retint de hurler, tendue et crispée. Une voix, la fille de tout à l’heure. Si elle pouvait ? Isis regarda les autres enfants, plus personne ne se souciait d’eux. Alors elle hocha la tête.

Il y eu un temps, puis elle se reprit, l’autre n’avait sûrement pas du la voir correctement… Oh et puis elle ne savait pas ! Et elle n’aimait pas parler. Pas quand il y avait du monde comme ça…Lorsqu’il n’y a qu’une seule personne, c’est facile de faire la bravache, de se montrer hautaine et dédaigneuse…mais avec des paires d’yeux prêts ) se poser sur vous, non, elle ne pouvait pas.

« Oui… »

On avait pas à parler dans une bibliothèque. Jamais. C’était aux livres de faire résonner leurs mots et leurs phrases, eux ne devaient offrir que le silence. L’humain a à s’incliner devant le papier, voilà tout. Silencieuse, Isis feignit de se replonger dans la lecture de son livre. Qu’avait-elle à dire à cette Autre devant elle ? Rien, de toute façon elle n’avait jamais su comment mener une conversation.

« Tu t’es fait mal ? »

Une pointe de dédain traînante dans le dernier mot, parce que les malades veulent garder le monopole de la douleur, de peur qu’ils n’aient plus le droit de se plaindre ou de pleurer, sinon. De toute façon, pourquoi est-ce qu’elle avait demandé cela ? Parce qu’au fond, elle avait envie de s’inquiéter ?
La nausée dans son ventre ne se calmait pas. Etait-ce une raison pour partir ? Les lignes dansaient devant ses yeux, elle se sentait mal. Isis soupira, tout était glauque ici, bien trop glauque pour survivre. Et le plafond restait au dessus d’eux, leur interdisant tout ciel bleu. La jeune fille se cala un peu mieux contre le dossier de la chaise. Elle osa lever les yeux pour regarder X Ray. Première fois qu’au fond, elle la voyait vraiment…

Il n’y avait rien d’intéressant à cela…

Ses doigts, comme des serres d’oiseaux, s’étaient crispés sur la couverture du livre à présent refermé. Un contact rassurant, celui du rêve et de la réalité. En fait, elle n’avait même pas envie que l’autre fille lui répondre. Après, la conversation allait être lancée, lui parler avait été une erreur.

Alors Isis se saisit de son sac, prête à décamper. Aller dans un endroit moins étouffant, juste ça. Voilà ce qu’elle demandait. En espérant que personne ne lui fasse de croche pied, à elle. Pas envie de s’effondrer en pleurs dans la bibliothèque c’est tout…

On a le droit, non ?

Vouloir juste un peu de dignité et de silence…

Spoiler:
 
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